{"1": {"fulltext": "L.\\nAr- -r\\nK.;\\n^\u00e2\u0080\u00a2\u00c2\u00abk\u00c2\u00bb T.", "height": "3191", "width": "2220", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0001.jp2"}, "2": {"fulltext": "LIBRARY OF CONGRESS,\\nUNITED STATES OF AMERICA.\\n5 ibirti", "height": "3078", "width": "2117", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0002.jp2"}, "3": {"fulltext": "", "height": "3099", "width": "2112", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0003.jp2"}, "4": {"fulltext": "", "height": "3083", "width": "2047", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0004.jp2"}, "5": {"fulltext": "", "height": "3083", "width": "2047", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0005.jp2"}, "6": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2058", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0006.jp2"}, "7": {"fulltext": "", "height": "3115", "width": "2053", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0007.jp2"}, "8": {"fulltext": "OUVRAGES DU MEME AUTEUR\\nPUBLI\u00c3\u0089S EN ANGLAIS\\nLA LANGUE DES GRECS. 1 volume.\\nHISTOIRE DE LA GR\u00c3\u0088CE. Depuis les temps\\nles plus recul\u00c3\u00a9s jusqu nos jours. 2 forts\\nvolumes.\\nLA GR\u00c3\u0088CE DANS LES TEMPS HOM\u00c3\u0089RIQUES.\\n1 volume.\\nCAUSERIES AVEC \u00c3\u0089SOPE. 1 volume.", "height": "3078", "width": "2117", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0008.jp2"}, "9": {"fulltext": "CONTES TIR\u00c3\u0089S DE SHAKESPEARE\\nD apr\u00c3\u00a8s l Anglais de Charles et Mary Lamb\\npar\\nT. T. TIMAYENIS\\nDIRECTEUR DE L \u00c3\u0089COLE DES LANGUES DE NEW YORK\\nCHEVALIER DE L ORDRE ROYAL GREC DU SAUVEUR\\n,-\u00c2\u00a3t\u00c2\u00a3vOFCO\\nSEP U\\n6*\\nWAS\\nNEW YORK\\nLIBRAIRIE CHARLES SCRIBNER S SONS\\nPARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C\u00e2\u0084\u00a2\\n79, Boulevard Saint-Germain, 79\\n1886", "height": "3099", "width": "2112", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0009.jp2"}, "10": {"fulltext": "7TfaS77\\nCopyright, 1886,\\nBt CHAULES SCRIBNER S SONS.\\nPress of J. J. Little Co.\\nAstor Place, New York.", "height": "3078", "width": "2117", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0010.jp2"}, "11": {"fulltext": "WHITTLESEY D. SEARLS\\nTEMOIGNAGE D AMITIE", "height": "3099", "width": "2112", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0011.jp2"}, "12": {"fulltext": "", "height": "3078", "width": "2117", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0012.jp2"}, "13": {"fulltext": "DEUX MOTS AU LECTEUR.\\nEn pr\u00c3\u00a9sentant ce modeste volume aux Fran\u00c3\u00a7ais et aux in-\\nnombrables amis de la langue fran\u00c3\u00a7aise, j ai la confiance de leur\\nrendre un v\u00c3\u00a9ritable service.\\nRien n est plus universellement connu que le nom et la gloire\\nde Shakespeare rien ne l est moins peut-\u00c3\u00aatre, en dehors de\\nquelques cercles privil\u00c3\u00a9gi\u00c3\u00a9s d Europe et des Etats-Unis, que l ad-\\nmirable contexture de ses inimitables productions.\\nDonner au public la quintessence de l \u00c5\u0093uvre du grand\\ntragique anglais mettre en relief dans une narration succincte,\\nmais toujours attrayante, la vivifiante philosophie et la saine\\nmorale qui y abondent rev\u00c3\u00aatir le tout du splendide manteau\\nde la langue de Bossuet et de Moli\u00c3\u00a8re, tel est le triple but que\\nje me suis propos\u00c3\u00a9 dans cet ouvrage.\\nEt je me fais un plaisir autant qu un devoir de t\u00c3\u00a9moigner ici\\ntoute ma reconnaissance mon excellent ami le professeur\\nAlfred M. Cotte, publiciste distingu\u00c3\u00a9 et ancien directeur du\\nColl\u00c3\u00a8ge franco-am\u00c3\u00a9ricain de Fort Washington, pour la pr\u00c3\u00a9face\\ndont il a bien voulu faire pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9der ces contes, et pour l intelli-\\ngence et le d\u00c3\u00a9vo\u00c3\u00bbment avec lesquels il m a second\u00c3\u00a9 dans ma tr\u00c3\u00a8s\\nagr\u00c3\u00a9able t\u00c3\u00a2che.\\nT. T. Timayenis.", "height": "3099", "width": "2112", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0013.jp2"}, "14": {"fulltext": "", "height": "3078", "width": "2117", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0014.jp2"}, "15": {"fulltext": "WILLIAM SHAKESPEAKE.\\nC est un fait \u00c3\u00a9trange que les deux plus grands po\u00c3\u00a8tes\\nqu aient produits l antiquit\u00c3\u00a9 et le XVI e si\u00c3\u00a8cle de notre\\n\u00c3\u00a8re, soient pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment les deux hommes dont la vie\\npriv\u00c3\u00a9e est le plus envelopp\u00c3\u00a9e de doutes et d obscurit\u00c3\u00a9.\\nSept villes de l ancien monde grec se sont disput\u00c3\u00a9\\nl honneur d avoir donn\u00c3\u00a9 le jour Hom\u00c3\u00a8re, et certaine\\ncritique moderne a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 jusqu douter que tant de g\u00c3\u00a9nie\\nait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 personnifi\u00c3\u00a9 dans un seul homme. L Iliade et\\nl Odyss\u00c3\u00a9e sont l\u00c3\u00a0, faits indiscutables, faits immenses\\ndont l influence a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, et est encore incalculable dans\\nle monde des lettres et de la po\u00c3\u00a9sie mais de leur\\nauteur, ou de leurs auteurs, nous en sommes r\u00c3\u00a9duits\\ndire, comme Socrate Ce que l on sait le mieux,\\nc est que l on ne sait rien.\\nIl en est presque de m\u00c3\u00aame du g\u00c3\u00a9ant de l intelligence\\nqui a nom Shakespeare.\\nNous savons qu il naquit Stratford-sur-Avon, petite\\nville du comt\u00c3\u00a9 de Warwick, dont la capitale, situ\u00c3\u00a9e\\nune vingtaine de miles de la cit\u00c3\u00a9 manufacturi\u00c3\u00a8re de\\nBirmingham et plus de cent milles de Londres, pos-\\ns\u00c3\u00a8de la magnifique r\u00c3\u00a9sidence seigneuriale des comtes de\\nWarwick, fameuse par ses tours de Guy et de C\u00c3\u00a9sar,\\nvieilles de plus de six si\u00c3\u00a8cles, et hautes, respective-\\nment, de 128 et de 147 pieds.\\nLa tradition montre avec orgueil, dans la rue Hen-", "height": "3099", "width": "2112", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0015.jp2"}, "16": {"fulltext": "x WILLIAM SHAKESPEARE.\\nley, Stratford, l humble maison o\u00c3\u00b9 Fou croit que\\nShakespeare vint au monde, en Avril 1564.\\nMais, de la naissance du po\u00c3\u00a8te jusqu son mariage,\\nF\u00c3\u00a2ge de dix-neuf ans, avec Anne Hathaway, fille\\nd un petit propri\u00c3\u00a9taire voisin, du bourg de Shottery,\\nnous ne savons absolument rien d authentique.\\nSon p\u00c3\u00a8re, John, fut, dit-on, gantier, engraisseur\\nde b\u00c3\u00a9tail, boucher, marchand de laine, puis propri\u00c3\u00a9-\\ntaire, conseiller municipal, et enfin maire de Strat-\\nford. Sa m\u00c3\u00a8re, Marie Arden, descendait d une tr\u00c3\u00a8s\\nancienne famille, assez riche m\u00c3\u00aame mais c est tout\\nce que les contemporains nous ont appris d elle.\\nQuant au nom de Shakespeare dont l orthographe\\nest aujourd hui fix\u00c3\u00a9e et que le monde anglais pro-\\nnonce Chekspire il appara\u00c3\u00aet dans les documents du\\ntemps avec maintes variations, telles que Shakspeare,\\nShakspere, Shakspur, Shagspur, Saxpere, Ohaksper,\\nShaksper, etc. Le po\u00c3\u00a8te lui-m\u00c3\u00aame ne semble pas\\navoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 tr\u00c3\u00a8s s\u00c3\u00bbr de T\u00c3\u00a9pellation de ce vocable fa-\\nmilial, car il l a \u00c3\u00a9crit de sa propre main avec une in-\\nd\u00c3\u00a9pendance de plume qui nous fait sourire aujour-\\nd hui et qui l e\u00c3\u00bbt, de nos jours, fort embarrass\u00c3\u00a9 dans\\ndes questions d h\u00c3\u00a9ritage et de passe-ports.\\nD une nature impressionnable et r\u00c3\u00aaveuse, Shake-\\nspeare subit facilement l influence des troupes d ac-\\nteurs ambulants qui parcouraient alors l Angleterre et\\nvisitaient fr\u00c3\u00a9quemment les sites pittoresques et en-\\nchanteurs \u00c3\u00a9chelonn\u00c3\u00a9s sur les bords du po\u00c3\u00a9tique Avon.\\nDe 1569, alors qu il n avait que cinq ans, jusqu 1587,\\nplus de vingt compagnies de com\u00c3\u00a9diens pass\u00c3\u00a8rent et\\njou\u00c3\u00a8rent Stratford.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0016.jp2"}, "17": {"fulltext": "WILLIAM SHAKESPEARE. x i\\nDeux bons acteurs de cette \u00c3\u00a9poque, Burbage et\\nGreen, \u00c3\u00a9taient enfants de cette petite ville. Shakes-\\npeare les connut intimement, et il est permis de sup-\\nposer que cette intimit\u00c3\u00a9 contribua le d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbter\\npromptement du m\u00c3\u00a9tier de boucher que son p\u00c3\u00a8re lui\\nfaisait exercer dans sa boutique avec droit de future\\nsuccession.\\nToujours est-il qu entra\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9 par une imp\u00c3\u00a9rieuse voca-\\ntion vers le th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre, il y commen\u00c3\u00a7a sa carri\u00c3\u00a8re comme\\nsouffleur en second. Quand il eut vingt-trois ans,\\nc est-\u00c3\u00a0-dire quatre ans de mariage avec Anne Hatha-\\nway, qu il avait eu le tort de prendre huit ans plus\\n\u00c3\u00a2g\u00c3\u00a9e que lui-m\u00c3\u00aame, il secoua le joug conjugal, que\\nl \u00c3\u00a2pre caract\u00c3\u00a8re de sa moiti\u00c3\u00a9 rendait de plus en plus\\nlourd, et s en alla Londres, o\u00c3\u00b9 il s attacha la troupe\\nde l illustre Ben Jonson.\\nC \u00c3\u00a9tait un type curieux de boh\u00c3\u00a8me de lettres que ce\\n.contemporain de Shakespeare. Il n avait que dix ans\\nde plus que le futur auteur \u00c3\u00a0\u00c3\u00afHamlet et demeura tou-\\njours son ami et son admirateur. Ma\u00c3\u00a7on de son \u00c3\u00a9tat,\\nil jeta soudainement la truelle aux orties, et, n\u00c3\u00a9 po\u00c3\u00a8te,\\ncomme le jeune boucher de Stratford, il devint acteur\\net dramatiste distingu\u00c3\u00a9, avec autant d aisance que\\nd autres deviennent \u00c3\u00a9piciers ou marchands des quatre\\nsaisons. Mais, tout d abord, il se fit soldat et servit\\ndans les Flandres. Un duel malheureux faillit lui\\nco\u00c3\u00bbter la vie comme meurtrier. Puis, il se maria, et,\\nen 1598, donna au th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre anglais sa com\u00c3\u00a9die A cha-\\ncun son humeur, qu il fit suivre chaque ann\u00c3\u00a9e d une\\npi\u00c3\u00a8ce nouvelle. Un jour, il fut condamn\u00c3\u00a9 avoir le\\nnez et les oreilles coup\u00c3\u00a9s, pour s \u00c3\u00aatre permis de traiter", "height": "3100", "width": "2124", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0017.jp2"}, "18": {"fulltext": "xii WILLIAM SHAKESPEARE.\\nhaut la main les Ecossais, dans sa com\u00c3\u00a9die Eastward\\nHoe. Mais Jacques I er lui f\u00c3\u00aet gr\u00c3\u00a2ce et l attacha sa\\ncour, comme grand-ma\u00c3\u00aetre des divertissements royaux,\\net comme po\u00c3\u00a8te laur\u00c3\u00a9at, avec un salaire de 2,500 francs,\\nsomme \u00c3\u00a9norme cette \u00c3\u00a9poque. N\u00c3\u00a9anmoins, Ben\\ntrouva moyen de rester pauvre avec ses b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9fices de\\ndirecteur de th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre, ses honoraires de la cour et une\\npension de la cit\u00c3\u00a9 de Londres. Il mourut en 1637, et\\nfut enterr\u00c3\u00a9 Westminster Abbey, o\u00c3\u00b9 le visiteur peut\\nlire, dans le coin des po\u00c3\u00a8tes, cette \u00c3\u00a9pitaphe, courte\\nmais flatteuse Rare Ben Jonson C est de lui que\\nDryden a \u00c3\u00a9crit\\nShakespeare fut l Hom\u00c3\u00a8re, le p\u00c3\u00a8re de nos po\u00c3\u00a8tes\\ndramatiques. Jonson en fut le Virgile. Il fut le ma\u00c3\u00aetre\\nde la litt\u00c3\u00a9rature bien soign\u00c3\u00a9e. J admire Jonson, mais\\nj aime Shakespeare d amour\\nTel fut l homme qui alluma, de ses encouragements\\ntoujours d\u00c3\u00a9sint\u00c3\u00a9ress\u00c3\u00a9s, le feu sacr\u00c3\u00a9 qui sommeillait\\nchez Shakespeare.\\nTout d abord, celui-ci se contenta de revoir et de\\nperfectionner les productions de Jonson et des auteurs\\ndramatiques de son temps. Mais, d\u00c3\u00a8s 1592, le futur\\nbarde de l humanit\u00c3\u00a9 volait de ses propres ailes et\\ndevenait le favori d Elizabeth, comme il le fut, plus\\ntard, de Jacques I er et du comte de Southampton.\\nBien qu on ignore absolument dans quel ordre pa-\\nrurent les trente drames ou com\u00c3\u00a9dies qui portent in-\\ndiscutablement son cachet d \u00c3\u00a9crivain et de penseur, on\\npeut affirmer que toutes ces pi\u00c3\u00a8ces furent compos\u00c3\u00a9es\\nde 1590 1613, c est dire en vingt-trois, ans.\\nDe son vivant, ses po\u00c3\u00a8mes V\u00c3\u00a9nus et Adonis et Y En-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0018.jp2"}, "19": {"fulltext": "WILLIAM SHAKESPEARE. x\\nlavement de Lucr\u00c3\u00a8ce, furent les seuls publi\u00c3\u00a9s mais on a\\nune copie \u00c3\u00a0HIamlet, dat\u00c3\u00a9e de 1602 des exemplaires du\\nRoi Lear, imprim\u00c3\u00a9s en 1607, et de la Temp\u00c3\u00aate en 1611.\\nCe n est qu en 1632 que la collection de ses \u00c5\u0093uvres pa-\\nrut en in-folio. En 1830, on comptait 82 \u00c3\u00a9ditions de\\nson Th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre. Le nombre en a plus que tripl\u00c3\u00a9 depuis.\\nConcernant sa mort, nous avons pour tout document\\ncette entr\u00c3\u00a9e passablement significative au journal tenu\\npar le r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9rend John Ward, vicaire de Stratford\\nApril 2Srd 1616 Shakspeare, Drayton and Ben\\nJonson had a merr y -meeting and, it seems, drank too\\nhard, for Shakspeare died to-day ofafever contracted.\\nCe qui veut dire, en bon fran\u00c3\u00a7ais\\n23 avril 1616 Shakspeare, Drayton et Ben Jon-\\nson ont fait, ces jours-ci, une noce pendant laquelle ils\\nont, sans doute, bu l exc\u00c3\u00a8s, car Shakespeare est mort\\naujourd hui d une fi\u00c3\u00a8vre contract\u00c3\u00a9e la suite de cette\\nripaille.\\nDeux jours apr\u00c3\u00a8s, le grand homme \u00c3\u00a9tait enterr\u00c3\u00a9\\nsous le ch\u00c5\u0093ur de l \u00c3\u00a9glise de la Trinit\u00c3\u00a9, Stratford.\\nSept ans plus tard, ses concitoyens pla\u00c3\u00a7aient son buste,\\nfort ressemblant, dit-on, au-dessus de l endroit m\u00c3\u00aame\\nqui recouvrait ses restes mortels.\\nCertains adorateurs anglais de Shakespeare ont eu\\nle tort de chercher en faire un ange ou un demi-\\ndieu.\\nComme tous les artistes et les gens d esprit, Shakes-\\npeare eut indubitablement ses faiblesses.\\nMais n en d\u00c3\u00a9plaise aux rigoristes outrance, il y a\\ntout lieu de penser, qu en d\u00c3\u00a9pit de ces imperfections\\ntout humaines, l auteur de tant de magnifiques plai-", "height": "3100", "width": "2124", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0019.jp2"}, "20": {"fulltext": "x jv WILLIAM SHAKESPEARE.\\ndoyers en faveur de l honn\u00c3\u00aatet\u00c3\u00a9 et de la vertu a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nl objet de cette mis\u00c3\u00a9ricorde divine dont il a fait si \u00c3\u00a9lo-\\nquemment parler la belle Portia dans son sublime plai-\\ndoyer contre Shylock d autant mieux qu Anne Hath-\\naway son acari\u00c3\u00a2tre moiti\u00c3\u00a9, lui avait fait faire ici-bas\\nun purgatoire qui pouvait ais\u00c3\u00a9ment compter pour deux.\\nQue dire maintenant, qui n ait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 dit mille fois du\\ng\u00c3\u00a9nie de Shakespeare\\nPour tout \u00c3\u00aatre humain qui parle ou comprend la\\nlangue anglaise c est dire pour la moiti\u00c3\u00a9 de l uni-\\nvers cet homme unique dans la vaste et vieille r\u00c3\u00a9pu-\\nblique des lettres est devenu comme une des premi\u00c3\u00a8res\\nn\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9s de la vie. Une Bible et un Shakespeare\\nconstituent, pour tout vrai repr\u00c3\u00a9sentant de la racean-\\nglo-saxone, une biblioth\u00c3\u00a8que aussi compl\u00c3\u00a8te que celle\\ndu Louvre.\\nC est qu lui seul, il personnifie les trois plus il-\\nlustres po\u00c3\u00a8tes et trag\u00c3\u00a9diens de la Gr\u00c3\u00a8ce antique, en y\\najoutant le Moli\u00c3\u00a8re de la France moderne.\\nComme Eschyle, il avait l imagination hardie, la\\nconception vaste, la passion du farouche et de l impro-\\nbable et parfois cette obscurit\u00c3\u00a9 de style qui met la\\ntorture les commentateurs les plus habiles et les plus\\nperspicaces.\\nComme Euripide, il s attacha d\u00c3\u00a9pouiller ses per-\\nsonnages du masque souvent faux de la grandeur\\nid\u00c3\u00a9ale si noblement, mais si monotonement port\u00c3\u00a9 par\\nles h\u00c3\u00a9ros du grand Corneille. A l instar du disciple\\npr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 d Anaxagoras et de Secrate, il ramena la tra-\\ng\u00c3\u00a9die au niveau de la vie quotidienne, et peignit les\\nhommes tels qu ils sont, non comme ils devraient \u00c3\u00aatre.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0020.jp2"}, "21": {"fulltext": "WILLIAM SHAKESPEARE. X v\\nIl excella dans l esquisse des caract\u00c3\u00a8res et des habitudes\\ndes femmes, dans l analyse des sentiments passionn\u00c3\u00a9s,\\ndans l art d exciter la piti\u00c3\u00a9 pour les infortunes de la\\nvertu, et de cr\u00c3\u00a9er des apophtegmes applicables toutes\\nles p\u00c3\u00a9rip\u00c3\u00a9ties de la vie humaine.\\nComme Sophocle il f\u00c3\u00aet passer dans ses \u00c5\u0093uvres la m\u00c3\u00a2le\\nbeaut\u00c3\u00a9 qui caract\u00c3\u00a9risait sa noble physionomie, rehaus-\\ns\u00c3\u00a9e par un front superbe, une chevelure abondante,\\nboucl\u00c3\u00a9e, noire comme le geai, une fine moustache, des\\nyeux inspir\u00c3\u00a9s et profonds comme un ciel scintillant\\nd \u00c3\u00a9toiles.\\nComme Moli\u00c3\u00a8re enfin, il joua dans ses propres pi\u00c3\u00a8ces,\\neut l instinct du haut comique et de la com\u00c3\u00a9die de\\ncaract\u00c3\u00a8re, mit nu les vices et les folies de la vie so-\\nciale, et, trop souvent aussi, tomba dans le grotesque,\\nla vulgarit\u00c3\u00a9 et la bouffonnerie.\\nMais ce sont l\u00c3\u00a0 quelques taches dans le soleil. Elles\\nne lui enl\u00c3\u00a8vent rien de la splendeur et de la chaleur\\nde ses rayons.\\nPlus on lit Shakespeare, plus on l aime plus on\\nl \u00c3\u00a9tudi\u00c3\u00a9, plus on se sent stup\u00c3\u00a9fait devant l envergure\\nplus qu humaine de cette \u00c3\u00a2me et de ce c\u00c5\u0093ur de po\u00c3\u00a8te,\\nde philosophe, de moraliste, d artiste et de savant.\\nGrand pour tous les hommes, il est accept\u00c3\u00a9 comme\\nle plus grand par les esprits les plus \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9s, soit pu-\\nbliquement, soit dans le for int\u00c3\u00a9rieur de leur conscience,\\nplus forte et plus jusfce que leurs pr\u00c3\u00a9jug\u00c3\u00a9s ou leur\\namour-propre.\\nBen Jonson, Milton, Diyden, Pope, et, de nos jours,\\nColeridge, De Quincey, Carlyle, Emerson, Longfellow,\\nBryant, Tennyson, Guizot, Victor Hugo, Taine, Les-", "height": "3100", "width": "2124", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0021.jp2"}, "22": {"fulltext": "XVI\\nWILLIAM SHAKESPEARE.\\nsing, Herder, Tieck, Wieland, Schlegel et G\u00c5\u0093the l ont\\nsalu\u00c3\u00a9 avec enthousiasme du nom de Ma\u00c3\u00aetre.\\nDu 6 au 8 septembre 1769, l Angleterre, la sug-\\ngestion de Dayid Garrick, a c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9br\u00c3\u00a9, sur les bords de\\nl Avon, un jubil\u00c3\u00a9 en son honneur.\\nEn 1824, le Shakespeare Club a renouvel\u00c3\u00a9 cette\\nc\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9bration et l a r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9e, depuis, chaque ann\u00c3\u00a9e.\\nAu mois d avril 1864, Stratford se mettait de nou-\\nveau en f\u00c3\u00aate et conviait le monde entier au -troisi\u00c3\u00a8me\\ncentenaire de la naissance de son barde immortel.\\nChose \u00c3\u00a9trange, cependant, un projet de monument\\nnational \u00c3\u00a9lever l homme qui fait le plus honneur\\nl Angleterre, \u00c3\u00a9choua cette \u00c3\u00a9poque, mis\u00c3\u00a9rablement,\\net n a jamais \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 repris depuis.\\nCe n est pourtant pas de Shakespeare que l on peut\\ndire qu il n a pas \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 proph\u00c3\u00a8te dans son pays. Mais,\\nque voulez-vous on ne fait pas sortir les livres ster-\\nling des coffres, aussi facilement que les hourrahs, des\\ngosiers Le monde est ainsi fait, et bien fol est celui\\nqui s aviserait de le vouloir changer\\nShakespeare, heureusement, pourrait, s il revenait\\nparmi nous, s \u00c3\u00a9crier avec le bon Horace Exegi mo-\\nnumentum \u00c5\u0093re perennius Je me suis \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9 moi-\\nm\u00c3\u00aame un monument plus durable que l airain.\\nCe monument ce sont ses \u00c5\u0093uvres.\\nIl d\u00c3\u00a9fie la rouille, les temp\u00c3\u00aates, les cyclones, m\u00c3\u00aame\\nl ingratitude ou l avarice modernes.\\nLe nom et la gloire de Shakespeare ne dispara\u00c3\u00aetront\\nde la terre qu au jour o\u00c3\u00b9 la terre elle-m\u00c3\u00aame dispara\u00c3\u00aetra\\nde la carte des cieux\\nAlfeed M. Cotte.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0022.jp2"}, "23": {"fulltext": "Contes Tir\u00c3\u00a9s de Shakespeare.\\nEOM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nLes deux principales familles de V\u00c3\u00a9rone \u00c3\u00a9taient les\\nopulents Oapulets et les Montaigus. Une vieille que-\\nrelle avait creus\u00c3\u00a9 entre ces deux maisons un ab\u00c3\u00aeme de\\nhaine si mortelle, qu elle s \u00c3\u00a9tendait, de part et d autre,\\naux parents les plus \u00c3\u00a9loign\u00c3\u00a9s, aux amis et jusqu aux\\nserviteurs. Le hasard faisait-il se rencontrer quel-\\nques-uns de ces derniers, il s ensuivait aussit\u00c3\u00b4t des\\naltercations furieuses, suivies parfois de sanglantes col-\\nlisions. De l\u00c3\u00a0, de fr\u00c3\u00a9quentes bagarres qui troublaient\\nl heureuse tranquillit\u00c3\u00a9 de V\u00c3\u00a9rone.\\nIl advint que le vieux chef des Capulets donna un\\ngrand souper, auquel furent convi\u00c3\u00a9s nombre de jolies\\nfemmes et d h\u00c3\u00b4tes de distinction. Toutes les beaut\u00c3\u00a9s\\nde V\u00c3\u00a9rone \u00c3\u00a9taient l\u00c3\u00a0, et, pourvu que l on ne f\u00c3\u00bbt pas\\nde la maison des Montaigus, l on \u00c3\u00a9tait re\u00c3\u00a7u bras\\nouverts.\\nOr, cette f\u00c3\u00aate des Oapulets, se trouvait Eosa-\\nline, la bien-aim\u00c3\u00a9e de Rom\u00c3\u00a9o, fils du vieux chef des\\nMontaigus. Point n \u00c3\u00a9tait prudent pour un Montaigu\\nde se faire voir en pareille assembl\u00c3\u00a9e. Cependant,\\nBenvolio, l un des amis de Rom\u00c3\u00a9o, persuada au jeune", "height": "3100", "width": "2065", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0023.jp2"}, "24": {"fulltext": "2 ROMEO ET JULIETTE.\\nseigneur de s y rendre masqu\u00c3\u00a9. De cette fa\u00c3\u00a7on, il\\npourrait yoir sa Eosaline et la comparer quelques\\nbeaut\u00c3\u00a9s d \u00c3\u00a9lite de V\u00c3\u00a9rone Pr\u00c3\u00a8s d elles, lui disait-\\nil, ton cygne te fera l effet d une corneille\\nBien qu il e\u00c3\u00bbt peu foi dans les discours de Benvolio,\\nKom\u00c3\u00a9o, pour l amour de Eosaline, se d\u00c3\u00a9cida aller au\\nbanquet.\\nIl \u00c3\u00a9tait de ces amoureux sinc\u00c3\u00a8res et passionn\u00c3\u00a9s\\nqui l amour fait perdre le sommeil. Le monde lui\\n\u00c3\u00a9tait charge, et il aimait \u00c3\u00aatre seul pour r\u00c3\u00aaver\\nEosaline, qui le d\u00c3\u00a9daignait et jamais ne r\u00c3\u00a9compensait\\nson amour du plus l\u00c3\u00a9ger signe de courtoisie ou d affec-\\ntion. Benyolio voulait gu\u00c3\u00a9rir son ami de cette pas-\\nsion, en lui montrant d autres femmes et une soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nnouvelle.\\nEom\u00c3\u00a9o, Benvolio et leur ami Mercutio se rendirent\\ndonc masqu\u00c3\u00a9s la f\u00c3\u00aate des Oapulets. Le vieux chef\\nde cette famille leur souhaita la bienvenue\\nNul doute, leur dit le vieillard d un ton de joy-\\neuse humeur, que vous ne dansiez tout l heure avec\\ntoutes les dames dont les orteils ne sont pas tour-\\nment\u00c3\u00a9s par des cors. Eh eh de mon temps, moi\\naussi je portais un masque et je savais glisser dans une\\nfine oreille quelques murmures d amour\\nDe fait, nos jeunes gens dans\u00c3\u00a8rent, et soudain\\nEom\u00c3\u00a9o fut frapp\u00c3\u00a9 de la transcendante beaut\u00c3\u00a9 d une\\nvalseuse qui lui parut enseigner aux flambeaux eux-\\nm\u00c3\u00aames l art de br\u00c3\u00bbler avec \u00c3\u00a9clat, tant cette beaut\u00c3\u00a9 res-\\nplendissait la nuit l instar d un riche joyau port\u00c3\u00a9\\npar quelque sombre Maure beaut\u00c3\u00a9 trop riche, disait-\\nil, pour que l on s en os\u00c3\u00a2t servir beaut\u00c3\u00a9 trop ch\u00c3\u00a8re", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0024.jp2"}, "25": {"fulltext": "ROMEO ET JULIETTE. 3\\npour cette terre blanche tourterelle \u00c3\u00a9gar\u00c3\u00a9e dans une\\nvol\u00c3\u00a9e de corneilles, tant ses perfections \u00c3\u00a9clipsaient\\ncelles des femmes ses compagnes\\nPendant qu il donnait ainsi cours son enthou-\\nsiasme, il fut entendu de Tybalt, neveu du seigneur\\nCapulet, qui le reconnut au son de sa voix pour \u00c3\u00aatre\\nRom\u00c3\u00a9o.\\nCe Tybalt, homme au temp\u00c3\u00a9rament imp\u00c3\u00a9tueux et\\npassionn\u00c3\u00a9, ne put supporter qu un Montaigu v\u00c3\u00aent,\\nsous le couvert d un masque, se moquer effront\u00c3\u00a9ment,\\nson avis, des f\u00c3\u00aates des Oapulets. Dans sa rage, il\\n\u00c3\u00a9clata en impr\u00c3\u00a9cations et eut \u00c3\u00a9tendu mort ses pieds\\nle jeune Rom\u00c3\u00a9o, si son oncle, le vieux chef des Oapu-\\nlets, ne se f\u00c3\u00bbt oppos\u00c3\u00a9 ce qu il f\u00c3\u00bbt fait alors aucun\\nmal celui-ci, non-seulement par respect pour ses\\nh\u00c3\u00b4tes, mais parceque Rom\u00c3\u00a9o s \u00c3\u00a9tait conduit en galant\\nhomme et que partout, dans V\u00c3\u00a9rone, on le prisait\\ncomme un jeune seigneur vertueux et d excellente con-\\nduite.\\nForc\u00c3\u00a9, en d\u00c3\u00a9pit qu il en e\u00c3\u00bbt, d \u00c3\u00aatre patient, Tybalt\\nse contint mais il jura que le jour viendrait o\u00c3\u00b9 ce\\nvil Montaigu paierait ch\u00c3\u00a8rement son intrusion dans\\nl int\u00c3\u00a9rieur des Oapulets.\\nLes danses termin\u00c3\u00a9es, Rom\u00c3\u00a9o suivit du regard l ob-\\njet de son admiration et, la faveur de son d\u00c3\u00a9guise-\\nment, qui, la rigueur, pouvait excuser cette familia-\\nrit\u00c3\u00a9, il se permit, mais avec la meilleure gr\u00c3\u00a2ce du\\nmonde, de lui prendre la main\\nToucher cette ch\u00c3\u00a2sse, lui dit-il, c est sans doute la\\nprofaner mais en p\u00c3\u00a8lerin pudique, je la baiserai en\\nr\u00c3\u00a9paration de ma faute.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0025.jp2"}, "26": {"fulltext": "4 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nBon p\u00c3\u00a8lerin, r\u00c3\u00a9pondit la dame, votre d\u00c3\u00a9votion\\np\u00c3\u00a8che par trop d \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9gance et de galanterie. Les Saints\\nont des mains que les p\u00c3\u00a8lerins peuvent toucher; mais\\nbaiser, jamais\\n\u00e2\u0080\u0094Les Saints n ont-ils pas des l\u00c3\u00a8vres, tout comme\\nles p\u00c3\u00a8lerins dit Rom\u00c3\u00a9o.\\n\u00e2\u0080\u0094Oh dit la dame, des l\u00c3\u00a8vres dont ils doivent se\\nservir pour la pri\u00c3\u00a8re.\\nAlors, ma ch\u00c3\u00a8re Sainte, dit Rom\u00c3\u00a9o, entendez ma\\npri\u00c3\u00a8re et exaucez-la, de peur que je ne tombe dans\\nle d\u00c3\u00a9sespoir\\nLa voix de la m\u00c3\u00a8re de la dame, qui la rappelait pr\u00c3\u00a8s\\nd elle, mit fin ces gracieuses m\u00c3\u00a9taphores et ces\\namoureuses r\u00c3\u00a9parties. Et Rom\u00c3\u00a9o s \u00c3\u00a9tant enquis du\\nnom de la m\u00c3\u00a8re, apprit que l incomparable beaut\u00c3\u00a9 qui\\nl avait si fort fascin\u00c3\u00a9 n \u00c3\u00a9tait autre que la jeune Juli-\\nette, fille et h\u00c3\u00a9riti\u00c3\u00a8re du seigneur Capulet, le grand\\nennemi des Montaigus.\\nSans le savoir, il avait donc donn\u00c3\u00a9 son c\u00c5\u0093ur son\\nennemie.\\nCette pens\u00c3\u00a9e le troubla mais elle ne suffit pas\\ntuer son amour.\\nJuliette ne fut pas moins inqui\u00c3\u00a8te lorsqu elle d\u00c3\u00a9-\\ncouvrit que son jeune interlocuteur \u00c3\u00a9tait Rom\u00c3\u00a9o et un\\nMontaigu car elle s \u00c3\u00a9tait tout aussi soudainement,\\ntout aussi inconsid\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9ment \u00c3\u00a9prise de Rom\u00c3\u00a9o, que Ro-\\nm\u00c3\u00a9o d elle-m\u00c3\u00aame.\\nEtrange r\u00c3\u00a9sultat de l amour, pensait-elle, qui faisait\\nde son ennemi sonbien-aim\u00c3\u00a9 et commandait ses affec-\\ntions de s \u00c3\u00a9tablir, jamais, l\u00c3\u00a0 o\u00c3\u00b9. les consid\u00c3\u00a9rations de\\nfamille lui faisaient un imp\u00c3\u00a9rieux devoir de ha\u00c3\u00afr", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0026.jp2"}, "27": {"fulltext": "ROMEO ET JULIETTE. 5\\nComme il \u00c3\u00a9tait minuit, Rom\u00c3\u00a9o dut se retirer avec\\nses compagnons mais ceux-ci constat\u00c3\u00a8rent bient\u00c3\u00b4t\\nson absence. Ne pouvant demeurer loin de la maison\\no\u00c3\u00b9 il avait laiss\u00c3\u00a9 son c\u00c5\u0093ur, il avait escalad\u00c3\u00a9 le mur\\nd un verger situ\u00c3\u00a9 derri\u00c3\u00a8re la demeure de Juliette.\\nIl y \u00c3\u00a9tait peine, absorb\u00c3\u00a9 tout entier par son nouvel\\namour, quand, au-dessus de lui, Juliette apparut une\\nfen\u00c3\u00aatre, sa merveilleuse beaut\u00c3\u00a9 semblant en jaillir en\\nflots de lumi\u00c3\u00a8re pareils ceux du soleil son lever.\\nEt, comme si l \u00c3\u00a9clatante sup\u00c3\u00a9riorit\u00c3\u00a9 de ce nouveau\\nsoleil l e\u00c3\u00bbt attrist\u00c3\u00a9e et p\u00c3\u00a2lie, la lune, qui projetait alors\\nsur le verger quelques faibles rayons, sembla Eom\u00c3\u00a9o\\ncomme frapp\u00c3\u00a9e de langueur.\\nJuliette \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0, la joue appuy\u00c3\u00a9e sur la main et\\nEom\u00c3\u00a9o se sentait un d\u00c3\u00a9sir fou de devenir le gant de\\ncette main, afin de pouvoir toucher cette joue.\\nPendant ce temps, elle, se croyant seule, laissait\\ns exhaler un soupir profond et s \u00c3\u00a9criait i Ah pau-\\nvre moi\\nCes mots jet\u00c3\u00a8rent Rom\u00c3\u00a9o dans le ravissement\\nOh parle encore, dit-il doucement, sans qu elle\\nl entend\u00c3\u00aet parle encore, ange lumineux car c est\\nbien ainsi que tu m apparais, planant au-dessus de\\nma t\u00c3\u00aate, comme un de ces messagers a\u00c3\u00ael\u00c3\u00a9s d en haut\\nque n ose fixer le regard des mortels.\\nElle, ignorant toujours qu elle e\u00c3\u00bbt un auditeur, et\\nle c\u00c5\u0093ur d\u00c3\u00a9bordant de cette passion toute nouvelle que\\nle hasard d une nuit avait suffi enfanter, appela par\\nson nom l amant qu elle supposait loin d elle\\nRom\u00c3\u00a9o Rom\u00c3\u00a9o s \u00c3\u00a9cria-t-elle, o\u00c3\u00b9 es-tu, mon\\nRom\u00c3\u00a9o Renonce ton p\u00c3\u00a8re et ton nom, pour", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0027.jp2"}, "28": {"fulltext": "6 ROMEO ET JULIETTE.\\nl amour de moi ou, si tu ne le yeux pas, jure que tu\\nn aimeras que moi, et moi, je cesse l instant d \u00c3\u00aatre\\nune Oapulet.\\nRom\u00c3\u00a9o br\u00c3\u00bblait de r\u00c3\u00a9pondre ce tendre encourage-\\nment mais il d\u00c3\u00a9sirait en entendre davantage, et la\\ndame continua, avec toute la v\u00c3\u00a9h\u00c3\u00a9mence de la passion,\\nce qu elle croyait \u00c3\u00aatre un monologue, reprochant de\\nnouveau Rom\u00c3\u00a9o d \u00c3\u00aatre Rom\u00c3\u00a9o et un Montaigu, d\u00c3\u00a9si-\\nrant pour lui un autre nom, ou le suppliant de d\u00c3\u00a9-\\npouiller ce nom d\u00c3\u00a9test\u00c3\u00a9, et, en \u00c3\u00a9change de ce nom qui\\nne faisait nullement partie de lui-m\u00c3\u00aame, de prendre\\ntout ce qui \u00c3\u00a9tait elle.\\nA cette explosion d amour, Rom\u00c3\u00a9o, ne pouvant se\\ncontenir davantage, entama un dialogue comme si les\\nderniers mots de Juliette lui eussent \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 personnelle-\\nment adress\u00c3\u00a9s\\nAppelle-moi Amour, s \u00c3\u00a9cria-t-il, ou de quelque\\nnom que tu voudras car, d\u00c3\u00a9sormais, je ne suis plus\\nRom\u00c3\u00a9o, si ce nom a le malheur de te d\u00c3\u00a9plaire.\\nCette voix d homme venant du jardin alarma vive-\\nment Juliette. Elle ignorait tout d abord qui avait\\npu, la faveur des t\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8bres de la nuit, d\u00c3\u00a9couvrir ainsi\\nson secret mais, lorsqu il parla de nouveau, bien que\\nses oreilles se fussent peine d\u00c3\u00a9lect\u00c3\u00a9es de cent mots\\nsortis de ces l\u00c3\u00a8vres, l ou\u00c3\u00afe de l amour est si fine qu elle\\ncomprit la pr\u00c3\u00a9sence du jeune Rom\u00c3\u00a9o et lui fit de vives\\nremontrances pour s \u00c3\u00aatre expos\u00c3\u00a9 de grands dangers\\nen franchissant le mur du verger\\nSi quelqu un de ma famille vous trouvait ici, lui\\ndit-elle, vous, un Montaigu, vous n en sortiriez pas\\nvivant.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0028.jp2"}, "29": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 7\\n\u00c3\u0080h r\u00c3\u00a9pondit Rom\u00c3\u00a9o, il y a plus de p\u00c3\u00a9ril dans un\\nseul de vos yeux, que dans vingt de leurs \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9es. Jetez\\nseulement sur moi, madame, un seul de vos bienveil-\\nlants regards et me voil\u00c3\u00a0 cuirass\u00c3\u00a9 contre toute leur\\nhaine. Mieux vaut mille fois que cette haine termine\\nma vie, que de voir se prolonger cette vie abhorr\u00c3\u00a9e,\\ns il me faut la conserver sans votre amour.\\nComment \u00c3\u00aafces-vous venu ici, dit Juliette, et qui\\nvous y a conduit\\nL amour! r\u00c3\u00a9pondit Rom\u00c3\u00a9o. Je ne suis pas pilote,\\net cependant, fussiez-vous aussi \u00c3\u00a9loign\u00c3\u00a9e de moi que\\nl est la rive immense que lave la mer la plus lointaine,\\nje hasarderais tout pour me saisir d un tel butin.\\nLes joues de Juliette s empourpr\u00c3\u00a8rent la pens\u00c3\u00a9e\\nd avoir, sans le vouloir, mis son c\u00c5\u0093ur nu devant Ro-\\nm\u00c3\u00a9o. Heureusement, la nuit \u00c3\u00a9tait sombre et celui-ci\\nne vit rien de ce pudique embarras. Juliette e\u00c3\u00bbt bien\\nvoulu reprendre ce qu elle avait dit mais c \u00c3\u00a9tait im-\\npossible. Elle e\u00c3\u00bbt bien voulu se cramponner aux con-\\nveuances, tenir distance son adorateur, comme le\\nfait toute femme avis\u00c3\u00a9e, avec force froncements de\\nsourcils, regards courrouc\u00c3\u00a9s et refus s\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a8res.\\nC est la tactique des mondaines de se replier sur\\nelles-m\u00c3\u00aames et d affecter indiff\u00c3\u00a9rence ou pruderie, alors\\nque leur amour est le plus intense.\\nElles emp\u00c3\u00aachent ainsi ceux qui les courtisent de\\ncroire une victoire trop facile, car on estime d autant\\nplus ce qu il est difficile d acqu\u00c3\u00a9rir.\\nMais, dans le cas de Juliette, il n y avait place ni pour\\nun refus, ni pour des d\u00c3\u00a9lais, ni pour les mille petites\\nruses destin\u00c3\u00a9es prolonger les anxi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9s d un amant.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0029.jp2"}, "30": {"fulltext": "8 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nC \u00c3\u00a9tait de sa propre bouche, elle, que Eom\u00c3\u00a9o,\\nalors qu elle ne le soup\u00c3\u00a7onnait pas pr\u00c3\u00a8s d elle, ayait\\nentendu l aveu de son amour. Et, avec une ad-\\nmirable franchise, que la nouveaut\u00c3\u00a9 de sa situation\\nexcusait, elle lui confirma la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de ce qu il avait\\nentendu, en l appelant Beau Montaigu.\\nC est un des privil\u00c3\u00a8ges de l amour d \u00c3\u00a9dulcorer un\\nnom plein d amertume\\nNe me croyez pas l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re ou indigne de vous, lui\\ndit-elle, parceque je me rends sans combattre. La\\nfaute en est, si faute il y a, aux ombres de la nuit aux-\\nquelles j ai si \u00c3\u00a9trangement confi\u00c3\u00a9 mes pens\u00c3\u00a9es. Bien\\nque ma conduite envers vous, jug\u00c3\u00a9e d apr\u00c3\u00a8s les habi-\\ntudes de mon sexe, puisse ne pas vous para\u00c3\u00aetre suffi-\\nsamment prudente, soyez assur\u00c3\u00a9 que je vous serai plus\\nfid\u00c3\u00a8le que beaucoup dont la sagesse n est que dissimu-\\nlation, et la modestie, un subtile artifice.\\nD\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 Eom\u00c3\u00a9o prenait le ciel t\u00c3\u00a9moin que rien n \u00c3\u00a9tait\\nplus loin de sa pens\u00c3\u00a9e que de souiller de l ombre d un\\ndoute la puret\u00c3\u00a9 d intentions d une si honorable dame,\\nquand elle l arr\u00c3\u00aata, le priant de ne faire aucun ser-\\nment. Eom\u00c3\u00a9o serait d\u00c3\u00a9sormais toute sa joie et ce-\\npendant, disait-elle, elle ne pouvait se r\u00c3\u00a9jouir de con-\\ntracter, cette nuit m\u00c3\u00aame, un supr\u00c3\u00aame engagement.\\nTant de pr\u00c3\u00a9cipitation, en l absence de tout conseil, lui\\nparaissait d une soudainet\u00c3\u00a9 coupable.\\nMais Eom\u00c3\u00a9o insistait pour qu elle \u00c3\u00a9change\u00c3\u00a2t avec\\nlui, sans plus tarder, un serment d amour\\nVous avez d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 le mien avant de l avoir demand\u00c3\u00a9,\\nr\u00c3\u00a9pliqua-t-elle, puisque vous avez entendu mon aveu\\nmais je le r\u00c3\u00a9tracte, pour avoir le plaisir de le r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9ter", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0030.jp2"}, "31": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 9\\nencore, car avec vous ma g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9 est aussi infinie\\nque l oc\u00c3\u00a9an, dont mon amour a la profondeur.\\nCet affectueux colloque fut interrompu par la nour-\\nrice de Juliette, qui partageait son lit et trouvait qu il\\n\u00c3\u00a9tait grand temps qu elle v\u00c3\u00aent se coucher, car le jour\\nn allait pas tarder poindre.\\nJuliette disparut, mais pour revenir bien vite et dire\\nen quelques mots Eom\u00c3\u00a9o que si ses intentions \u00c3\u00a9taient\\nvraiment honorables et si son but \u00c3\u00a9tait de l \u00c3\u00a9pouser,\\nelle lui enverrait le lendemain un messager pour fixer\\nle jour de leur union. Alors elle mettrait ses pieds\\ntoutes ses destin\u00c3\u00a9es, pr\u00c3\u00aate le suivre au bout du\\nmonde comme son ma\u00c3\u00aetre et seigneur.\\nPendant qu ils r\u00c3\u00a9glaient ce point d\u00c3\u00a9licat, Juliette fut\\nplusieurs reprises appel\u00c3\u00a9e par sa nourrice. Chaque\\nfois elle quittait Eom\u00c3\u00a9o, puis revenait. Il semblait\\nqu elle craign\u00c3\u00aet de le voir s \u00c3\u00a9loigner d elle, pareille\\nces jeunes filles qui permettent leur oiseau favori de\\nvoleter un instant au-dessus de leur main, mais le re-\\ntiennent vivement l aide d un fil de soie.\\nDe son c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, Eom\u00c3\u00a9o avait autant de r\u00c3\u00a9pugnance\\ns \u00c3\u00a9loigner qu elle-m\u00c3\u00aame; car, pour les amoureux, il\\nn est pas de plus douce musique que celle de leur pro-\\npre babil la nuit. Il fallut cependant se s\u00c3\u00a9parer\\nmais ce ne fut pas sans s \u00c3\u00aatre souhait\u00c3\u00a9 mutuellement\\nvingt fois un d\u00c3\u00a9licieux repos.\\nL aurore se levait ce moment mais Eom\u00c3\u00a9o \u00c3\u00a9tait\\ntrop plein de sa ma\u00c3\u00aetresse et des souvenirs de cette\\nbienheureuse entrevue pour songer dormir.\\nAussi, au lieu de se rendre chez lui, se dirigea-t-il vers\\nun monast\u00c3\u00a8re voisin, pour y rencontrer le fr\u00c3\u00a8re Laurent.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0031.jp2"}, "32": {"fulltext": "10 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nLe bon fr\u00c3\u00a8re \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 ses d\u00c3\u00a9votions mais en voy-\\nant le jeune Rom\u00c3\u00a9o arriver de si bonne heure, il com-\\nprit sans peine que celui-ci ne s \u00c3\u00a9tait pas couch\u00c3\u00a9 et\\nque quelque violent acc\u00c3\u00a8s de passion l avait tenu\\n\u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a9.\\nEn cela, il avait raison mais il se trompait sur\\nl objet de cette passion, qu il croyait \u00c3\u00aatre Rosaline.\\nAussi, quand Eom\u00c3\u00a9o lui eut r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9 son amour tout\\nnouveau pour Juliette et l eut pri\u00c3\u00a9 de lui pr\u00c3\u00aater son\\nminist\u00c3\u00a8re pour l unir elle le jour m\u00c3\u00aame, le saint\\nhomme leva les yeux et les mains au ciel en signe d\\ntonnement. Ce revirement soudain dans les affections\\nde Eom\u00c3\u00a9o l \u00c3\u00a9merveillait, car celui-ci l avait fait le con-\\nfident de son amour pour Rosaline et de la peine qu il\\nressentait de ses d\u00c3\u00a9dains\\nL amour des jeunes gens, s \u00c3\u00a9cria-t-il, n a vraiment\\naucune fondation dans leur c\u00c5\u0093ur ils n aiment qu avec\\nleurs yeux.\\nMais, r\u00c3\u00a9pliqua Rom\u00c3\u00a9o, vous m avez vous-m\u00c3\u00aame\\nbien souvent grond\u00c3\u00a9 cause de ma folle passion pour\\nRosaline qui, disiez-vous, ne m aimerait jamais, tandis\\nque Juliette m adore et est ador\u00c3\u00a9e de moi.\\nCe langage convainquit en partie fr\u00c3\u00a8re Laurent.\\nPuis, il songea qu un mariage entre la jeune Juliette\\net Rom\u00c3\u00a9o pourrait bien avoir comme cons\u00c3\u00a9quence\\nheureuse une r\u00c3\u00a9conciliation entre les Capulets et les\\nMontaigus.\\nPersonne, plus que le bon fr\u00c3\u00a8re, ne d\u00c3\u00a9plorait la lon-\\ngue d\u00c3\u00a9sunion de ces deux familles dont il \u00c3\u00a9tait l ami\\ncommun et qu il avait souvent, mais en vain, tent\u00c3\u00a9\\nd amener oublier leurs vieilles querelles. Aussi,", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0032.jp2"}, "33": {"fulltext": "ROMEO ET JULIETTE. 11\\nmoiti\u00c3\u00a9 par politique, moiti\u00c3\u00a9 par affection pour Bo-\\nrn\u00c3\u00a9o, qui il ne savait rien refuser, le vieillard con-\\nsentit b\u00c3\u00a9nir son union avec Juliette.\\nImmense, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, fut alors la f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9 de Rom\u00c3\u00a9o.\\nJuliette lui avait d\u00c3\u00a9p\u00c3\u00aach\u00c3\u00a9, selon sa promesse, un mes-\\nsager qui avait fait conna\u00c3\u00aetre la jeune fille les inten-\\ntions de son amant. Elle se pr\u00c3\u00a9senta sans retard la\\ncellule du fr\u00c3\u00a8re Laurent qui les unit par les liens sa-\\ncr\u00c3\u00a9s du mariage, priant le ciel de sourire aux nouveaux\\n\u00c3\u00a9poux et d ensevelir dans leur bonheur les antiques\\ndiscordes et les longues dissensions des Montaigus et\\ndes Oapulets.\\nLa c\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9monie termin\u00c3\u00a9e, Juliette retourna chez elle\\nen toute h\u00c3\u00a2te et y attendit impatiemment l arriv\u00c3\u00a9e de\\nla nuit. Rom\u00c3\u00a9o lui avait promis de la rencontrer\\nalors dans le verger, au lieu m\u00c3\u00aame o\u00c3\u00b9 ils s \u00c3\u00a9taient par-\\nl\u00c3\u00a9 la nuit pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dente, et Juliette trouvait le temps qui\\nla s\u00c3\u00a9parait de lui aussi intol\u00c3\u00a9rable que la nuit qui pr\u00c3\u00a9-\\nc\u00c3\u00a8de une grande f\u00c3\u00aate dans laquelle une fillette doit\\nporter de nouveaux atours.\\nCe m\u00c3\u00aame jour, vers midi, les amis de Rom\u00c3\u00a9o, Ben-\\nvolio et Mercutio, se promenaient dans les rues de V\u00c3\u00a9-\\nrone, quand ils rencontr\u00c3\u00a8rent plusieurs Capulets ayant\\nleur t\u00c3\u00aate l imp\u00c3\u00a9tueux Tybalt, le m\u00c3\u00aame qui, dans un\\nacc\u00c3\u00a8s de fureur, voulait provoquer Rom\u00c3\u00a9o pendant la\\nf\u00c3\u00aate du vieux chef des Capulets.\\nA la vue de Mercutio, il devint arrogant et lui re-\\nprocha brutalement ses relations avec Rom\u00c3\u00a9o, un\\nMontaigu.\\nMercutio avait le sang aussi jeune et aussi chaud\\nque Tybalt, et lui r\u00c3\u00a9pondit avec quelque aigreur. En", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0033.jp2"}, "34": {"fulltext": "12 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nd\u00c3\u00a9pit des efforts deBenvolio pour mod\u00c3\u00a9rer leur col\u00c3\u00a8re,\\nils allaient en venir aux mains, lorsque Eom\u00c3\u00a9o lui\\nm\u00c3\u00aame vint passer.\\nLe violent Tybalt tourna sa rage contre lui et lui\\nlan\u00c3\u00a7a l injurieuse \u00c3\u00a9pith\u00c3\u00a8te de vilain.\\nEom\u00c3\u00a9o voulait tout prix \u00c3\u00a9viter une querelle avec\\nTybalt, parceque celui-ci \u00c3\u00a9tait de la famille de Juliette,\\nqui l aimait beaucoup. Et puis, le jeune Montaigu,\\nnaturellement pacifique et sage, ne s \u00c3\u00a9tait jamais s\u00c3\u00a9-\\nrieusement m\u00c3\u00aal\u00c3\u00a9 de ces querelles de famille et le\\nnom de Oapulet, port\u00c3\u00a9 par sa bien-aim\u00c3\u00a9e, devait plut\u00c3\u00b4t\\nmaintenant produire l effet d un charme contre le res-\\nsentiment, que celui d un mot d ordre allumant la\\ncol\u00c3\u00a8re.\\nIl essaya donc de raisonner avec Tybalt, qu il salua\\navec douceur du nom de bon Oapulet, comme si,\\nen d\u00c3\u00a9pit qu il f\u00c3\u00bbt lui-m\u00c3\u00aame un Montaigu, il savourait\\nun secret plaisir en pronon\u00c3\u00a7ant le nom de ses ennemis.\\nMais Tybalt ha\u00c3\u00afssait tout ce qui \u00c3\u00a9tait Montaigu\\nl \u00c3\u00a9gal de l enfer. Il ne voulut rien entendre et d\u00c3\u00a9-\\ngaina.\\nMercutio, ne sachant rien du secret motif qui faisait\\nd\u00c3\u00a9sirer Eom\u00c3\u00a9o de rester en paix avec Tybalt, ne vit\\ndans la pacifique attitude de son ami qu une sorte\\nd ignominieuse soumission, et provoqua, en termes\\npleins de m\u00c3\u00a9pris, le farouche Tybalt vider tout\\nd abord sa querelle avec lui-m\u00c3\u00aame.\\nAinsi fut fait, et Mercutio tomba, frapp\u00c3\u00a9 mort\\npar Tybalt, pendant que Eom\u00c3\u00a9o et Benvolio essayaient\\nen vain d arr\u00c3\u00aater le combat.\\nA la vue de son ami mort, Eom\u00c3\u00a9o ne put se con-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0034.jp2"}, "35": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 13\\ntenir plus longtemps et, son tour, infligea Tybalt\\nla m\u00c3\u00a9prisante \u00c3\u00a9pith\u00c3\u00a8te de vilain.\\nTous deux se battirent, jusqu ce que Tybalt tom-\\nba perc\u00c3\u00a9 du fer de Eom\u00c3\u00a9o.\\nLa nouvelle d une pareille \u00c3\u00a9chauffour\u00c3\u00a9e, ensanglan-\\ntant les rues de V\u00c3\u00a9rone en plein midi, attira bien vite\\nsur le lieu du combat une foule de citoyens et, parmi\\neux, les seigneurs Oapulet et Montaigu, accompagn\u00c3\u00a9s\\nde leurs femmes.\\nBient\u00c3\u00b4t arriva le prince lui-m\u00c3\u00aame, auquel Mercu-\\ntio, victime de Tybalt, \u00c3\u00a9tait alli\u00c3\u00a9 par le sang. Fatigu\u00c3\u00a9\\nde voir la paix de son gouvernement si souvent trou-\\nbl\u00c3\u00a9e par les tumultueuses querelles des Montaigus et\\ndes Capulets, il \u00c3\u00a9tait bien r\u00c3\u00a9solu cette fois punir\\nselon toute la rigueur des lois ceux qu il trouverait\\ncoupables.\\nTout d abord, il ordonna Benvolio, t\u00c3\u00a9moin ocu-\\nlaire du double duel, de lui en expliquer l origine.\\nBenvolio le fit, se tenant aussi pr\u00c3\u00a8s que possible de\\nla v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 sans nuire Rom\u00c3\u00a9o, adoucissant et excusant\\nla part qu y avaient prise ses amis.\\nLa femme du vieux chef des Capulets, qu exasp\u00c3\u00a9rait\\nla perte de son parent Tybalt, r\u00c3\u00a9clamait une vengeance\\n\u00c3\u00a9clatante et suppliait le prince d appliquer au meur-\\ntrier l extr\u00c3\u00aame p\u00c3\u00a9nalit\u00c3\u00a9 de la loi. Les assertions de\\nBenvolio, disait-elle, ne m\u00c3\u00a9ritaient aucune cr\u00c3\u00a9ance.\\nAmi de Eom\u00c3\u00a9o, et lui-m\u00c3\u00aame un Montaigu, il ne pou-\\nvait \u00c3\u00aatre impartial.\\nAinsi, sans le savoir, puisqu elle ignorait que Eo-\\nm\u00c3\u00a9o f\u00c3\u00bbt le mari de Juliette, elle plaidait contre son\\npropre gendre. D autre part, la femme du chef des", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0035.jp2"}, "36": {"fulltext": "14 ROMEO ET JULIETTE.\\nMontaigus plaidait pour la vie de son fils, pr\u00c3\u00a9tendant\\navec quelque justice que Eom\u00c3\u00a9o n avait encouru aucune\\np\u00c3\u00a9nalit\u00c3\u00a9 en tuant Tybalt, coupable d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 devant la loi\\ndu meurtre de Mercutio.\\nLe prince, sans se laisser \u00c3\u00a9mouvoir par les excla-\\nmations passionn\u00c3\u00a9es de ces femmes, examina froide-\\nment les faits et condamna Eom\u00c3\u00a9o \u00c3\u00aatre banni de\\nV\u00c3\u00a9rone.\\nC \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0 une accablante nouvelle pour Juliette, cette\\n\u00c3\u00a9pouse de quelques heures, qu un tel d\u00c3\u00a9cret frappait\\nd une sorte de divorce \u00c3\u00a9ternel\\nQuand elle l apprit, elle donna tout d abord un libre\\ncours son indignation contre Kom\u00c3\u00a9o, devenu le meur-\\ntrier de son cher cousin.\\nDans sa lutte entre son amour et sa col\u00c3\u00a8re, elle lui\\ndonnait les noms les plus contradictoires.\\nElle le traitait de tyran beau comme le jour, d an-\\ng\u00c3\u00a9lique d\u00c3\u00a9mon, de colombe au plumage de corbeau,\\nd agneau aux instincts de loup, de c\u00c5\u0093ur de serpent\\ncach\u00c3\u00a9 sous une figure aussi ravissante qu un bouquet\\nde fleurs embaum\u00c3\u00a9es.\\nMais, la fin, l amour l emporta, et les pleurs que\\nlui fit verser le chagrin de savoir son cousin tu\u00c3\u00a9 par\\nRom\u00c3\u00a9o se chang\u00c3\u00a8rent en ros\u00c3\u00a9e d all\u00c3\u00a9gresse, la pens\u00c3\u00a9e\\nque son mari vivait, alors qu il e\u00c3\u00bbt pu tomber sous le\\nfer de Tybalt.\\nPuis, elle pleura de nouveau mais ce fut sur le\\nbannissement de Eom\u00c3\u00a9o. Ce mot de bannissement lui\\n\u00c3\u00a9tait plus terrible que la mort de vingt Tybalts.\\nA la suite de la bagarre, Eom\u00c3\u00a9o s \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9fugi\u00c3\u00a9 dans\\nla cellule de fr\u00c3\u00a8re Laurent. C est l\u00c3\u00a0 qu il apprit la", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0036.jp2"}, "37": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 15\\nsentence prononc\u00c3\u00a9e contre lui par le prince, et elle lui\\nsembla plus affreuse que la mort m\u00c3\u00aame.\\nPour lui, le monde n existait pas en dehors des murs\\nde V\u00c3\u00a9rone la vie lui paraissait impossible, s il ne de-\\nvait plus voir Juliette.\\nO\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9tait Juliette, c \u00c3\u00a9tait le ciel hors de l\u00c3\u00a0, il n y\\navait que purgatoire, torture, enfer.\\nEn vain le bon fr\u00c3\u00a8re voulait-il appliquer le rem\u00c3\u00a8de\\nde la philosophie cette grande douleur Eom\u00c3\u00a9o, fou\\nd amour, n en voulait point entendre parler. Il s ar-\\nrachait les cheveux comme un forcen\u00c3\u00a9 il se jetait\\ntout de son long sur la terre, pour y prendre, disait-il,\\nla mesure de sa fosse.\\nUn message de sa bien-aim\u00c3\u00a9e vint l arracher ce\\nd\u00c3\u00a9sespoir indigne de lui. Le courage lui revint\\nquelque peu, et fr\u00c3\u00a8re Laurent en profita pour lui\\nreprocher l inconvenante faiblesse dont il avait fait\\npreuve\\nIl avaifc tu\u00c3\u00a9 Tybalt; allait-il se tuer lui-m\u00c3\u00aame et\\ndonner le coup de la mort la ch\u00c3\u00a8re \u00c3\u00a2me qui ne vivait\\nque par lui La noble forme de l homme, lui disait-il,\\nn est plus qu un amas de cire molle, quand le courage\\nqui fait sa force l abandonne. Il avait m\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 la mort,\\net la loi qui, par la bouche du prince, ne le condam-\\nnait qu au bannissement, s \u00c3\u00a9tait faite indulgente pour\\nlui. Il avait tu\u00c3\u00a9 Tybalfc, mais Tybalt aurait pu le\\ntuer il y avait bien dans cette pens\u00c3\u00a9e quelque motif\\nde jubilation. Juliette vivait et, contre toute esp\u00c3\u00a9r-\\nance, \u00c3\u00a9tait devenue sa femme bien-aim\u00c3\u00a9e il y avait\\nl\u00c3\u00a0 tout un oc\u00c3\u00a9an de f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9.\\nToutes ces suggestions de bonheur, imagin\u00c3\u00a9es par", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0037.jp2"}, "38": {"fulltext": "16 ROMEO ET JULIETTE.\\nfr\u00c3\u00a8re Laurent, Eom\u00c3\u00a9o les rejeta de l air rev\u00c3\u00aache d une\\nmalapprise donzelle\\nPrenez garde, lui dit le bon fr\u00c3\u00a8re tout d\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9\\na fatalement devant soi une mort mis\u00c3\u00a9rable\\nEt quand il vit Eom\u00c3\u00a9o plus calme, il lui conseilla\\nd aller prendre secr\u00c3\u00a8tement cong\u00c3\u00a9, cette nuit m\u00c3\u00aame,\\nde sa ch\u00c3\u00a8re Juliette, et de se rendre ensuite tout\\ndroit Mantoue, o\u00c3\u00b9 il demeurerait jusqu ce que\\nlui, fr\u00c3\u00a8re Laurent, trouv\u00c3\u00a2t une occasion favorable\\npour rendre publique la nouvelle d un mariage qui\\npouvait devenir un heureux moyen de r\u00c3\u00a9conciliation\\nentre les deux familles. Nul doute que le prince, en\\nl apprenant, ne f\u00c3\u00bbt dispos\u00c3\u00a9 pardonner Eom\u00c3\u00a9o.\\nAlors, il reviendrait vingt fois plus joyeux qu il n \u00c3\u00a9tait\\nd\u00c3\u00a9sol\u00c3\u00a9 son d\u00c3\u00a9part.\\nLe jeune homme se laissa convaincre par les sages\\nconseils du fr\u00c3\u00a8re et le quitta pour se rendre chez Ju-\\nliette, chez qui il se proposait de passer la nuit. Au\\npoint du jour, il partirait seul pour Mantoue, o\u00c3\u00b9,\\nselon les promesses du bon fr\u00c3\u00a8re, il recevrait de temps\\nautre des lettres qui le tiendraient au courant de ce\\nqui se passerait V\u00c3\u00a9rone.\\nEom\u00c3\u00a9o passa, en effet, cette nuit-l\u00c3\u00a0 pr\u00c3\u00a8s de sa ch\u00c3\u00a8re\\nJuliette, chez qui il fut secr\u00c3\u00a8tement admis, gr\u00c3\u00a2ce au\\nverger dans lequel il avait entendu la veille l aveu de\\nson amour. H\u00c3\u00a9las les joies et les ravissements des\\ndeux \u00c3\u00a9poux furent tristement g\u00c3\u00a2t\u00c3\u00a9s par la pens\u00c3\u00a9e\\nd une s\u00c3\u00a9paration prochaine et le souvenir des fatales\\naventures de la veille.\\nL aurore tant redout\u00c3\u00a9e leur parut venir trop vite,\\net quand Juliette entendit le chant de l alouette, elle", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0038.jp2"}, "39": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 1?\\ne\u00c3\u00bbt bien voulu se persuader que c \u00c3\u00a9tait le chant du\\nrossignol, le musicien des nuits.\\nMais e \u00c3\u00a9tait bien l alouette qui chantait.\\nPour la premi\u00c3\u00a8re fois, elle trouva cet oiseau triste et\\nsans harmonie.\\nD ailleurs, les premi\u00c3\u00a8res lueurs du jour apparaissant\\nl orient disaient trop nos amants que l heure \u00c3\u00a9tait\\nvenue de se quitter.\\nRom\u00c3\u00a9o prit cong\u00c3\u00a9 de sa Juliette le c\u00c5\u0093ur bien gros,\\net lui promit de lui \u00c3\u00a9crire de Mantoue chaque heure\\ndu jour.\\nQuand Juliette l eut vu descendre dans le verger par\\nla fen\u00c3\u00aatre de la chambre nuptiale, elle se sentit en-\\nvahir par les plus tristes pressentiments. Il lui sem-\\nbla le voir d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 mort et glac\u00c3\u00a9 au fond de sa tombe.\\nEom\u00c3\u00a9o, bien qu il se trouv\u00c3\u00a2t dans le m\u00c3\u00aame \u00c3\u00a9tat\\nd esprit, dut n\u00c3\u00a9anmoins se h\u00c3\u00a2ter de partir, car il y\\nallait de sa vie s il \u00c3\u00a9tait rencontr\u00c3\u00a9 dans les rues de\\nV\u00c3\u00a9rone apr\u00c3\u00a8s le lever du soleil.\\nMais ce n \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0 que le premier acte de la trag\u00c3\u00a9die\\ndont ce couple infortun\u00c3\u00a9 devait \u00c3\u00aatre la double victime.\\nQuelques jours peine s \u00c3\u00a9taient \u00c3\u00a9coul\u00c3\u00a9s depuis le\\nd\u00c3\u00a9part de Rom\u00c3\u00a9o, lorsque le vieux chef des Capulets\\nannon\u00c3\u00a7a Juliette, qu il ne savait pas mari\u00c3\u00a9e, le choix\\nqu il avait fait pour elle du comte Paris, jeune et vail-\\nlant seigneur, nullement indigne de Juliette, si elle\\nn e\u00c3\u00bbt jamais vu Rom\u00c3\u00a9o,\\nCette nouvelle terrifia Juliette et la plongea dans la\\nplus triste perplexit\u00c3\u00a9.\\nElla pr\u00c3\u00a9texta sa jeunesse, peu faite pour le ma-\\nriage la mort r\u00c3\u00a9cente de Tybalt qui l avait si fort", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0039.jp2"}, "40": {"fulltext": "18 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\naffect\u00c3\u00a9e qu elle ne pourrait se montrer joyeuse devant\\nun \u00c3\u00a9poux l inconvenance qu il y aurait pour la fa-\\nmille des Capulets c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9brer des noces alors que les\\nfun\u00c3\u00a9railles de leur parent \u00c3\u00a9taient peine termin\u00c3\u00a9es\\ntoute esp\u00c3\u00a8ce de raisons, enfin, except\u00c3\u00a9 la v\u00c3\u00a9ritable,\\nsavoir qu elle \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 mari\u00c3\u00a9e.\\nMais le vieux Capulet resta sourd toutes ses ex-\\ncuses et, d un ton p\u00c3\u00a9remptoire, lui ordonna de se tenir\\npr\u00c3\u00aate, car le jeudi suivant elle \u00c3\u00a9pouserait Paris.\\nIl avait trouv\u00c3\u00a9 pour sa fille un parti riche, jeune et\\nnoble, digne d \u00c3\u00aatre accept\u00c3\u00a9 avec enthousiasme par les\\nplus fi\u00c3\u00a8res h\u00c3\u00a9riti\u00c3\u00a8res de V\u00c3\u00a9rone, et il n entendait pas\\nque par un refus, qu il taxait de pruderie affect\u00c3\u00a9e, elle\\nm\u00c3\u00aet elle-m\u00c3\u00aame des obstacles son propre bonheur.\\nDans cette extr\u00c3\u00a9mit\u00c3\u00a9, Juliette s adressa au fr\u00c3\u00a8re\\nLaurent, son ami et son conseiller dans toutes ses af-\\nflictions\\nEtes- vous dispos\u00c3\u00a9e, lui dit celui-ci, vous sou-\\nmettre un rem\u00c3\u00a8de h\u00c3\u00a9roique\\nJe descendrais vivante au tombeau, r\u00c3\u00a9pondit-elle,\\nplut\u00c3\u00b4t que d \u00c3\u00a9pouser Paris, du vivant de mon cher\\n\u00c3\u00a9poux.\\nAlors, il lui conseilla de retourner chez elle, d affec-\\nter la ga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9 et de donner son p\u00c3\u00a8re le consentement\\nqu il d\u00c3\u00a9sirait.\\nLa nuit suivante, elle boirait le contenu d une fiole,\\ngr\u00c3\u00a2ce auquel, pendant quarante-deux heures, elle de-\\nmeurerait froide et,comme morte. Quand Paris vien-\\ndrait la chercher au matin du mariage, il la trouverait\\nen apparence sans vie. On la porterait alors, selon la\\ncoutume du pays, la face d\u00c3\u00a9couverte, la vo\u00c3\u00bbte de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0040.jp2"}, "41": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 19\\nfamille, et si elle pouvait surmonter ses terreurs de\\nfemme et consentir cette formidable \u00c3\u00a9preuve, au bout\\nde quarante-deux heures tant l op\u00c3\u00a9ration de ce liquide\\n\u00c3\u00a9tait infaillible elle se retrouverait \u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a9e et comme\\nau sortir d un r\u00c3\u00aave. Mais avant qu elle ne s \u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a2t,\\nle fr\u00c3\u00a8re Laurent aurait eu soin de pr\u00c3\u00a9venir Eom\u00c3\u00a9o qui\\nviendrait de nuit et emporterait sa bien-aim\u00c3\u00a9e Man-\\ntoue.\\nSi horrible que lui par\u00c3\u00bbt cette chance de salut,\\nJuliette puisa dans son amour, et la crainte d \u00c3\u00a9pouser\\nParis, la force de l accepter.\\nElle prit la fiole que lui donnait le fr\u00c3\u00a8re et promit\\nde se conformer ses instructions.\\nEn quittant le monast\u00c3\u00a8re, elle rencontra le jeune\\ncomte Paris, qui, avec une feinte modestie, elle pro-\\nmit de donner sa main.\\nGrande fut la joie du vieux Capulet et de sa femme.\\nLe vieillard en parut tout rajeuni, et Juliette, qui\\nl avait extr\u00c3\u00aamement m\u00c3\u00a9content\u00c3\u00a9 en refusant le comte,\\nredevint sa fille ch\u00c3\u00a9rie, maintenant qu elle promettait\\nde lui ob\u00c3\u00a9ir.\\nLa plus grande activit\u00c3\u00a9 r\u00c3\u00a9gna dans le palais, en vue\\ndes prochaines fian\u00c3\u00a7ailles. On n y \u00c3\u00a9pargna rien pour\\nque les r\u00c3\u00a9jouissances et les f\u00c3\u00aates surpassassent ce que\\nV\u00c3\u00a9rone avait vu de plus splendide.\\nDans la nuit du mercredi, Juliette but le myst\u00c3\u00a9rieux\\nbreuvage mais ce ne fut pas sans appr\u00c3\u00a9hensions.\\nElle craignait que le fr\u00c3\u00a8re, pour \u00c3\u00a9chapper au bl\u00c3\u00a2me\\nde l avoir mari\u00c3\u00a9e Rom\u00c3\u00a9o, ne lui e\u00c3\u00bbt donn\u00c3\u00a9 un poison\\nr\u00c3\u00a9el.\\nEt cependant, se disait-elle, il a toujours eu la", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0041.jp2"}, "42": {"fulltext": "20 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nr\u00c3\u00a9putation d un saint homme. Puis, elle s effrayait\\nla pens\u00c3\u00a9e que Rom\u00c3\u00a9o pourrait bien ne pas venir la\\nchercher avant qu elle ne s \u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a2t puis, elle se de-\\nmandait si elle ne deviendrait pas folle de terreur,\\nsous cette vo\u00c3\u00bbte pleine des ossements des Capulets,\\ndeux pas de Tybalt, tout ensanglant\u00c3\u00a9 et se d\u00c3\u00a9com-\\nposant dans son linceul. Enfin, mille histoires lui\\nrevenaient en t\u00c3\u00aate d esprits visitant les s\u00c3\u00a9pulcres o\u00c3\u00b9\\nreposaient leurs froides d\u00c3\u00a9pouilles.\\nMais son amour pour Rom\u00c3\u00a9o et son aversion pour\\nParis l emport\u00c3\u00a8rent enfin.\\nD\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9ment, elle avala le magique liquide, et\\ndevint bient\u00c3\u00b4t insensible.\\nQuand, de grand matin, le jeune Paris vint avec des\\nmusiciens pour \u00c3\u00a9veiller sa fianc\u00c3\u00a9e, au lieu d une Juli-\\nette vivante, il ne trouva sur son lit de jeune fille\\nqu un corps inanim\u00c3\u00a9.\\nQuel d\u00c3\u00a9solant spectacle quel coup de mort pour\\nses esp\u00c3\u00a9rances\\nEt, dans tout le palais, quelle confusion et quel\\nchaos\\nLe pauvre Paris se lamentait, reprochant la mort\\nde lui avoir vol\u00c3\u00a9 son adorable fianc\u00c3\u00a9e, dont elle le\\ns\u00c3\u00a9parait violemment avant m\u00c3\u00aame que leurs mains se\\nfussent unies dans une amoureuse \u00c3\u00a9treinte.\\nPlus navrants encore \u00c3\u00a9taient les cris de douleur des\\ndeux vieillards qui la mort arrachait sans piti\u00c3\u00a9 la\\npauvre et aimable enfant qui \u00c3\u00a9tait leur unique joie et\\nleur consolation. Et cela, juste au moment o\u00c3\u00b9 leur sol-\\nlicitude lui allait procurer ce qu ils regardaient comme\\nune alliance avantageuse et pleine de promesses.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0042.jp2"}, "43": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 21\\nAlors, il fallut approprier aux pompes lugubres des\\nfun\u00c3\u00a9railles tout ce qui avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 command\u00c3\u00a9 pour une\\nf\u00c3\u00aate.\\nLe banquet des noces servit un triste repas d ob-\\ns\u00c3\u00a8ques les joyeux chants de l hym\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9e firent place\\naux glas fun\u00c3\u00a8bres les cloches m\u00c3\u00a9lancoliques rem-\\nplac\u00c3\u00a8rent les \u00c3\u00a9tourdissantes fanfares et l on jeta sur\\nson cadavre les fleurs que la fianc\u00c3\u00a9e devait fouler de\\nses pieds mignons.\\nAu lieu d un pr\u00c3\u00aatre pour la b\u00c3\u00a9nir l autel, il en\\nfallut un pour la conduire la tombe, et si elle fran-\\nchit le seuil de l \u00c3\u00a9glise, ce ne fut plus pour ajouter\\naux joyeuses esp\u00c3\u00a9rances des vivants, mais pour grossir\\nles sombres phalanges des morts.\\nLes mauvaises nouvelles voyagent toujours plus vite\\nque les bonnes.\\nAussi Eom\u00c3\u00a9o apprit Mantoue la sinistre histoire\\nde la mort de Juliette avant l arriv\u00c3\u00a9e de l envoy\u00c3\u00a9 du\\nfr\u00c3\u00a8re Laurent.\\nIl ignorait donc que ce n \u00c3\u00a9taient l\u00c3\u00a0 que des fun\u00c3\u00a9-\\nrailles simul\u00c3\u00a9es qu il n y avait l\u00c3\u00a0 que l ombre et la\\nrepr\u00c3\u00a9sentation de la mort que sa ch\u00c3\u00a8re \u00c3\u00a9pouse ne re-\\nposait dans une tombe que pour quelques heures,\\nattendant que son Rom\u00c3\u00a9o v\u00c3\u00aent la d\u00c3\u00a9livrer de sa lugu-\\nbre prison.\\nAvant la venue de la fatale nouvelle, Rom\u00c3\u00a9o se sen-\\ntait revivre et la joie lui inondait le c\u00c5\u0093ur.\\nIl avait r\u00c3\u00aav\u00c3\u00a9 la nuit pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dente qu il \u00c3\u00a9tait mort.\\nSingulier r\u00c3\u00aave, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, qui laissait un cadavre\\nle pouvoir de penser\\nTout coup, sa bien -aim\u00c3\u00a9e avait paru et, le voyant", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0043.jp2"}, "44": {"fulltext": "22 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nmort, lui avait insuffl\u00c3\u00a9 avec ses baisers une vie toute\\nnouvelle et il \u00c3\u00a9tait devenu empereur\\nA Farriv\u00c3\u00a9e d un messager de V\u00c3\u00a9rone, il crut que cet\\nhomme allait lui confirmer les bonnes nouvelles que\\nlui pr\u00c3\u00a9sageait son r\u00c3\u00aave.\\nMais quand, tout au contraire de cette flatteuse\\nvision, il apprit que c \u00c3\u00a9tait sa Juliette qui \u00c3\u00a9tait vrai-\\nment morte et sans qu il p\u00c3\u00bbt la ressusciter de ses\\nbaisers, il ordonna qu on lui pr\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a2t des chevaux, car\\nil \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9termin\u00c3\u00a9 se rendre cette nuit m\u00c3\u00aame V\u00c3\u00a9-\\nrone et voir sa femme dans son tombeau.\\nEt comme une mauvaise r\u00c3\u00a9solution est prompte\\nse pr\u00c3\u00a9senter un esprit d\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9, il se souvint tout\\ncoup qu il avait tout r\u00c3\u00a9cemment remarqu\u00c3\u00a9 dans\\nMantoue une boutique d apothicaire, dont le pro-\\npri\u00c3\u00a9taire lui avait paru si pauvre, si d\u00c3\u00a9guenill\u00c3\u00a9,\\nsi affam\u00c3\u00a9, qu la vue de tant de bocaux vides jet\u00c3\u00a9s\\nsans ordre sur les planches poussi\u00c3\u00a9reuses de la mis\u00c3\u00a9-\\nrable boutique et de tant d autres preuves de la plus\\nextr\u00c3\u00aame indigence, il s \u00c3\u00a9tait dit, pouss\u00c3\u00a9 sans doute\\npar quelque pressentiment au sujet de la conclusion\\nd\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9e qui attendait peut-\u00c3\u00aatre sa d\u00c3\u00a9sastreuse exis-\\ntence\\nSi quelqu un avait envie de poison, voil\u00c3\u00a0, je gage,\\nun pauvre h\u00c3\u00a8re qui le lui vendrait, bien qu Man-\\ntoue cela soit un crime puni de mort.\\nMaintenant, il se souvenait de tout cela, et il alla\\ndroit chez l apothicaire.\\nCelui-ci, apr\u00c3\u00a8s s \u00c3\u00aatre fait prier pour la forme, lui\\nvendit, pour de l or auquel ne put r\u00c3\u00a9sister sa mis\u00c3\u00a8re,\\nun poison qu il lui affirma, s il l avalait, devoir l en-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0044.jp2"}, "45": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 23\\nvoyer promptement dans l autre monde, e\u00c3\u00bbt-il la force\\nde vingt de ses semblables.\\nMuni de ce poison, Eom\u00c3\u00a9o partit pour V\u00c3\u00a9rone. Il\\nvoulait voir sa bien -aim\u00c3\u00a9e dans sa tombe.\\nPour lui, cela voulait dire, qu une fois son d\u00c3\u00a9sir\\nsatisfait, il avalerait le poison et serait enseveli c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9\\nde Juliette.\\nIl arriva V\u00c3\u00a9rone minuit et chercha le cimeti\u00c3\u00a8re\\no\u00c3\u00b9 se trouvait l antique tombeau des Capulets.\\nIl s \u00c3\u00a9tait procur\u00c3\u00a9 une lumi\u00c3\u00a8re, une b\u00c3\u00aache et une\\nclef de fer, et commen\u00c3\u00a7ait forcer l entr\u00c3\u00a9e du monu-\\nment, quand il entendit quelqu un le traiter de vil\\nMontaigu et lui ordonner de s arr\u00c3\u00aater dans sa crimi-\\nnelle entreprise.\\nC \u00c3\u00a9tait le jeune comte Paris, venu cette heure\\n\u00c3\u00a9trange de la nuit pour jeter quelques fleurs sur la\\ntombe de Juliette et pleurer sur celle qui avait d\u00c3\u00bb\\n\u00c3\u00aatre sa femme.\\nParis ignorait quel int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat Eom\u00c3\u00a9o portait la d\u00c3\u00a9-\\nfunte mais sachant qu il \u00c3\u00a9tait un Montaigu et, con-\\ns\u00c3\u00a9quemment, son avis du moins, un ennemi jur\u00c3\u00a9 de\\ntous les Capulets, il supposait qu il \u00c3\u00a9tait venu de nuit\\npour perp\u00c3\u00a9trer quelque vilenie sur les cadavres des\\nleurs.\\nDe l\u00c3\u00a0, la col\u00c3\u00a8re qui per\u00c3\u00a7ait dans sa voix\\nVous \u00c3\u00aates un criminel, lui cria-t-il, condamn\u00c3\u00a9 par\\nles lois de V\u00c3\u00a9rone p\u00c3\u00a9rir, si Ton vous trouve dans\\nles limites de la ville. Comme tel, je vais vous appr\u00c3\u00a9-\\nhender au corps.\\nN en faites rien, lui dit Rom\u00c3\u00a9o rappelez- vous le\\nsort de Tybalt, dont le cadavre g\u00c3\u00aet ici. Ne provo-", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0045.jp2"}, "46": {"fulltext": "24 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nquez pas ma col\u00c3\u00a8re et n ajoutez pas mes offenses\\ncontre Dieu, en me for\u00c3\u00a7ant tous tuer.\\nMais le comte, insolent et d\u00c3\u00a9daigneux, le saisit\\nquand m\u00c3\u00aame, comme s il se f\u00c3\u00bbt agi d un yulgaire\\ncriminel.\\nRom\u00c3\u00a9o r\u00c3\u00a9sista. Il se battirent et Paris tomba mort.\\nQuand Rom\u00c3\u00a9o, la clart\u00c3\u00a9 de sa lanterne, vit qui il\\navait tu\u00c3\u00a9, quand il reconnut Paris qu on lui avait dit\\nen chemin avoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 fianc\u00c3\u00a9 Juliette, il pressa affec-\\ntueusement la main glac\u00c3\u00a9e de sa victime, comme si\\nleur infortune commune en e\u00c3\u00bbt fait un ami\\na Paris, dit-il, je te donnerai une tombe triom-\\nphale\\nC \u00c3\u00a9tait celle de Juliette qu il voulait dire, dans la-\\nquelle, lorsqu il l e\u00c3\u00bbt ouverte, il aper\u00c3\u00a7ut sa bien-aim\u00c3\u00a9e\\nqui reposait l\u00c3\u00a0 comme si la mort avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 impuissante\\nchanger les traits ou la fra\u00c3\u00aecheur de cette incompa-\\nrable beaut\u00c3\u00a9.\\nOn e\u00c3\u00bbt dit que la mort en \u00c3\u00a9tait amoureuse et que\\nl horrible monstre d\u00c3\u00a9charn\u00c3\u00a9 la gardait l\u00c3\u00a0 pour ses\\npropres d\u00c3\u00a9lices, car Juliette, s \u00c3\u00a9tant endormie apr\u00c3\u00a8s\\navoir bu l engourdissant breuvage, avait gard\u00c3\u00a9 toutes\\nles fleurs de son teint virginal.\\nPr\u00c3\u00a8s d elle, gisait Tybalt dans son linceul ensan-\\nglant\u00c3\u00a9.\\nRom\u00c3\u00a9o demanda pardon ce cadavre, l appela cou-\\nsin pour l amour de Juliette et lui dit qu il allait lui\\nfaire un plaisir en mettant mort l ennemi qui l avait\\ntu\u00c3\u00a9.\\nAlors Rom\u00c3\u00a9o donna un dernier adieu aux l\u00c3\u00a8vres de\\nsa bien-aim\u00c3\u00a9e en les baisant puis il avala le poison", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0046.jp2"}, "47": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 25\\nque lui avait vendu l apothicaire, secouant ainsi de\\nses \u00c3\u00a9paules fatigu\u00c3\u00a9es le lourd fardeau de sa mauvaise\\n\u00c3\u00a9toile, car ce poison \u00c3\u00a9tait bien r\u00c3\u00a9el et fatal.\\nCe n \u00c3\u00a9tait plus la pr\u00c3\u00a9tendue potion qu avait prise\\nJuliette et dont l effet allait prendre fin. Bient\u00c3\u00b4t elle\\ns \u00c3\u00a9veillerait pour se plaindre de ce que Rom\u00c3\u00a9o n \u00c3\u00a9tait\\npas arriv\u00c3\u00a9 temps ou de ce qu il \u00c3\u00a9tait venu trop t\u00c3\u00b4t.\\nCar l heure \u00c3\u00a9tait venue o\u00c3\u00b9 le fr\u00c3\u00a8re Laurent avait pro-\\nmis qu elle s \u00c3\u00a9veillerait. Ayant appris que les lettres\\nqu il avait envoy\u00c3\u00a9es Mantoue n avaient pu, par quel-\\nque d\u00c3\u00a9plorable retard du messager, \u00c3\u00aatre remises Ro-\\nm\u00c3\u00a9o, il vint lui-m\u00c3\u00aame au cimeti\u00c3\u00a8re, muni d une pioche\\net d une lanterne, pour d\u00c3\u00a9livrer Juliette de sa prison.\\nGrande fut sa surprise en voyant une lumi\u00c3\u00a8re dans le\\nmonument des Capulets, des \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9es et du sang, et Ro-\\nm\u00c3\u00a9o et Paris gisant sans vie c\u00c3\u00b4te c\u00c3\u00b4te.\\nJuliette s \u00c3\u00a9veilla avant que fr\u00c3\u00a8re Laurent e\u00c3\u00bbt pu\\n\u00c3\u00a9chafauder quelque hypoth\u00c3\u00a8se expliquant ces catastro-\\nphes.\\nA la vue du bon fr\u00c3\u00a8re qui se tenait pr\u00c3\u00a8s d elle, elle\\nse rappela o\u00c3\u00b9 elle \u00c3\u00a9tait et pourquoi. Elle deman-\\nda des nouvelles de Rom\u00c3\u00a9o mais le fr\u00c3\u00a8re, entendant\\ndu brait, la supplia de sortir de ce repaire de la mort\\net du sommeil hors nature.\\nUn pouvoir sup\u00c3\u00a9rieur, contre lequel ils ne prou-\\nvaient rien, avait, lui dit-il, mis n\u00c3\u00a9ant tous leurs\\ndesseins.\\nEt le bruit d une foule qui s approchait l ayant\\n\u00c3\u00a9pouvant\u00c3\u00a9, il s enfuit.\\nJuliette aper\u00c3\u00a7ut alors aux mains de Rom\u00c3\u00a9o la coupe\\nqui, elle le devina, avait mis fin l existence de son", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0047.jp2"}, "48": {"fulltext": "26 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nfid\u00c3\u00a8le adorateur. Elle en e\u00c3\u00bbt bu les derni\u00c3\u00a8res gouttes\\ns il en f\u00c3\u00bbt rest\u00c3\u00a9, et elle baisa longuement ses l\u00c3\u00a8vres en-\\ncore chaudes, esp\u00c3\u00a9rant qu il s y trouverait quelque reste\\nde poison qu elle p\u00c3\u00bbt s assimiler mais la foule se rap-\\nprochant de plus en plus, elle tira pr\u00c3\u00a9cipitamment de\\nsa gaine un poignard qu elle portait sur elle, s en frap-\\npa et mourut c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9 de son fid\u00c3\u00a8le Eom\u00c3\u00a9o.\\nA ce moment, les hommes du guet arrivaient au\\nmonument des Oapulets.\\nUn page de la suite du comte Paris, t\u00c3\u00a9moin de la\\nlutte entre son ma\u00c3\u00aetre et Eom\u00c3\u00a9o, avait donn\u00c3\u00a9 l alarme,\\nqui s \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9pandue parmi les citoyens.\\nPartout, dans les rues de V\u00c3\u00a9rone, couraient dans la\\nplus grande confusion des gens qui s exclamaient\\nParis, Eom\u00c3\u00a9o, Juliette selon les bruits contradic-\\ntoires qui frappaient leurs oreilles, jusqu ce le tu-\\nmulte e\u00c3\u00bbt fait sortir de leurs lits les chefs des Oapu-\\nlets et des Montaigus, ainsi que le prince, pour s in-\\nformer de la cause de tout ce d\u00c3\u00a9sordre.\\nFr\u00c3\u00a8re Laurent avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 arr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9 par quelques gens\\ndu guet, alors qu il revenait du cimeti\u00c3\u00a8re, tremblant,\\nsoupirant, pleurant de fa\u00c3\u00a7on suspecte. Enfin, une\\ngrande multitude s \u00c3\u00a9tant rassembl\u00c3\u00a9e autour du monu-\\nment des Oapulets, le fr\u00c3\u00a8re fut somm\u00c3\u00a9 par le prince\\nde dire ce qu il savait de tant d \u00c3\u00a9tranges d\u00c3\u00a9sastres.\\nEt l\u00c3\u00a0, en pr\u00c3\u00a9sence des seigneurs Capulet et Mon-\\ntaigu, fr\u00c3\u00a8re Laurent raconta sans ambages l histoire\\ndes fatales amours de leurs enfants.\\nIl dit la part qu il y avait prise en encourageant leur\\nmariage, dans l espoir que cette union finirait les lon-\\ngues querelles qui divisaient les deux familles com-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0048.jp2"}, "49": {"fulltext": "ROMEO ET JULIETTE. 27\\nment Rom\u00c3\u00a9o, maintenant mort, \u00c3\u00a9tait le mari de Ju-\\nliette, et Juliette, maintenant morte, \u00c3\u00a9tait la fid\u00c3\u00a8le\\n\u00c3\u00a9pouse de Eom\u00c3\u00a9o comment, avant qu il e\u00c3\u00bbt pu trou-\\nver une occasion favorable de divulguer leur mariage,\\nune autre alliance avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 propos\u00c3\u00a9e Juliette qui,\\npour \u00c3\u00a9chapper au crime de bigamie, avait bu, sur son\\nconseil, un narcotique puissant qui l avait fait passer\\npour morte comment, pendant ce temps, il avait\\n\u00c3\u00a9crit Eom\u00c3\u00a9o de venir et de l arracher sa tombe\\nquand la force du breuvage se serait \u00c3\u00a9puis\u00c3\u00a9e, et par\\nquel malencontreux concours de circonstances ces let-\\ntres n \u00c3\u00a9taient point parvenues Rom\u00c3\u00a9o.\\nL\u00c3\u00a0, fr\u00c3\u00a8re Laurent se voyait forc\u00c3\u00a9 d arr\u00c3\u00aater ses ren-\\nseignements.\\nIl ne savait rien de plus, sinon qu \u00c3\u00a9tant venu lui-\\nm\u00c3\u00aame pour tirer Juliette de son tombeau, il avait\\ntrouv\u00c3\u00a9 morts le comte Paris et Rom\u00c3\u00a9o.\\nOn apprit le reste par le page qui avait assist\u00c3\u00a9 au\\nduel de Rom\u00c3\u00a9o et de Paris, et par le serviteur venu\\nde V\u00c3\u00a9rone avec Rom\u00c3\u00a9o qui lui avait confi\u00c3\u00a9 des let-\\ntres pour son p\u00c3\u00a8re, au cas o\u00c3\u00b9 il lui faudrait mourir.\\nCes lettres confirm\u00c3\u00a8rent de tous points les r\u00c3\u00a9cits de\\nfr\u00c3\u00a8re Laurent.\\nRom\u00c3\u00a9o y avouait son mariage avec Juliette, implo-\\nrait le pardon de ses parents et reconnaissait qu il avait\\nachet\u00c3\u00a9 du poison du pauvre apothicaire, avec l inten-\\ntion bien arr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9e de venir au monument pour y mourir\\net y reposer aupr\u00c3\u00a8s de Juliette.\\nToutes ces circonstances justifi\u00c3\u00a8rent pleinement\\nfr\u00c3\u00a8re Laurent de tout soup\u00c3\u00a7on en ce qui touchait\\nces meurtres si compliqu\u00c3\u00a9s. Il ne restait contre lui", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0049.jp2"}, "50": {"fulltext": "28 ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE.\\nque les cons\u00c3\u00a9quences d\u00c3\u00a9sastreuses, mais impr\u00c3\u00a9vues,\\nde ses plans, dont les intentions \u00c3\u00a9taient bonnes, mais\\nla trame trop subtile et trop artificielle.\\nLe prince, se tournant alors vers les deux vieillards,\\nMont aigu et Capulet, leur reprocha s\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a8rement leurs\\nhaines brutales et irraisonn\u00c3\u00a9es.\\nIl leur montra de quels terribles ch\u00c3\u00a2timents le ciel\\npunissait de telles offenses, puisqu il avait trouv\u00c3\u00a9 le\\nmoyen de ch\u00c3\u00a2tier leurs haines contre nature par\\nl amour m\u00c3\u00aame de leurs enfants. Et ces deux vieux\\nrivaux, amis maintenant, s accord\u00c3\u00a8rent ensevelir\\nleurs longs dissentiments dans la tombe de leur fils et\\nde leur fille.\\nCapulet voulut que Montaigu lui donn\u00c3\u00a2t la main,\\net il l appela Mon fr\u00c3\u00a8re, comme pour attester\\nl union de leur famille par le mariage d une jeune\\nCapulet et d un ^Montaigu\\nPour tout douaire de ma fille, dit-il, seigneur\\nMontaigu, je ne vous demande que votre main, en\\nsigne de r\u00c3\u00a9conciliation.\\nMais Montaigu r\u00c3\u00a9pondit qu il lui donnerait quelque\\nchose de plus, car il voulait \u00c3\u00a9lever la fille de Capulet\\nune statue d or pur, pour que, tant que V\u00c3\u00a9rone por-\\nterait ce nom, on n y p\u00c3\u00bbt trouver une image plus\\nestim\u00c3\u00a9e pour sa richesse et sa valeur artistique que\\ncelle de la tendre et fid\u00c3\u00a8le Juliette.\\nEn retour, Capulet dit qu il \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8verait aussi une\\nstatue Rom\u00c3\u00a9o.\\nAinsi ces pauvres vieux seigneurs, quand il \u00c3\u00a9tait\\ntrop tard, rivalisaient qui surpasserait l autre en\\ncourtoisie, alors que leur rage et leur haine avaient", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0050.jp2"}, "51": {"fulltext": "ROM\u00c3\u0089O ET JULIETTE. 29\\n\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, dans le pass\u00c3\u00a9, si meurtri\u00c3\u00a8res, qu il n avait fallu\\nrien moins, pour arracher de ses nobles familles les\\nprofondes racines d implacables jalousies, que l \u00c3\u00a9pou-\\nvantable catastrophe arriv\u00c3\u00a9e leurs enfants, inno-\\ncentes victimes de leurs querelles et de leurs dissen-\\nsions.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0051.jp2"}, "52": {"fulltext": "MACBETH.\\nSous le r\u00c3\u00a8gne de Duncan le D\u00c3\u00a9bonnaire, roi\\nd Ecosse, vivait un puissant seigneur, nomm\u00c3\u00a9 Mac-\\nbeth, tr\u00c3\u00a8s proche parent du monarque et fort estim\u00c3\u00a9\\nla cour pour sa vaillante conduite sur les champs\\nde bataille, o\u00c3\u00b9 il avait, notamment, d\u00c3\u00a9fait toute une\\narm\u00c3\u00a9e de rebelles qu assistaient de nombreuses et ter-\\nribles troupes de Norw\u00c3\u00a8ge.\\nLe jour m\u00c3\u00aame o\u00c3\u00b9 Macbeth et son compagnon\\nd armes, le g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral Banquo, revenaient victorieux de\\ncette brillante exp\u00c3\u00a9dition, il leur fallut^ passer par un\\nchamp de bruy\u00c3\u00a8res incendi\u00c3\u00a9es. Tout coup, se pr\u00c3\u00a9-\\nsent\u00c3\u00a8rent eux trois personnages ressemblant des\\nfemmes, mais qui une barbe inculte, un accoutrement\\nsauvage et une peau rid\u00c3\u00a9e comme de vieux parche-\\nmins donnaient une apparence fantastique.\\nMacbeth leur adressa le premier la parole, ce qui\\nparut grandement leur d\u00c3\u00a9plaire. Comme pour l in-\\nviter au silence, chacune de ces bizarres cr\u00c3\u00a9atures posa\\nun doigt d\u00c3\u00a9charn\u00c3\u00a9 sur des l\u00c3\u00a8vres plus que fl\u00c3\u00a9tries\\nSalut, Macbeth, dit alors l une d elles salut, sei-\\ngneur de Glamis\\nGrande fut la surprise du g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral de se voir connu\\nde ces m\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8res mais plus profond encore fut son\\n\u00c3\u00a9tonnement, quand il entendit la seconde l appeler\\nseigneur de Cawdor titre auquel il n avait aucune\\npr\u00c3\u00a9tention et la troisi\u00c3\u00a8me s \u00c3\u00a9crier\\nDieu te garde, roi de l avenir", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0052.jp2"}, "53": {"fulltext": "MACBETH. 31\\nUne pareille proph\u00c3\u00a9tie \u00c3\u00a9tait bien faite, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9,\\npour confondre tous ses esprits. Il savait de reste\\nque, tant que vivaient les fils de Duncan, il n y avait\\npour lui, Macbeth, aucune perspective de parvenir au\\ntr\u00c3\u00b4ne.\\nLes myst\u00c3\u00a9rienses figures se tourn\u00c3\u00a8rent alors vers\\nBanquo\\nTu es moins que Macbeth, lui dirent-elles dans\\nleur langage \u00c3\u00a9nigmatique, et cependant, tu es plus\\ngrand que lui Tu es moins fortun\u00c3\u00a9, et cependant,\\nplus heureux Jamais tu ne r\u00c3\u00a9gneras mais, quand\\ntu ne seras plus, tes fils seront rois d Ecosse\\nEt, comme un nuage au souffle du vent, les pro-\\nph\u00c3\u00a9tesses disparurent.\\nLes deux guerriers comprirent alors qu ils avaient\\neu affaire aux trois s\u00c5\u0093urs en magie, connues sous le\\nnom de sorci\u00c3\u00a8res.\\nIls \u00c3\u00a9taient encore l\u00c3\u00a0, clou\u00c3\u00a9s sur place par l \u00c3\u00a9tranget\u00c3\u00a9\\nde cette sc\u00c3\u00a8ne, quand arriv\u00c3\u00a8rent des messagers royaux\\ncharg\u00c3\u00a9s de conf\u00c3\u00a9rer Macbeth la dignit\u00c3\u00a9 de seigneur\\nde Oawdor. Celui-ci resta muet de stupeur devant la\\nmerveilleuse co\u00c3\u00afncidence de cet \u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9nement avec la pr\u00c3\u00a9-\\ndiction qu il venait d entendre, et, tout aussit\u00c3\u00b4t, il\\nsentit germer en son \u00c3\u00a2me l espoir de voir se v\u00c3\u00a9rifier de\\nm\u00c3\u00aame la proph\u00c3\u00a9tie lui annon\u00c3\u00a7ant qu un jour il r\u00c3\u00a9gne-\\nrait sur l Ecosse\\nN esp\u00c3\u00a9re-tu pas, dit-il Banquo, que tes fils se-\\nront rois, maintenant que se r\u00c3\u00a9alise si singuli\u00c3\u00a8rement\\nla promesse de ces filles d enfer\\nJ avoue, r\u00c3\u00a9pondit Banquo, qu il y a de quoi sur-\\nexciter votre soif du tr\u00c3\u00b4ne. Rappelez-vous, cependant,", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0053.jp2"}, "54": {"fulltext": "32 MACBETH.\\nque ces supp\u00c3\u00b4ts des t\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8bres nous disent parfois\\nquelque l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, pour nous entra\u00c3\u00aener des actes\\nde la plus grave cons\u00c3\u00a9quence.\\nMais d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 l \u00c3\u00a2me de Macbeth s \u00c3\u00a9tait trop impr\u00c3\u00a9gn\u00c3\u00a9e\\ndes suggestions perfides des sorci\u00c3\u00a8res, pour que les\\nsages insinuations de Banquo pussent y laisser quelque\\nimpression. D\u00c3\u00a8s ce moment, le malheureux n eut\\nplus qu une id\u00c3\u00a9e fixe ceindre au plus t\u00c3\u00b4t le diad\u00c3\u00a8me\\nd Ecosse.\\nOr, il avait pour femme une ambitieuse sans prin-\\ncipes, qui tous moyens semblaient bons, pourvu\\nqu elle et son mari arrivassent aux plus grands hon-\\nneurs. Aussi, d\u00c3\u00a8s qu elle eut re\u00c3\u00a7u la confidence de la\\npr\u00c3\u00a9diction des sorci\u00c3\u00a8res et de son commencement\\nd ex\u00c3\u00a9cution, elle se pronon\u00c3\u00a7a nettement pour l assassi-\\nnat du roi. Il n y avait pas, d apr\u00c3\u00a8s elle, d autre al-\\nternative, si Macbeth voulait voir s accomplir d aussi\\nflatteuses destin\u00c3\u00a9es. Et plus le g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral reculait la\\npens\u00c3\u00a9e de verser le sang royal, plus elle revenait la\\ncharge et le poussait dans la voie du crime.\\nLa fatalit\u00c3\u00a9 voulut que Duncan v\u00c3\u00aent pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment\\nvisiter Macbeth. Le roi avait la gracieuse habitude de\\nse rendre ainsi, de temps autre, chez les principaux\\ngentilshommes de son royaume et de leur t\u00c3\u00a9moigner\\npar l\u00c3\u00a0 sa particuli\u00c3\u00a8re estime pour leurs services. Cette\\nfois, pour honorer tout sp\u00c3\u00a9cialement le h\u00c3\u00a9ros de tant\\nde batailles, il arriva accompagn\u00c3\u00a9 de ses deux fils,\\nMalcolm et Donalbain, et d un nombreux cort\u00c3\u00a8ge de\\ncourtisans et de riches seigneurs.\\nKien n \u00c3\u00a9tait plus charmant que la colline de Dunsi-\\nnane, sur laquelle s \u00c3\u00a9levait le manoir de Macbeth.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0054.jp2"}, "55": {"fulltext": "MACBETH. 33\\nTout ce qui l entourait avait un air de fra\u00c3\u00aecheur et de\\nsant\u00c3\u00a9. Aussi les martinets et les hirondelles, friands\\nde toute atmosph\u00c3\u00a8re d\u00c3\u00a9licate, avaient-ils, l envi, b\u00c3\u00a2ti\\nleurs nids sous les frises et les arcs-boutants de l \u00c3\u00a9di-\\nfice. Le roi ne dissimula pas sa satisfaction, et se\\nmontra surtout ravi des attentions dont le combla\\nLady Macbeth, qui saVait, mieux que personne, voiler\\nde sourires la noirceur de ses desseins. Elle poss\u00c3\u00a9dait\\nle grand art de jouer l innocence des fleurs, alors\\nqu elle \u00c3\u00a9tait, en r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, le serpent qui se cachait sous\\nleurs corolles.\\nFatigu\u00c3\u00a9 de son voyage, Duncan se rendit de bonne\\nheure dans les appartements somptueux o\u00c3\u00b9 il allait\\npasser la nuit. Selon l usage, deux de ses valets in-\\ntimes devaient dormir pr\u00c3\u00a8s de sa. couche. Avant de\\nse retirer, il avait t\u00c3\u00a9moign\u00c3\u00a9 son vif plaisir de l accueil\\nqu il avait re\u00c3\u00a7u, en faisant des pr\u00c3\u00a9sents ses princi-\\npaux officiers, et en envoyant celle qu il appelait sa\\ntr\u00c3\u00a8s g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse h\u00c3\u00b4tesse un diamant d un grand prix.\\nMinuit venait de sonner l heure o\u00c3\u00b9. la moiti\u00c3\u00a9 de\\nl univers semble ensevelie dans la mort; l heure o\u00c3\u00b9 les\\nr\u00c3\u00aaves pervers assi\u00c3\u00a8gent les mortels o\u00c3\u00b9 il n y a dehors\\nque les loups et les meurtriers. Lady Macbeth veil-\\nlait et m\u00c3\u00a9ditait l assassinat du roi. Toutes les d\u00c3\u00a9li-\\ncatesses de son sexe se r\u00c3\u00a9voltaient contre un tel acte\\nmais elle redoutait la pusillanimit\u00c3\u00a9 de son mari. Elle\\nle savait trop fonci\u00c3\u00a8rement bon pour tuer de propos\\nd\u00c3\u00a9lib\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9. Il \u00c3\u00a9tait ambitieux, sans doute mais il\\navait ses scrupules, n ayant point encore atteint ce\\ndegr\u00c3\u00a9 de sc\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ratesse o\u00c3\u00b9 se monte, d ordinaire, l am-\\nbition qui ne conna\u00c3\u00aet plus de frein. Elle l avait bien", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0055.jp2"}, "56": {"fulltext": "34 MACBETH.\\namen\u00c3\u00a9 consentir au meurtre mais elle doutait de\\nsa r\u00c3\u00a9solution. Au dernier moment, sa nature d\u00c3\u00a9bon-\\nnaire s interposerait plus humain qu elle, il ferait\\ntout manquer.\\nElle s arma donc d une dague et marcha droit au lit\\nde Duncan. Par ses soins, les deux valets de garde\\navaient \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 gorg\u00c3\u00a9s de vin, et dormaient ivres-morts,\\nsans souci de leur responsabilit\u00c3\u00a9.\\nLe roi \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0, plong\u00c3\u00a9 dans un sommeil r\u00c3\u00a9parateur.\\nUn moment, elle contempla avidement ce m\u00c3\u00a2le visage,\\net, tout coup, elle crut y d\u00c3\u00a9couvrir quelques traits\\nde ressemblance avec son propre p\u00c3\u00a8re Elle sentit\\ntout son courage l abandonner, et se sauva pr\u00c3\u00a8s de son\\nmari, pour d\u00c3\u00a9lib\u00c3\u00a9rer.\\nElle le trouva moins d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 que jamais. De puis-\\nsants arguments se pressaient dans son esprit contre\\nune action si noire. Lui, le sujet, que dis-je? le pro-\\nche parent et l h\u00c3\u00b4te du roi lui, que les lois de l hos-\\npitalit\u00c3\u00a9 obligeaient fermer sa porte aux r\u00c3\u00a9gicides, irait\\nlui-m\u00c3\u00aame lui plonger son poignard dans la poitrine\\nEt quelle victime, grands dieux que ce Duncan, si\\npaternel pour ses sujets, si bon pour sa noblesse, si\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux, surtout avec Macbeth De pareils souve-\\nrains m\u00c3\u00a9ritaient une protection toute sp\u00c3\u00a9ciale d en\\nhaut, et leurs sujets \u00c3\u00a9taient doublement tenus tirer\\nde leur mort une \u00c3\u00a9clatante vengeance. Etait-ce donc\\nau g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral combl\u00c3\u00a9 de faveurs et que l estime royale\\npla\u00c3\u00a7ait si haut dans l opinion de tous, souiller d un\\ncrime aussi abominable tant de privil\u00c3\u00a8ges et tant\\nd honneurs\\nEvidemment, le seigneur de Oawdor inclinait vers la", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0056.jp2"}, "57": {"fulltext": "MACBETH. 35\\nmagnanimit\u00c3\u00a9 et d\u00c3\u00a9sirait s arr\u00c3\u00aater sur le chemin de la\\nhonte. Mais Lady Macbeth n \u00c3\u00a9tait pas femme se\\nlaisser si facilement d\u00c3\u00a9tourner d un mauvais dessein,\\net, goutte goutte, avec un art satanique, elle versa\\ndans le c\u00c5\u0093ur de son mari un peu de sa triste vaillance.\\nQue lui demandait-elle, apr\u00c3\u00a8s tout Eien que de tr\u00c3\u00a8s\\nfacile. C \u00c3\u00a9tait l affaire d un instant. Une seule nuit,\\nbien courte, allait suffire assurer toutes leurs nuits\\net tous leurs jours les splendeurs de la souveraine\\npuissance\\nQuel homme \u00c3\u00aates-vous donc, insista-t-elle, pour\\nmontrer tant d irr\u00c3\u00a9solution Dois-je vous consid\u00c3\u00a9rer\\ncomme un l\u00c3\u00a2che Car enfin, vous avez jur\u00c3\u00a9 de tuer\\nce Duncan Eh bien, moi, qui suis m\u00c3\u00a8re, moi, qui\\nsais avec quelles d\u00c3\u00a9lices je nourrissais mon enfant, je\\nl aurais, sans h\u00c3\u00a9siter, arrach\u00c3\u00a9 moi-m\u00c3\u00aame tout souriant\\nde mon sein, si j avais jur\u00c3\u00a9 de le faire, et lui aurais\\n\u00c3\u00a9cras\u00c3\u00a9 la t\u00c3\u00aate contre la muraille Ne voyez-vous pas,\\nd ailleurs, combien il sera facile de rejeter le crime sur\\nles valets ivres qui gardent le roi\\nCette sauvage \u00c3\u00a9loquence devait finir par triompher.\\nMacbeth secoua soudain sa torpeur et fit un dernier\\nappel son antique \u00c3\u00a9nergie. Puis, s armant d un\\npoignard, il se glissa sans bruit, dans les t\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8bres,\\nvers la chambre o\u00c3\u00b9. reposait Duncan. Mais, chemin\\nfaisant, il crut voir, le manche tourn\u00c3\u00a9 vers lui, un au-\\ntre poignard dont la lame et la pointe d\u00c3\u00a9gouttaient de\\nsang. Eperdu, il voulut s en saisir. Mais sa main\\nne rencontra que l espace. L horrible vision n \u00c3\u00a9tait\\nque le produit de sa cervelle en feu, oppress\u00c3\u00a9e par\\nl \u00c3\u00a9pouvante du crime accomplir", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0057.jp2"}, "58": {"fulltext": "36 MACBETH.\\nUne minute plus tard, il entrait dans la chambre du\\nroi, et, d un seul coup de sa dague, lui traversait le\\nc\u00c5\u0093ur.\\nA ce moment pr\u00c3\u00a9cis, l un des valets se prit rire\\ndans son sommeil. L autre cria A l assassin ce qui\\nles r\u00c3\u00a9veilla tous les deux. Puis, ils firent une courte\\npri\u00c3\u00a8re\\nDieu nous b\u00c3\u00a9nisse dit l un.\\nAmen r\u00c3\u00a9pondit l autre.\\nEt ils se rendormirent.\\nMacbeth, debout pr\u00c3\u00a8s du cadavre, les \u00c3\u00a9coutait.\\nLui aussi, il essaya de dire: Amen! mais, bien qu il\\ne\u00c3\u00bbt alors \u00c3\u00a9trangement besoin d une b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9diction, le\\nmot se figea dans son gosier, et force lui fut de renon-\\ncer le prononcer.\\nAlors, il crut entendre une voix qui criait\\nKe veillez- vous Macbeth tue le sommeil, l inno-\\ncent sommeil, qui vivifie l humanit\u00c3\u00a9\\nEfc, dans tout le palais, retentissait ce cri sinistre\\nE\u00c3\u00a9 veillez-vous Glamis a tu\u00c3\u00a9 le sommeil, et ja-\\nmais plus Cawdor, jamais plus Macbeth ne connaifcra\\nle sommeil\\nEou de terreur, Macbeth retourna pr\u00c3\u00a8s de sa femme\\nqui, l oreille aux \u00c3\u00a9coutes, commen\u00c3\u00a7ait croire que le\\ncrime n avait pu se consommer. En le voyant si\\nbl\u00c3\u00aame, si horrifi\u00c3\u00a9, elle lui reprocha sa couardise, l en-\\nvoya laver le sang dont il avait les mains teintes, et,\\ndu poignard encore rouge, elle s en alla souiller les\\njoues des valets, pour faire croire leur culpabilit\u00c3\u00a9.\\nLe jour vint, et avec lui la d\u00c3\u00a9couverte in\u00c3\u00a9vitable du\\nmeurtre.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0058.jp2"}, "59": {"fulltext": "MACBETH. 37\\nMacbeth et sa femme firent de bruyantes d\u00c3\u00a9monstra-\\ntions de d\u00c3\u00a9sespoir mais elles ne tromp\u00c3\u00a8rent per-\\nsonne. Il y ayait bien contre les valets de fortes pr\u00c3\u00a9-\\nsomptions mais Macbeth avait autrement gagner\\nque ces pauvres diables la disparition de Duncan,\\net tous les soup\u00c3\u00a7ons tomb\u00c3\u00a8rent sur lui. Les deux\\nfils du monarque assassin\u00c3\u00a9 s enfuirent l a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9, Mal-\\ncolm, la cour d Angleterre le cadet, Donalbain,\\nen Irlande.\\nLe tr\u00c3\u00b4ne \u00c3\u00a9tait donc vacant.\\nMacbeth, titre de plus proche parent de Duncan,\\ndevint roi, et ainsi s accomplit, la lettre, la pro-\\nph\u00c3\u00a9tie des trois s\u00c5\u0093urs.\\nH\u00c3\u00a9las elles avaient aussi pr\u00c3\u00a9dit que Macbeth\\nn aurait pas ses fils pour successeurs, mais bien ceux de\\nBanquo. Cette pens\u00c3\u00a9e suffit empoisonner l existence\\ndes deux complices couronn\u00c3\u00a9s. S \u00c3\u00aatre couverts de sang\\npour n aboutir qu placer sur le tr\u00c3\u00b4ne la post\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 d un\\nautre, c e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, jouer de malheur La\\nmort de Banquo et de son fils fut donc r\u00c3\u00a9solue. Elle\\nseule pouvait donner un d\u00c3\u00a9menti la science, jusque-\\nl\u00c3\u00a0 infaillible, des myst\u00c3\u00a9rieuses devineresses.\\nDans ce but, tous les seigneurs du royaume furent\\nconvi\u00c3\u00a9s un grand banquet. L invitation faite\\nBanquo et son fils Fl\u00c3\u00a9ance fut d autant plus affectu-\\neuse et pressante que le chemin qu ils devaient suivre\\npour se rendre de nuit au palais \u00c3\u00a9tait garni de malan-\\ndrins aux gages de Macbeth. Banquo tomba, en effet,\\nperc\u00c3\u00a9 de coups mais, dans la bagarre, Fl\u00c3\u00a9ance r\u00c3\u00a9ussit\\ns enfuir. Il fut, plus tard, la souche d une dynastie\\nqui ne prit fin qu avec l Ecossais Jacques VI, sur la", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0059.jp2"}, "60": {"fulltext": "38 MACBETH.\\nt\u00c3\u00aate duquel furent r\u00c3\u00a9unies les deux couronnes d Ecosse\\net d Angleterre.\\nMais revenons au banquet.\\nIl fut splendide.\\nMerveilleuse de gr\u00c3\u00a2ce et d affabilit\u00c3\u00a9, la* nouvelle\\nreine sut se concilier tous les convives par les mille\\npr\u00c3\u00a9venances dont elle les combla. Macbeth, de son\\nc\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, discourut ga\u00c3\u00aement avec ses h\u00c3\u00b4tes et les remer-\\ncia avec effusion d avoir ainsi rassembl\u00c3\u00a9 sous son toit\\ntout ce que le royaume avait de plus noble, de plus\\nhonorable et de plus illustre\\nJe ne regrette, leur dit-il, que l absence de mon\\nvieil ami Banquo. Mais je ne d\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a8re pas encore de\\nle voir appara\u00c3\u00aetre ce soir. Fasse le ciel que je n aie\\nqu le gronder de son peu d empressement, et non\\nd\u00c3\u00a9plorer quelque f\u00c3\u00a2cheuse m\u00c3\u00a9saventure\\nCes hypocrites paroles vibraient encore dans la salle\\ndu festin, lorsque le spectre de Banquo assassin\u00c3\u00a9 en-\\ntra et alla s asseoir sur le si\u00c3\u00a8ge m\u00c3\u00aame que Macbeth se\\ndisposait occuper. A ce stup\u00c3\u00a9fiant spectacle, le\\nmeurtrier devint bl\u00c3\u00aame de terreur. Lui, qui avait af-\\nfront\u00c3\u00a9 la mort sur vingt champs de bataille, lui qui\\ne\u00c3\u00bbt, sans sourciller, regard\u00c3\u00a9 Satan bien en face, il\\ntremblait l\u00c3\u00a0 comme un enfant, les yeux riv\u00c3\u00a9s sur un\\nfant\u00c3\u00b4me\\nLes seigneurs, surpris de le voir regarder si fixe-\\nment un si\u00c3\u00a8ge qui, pour eux, \u00c3\u00a9tait vide, crurent une\\ndistraction passag\u00c3\u00a8re. La reine, elle, ne s y m\u00c3\u00a9prit\\npas. Elle le supplia, voix basse, de rappeler ses\\nesprits, et de ne pas se laisser aller ainsi, en public,\\nquelque hallucination comme celle du poignard, soi-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0060.jp2"}, "61": {"fulltext": "MACBETH. 39\\ndisant vu par lui alors qu il allait tuer Duncan. Mais\\nle spectre \u00c3\u00a9tait toujours l\u00c3\u00a0 et Macbeth lui adressait\\ndes paroles sans suite, et cependant si compromet-\\ntantes, que la reine, craignant que le terrible secret ne\\nlui \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a2t, mit cette sc\u00c3\u00a8ne \u00c3\u00a9trange sur le compte\\nd une vieille infirmit\u00c3\u00a9 de son \u00c3\u00a9poux et cong\u00c3\u00a9dia ses\\nh\u00c3\u00b4tes en toute h\u00c3\u00a2te.\\nA dater de cette nuit m\u00c3\u00a9morable, elle fut eu proie\\nchaque nuit, tout comme Macbeth, d affreux cau-\\nchemars. Le sang de Banquo, d ailleurs, troublait\\nmoins les deux coupables que la fuite de Fl\u00c3\u00a9au ce, de\\nqui sortirait maintenant, sans aucun doute, toute une\\nlign\u00c3\u00a9e de rois, au d\u00c3\u00a9triment de leur propre post\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9.\\nMacbeth, souffrant mille morts, r\u00c3\u00a9solut de revoir les\\nsorci\u00c3\u00a8res et d apprendre d elles ce que la suite des\\ntemps lui r\u00c3\u00a9servait de plus redoutable.\\nIl les chercha dans le champ de bruy\u00c3\u00a8res o\u00c3\u00b9 elles\\nl avaient salu\u00c3\u00a9 du titre de roi, et les trouva dans un\\nantre qui dominait la plaine.\\nAverties, par leur science divinatrice, de la visite de\\n.Macbeth, les trois magiciennes pr\u00c3\u00a9paraient, lorsqu il\\np\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9tra dans leur caverne, les singuliers enchante-\\nments l aide desquels elles conjuraient les esprits\\ninfernaux de leur r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9ler l avenir.\\nDans un \u00c3\u00a9norme chaudron bouillaient p\u00c3\u00aale-m\u00c3\u00aale des\\ncrapauds, des chauves-souris, des serpents, un \u00c5\u0093il de\\nsalamandre et une langue de chien, la patte d un l\u00c3\u00a9-\\nzard et l a\u00c3\u00aele d un hibou, une \u00c3\u00a9caille de dragon, une\\ndent de loup, le ventre d un vorace requin de mer, une\\nsorci\u00c3\u00a8re momifi\u00c3\u00a9e, uue racine de cigu\u00c3\u00ab, d\u00c3\u00a9terr\u00c3\u00a9e de\\nnuit condition indispensable pour qu elle f\u00c3\u00bbt efficace", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0061.jp2"}, "62": {"fulltext": "40 MAGBETR.\\nun fiel de ch\u00c3\u00a8vre et le foie d un Juif, quelques bou-\\ntures de ces ifs qui poussent sur les tombes et un\\ndoigt arrach\u00c3\u00a9 un cadavre d enfant. Quaud tout cela\\ncuisait trop fort, les sorci\u00c3\u00a8res y mettaient bon ordre en\\nversant dessus le sang d un babouin, puis celui d une\\ntruie qui avait d\u00c3\u00a9vor\u00c3\u00a9 ses petits, et, sur la flamme du\\nfoyer, elles r\u00c3\u00a9pandaient la graisse qu avait su\u00c3\u00a9e la po-\\ntence d un assassin\\nPar qui d\u00c3\u00a9sires-tu que soient \u00c3\u00a9claircis tes doutes,\\ndemand\u00c3\u00a8rent-elles Macbeth par nous, ou par nos\\nma\u00c3\u00aetres, les esprits\\nO\u00c3\u00b9 sont-ils, ces esprits r\u00c3\u00a9pondit hardiment le\\nroi, saus se laisser \u00c3\u00a9mouvoir par un spectacle aussi\\nhideux. Je veux les voir\\nTrois esprits r\u00c3\u00a9pondirent aussit\u00c3\u00b4t l appel des py-\\nthonisses.\\nLe premier qui s \u00c3\u00a9leva du chaudron fatidique avait\\nla forme d une t\u00c3\u00aate de guerrier tout arm\u00c3\u00a9. Il appela\\nle roi par son nom, et lui recommanda de se d\u00c3\u00a9fier du\\nseigneur de Fife\\nMerci dit Macbeth, qui depuis longtemps ja-\\nlousait Macduff, duc de Fife.\\nLe second esprit apparut sous la forme d un enfant\\ncouvert de sang. Lui aussi appela le roi par son\\nnom.\\nNe crains rien, Macbeth, lui dit-il. Eis-toi du\\npouvoir des humains. Il n est pas un mortel, n\u00c3\u00a9 del\u00c3\u00a0\\nfemme, qui puisse rien contre toi. Sois sanguinaire,\\naudacieux et r\u00c3\u00a9solu\\nVis donc, Macduf\u00c3\u00af s \u00c3\u00a9cria le monarque. Que\\nme servirait, en effet, de te craindre Mais non deux", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0062.jp2"}, "63": {"fulltext": "MACBETH. 41\\ns\u00c3\u00bbret\u00c3\u00a9s valent mieux qu une Tu mourras Je pour-\\nrai dire enfin la Peur face de marbre qu elle a\\nmenti, et je retrouverai le sommeil en d\u00c3\u00a9pit du ton-\\nnerre\\nCe fut alors le tour du troisi\u00c3\u00a8me esprit un enfant,\\ncouronne en t\u00c3\u00aate et un arbuste la main\\nMacbeth, Macbeth, dit l apparition, moque-toi des\\nconspirateurs Jamais tu ne seras vaincu, tant que\\nla for\u00c3\u00aat de Birnam ne marchera pas contre Dunsinane\\net contre toi\\nA la bonne heure exclama Macbeth voil\u00c3\u00a0 d ex-\\ncellents augures Qui donc ira d\u00c3\u00a9raciner les for\u00c3\u00aats et\\nleur faire quitter la terre qui les nourrit Je vois\\nmaintenant que je vivrai ce que vivent les autres\\nhommes et que je ne p\u00c3\u00a9rirai pas de mort violente.\\nMais il y a quelque chose que je br\u00c3\u00bble de savoir.\\nDites-moi, si cela est en votre pouvoir, si la post\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9\\nde Banquo r\u00c3\u00a9gnera jamais sur cette terre d Ecosse\\nA ces mots, le chaudron magique s enfon\u00c3\u00a7a dans le\\nsol, et au bruit de fantastiques harmonies, huit fan-\\nt\u00c3\u00b4mes, ressemblant des rois, d\u00c3\u00a9fil\u00c3\u00a8rent devant Mac-\\nbeth. Banquo, qui venait le dernier, tout sanglant et\\ntenant la main un miroir o\u00c3\u00b9 se refl\u00c3\u00a9taient d autres\\nombres royales, sourit en montrant son assassin les\\nfuturs rois d Ecosse, descendants de sa victime. Puis\\nles sorci\u00c3\u00a8res, tout en dansant aux accords d une mu-\\nsique quasi-divine, \u00c3\u00a9bauch\u00c3\u00a8rent une sorte de salut au\\nmonarque stup\u00c3\u00a9fait, et s \u00c3\u00a9vanouirent comme se fond la\\nneige sous les feux d un soleil d \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9.\\nDe ce moment, Macbeth ne r\u00c3\u00aava plus que sang et\\ncarnage. La premi\u00c3\u00a8re nouvelle qui frappa ses oreilles", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0063.jp2"}, "64": {"fulltext": "42 MACBETH.\\nson retour de l antre maudit, fut que Macduff, duc\\nde Fife, avait fui en Angleterre pour y rejoindre\\nl arm\u00c3\u00a9e que levait Malcolm, fils a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9 de Duncan, dans\\nle but de reconqu\u00c3\u00a9rir le tr\u00c3\u00b4ne de ses p\u00c3\u00a8res.\\nTransport\u00c3\u00a9 de rage, Macbeth marcha sur le ch\u00c3\u00a2teau\\nde Macduff, passa au fil de l \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e la femme et les en-\\nfants du tra\u00c3\u00aetre et fit massacrer quiconque lui tenait,\\nde pr\u00c3\u00a8s ou de loin, par les liens du sang.\\nIl n en fallait pas davantage pour lui ali\u00c3\u00a9ner les plus\\ninfluents de ses vassaux. Tous ceux qui le purent\\ns all\u00c3\u00a8rent ranger sous les drapeaux de Malcolm et de\\nMaeduff, qui d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 s avan\u00c3\u00a7aient avec des forces formi-\\ndables. Le reste, que la crainte des fureurs royales\\ncontraignait demeurer neutres, souhaitait vivement\\nque le tyran f\u00c3\u00bbt vaincu.\\nAlors commen\u00c3\u00a7a pour Macbeth une existence into-\\nl\u00c3\u00a9rable. C est peine s il put recruter les troupes qui\\nlui \u00c3\u00a9taient n\u00c3\u00a9cessaires. Il se sentait ha\u00c3\u00af, m\u00c3\u00a9pris\u00c3\u00a9,\\nsoup\u00c3\u00a7onn\u00c3\u00a9 par tous, et il se prenait envier le profond\\nsommeil de Duncan, que son poignard avait d\u00c3\u00a9livr\u00c3\u00a9\\ntout jamais des empoisonneurs et des assassins, des\\ntrahisons domestiques et des invasions de l \u00c3\u00a9tranger.\\nPour comble d infortune, sa femme, sa complice, la\\nseule cr\u00c3\u00a9ature pr\u00c3\u00a8s de qui il lui arrivait parfois de se\\nreposer des r\u00c3\u00aaves affreux dont ses nuits \u00c3\u00a9taient tor-\\ntur\u00c3\u00a9es, plia sous le faix de ses remords et de l ex\u00c3\u00a9cra-\\ntion populaire, et mourut. La croyance commune\\nfut qu elle s \u00c3\u00a9tait suicid\u00c3\u00a9e.\\nSeul, d\u00c3\u00a9sormais, face face avec ses crimes, sans\\nune \u00c3\u00a2me qui sympathis\u00c3\u00a2t avec lui, sans un confident\\nqui parler des forfaits qu il m\u00c3\u00a9ditait encore, il en vint", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0064.jp2"}, "65": {"fulltext": "MACBETH. 43\\nd\u00c3\u00a9sirer le tr\u00c3\u00a9pas. Cependant, la rapide approche\\nde Malcolm et de son arm\u00c3\u00a9e r\u00c3\u00a9veilla sa vieille bravoure\\net il r\u00c3\u00a9solut pour parler son langage de mourir\\ncuirasse au dos\\nLes pythonisses ne lui avaient-elles pas fait de\\nrassurantes promesses Ne savait-il pas, de par les\\nesprits, que nul homme, n\u00c3\u00a9 de la femme, ne pr\u00c3\u00a9vau-\\ndrait contre lui, et qu il resterait invincible tant que\\nle bois de Birnam ne viendrait pas Dunsinane\\nPromesses assez creuses, dira-t-on Qu importe il y\\ncroyait et c en \u00c3\u00a9tait assez pour le d\u00c3\u00a9terminer la r\u00c3\u00a9-\\nsistance. Il s enferma donc dans son castel, d o\u00c3\u00b9 il\\npouvait braver toutes les longueurs d un si\u00c3\u00a8ge, et l\u00c3\u00a0,\\nattendit sto\u00c3\u00afquement l arriv\u00c3\u00a9e de Malcolm.\\nUn jour, accourut en toute h\u00c3\u00a2te, p\u00c3\u00a2le comme la\\nmort et tremblant de tous ses membres, un messager\\ndont la frayeur semblait avoir paralys\u00c3\u00a9 la langue\\nParleras-tu, chien d esclave lui cria Macbeth.\\nSeigneur, balbutia l homme, j \u00c3\u00a9tais de garde sur\\nla colline quand, en regardant vers Birnam, j ai vu la\\nfor\u00c3\u00aat se mouvoir.\\nSi tu mens, hurla le roi, hors de lui, je te ferai\\npendre l arbre le plus proche jusqu ce que la faim\\nte tue Mais si, par malheur, tu dis vrai, pends-moi\\ntoi-m\u00c3\u00aame, je te le permets\\nLa r\u00c3\u00a9solution du monarque faiblissait visiblement.\\nMais cette d\u00c3\u00a9faillance fut de courte dur\u00c3\u00a9e\\nCes esprits maudits m auraient-ils tromp\u00c3\u00a9, se\\ndisait-il, l aide de mis\u00c3\u00a9rables \u00c3\u00a9quivoques Ah le\\nbois de Birnam vient Dunsinane Eh bien, j irai,\\nmoi sa rencontre. Nul moyen de fuir d ici nul", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0065.jp2"}, "66": {"fulltext": "44 MACBETH.\\nmoyen d y demeurer. J ai assez, d ailleurs, de la lu-\\nmi\u00c3\u00a8re et de la vie. Finissons-en, puis qu il le faut\\nEt, sautant en selle, il fit sonner la charge, et mar-\\ncha contre les assi\u00c3\u00a9geants qui d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 avaient atteint le\\nmanoir.\\nLe messager ne s \u00c3\u00a9tait tromp\u00c3\u00a9 qu en apparence.\\nC \u00c3\u00a9tait bien une for\u00c3\u00aat, mais une for\u00c3\u00aat d un nouveau\\ngenre qu il avait vue s avancer vers le ch\u00c3\u00a2teau. En\\nhabile g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral, Malcolm, au moment de traverser le\\nbois de Birnam, avait ordonn\u00c3\u00a9 que chacun de ses sol-\\ndats d\u00c3\u00a9racin\u00c3\u00a2t un arbuste et le port\u00c3\u00a2t devant soi, pour\\ndissimuler le nombre r\u00c3\u00a9el de ses troupes. De loin,\\ncette tactique avait donn\u00c3\u00a9 ses guerriers en marche\\nl aspect fantastique qui avait jet\u00c3\u00a9 l \u00c3\u00a9pouvante dans\\nl \u00c3\u00a2me superstitieuse du messager. L esprit n avait\\ndonc pas eu tort seulement, comme tous ses pareils,\\nil avait parl\u00c3\u00a9 en paraboles.\\nLe coup \u00c3\u00a9tait rude pour l enfantine cr\u00c3\u00a9dulit\u00c3\u00a9 de\\nMacbeth. Mais sa rencontre avec l ennemi n en fut\\npas moins \u00c3\u00a9pique. Bien que faiblement soutenu par\\nde pr\u00c3\u00a9tendus partisans qui, dans leur c\u00c5\u0093ur,le ha\u00c3\u00afssaient\\net faisaient des v\u00c5\u0093ux pour le triomphe de Malcolm, il\\nse battit avec la rage du d\u00c3\u00a9sespoir et tailla en pi\u00c3\u00a8ces\\ntout ce qui tenta de s opposer sa valeur, jusqu ce\\nqu il parvint au lieu o\u00c3\u00b9 se trouvait Macduff A la vue\\nde l homme que les esprits lui avaient conseill\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00a9vi-\\nter tout prix, il voulut s esquiver, mais, plus prompt\\nque l \u00c3\u00a9clair, Macduff, qui le cherchait depuis le com-\\nmencement de la bataille, lui coupa soudainement la\\nretraite.\\nL issue d un pareil duel ne pouvait \u00c3\u00aatre que mortelle.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0066.jp2"}, "67": {"fulltext": "MACBETH. 45\\nMacduff n avait pas d injure assez cruelle jeter\\nla face du meurtrier de sa femme et de ces en-\\nfants. Quant Macbeth, qui croyait avoir assez r\u00c3\u00a9-\\npandu d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 le sang de cette famille, il e\u00c3\u00bbt youIu \u00c3\u00a9vi-\\nter le combat mais Macduff s acharnait apr\u00c3\u00a8s lui, le\\ntraitant de tyran, d assassin, de l\u00c3\u00a2che et de chien\\nd enfer\\nArr\u00c3\u00aate lui cria enfin Macbeth, qui se rappela les\\nparoles du deuxi\u00c3\u00a8me esprit. Tu perds ta peine, et\\nautant vaudrait pour toi tenter de poignarder le vide.\\nMa vie est enchant\u00c3\u00a9e, car nul homme n\u00c3\u00a9 de la femme\\nne peut rien contre moi\\nFoin de tes enchantements riposta le guerrier.\\nL esprit menteur dont tu t es fait l esclave t aurait d\u00c3\u00bb\\ndire que Macduff ne naquit pas de la femme la fa\u00c3\u00a7on\\ndes autres mortels, et qu il fut, avant le temps, arrach\u00c3\u00a9\\naux entrailles de sa m\u00c3\u00a8re\\nMaudite soit la langue qui me r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a8le une pareille\\nfourberie exclama l infortun\u00c3\u00a9 monarque grelottant\\nde terreur et, cette fois, bien d\u00c3\u00a9sillusionn\u00c3\u00a9. P\u00c3\u00a9risse\\njamais la confiance des humains dans les \u00c3\u00a9quivoques\\ngrossi\u00c3\u00a8res des pythonisses et des jongleurs infernaux\\nArri\u00c3\u00a8re, tra\u00c3\u00aetre je ne me battrai pas contre toi\\nTu as raison, dit Macduff avec un m\u00c3\u00a9prisant sou-\\nrire. Vis pour que nous te montrions au peuple\\ncomme on montre les monstres, et, au-dessus de ta\\nt\u00c3\u00aate, nous ferons peindre ces mots: Par ici, par\\nici venez voir le tyran\\nJamais rugit Macbeth, qui le d\u00c3\u00a9sespoir rendit\\ntout son courage. Je ne vivrai pas pour baiser la\\nterre aux pieds de Malcolm, sous l avalanche des mal\u00c3\u00a9-", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0067.jp2"}, "68": {"fulltext": "46 MACBETH.\\ndictions d une ignoble populace. Le bois de Birnam\\nest venu Dunsinane, et toi, tu n es pas n\u00c3\u00a9 de la\\nfemme comme les autres hommes Eh bien, soit je\\nn en irai pas moins jusqu au bout\\nEt il se rua sur Macduff.\\nTous deux se battirent comme des lions mais\\nfinalement Macduff resta vainqueur, et porta, en pr\u00c3\u00a9-\\nsent, le t\u00c3\u00aate du vaincu au jeune et l\u00c3\u00a9gitime h\u00c3\u00a9ritier de\\nDuncan, qui, rentr\u00c3\u00a9 en possession du tr\u00c3\u00b4ne dont\\nl avait si longtemps priv\u00c3\u00a9 un usurpateur, fut acclam\u00c3\u00a9\\nroi par la noblesse et par le peuple.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0068.jp2"}, "69": {"fulltext": "LA TEMPETE.\\nDans une \u00c3\u00aele de l oc\u00c3\u00a9an, vivaient un vieillard,\\nnomm\u00c3\u00a9 Prosp\u00c3\u00a9ro, et sa fille Miranda, merveille de\\njeunesse et de beaut\u00c3\u00a9.\\nIls \u00c3\u00a9taient l\u00c3\u00a0 les seuls repr\u00c3\u00a9sentants de l esp\u00c3\u00a8ce hu-\\nmaine, et Miranda y \u00c3\u00a9tait venue si jeune qu elle ne se\\nrappelait pas avoir jamais vu d autre visage d homme\\nque celui de son p\u00c3\u00a8re.\\nUne caverne creus\u00c3\u00a9e dans le roc leur servait d habi-\\ntation. Prosp\u00c3\u00a9ro l avait divis\u00c3\u00a9e en plusieurs apparte-\\nments, dont l un, qu il appelait son cabinet d \u00c3\u00a9tude,\\ncontenait ses livres, presque tous traitant de magie.\\nCette science \u00c3\u00a9tait alors fort en faveur parmi les sa-\\nvants, et lui avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 tr\u00c3\u00a8s utile dans les bizarres cir-\\nconstances o\u00c3\u00b9 le malheur l avait plac\u00c3\u00a9.\\nL \u00c3\u00aele, en effet, avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 enchant\u00c3\u00a9e par une sorci\u00c3\u00a8re\\nappel\u00c3\u00a9e Sycorax, morte peu de temps apr\u00c3\u00a8s qu il y\\navait abord\u00c3\u00a9. Gr\u00c3\u00a2ce ses connaissances dans l art\\nmagique, il avait pu d\u00c3\u00a9livrer beaucoup de ces gentils\\nfarfadets, lutins malicieux sans \u00c3\u00aatre m\u00c3\u00a9chants, qui se\\nfont souvent les serviteurs actifs et fid\u00c3\u00a8les de l homme.\\nLa vieille Sycorax les avait emprisonn\u00c3\u00a9s dans des ar-\\nbres, parcequ ils avaient refus\u00c3\u00a9 d ex\u00c3\u00a9cuter ses ordres\\ncruels. Depuis leur d\u00c3\u00a9livrance, ils avaient ob\u00c3\u00a9i\\nProsp\u00c3\u00a9ro comme l eussent fait des esclaves.\\nA leur t\u00c3\u00aate se trouvait Ariel, le plus espi\u00c3\u00a8gle de la", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0069.jp2"}, "70": {"fulltext": "48 LA TEMPETE.\\nbande. Ce malin petit diable n avait qu un seul d\u00c3\u00a9-\\nfaut; c \u00c3\u00a9tait de taquiner outrance un pauyre monstre,\\nCaliban, plus singe qu homme, n\u00c3\u00a9 de la vieille Syco-\\nrax. Ariel l avait en horreur cause de cette origine.\\nProsp\u00c3\u00a9ro, ayant trouv\u00c3\u00a9 dans les bois cet \u00c3\u00aatre informe,\\nl avait recueilli et lui avait appris parler. Mais l\u00c3\u00a0\\ns \u00c3\u00a9tait born\u00c3\u00a9e l \u00c3\u00a9ducation de son prot\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9, dont rien\\nn avait pu dompter les mauvais instincts. Aussi\\nne se servait-il de lui que pour les travaux les plus\\ndurs, et c \u00c3\u00a9tait Ariel qu il chargeait de les lui faire\\nex\u00c3\u00a9cuter.\\nD\u00c3\u00a8s que Caliban se permettait de fl\u00c3\u00a2ner, Ariel, in-\\nvisible tout autre qu Prosp\u00c3\u00a9ro, fondait sur le pares-\\nseux et le pin\u00c3\u00a7ait jusqu au sang. Parfois, il lui fai-\\nsait piquer une t\u00c3\u00aate dans une mare, ou, prenant la\\nforme d un singe, il l effrayait par les plus hideuses\\ngrimaces. Puis, se changeant soudain en h\u00c3\u00a9risson,\\nil se plantait sur le chemin du malheureux Caliban,\\nqui reculait d horreur devant les piquants o\u00c3\u00b9 il craig-\\nnait d ensanglanter ses pieds nus.\\nA l aide de ces puissants petits g\u00c3\u00a9nies, Prosp\u00c3\u00a9ro com-\\nmandait en ma\u00c3\u00aetre aux vents et aux flots. Sur un\\nsigne de lui, ils soulevaient des temp\u00c3\u00aates et, un jour,\\nqu ils s \u00c3\u00a9taient livr\u00c3\u00a9s ce passe-temps, Prosp\u00c3\u00a9ro mon-\\ntra sa fille un magnifique navire aux prises avec les\\nvagues en furie\\nCe vaisseau, lui dit-il, est plein d \u00c3\u00aatres sem-\\nblables nous.\\nmon cher p\u00c3\u00a8re, s \u00c3\u00a9cria Miranda toute \u00c3\u00a9mue, si\\nc est votre art qui produit cette \u00c3\u00a9pouvantable tour-\\nmente, je vous en supplie, ayez piti\u00c3\u00a9 de ces pauvres", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0070.jp2"}, "71": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 49\\ngens Voyez, ils vont tous p\u00c3\u00a9rir Si cela \u00c3\u00a9tait en\\nmon pouvoir, j engloutirais l oc\u00c3\u00a9an sous la terre, plu-\\nt\u00c3\u00b4t que de laisser se perdre un si beau navire et tant\\nde pr\u00c3\u00a9cieuses existences\\nNe t effraye pas tant, ma ch\u00c3\u00a9rie, r\u00c3\u00a9pondit le\\nvieillard. J ai bien recommand\u00c3\u00a9 qui de droit qu au-\\ncun passager ne vienne p\u00c3\u00a9rir. Ce que j en fais est\\npour ton bien. Tu ne sais ni qui tu es, ni d o\u00c3\u00b9 tu\\nviens. Tout ce que tu sais de moi, c est que je suis\\nton p\u00c3\u00a8re. Tu ne connais du monde que cette triste\\ncaverne. Te rappelles-tu m\u00c3\u00aame quand tu y es venue?\\nJe ne le crois pas, car tu n avais alors que trois ans.\\nJe me le rappelle, cependant.\\nVraiment\\nOui je crois voir encore, comme dans un r\u00c3\u00aave,\\nquatre ou cinq femmes s empressant autour de moi\\npour me servir.\\nIl y en avait bien davantage, mon enfant. Mais\\nje m \u00c3\u00a9tonne que tu t en souviennes. Est-ce tout\\nOui, p\u00c3\u00a8re.\\nSache donc, alors, qu il y a douze ans, j \u00c3\u00a9tais duc\\nde Milan. Toi, tu \u00c3\u00a9tais princesse, et mon unique\\nh\u00c3\u00a9riti\u00c3\u00a8re. Mon jeune fr\u00c3\u00a8re, Antonio, en qui j avais\\ntoute confiance et qui je laissais, le plus souvent, le\\nsoin de gouverner, pendant que je m ensevelissais dans\\nmes livres, ne tarda pas se croire duc lui-m\u00c3\u00aame et,\\nsa popularit\u00c3\u00a9 grandissant par ma faute, il me sacrifia\\nson ambition et r\u00c3\u00a9ussit, avec l aide du roi de JSaples,\\nmon ennemi, me priver de ma couronne.\\nPourquoi ne nous ont-ils mis mort aussit\u00c3\u00b4t\\nIls ne l os\u00c3\u00a8rent pas. Mon peuple nous aimait", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0071.jp2"}, "72": {"fulltext": "50 LA TEMP\u00c3\u008aTE.\\ntrop. Mais on nous embarqua sur un grand navire et,\\nquand nous f\u00c3\u00bbmes en pleine mer, on nous contraignit\\ndescendre dans une chaloupe sans cordages, sans\\nvoiles et sans m\u00c3\u00a2t. Antonio crut ainsi s \u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9bar-\\nrass\u00c3\u00a9 de nous. Heureusement, un de mes bons amis,\\nle seigneur Gonzalo, avait pu secr\u00c3\u00a8tement placer dans\\nle bateau de l eau, des provisions, des cordages, et\\nsurtout mes livres, que j estimais plus que mon duch\u00c3\u00a9\\nm\u00c3\u00aame.\\nOh p\u00c3\u00a8re, comme j ai d\u00c3\u00bb vous \u00c3\u00aatre charge\\ndepuis\\nNon, mon amour tu fus, au contraire, le ch\u00c3\u00a9ru-\\nbin qui me rattacha la vie. Ton innocent sourire\\nme cuirassa contre le malheur. Nos provisions dur\u00c3\u00a8-\\nrent jusqu ce que nous e\u00c3\u00bbmes abord\u00c3\u00a9 dans cette \u00c3\u00aele\\nd\u00c3\u00a9serte et, depuis, tout mon bonheur a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 de t in-\\nstruire, et de te voir si bien profiter de mes le\u00c3\u00a7ons.\\nMiranda s \u00c3\u00a9tait jet\u00c3\u00a9e au cou du vieillard et l enla-\\n\u00c3\u00a7ait tendrement de ses jolis bras\\nQue le ciel vous b\u00c3\u00a9nisse s \u00c3\u00a9cria l aimable enfant.\\nMais, dites-moi, pourquoi avez- vous command\u00c3\u00a9 cette\\ntemp\u00c3\u00aate de faire rage autour de nous\\nPour faire \u00c3\u00a9chouer sur cette \u00c3\u00aele mes ennemis. Le\\nroi de Naples et mon fr\u00c3\u00a8re Antonio sont bord de ce\\nvaisseau maudit\\nMiranda allait se r\u00c3\u00a9crier, quand soudain le vieillard\\nla toucha de sa baguette magique, et elle s endormit\\nprofond\u00c3\u00a9ment.\\nAriel venait, en effet, d appara\u00c3\u00aetre devant son ma\u00c3\u00ae-\\ntre pour lui rendre compte des r\u00c3\u00a9sultats de la tem-\\np\u00c3\u00aate. Et, bien que les farfadets demeurassent toujours", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0072.jp2"}, "73": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 51\\ninvisibles pour Miranda, Prosp\u00c3\u00a9ro ne voulait pas\\nqu elle entend\u00c3\u00aet son p\u00c3\u00a8re converser avec un esprit\\nfollet\\nEh bien, mon mignon lutin, dit- il Ariel, com-\\nment t es-tu tir\u00c3\u00a9 de la t\u00c3\u00a2che que je t avais confi\u00c3\u00a9e\\nLe sylphe fit une pittoresque description de la tour-\\nmente et de la terreur des passagers. Ferdinand, le\\nfils du roi de Naples, avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 le premier sauter la\\nmer. Son p\u00c3\u00a8re le croyait englouti par les vagues et\\nperdu tout jamais\\nIl n en est pas moins sain et sauf, continua le malin\\nnarrateur en ce moment, il est assis sur un rocher\\nsur une pointe de l \u00c3\u00aele, les bras tristement crois\u00c3\u00a9s sur\\nla poitrine, et se lamentant sur la mort de son p\u00c3\u00a8re,\\nqu il croit noy\u00c3\u00a9. Pas un cheveu de sa t\u00c3\u00aate n a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 en-\\ndommag\u00c3\u00a9, et ses v\u00c3\u00aatements princiers, bien que ruis-\\nselants d eau sal\u00c3\u00a9e, n en sont ni moins brillants ni\\nmoins frais.\\nBravo, mon petit Ariel Je reconnais l\u00c3\u00a0 ta d\u00c3\u00a9-\\nlicatesse. Am\u00c3\u00a8ne-le ici. Il faut que ma fille le voie.\\nEt que font mon fr\u00c3\u00a8re et le roi de ISTaples\\nJe les ai laiss\u00c3\u00a9s la recherche de Ferdinand, mais\\nbien convaincus qu ils ne le re verront plus. Pas un\\nhomme de l \u00c3\u00a9quipage n a p\u00c3\u00a9ri, et cependant, chacun\\nd eux se croit le seul \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9 au naufrage. Le vais-\\nseau, invisible pour eux tous, est en s\u00c3\u00bbret\u00c3\u00a9 dans le\\nport.\\nC est parfait, mon ami mais il te reste encore\\nquelque chose faire.\\nEst-il possible Moi qui, d apr\u00c3\u00a8s votre promesse\\nm attendais ma libert\u00c3\u00a9 Je vous ai toujours fid\u00c3\u00a8le-", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0073.jp2"}, "74": {"fulltext": "52 LA TEMP\u00c3\u008aTE.\\nment servi. Jamais je ne tous ai menti jamais je\\nn ai fait de fautes jamais je n ai murmur\u00c3\u00a9 contre vos\\nordres.\\nAh le petit ingrat dit en riant Prosp\u00c3\u00a9ro. As-\\ntu donc oubli\u00c3\u00a9 la vieille Sycorax, que l \u00c3\u00a2ge et la jalou-\\nsie avaient presque pli\u00c3\u00a9e en deux Dis-moi, o\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9tait-\\nelle n\u00c3\u00a9e\\nA Alger, ma\u00c3\u00aetre.\\nVraiment Eh bien, cette m\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re, cause de\\nses sorcelleries, trop horribles pour que je te les ra-\\nconte, avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 chass\u00c3\u00a9e d Alger et abandonn\u00c3\u00a9e ici par\\ndes matelots. Or, parceque tu \u00c3\u00a9tais trop d\u00c3\u00a9licat pour\\nex\u00c3\u00a9cuter ses ordres abominables, elle t avait enferm\u00c3\u00a9\\ndans un arbre, o\u00c3\u00b9 je t ai trouv\u00c3\u00a9 poussant des cris de\\nposs\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9. Qui t a d\u00c3\u00a9livr\u00c3\u00a9 Moi\\nAriel fut tout honteux d avoir paru oublier cette\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse action du vieillard\\nJe suis vos ordres, ma\u00c3\u00aetre bien-aim\u00c3\u00a9, s \u00c3\u00a9cria-t-il.\\nA la bonne heure dit Prosp\u00c3\u00a9ro, et tu ne perdras\\nrien pour attendre, mon petit Ariel.\\nEn un clin d \u00c5\u0093il, le sylphe fut aupr\u00c3\u00a8s de Ferdinand,\\nqu il trouva assis la m\u00c3\u00aame place, plong\u00c3\u00a9 dans une\\nnavrante m\u00c3\u00a9lancolie\\nAllons, mon joli prince, lui dit-il, il faut me\\nsuivre. Une belle demoiselle demande te voir.\\nEt, tout en voletant dans la direction de la caverne,\\nle gnome se mit chanter\\nSous trente pieds d eau g\u00c3\u00aet ton p\u00c3\u00a8re\\nSes os sont devenus corail\\nCes perles, au brillant \u00c3\u00a9mail,\\nFurent ses yeux car l onde am\u00c3\u00a8re", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0074.jp2"}, "75": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 53\\nNe laisse rien perdre de lui,\\nMais, par de merveilleux \u00c3\u00a9changes,\\nLe transforme en \u00c3\u00aatres \u00c3\u00a9tranges\\nEt, soudain, quand chaque heure a fui.\\nDes nymphes de l ab\u00c3\u00aeme sombre\\nLes gais et bruyants bataillons,\\nPour faire honneur sa grande ombre,\\nSonnent leurs joyeux carillons\\nD aussi bizarres r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9lations sur le sort de son p\u00c3\u00a8re\\n\u00c3\u00a9taient bien faites pour r\u00c3\u00a9veiller Ferdinand de sa tor-\\npide apathie. Profond\u00c3\u00a9ment troubl\u00c3\u00a9, il suivit Tin-\\nvisible chanteur.\\nBient\u00c3\u00b4t, il fut aper\u00c3\u00a7u de Miranda et de Prosp\u00c3\u00a9ro,\\nqui \u00c3\u00a9taient assis l ombre d un grand ch\u00c3\u00aane\\nMa fille, dit le vieillard, que regardes-tu doue si\\nattentivement l\u00c3\u00a0 bas\\nP\u00c3\u00a8re, r\u00c3\u00a9pondit Miranda, je vois venir nous une\\nd\u00c3\u00a9licieuse cr\u00c3\u00a9ature qui semble chercher quelque chose\\nde tous c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9s, et dont la vue me comble de ravisse-\\nment. C est un esprit, sans doute\\nNon, ma ch\u00c3\u00a9rie c est un \u00c3\u00aatre qui mange, dort,\\nvoit et entend comme toi et moi. Ce jeune homme\\n\u00c3\u00a9tait sur le vaisseau naufrag\u00c3\u00a9. Le chagrin a l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re-\\nment alt\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 ses traits. A part cela, tu as raison de le\\ntrouver beau. Il a perdu ses compagnons et c est eux\\nqu il cherche sans doute.\\nMiranda, qui se figurait que tous les hommes a-\\nvaient, comme son p\u00c3\u00a8re, grave visage et barbe grise, ne\\nrevenait pas de son \u00c3\u00a9bahissement. De son c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, Fer-\\ndinand qui, depuis quelques heures, marchait de mer-\\nveilles en merveilles, et qui la voix d Ariel, qu il en-", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0075.jp2"}, "76": {"fulltext": "54 LA TEMPETE.\\ntendait toujours, faisait croire qu il se trouvait dans\\nune \u00c3\u00aele enchant\u00c3\u00a9e, n eut pas plus t\u00c3\u00b4t aper\u00c3\u00a7u l \u00c3\u00a9blouis-\\nsante Miranda qu il la prit pour la d\u00c3\u00a9esse de c\u00c3\u00a9ans et\\nla salua comme telle\\nJe ne suis pas une d\u00c3\u00a9esse, lui dit simplement la\\njeune fille je suis\\nMais Prosp\u00c3\u00a9ro l interrompit.\\nIl \u00c3\u00a9tait heureux de les yoir ainsi s admirer l un\\nl autre, et s \u00c3\u00a9prendre premi\u00c3\u00a8re vue mais, pour\\n\u00c3\u00a9prouver Ferdinand, il r\u00c3\u00a9solut de jeter quelques b\u00c3\u00a2tons\\ndans les roues de son amour. Il s avan\u00c3\u00a7a donc vers le\\njeune homme, les sourcils fronc\u00c3\u00a9s, et l accusa d \u00c3\u00aatre\\nvenu en espion pour lui ravir son \u00c3\u00aele\\nSuis-moi, lui cria-t-il, je vais te lier par les pieds\\net par le cou. Je te ferai boire de l eau de mer tu\\nvivras de crabes, de racines dess\u00c3\u00a9ch\u00c3\u00a9es et de cosses de\\ngrains de bl\u00c3\u00a9\\nBien oblig\u00c3\u00a9 riposta le prince. Mais je n accept-\\nerai pareil menu que d un ennemi plus redoubtable\\nque toi.\\nEt il mit flamberge au vent.\\nD un signe de sa baguette, Prosp\u00c3\u00a9ro le cloua au sol\\net paralysa tous ses mouvements\\nOh p\u00c3\u00a8re, exclama Miranda en se pendant c\u00c3\u00a2li-\\nnement son cou, p\u00c3\u00a8re, ne soyez pas si inhumain\\nPiti\u00c3\u00a9 pour lui Je serai sa caution. C est le second\\nhomme que j aie jamais vu, et il me para\u00c3\u00aet digne de\\ntoute confiance\\nSilence, enfant dit Prosp\u00c3\u00a9ro. Un mot de plus,\\net je vais te gronder. Comment tu te fais l avocate\\nd un imposteur Pareceque tu n as vu jusqu ici que", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0076.jp2"}, "77": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 55\\nlui et Caliban, tu te figures qu il n y a pas d autre bel\\nhomme au monde Il y en a des milliers, petite\\nfolle, et qui lui sont aussi sup\u00c3\u00a9rieurs qu il l est\\nCaliban.\\nP\u00c3\u00a8re, insista la jeune fille dont il voulait \u00c3\u00a9prouver\\nle c\u00c5\u0093ur, je l aime tel qu il est, et n en d\u00c3\u00a9sire point de\\nplus charmant que lui\\nAllons, jeune homme, dit le vieillard sans se\\nlaisser attendrir, tu vois bien qu il n est pas en ton\\npouvoir de me d\u00c3\u00a9sob\u00c3\u00a9ir. Suis-moi donc de bonne\\ngr\u00c3\u00a2ce.\\nLe prince ignorait qu il f\u00c3\u00bbt en pr\u00c3\u00a9sence d un ma-\\ngicien, et s \u00c3\u00a9tounait de se sentir ainsi dompt\u00c3\u00a9. En\\nd\u00c3\u00a9pit qu il en e\u00c3\u00bbt, une force invisible le d\u00c3\u00a9tacha du\\nsol, et il lui fallut suivre Prosp\u00c3\u00a9ro.\\nTant qu il put apercevoir la forme divine de Miran-\\nda, il regarda derri\u00c3\u00a8re lui tout en marchant. Mais\\nquand il fut enfin dans la caverne, il lui sembla que la\\nvie allait l abandonner. Toute son \u00c3\u00a9nergie avait dis-\\nparu comme dans un r\u00c3\u00aave\\nSi seulement, se disait-il, je pouvais, une fois le\\njour, reposer mes regards sur cette adorable fille, ma\\nprison serait encore un paradis\\nProsp\u00c3\u00a9ro ne le tint pas longtemps sous les verroux.\\nIl le chargea de mettre en tas de lourdes pi\u00c3\u00a8ces de\\nbois. Fils de rois sont, en g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral, peu familiers\\navec ce genre d exercice. Aussi, Ferdinand fut-il\\nbient\u00c3\u00b4t bris\u00c3\u00a9 de fatigue. Pendant ce temps, le vieil-\\nlard s \u00c3\u00a9tait soi-disant enferm\u00c3\u00a9 avec ses livres, non\\nsans avoir fait savoir sa fille quelle rude t\u00c3\u00a2che\\nil avait condamn\u00c3\u00a9 le jeune prince.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0077.jp2"}, "78": {"fulltext": "56 LA TEMP\u00c3\u008aTE.\\nEn r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, il surveillait de pr\u00c3\u00a8s les deux amou-\\nreux\\nBeau jeune homme, disait Miranda, qui n avait\\npas tard\u00c3\u00a9 venir rejoindre Ferdinand, ne travaillez\\npas ainsi. Mon p\u00c3\u00a8re est avec ses livres au moins\\npour trois heures. Vous pouvez donc vous reposer.\\nJe ne l ose, soupira le prince, il faut tout d abord,\\nbelle dame, que je finisse ma t\u00c3\u00a2che.\\n-Asseyez-vous tout au moins, et, pendant que vous\\nreprendrez vos forces, je travaillerai votre place.\\nFerdinand \u00c3\u00a9tait trop galant cavalier pour accepter\\nune telle offre. Loin donc d avancer la besogne, la\\npr\u00c3\u00a9sence de Mirandane fit que la retarder. On n em-\\npila gu\u00c3\u00a8re de bois mais, en revanche, on causa beau-\\ncoup.\\nEt Prosp\u00c3\u00a9ro, invisible leurs yeux, mais debout\\nleurs c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9s, les \u00c3\u00a9coutait avidement\\nComment vous appelez- vous disait le prince.\\nMon p\u00c3\u00a8re m a d\u00c3\u00a9fendu de le dire personne\\nmais je m appelle Miranda.\\nProsp\u00c3\u00a9ro sourit dans sa barbe, cette premi\u00c3\u00a8re d\u00c3\u00a9-\\nsob\u00c3\u00a9issance de son enfant. C \u00c3\u00a9tait par ses enchante-\\nments qu elle s \u00c3\u00a9tait si subitement \u00c3\u00a9prise du noble\\n\u00c3\u00a9tranger. Il ne pouvait donc raisonnablement trou-\\nver mauvais qu elle oubli\u00c3\u00a2t ses ordres en faveur de\\nson amoureux.\\nCelui-ci, d ailleurs, se lan\u00c3\u00a7a dans de si br\u00c3\u00bblantes\\nprotestations de tendresse, que le vieillard se f\u00c3\u00a9licita\\nde son stratag\u00c3\u00a8me\\nOui, s \u00c3\u00a9criait Ferdinand avec feu, vous \u00c3\u00aates la plus\\nbelle entre toutes les femmes", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0078.jp2"}, "79": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 57\\nJe ne sais, r\u00c3\u00a9pondait modestement Miranda je ne\\nme rappelle aucun visage de femme. Je ne connais\\nnon plus d autres visages d hommes que celui de mon\\np\u00c3\u00a8re et le v\u00c3\u00b4tre. Mais ce que je sais bien, c est que je\\nne d\u00c3\u00a9sire d autre compagnie que la v\u00c3\u00b4tre, et que je ne\\npuis imaginer des traits qui me plaisent plus que les\\nv\u00c3\u00b4tres. Mais je crois bien, monsieur, que je vous\\nparle trop famili\u00c3\u00a8rement, et, en cela, je d\u00c3\u00a9sob\u00c3\u00a9is en-\\ncore mon p\u00c3\u00a8re.\\nParfait se dit le vieillard en souriant de nou-\\nveau. Ma fille sera reine de ISTaples\\nFerdinand s embarqua, en effet, dans une autre ti-\\nrade plus passionn\u00c3\u00a9e encore que la premi\u00c3\u00a8re, et finit\\npar d\u00c3\u00a9clarer sa belle qu il \u00c3\u00a9tait l h\u00c3\u00a9ritier de la cou-\\nronne de Naples et qu il la ferait sa reine\\nSeigneur, dit na\u00c3\u00afvement Miranda, dont les yeux\\nse remplissaient de larmes, je suis folle de pleurer de\\nce qui me rend si heureuse. Voici ma r\u00c3\u00a9ponse sans\\nle moindre d\u00c3\u00a9tour. Je suis votre femme, si vous vou-\\nlez me faire l honneur de m \u00c3\u00a9pouser.\\nFerdinand allait se confondre en remerc\u00c3\u00aements,\\nquand tout coup Prosp\u00c3\u00a9ro se rendit visible leurs\\nyeux\\nNe craignez rien, mes enfants, leur dit-il. J ai\\ntout entendu, et j approuve tout. Ferdinand, je r\u00c3\u00a9-\\npare au centuple mon apparente rudesse envers toi en\\nte donnant mon enfant. Je ne voulais qu \u00c3\u00a9pouver\\nton amour, et tu t es tir\u00c3\u00a9 merveille de cette \u00c3\u00a9preuve.\\nPrends-la donc elle est en tout digne de toi. Et\\nmaintenant, asseyez-vous et causez jusqu mon re-\\ntour.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0079.jp2"}, "80": {"fulltext": "58 LA TEMPETE.\\nCette fois, Miranda ne montra aucune disposition\\nd\u00c3\u00a9sob\u00c3\u00a9ir.\\nProsp\u00c3\u00a9ro ne fut pas plus t\u00c3\u00b4t de retour dans sa ca-\\nverne que, sur son ordre, Ariel apparut promptement\\ndevant lui\\nMa\u00c3\u00aetre, dit le sylphe, vous voulez savoir ce que\\nj ai fait de votre fr\u00c3\u00a8re et du roi de Naples\\nOui, mon ami.\\nAh je les ai terriblement effray\u00c3\u00a9s, ces nobles\\nseigneurs. Quand je les ai vus rompus de fatigue et\\nmourants de faim, j ai soudainement fait para\u00c3\u00aetre de-\\nvant eux un succulent banquet, et, au moment o\u00c3\u00b9 ils\\nallaient y faire honneur, j ai pris la forme d une hi-\\ndeuse harpie et j ai tout d\u00c3\u00a9vor\u00c3\u00a9. Puis, leur indes-\\ncriptible \u00c3\u00a9tonnement, ladite harpie s est mise leur\\nparler et leur reprocher leur cruelle conduite en-\\nvers Prosp\u00c3\u00a9ro et sa fille en bas \u00c3\u00a2ge\\nLe jour du ch\u00c3\u00a2timent est venu, leur disait-elle;\\ntremblez, vous qui n avez pas recul\u00c3\u00a9 devant la\\ntrahison et l assassinat\\nAh si vous les aviez vus Leur repentir \u00c3\u00a9tait si\\npoignant que, tout farfadet que je suis, je m en sens\\nencore tout remu\u00c3\u00a9 de piti\u00c3\u00a9 I\\nVa les chercher alors, mon bon Ariel. Il ne sera\\npas dit que je serai moins compatissant qu un sylphe\\nenvers mes semblables.\\nBient\u00c3\u00b4t arriv\u00c3\u00a8rent, en effet, le roi, Antonio et ce\\nbrave seigneur Gonzalo qui Prosp\u00c3\u00a9ro avait d\u00c3\u00bb, douze\\nans auparavant, son salut et celui de son enfant.\\nAriel avait attir\u00c3\u00a9 leur attention en remplissant l air\\nd une musique sauvage, et les avait amen\u00c3\u00a9s ainsi en", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0080.jp2"}, "81": {"fulltext": "LA TEMP\u00c3\u008aTE. 59\\npr\u00c3\u00a9sence de son ma\u00c3\u00aetre, qu aucun d eux ne reconnut,\\ntant la frayeur paralysait leurs sens.\\nLe vieillard se nomma tout d abord au vieux Gon-\\nzalo, qu il appela son sauveur.\\nAlors les yeux d Antonio et ceux du roi s ouvrirent\\nla v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9.\\nEperdus, et la voix bris\u00c3\u00a9e par les sanglots, ils de-\\nmand\u00c3\u00a8rent un pardon que Prosp\u00c3\u00a9ro ne leur fit pas at-\\ntendre, et s engag\u00c3\u00a8rent aussit\u00c3\u00b4t le r\u00c3\u00a9tablir dans son\\nduch\u00c3\u00a9\\nMoi, dit Prosp\u00c3\u00a9ro, au roi de Naples, j ai en r\u00c3\u00a9-\\nserve pour vous un pr\u00c3\u00a9sent bien plus pr\u00c3\u00a9cieux.\\nEt, ouvrant une porte, il lui montra Ferdinand jou-\\nant aux \u00c3\u00a9checs avec Miranda.\\nIl faut renoncer d\u00c3\u00a9peindre la joie folle de ce p\u00c3\u00a8re\\net de ce fils, se retrouvant si inopin\u00c3\u00a9ment, alors que\\nchacun d eux croyait l autre au fond de la mer\\nmerveille s \u00c3\u00a9cria Miranda; quelles nobles cr\u00c3\u00a9a-\\ntures sont celles-ci Le monde doit \u00c3\u00aatre bien beau,\\ns il renferme d aussi brillants seigneurs\\nLe roi ne fut pas moins \u00c3\u00a9bahi que ne l avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 son\\nfils de la beaut\u00c3\u00a9 et des gr\u00c3\u00a2ces sans pareilles de la jeune\\nfille\\nQuelle est donc cette admirable jouvencelle dit-\\nil. Est-ce la d\u00c3\u00a9esse qui nous a s\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9s, pour nous\\nr\u00c3\u00a9unir nouveau\\nNon, Sire, r\u00c3\u00a9pliqua Ferdinand, qui ne put s em-\\np\u00c3\u00aacher de sourire en entendant son p\u00c3\u00a8re tomber dans\\nla m\u00c3\u00aame erreur que lui-m\u00c3\u00aame c est une mortelle que\\nl immortelle Providence a faite mienne. Pardonnez\\nsi, vous croyant mort, je l ai choisie sans votre con-", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0081.jp2"}, "82": {"fulltext": "60 LA TEMPETE.\\nsentement. Elle est la fille de ce fameux duc de Mi-\\nlan, dont la renomm\u00c3\u00a9e avait tant de fois frapp\u00c3\u00a9 mes\\noreilles. Je dois l illustre Prosp\u00c3\u00a9ro une yie nou-\\nvelle, puis qu il m accorde cette d\u00c3\u00a9licieuse fianc\u00c3\u00a9e.\\nEt moi, dit le roi, j ai un enfant de plus, et, chose\\nsinguli\u00c3\u00a8re, mon premier devoir est d implorer son\\npardon.\\nTr\u00c3\u00aave de tout cela intervint Prosp\u00c3\u00a9ro. Oubli-\\nons le pass\u00c3\u00a9, puisque aussi bien le ciel Ta heu-\\nreusement r\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9.\\nEt il embrassa tendrement son fr\u00c3\u00a8re\\nUne sage et toute-puissante Providence, ajouta-t-\\nil, a permis que je fusse chass\u00c3\u00a9 de mon pauvre duch\u00c3\u00a9 de\\nMilan, pour que ma fille h\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a2t de la riche couronne\\nde Naples car, sans cette rencontre sur cette \u00c3\u00aele\\nd\u00c3\u00a9serte, jamais le fils du roi n e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9pous\u00c3\u00a9 ma Miranda.\\nAntonio et le vieux Gonzalo pleuraient chaudes\\nlarmes celui-ci, de bonheur celui-l\u00c3\u00a0, de repentir\\nVotre vaisseau est en s\u00c3\u00bbret\u00c3\u00a9 dans le port, ajouta\\nProsp\u00c3\u00a9ro, ainsi que tous vos matelots. Ma fille et\\nmoi, nous partirons avec vous demain. En atten-\\ndant, restaurons-nous aussi bien que le permettront\\nnos pauvres ressources.\\nEt il appela Caliban, qui il ordonna de pr\u00c3\u00a9parer\\nquelque nourriture et de mettre tout en ordre dans\\nla caverne. Grande fut la stup\u00c3\u00a9faction du roi et de\\nses compagnons la vue du monstre qui servait\\nProsp\u00c3\u00a9ro.\\nAvant de quitter son \u00c3\u00aele, le vieillard appela Ariel\\nMon gentil petit gnome, lui dit-il, je te rends*\\nd\u00c3\u00a8s aujourd hui, toute ta libert\u00c3\u00a9.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0082.jp2"}, "83": {"fulltext": "LA TEMPETE. 61\\nAriel ne se contint plus de joie\\nSoyez b\u00c3\u00a9ni, mon cher ma\u00c3\u00aetre, s \u00c3\u00a9cria-t-il mais,\\nauparavant, je yeux m assurer que des vents favo-\\nrables enfleront vos voiles. Et alors, quelle joie d\\ntre libre, et comme je vais vivre heureux\\nEt il chanta cette gracieuse ariette\\nO\u00c3\u00b9 butine la gente abeille,\\nMoi, je butine, et, si j entends\\nLe hibou crier, je m \u00c3\u00a9veille\\nDans la campanule vermeille\\nD une primev\u00c3\u00a8re cinq dents.\\nSur le dos d un ch\u00c3\u00a9iropt\u00c3\u00aare,\\nGa\u00c3\u00aement, je cours apr\u00c3\u00a8s l \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nEt, libre enfin, dans maint parterre,\\nJe vais, le c\u00c5\u0093ur plein de ga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9,\\nVivre sous l ombre tut\u00c3\u00a9laire\\nDe la fleur d un arbre enchant\u00c3\u00a9\\nProsp\u00c3\u00a9ro enfouit alors profond\u00c3\u00a9ment dans le sol ses\\nlivres et sa puissante baguette. Il en avait jamais\\nfini avec les sciences occultes.\\nSes ennemis \u00c3\u00a9taient dompt\u00c3\u00a9s, et il \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9concili\u00c3\u00a9\\navec son fr\u00c3\u00a8re. Pour mettre le comble sa f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9, il\\nne lui restait plus qu revoir sa terre natale, re-\\nprendre possession de son duch\u00c3\u00a9 et assister au mari-\\nage de sa bien-aim\u00c3\u00a9e fille.\\nLe fid\u00c3\u00a8le Ariel conduisit heureusement le vaisseau\\njusque dans la magnifique baie de ISTaples o\u00c3\u00b9 tous ses\\nprot\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9s d\u00c3\u00a9barqu\u00c3\u00a8rent, sains et saufs et ce d\u00c3\u00a9licieux\\nvoyage fut imm\u00c3\u00a9diatement suivi des noces splendides\\nde Ferdinand et de Miranda.", "height": "3100", "width": "2103", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0083.jp2"}, "84": {"fulltext": "OTHELLO.\\nBeabakcio, riche s\u00c3\u00a9nateur de Venise, avait une\\nfille aussi belle que pure, la douce Desd\u00c3\u00a9mone, que de\\nnombreux partis recherchaient en mariage autant\\npour ses qualit\u00c3\u00a9s et ses vertus que pour ses brillantes\\nperspectives de fortune. Mais, parmi ces pr\u00c3\u00a9tendants\\nde m\u00c3\u00aame race et de m\u00c3\u00aame couleur qu elle, la noble\\nfille n avait distingu\u00c3\u00a9 personne qu elle p\u00c3\u00bbt aimer.\\nElle jugeait les hommes par le caract\u00c3\u00a8re et non par\\nles traits du visage, et, chose plus \u00c3\u00a9trange que digne\\nd imitation, elle avait donn\u00c3\u00a9 son c\u00c5\u0093ur un noir de la\\nMauritanie, aim\u00c3\u00a9 de son p\u00c3\u00a8re qui souvent le rece-\\nvait son foyer.\\nL incongruit\u00c3\u00a9 de ce choix n \u00c3\u00a9tait pas d ailleurs, ab-\\nsolument condamnable. A part la couleur de son\\nteint, le noble Maure \u00c3\u00a9tait, de tous points, digne\\nde l amour des plus grandes dames de son temps.\\nSoldat et brave, il s \u00c3\u00a9tait \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9, par sa belle con-\\nduite dans de sanglantes guerres contre les Turcs,\\nau rang de g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral dans le service de Venise, dont\\nle gouvernement l estimait et l honorait de sa con-\\nfiance.\\nIl avait beaucoup voyag\u00c3\u00a9, et Desd\u00c3\u00a9mone raffolait,\\ncomme toutes les femmes, de r\u00c3\u00a9cits d aventures.\\nAussi, comme elle l \u00c3\u00a9coutait racontant sa vie d aussi\\nloin qu il pouvait se souvenir les batailles, les si\u00c3\u00a8ges,", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0084.jp2"}, "85": {"fulltext": "OTHELLO. 63\\n]es combats corps corps o\u00c3\u00b9 il avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 engag\u00c3\u00a9, et les\\ndangers qu il avait courus sur terre et sur mer Cent\\nfois il n avait \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9 la mort que par miracle en\\np\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9trant dans une br\u00c3\u00a8che ou en affrontant la gueule\\nd un canon puis un audacieux ennemi l avait fait\\nprisonnier et vendu comme esclave. Et il disait com-\\nment il s \u00c3\u00a9tait conduit alors, puis enfui et il m\u00c3\u00aalait\\ntous ces r\u00c3\u00a9cits les descriptions des choses \u00c3\u00a9tranges\\nqu il avait vues dans les pays lointains les immenses\\nd\u00c3\u00a9serts, les cavernes romantiques, les carri\u00c3\u00a8res, les\\nrocs et les montagnes dont les cimes se perdent dans\\nles nues les nations sauvages, les mangeurs d hommes\\net certaine race africaine dont les t\u00c3\u00aates, affirmait-il,\\ncroissent au-dessous de leurs \u00c3\u00a9paules.\\nDesd\u00c3\u00a9mone \u00c3\u00a9coutait tout cela avec tant d avidit\u00c3\u00a9\\nque si quelque d\u00c3\u00a9tail de m\u00c3\u00a9nage l obligeait s absenter\\nun instant, elle d\u00c3\u00a9p\u00c3\u00aachait bien vite toute affaire im-\\nportune pour revenir, haletante, d\u00c3\u00a9vorer ce qui restait\\ndu discours d Othello.\\nUn jour m\u00c3\u00aame, il profita d une heure de poignante\\n\u00c3\u00a9motion pour l amener le supplier de raconter dans\\nson entier cette existence merveilleuse dont elle savait\\nd\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 tant de choses, mais sans suite. Il y consentit et\\nlui arracha plus d une larme au r\u00c3\u00a9cit d un terrible\\nincident de sa jeunesse.\\nQuand il eut cess\u00c3\u00a9 de parler, elle l en r\u00c3\u00a9compensa\\npar une temp\u00c3\u00aate de soupirs. Elle laissa m\u00c3\u00aame \u00c3\u00a9chap-\\nper un joli petit juron, s \u00c3\u00a9criant que tout cela d\u00c3\u00a9-\\npassait ce qu elle avait entendu de pins merveilleux,\\nde plus \u00c3\u00a9trangement \u00c3\u00a9mouvant\\nJe souhaiterais, lui dit-elle, ne vous avoir point", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0085.jp2"}, "86": {"fulltext": "64 OTHELLO.\\nentendu, et, pourtant, je voudrais que le ciel e\u00c3\u00bbt fait\\nde moi un homme tel que vous. Merci, mille fois\\net si vous avez un ami qui m aime, vous n avez qu\\nlui apprendre me raconter vos aventures. Il serait\\ns\u00c3\u00bbr ainsi de me conqu\u00c3\u00a9rir.\\nA cette ouverture, faite avec non moins de modestie\\nque de franchise et rendue plus nette encore par une\\ngr\u00c3\u00a2ce irr\u00c3\u00a9sistible et de pudiques rougeurs, Othello\\ns enhardit parler de son amour et, dans cet heureux\\nmoment, d\u00c3\u00a9cida la compatissante Desd\u00c3\u00a9mone l\\npouser en secret.\\nIl n y avait rien dans la couleur ou la fortune\\nd Othello qui p\u00c3\u00bbt lui faire esp\u00c3\u00a9rer que Brabancio l ac-\\ncepterait jamais pour gendre. Le s\u00c3\u00a9nateur avait\\njusqu alors laiss\u00c3\u00a9 pleine libert\u00c3\u00a9 sa fille, mais il s at-\\ntendait bien la voir se conformer bient\u00c3\u00b4t aux usages\\ndes nobles V\u00c3\u00a9nitiennes et se choisir un mari de rang\\ns\u00c3\u00a9natorial ou de brillantes esp\u00c3\u00a9rances.\\nEn cela, il devait \u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9\u00c3\u00a7u.\\nDesd\u00c3\u00a9mone aimait le Maure, en d\u00c3\u00a9pit de son teint\\nnoir. Son c\u00c5\u0093ur, ses destin\u00c3\u00a9es, elle les avait consacr\u00c3\u00a9s\\nce vaillant. Il l avait subjugu\u00c3\u00a9e tel point qu elle\\npr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rait de beaucoup tous les teints clairs et fleu-\\nris des jeunes seigneurs v\u00c3\u00a9nitiens, ses adorateurs, la\\nsombre couleur qui, pour toute autre femme moins\\nperspicace, n e\u00c3\u00bbt pas manqu\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00aatre une insurmon-\\ntable objection.\\nBrabancio ne fut pas longtemps apprendre le\\nmariage de Desd\u00c3\u00a9mone. Le vieillard se leva, en\\npleine s\u00c3\u00a9ance solennelle du S\u00c3\u00a9nat, et accusa le Maure\\nOthello d avoir, par mal\u00c3\u00a9fices et sorcellerie, d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0086.jp2"}, "87": {"fulltext": "OTHELLO. 65\\nla belle Desd\u00c3\u00a9mone l \u00c3\u00a9pouser sans le consentement\\npaternel et an m\u00c3\u00a9pris des lois de l hospitalit\u00c3\u00a9.\\nOr, ce moment pr\u00c3\u00a9cis, le gouvernement de Ve-\\nnise avait un besoin imm\u00c3\u00a9diat des services d Othello.\\nOn avait appris que les Turcs avaient fait d im-\\nmenses pr\u00c3\u00a9paratifs de guerre et avaient \u00c3\u00a9quip\u00c3\u00a9 une\\nflotte qui se dirigeait sur l \u00c3\u00aele de Chypre, dans le but\\nde reprendre cette forte position aux V\u00c3\u00a9nitiens qui\\nla poss\u00c3\u00a9daient alors.\\nOthello seul \u00c3\u00a9tait homme disputer Chypre aux\\nTurcs, et tous les yeux s \u00c3\u00a9taient aussit\u00c3\u00b4t tourn\u00c3\u00a9s vers\\nlui.\\nAppel\u00c3\u00a9 devant le S\u00c3\u00a9nat, il s y pr\u00c3\u00a9senta donc au\\ndouble titre de candidat une haute fonction na-\\ntionale, et de criminel accus\u00c3\u00a9 d offenses punies de\\nmort par les lois de Venise.\\nLa grave assembl\u00c3\u00a9e devait l \u00c3\u00a2ge et au caract\u00c3\u00a8re\\ns\u00c3\u00a9natorial de Brabancio de l \u00c3\u00a9couter avec la plus\\ngrande patience. Mais, dans son indignation, le\\nvieillard se livra contre Othello de telles intem-\\np\u00c3\u00a9rances de langage, et \u00c3\u00a9leva la dignit\u00c3\u00a9 de preuves\\ntant d all\u00c3\u00a9gations qui n \u00c3\u00a9taient que des vraisem-\\nblances, que celui-ci, pour se d\u00c3\u00a9fendre, n eut qu\\nraconter simplement l histoire de ses amours.\\nEt il le fit avec tant d \u00c3\u00a9loquence naturelle, il d\u00c3\u00a9-\\npeignit avec une candeur si noble, o\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9clatait la\\nv\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, les p\u00c3\u00a9rip\u00c3\u00a9ties de ses assiduit\u00c3\u00a9s aupr\u00c3\u00a8s de Des-\\nd\u00c3\u00a9mone, que le duc, qui pr\u00c3\u00a9sidait la cour, ne put\\ns emp\u00c3\u00aacher d avouer qu un r\u00c3\u00a9cit ainsi d\u00c3\u00a9bit\u00c3\u00a9 aurait\\nconquis sa propre fille. Dans son opinion, Othello,\\nen faisant sa cour, n avait employ\u00c3\u00a9 d autres enchan-", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0087.jp2"}, "88": {"fulltext": "66 OTHELLO.\\ntements que les honn\u00c3\u00aates artifices familiers aux\\namants, et toute sa sorcellerie se r\u00c3\u00a9duisait savoir\\nbien dire un de ces contes \u00c3\u00a9mouvants qui captivent\\nune oreille f\u00c3\u00a9minine.\\nDesd\u00c3\u00a9mone confirma de son propre t\u00c3\u00a9moignage\\ncelui d Othello. Elle reconnut, devant le S\u00c3\u00a9nat, tout\\nce qu elle devait son p\u00c3\u00a8re pour la vie et l \u00c3\u00a9ducation\\nqu il lui avait donn\u00c3\u00a9es mais elle le supplia de lui\\npermettre d accomplir des devoirs plus sacr\u00c3\u00a9s encore\\nenvers son seigneur et mari, comme l a fait ma\\nm\u00c3\u00a8re, dit-elle, en vous pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rant son propre p\u00c3\u00a8re.\\nD\u00c3\u00a9bout\u00c3\u00a9 de sa plainte, le vieux s\u00c3\u00a9nateur se soumit\\nla n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9, et donna sa fille Othello, non sans lui\\nexprimer vivement son chagrin\\nSi j avais \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 laiss\u00c3\u00a9 libre de vous l enlever, lui dit-\\nil, je l eusse fait certainement de tout c\u00c5\u0093ur. Je suis\\nheureux de n avoir pas d autres enfants, car la con-\\nduite de Desd\u00c3\u00a9mone e\u00c3\u00bbt fait de moi un tyran et je les\\neusse surcharg\u00c3\u00a9s d entraves cause de sa d\u00c3\u00a9sertion.\\nCette difficult\u00c3\u00a9 aplanie, Othello prit imm\u00c3\u00a9diatement\\nla direction de la guerre de Chypre. L habitude lui\\navait rendu les fatigues de la vie des camps aussi na-\\nturelles que le sont aux autres hommes le repos et la\\nnourriture.\\nDe son c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, Desd\u00c3\u00a9mone consentit de bonne gr\u00c3\u00a2ce\\nson d\u00c3\u00a9part. Elle faisait passer l honneur de son mari,\\nbien qu accompagn\u00c3\u00a9 de danger, avant la jouissance de\\nces oiseuses d\u00c3\u00a9lices dans lesquelles s \u00c3\u00a9coulent d habi-\\ntude les premiers temps d une union nouvelle.\\nLes deux \u00c3\u00a9poux n avaient pas plut\u00c3\u00b4t d\u00c3\u00a9barqu\u00c3\u00a9\\nChypre qu ils y apprirent la dispersion de la flotte tur-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0088.jp2"}, "89": {"fulltext": "OTHELLO. 67\\nque par une \u00c3\u00a9pouvantable temp\u00c3\u00aate. L \u00c3\u00aele se trouva\\ndonc d\u00c3\u00a9livr\u00c3\u00a9e de toute crainte d une attaque imm\u00c3\u00a9-\\ndiate. Mais Othello allait souffrir d un autre genre de\\nguerre, et les ennemis que la m\u00c3\u00a9chancet\u00c3\u00a9 suscita\\ncontre l innocente Desd\u00c3\u00a9mone furent, de leur nature,\\nplus meurtriers que les \u00c3\u00a9trangers ou les infid\u00c3\u00a8les.\\nDe tous les amis du g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral, aucun ne poss\u00c3\u00a9dait plus\\ncompl\u00c3\u00a8tement sa confiance que Michel Oassio, jeune\\nsoldat florentin, gai, passionn\u00c3\u00a9, plein d aisance et de\\ngr\u00c3\u00a2ce, toutes qualit\u00c3\u00a9s fort appr\u00c3\u00a9ci\u00c3\u00a9es du sexe.\\nAvec cela, beau, \u00c3\u00a9loquent l homme, en un mot, qui\\npouvait le mieux \u00c3\u00a9veiller la jalousie chez le mari quel-\\nque peu \u00c3\u00a2g\u00c3\u00a9 d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0, comme l \u00c3\u00a9tait Othello, d une jeune\\net jolie femme. Mais celui-ci, aussi incapable de\\nsoup\u00c3\u00a7onner une mauvaise action que de la commettre,\\navait l \u00c3\u00a2me trop noble pour \u00c3\u00aatre jaloux. Lorsqu il fai-\\nsait la cour Desd\u00c3\u00a9mone, il s \u00c3\u00a9tait servi de Cassio\\ncomme m\u00c3\u00a9diateur entre elle et son amour, qu il crai-\\ngnait de ne savoir pas exprimer avec ces finesses de\\ndialogue qui plaisent aux femmes et que son ami\\nposs\u00c3\u00a9dait merveille.\\nPlus d une fois, le vaillant Maure, avec une inno-\\ncente simplicit\u00c3\u00a9 qui lui faisait honneur, avait d\u00c3\u00a9put\u00c3\u00a9\\nle jeune homme vers sa belle et l avait charg\u00c3\u00a9 de la\\ncourtiser pour lui.\\nRien d \u00c3\u00a9tonnant, d\u00c3\u00a8s lors, que Desd\u00c3\u00a9mone e\u00c3\u00bbt donn\u00c3\u00a9\\nOassio, dans son c\u00c5\u0093ur et dans sa confiance, la seconde\\nplace mais loin de la premi\u00c3\u00a8re, comme il convient\\nchez une \u00c3\u00a9pouse vertueuse.\\nLe mariage d Othello n avait rien chang\u00c3\u00a9 la situa-\\ntion de Michel Casaio. Il visitait souvent l heureux", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0089.jp2"}, "90": {"fulltext": "68 0THEL1 0.\\ncouple, et sa conversation bruyante et sans contrainte\\n\u00c3\u00a9tait pour le Maure, au caract\u00c3\u00a8re plus grave, une\\nagr\u00c3\u00a9able diversion, comme il arrive le plus souvent aux\\ngens s\u00c3\u00a9rieux, enchant\u00c3\u00a9s de trouver ainsi un contre-\\npoids leur propre morosit\u00c3\u00a9.\\nAlors Desd\u00c3\u00a9mone et Cassio causaient et riaient en-\\nsemble, comme au temps o\u00c3\u00b9 celui-ci faisait celle-l\u00c3\u00a0\\nla cour pour le compte de son ami.\\nTout r\u00c3\u00a9cemment, Othello avait rapproch\u00c3\u00a9 de sa per-\\nsonne le jeune Florentin en le faisant son lieutenant.\\nCette promotion une place toute de confiance avait\\nsinguli\u00c3\u00a8rement offens\u00c3\u00a9 Iago, officier plus ancien en\\ngrade que Cassio, auquel il n \u00c3\u00a9pargnait pas les \u00c3\u00a9pi-\\ngrammes.\\nSelon lui, celui-ci n \u00c3\u00a9tait bon qu tenir compagnie\\naux dames et n en savait pas plus qu une petite fille\\nsur l art de se battre ou de d\u00c3\u00a9ployer une arm\u00c3\u00a9e sur un\\nchamp de bataille. Bref, il le ha\u00c3\u00afssait cordialement.\\nQuant Othello, il l ex\u00c3\u00a9crait pour avoir favoris\u00c3\u00a9\\nCassio et parcequ il le soup\u00c3\u00a7onnait, injustement et\\nsans preuve, d aimer sa femme lui, Emilia. Pour se\\nvenger de ces griefs imaginaires, il con\u00c3\u00a7ut l horrible\\nplan d entra\u00c3\u00aener dans une ruine commune Cassio, le\\nMaure et Desd\u00c3\u00a9mone.\\nEn homme astucieux qu il \u00c3\u00a9tait, Iago avait \u00c3\u00a9tudi\u00c3\u00a9\\nfond la nature humaine. Il savait que de tous les\\ntourments qui peuvent \u00c3\u00aatre inflig\u00c3\u00a9s au moral de\\nl homme, ceux de la jalousie, bien plus redoubtable\\nque les tortures corporelles, sont les plus intol\u00c3\u00a9rables et\\nfont les plus douloureuses blessures.\\nSi donc il pouvait rendre Othejlo jaloux de Cassio,", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0090.jp2"}, "91": {"fulltext": "OTHELLO. 69\\nil pourrait savourer l aise sa yengeance et peut-\u00c3\u00aatre\\ncauser, en fin de compte, la mort de Oassio ou\\nd Othello de tous deux m\u00c3\u00aame Que lui impor-\\ntait\\nPour c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9brer l arriv\u00c3\u00a9e du g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral et de sa femme,\\nco\u00c3\u00afncidant si heureusement avec la nouvelle de la dis-\\npersion de la flotte ennemie, Chypre s \u00c3\u00a9tait en quel-\\nque sorte mise en f\u00c3\u00aate. Ce n \u00c3\u00a9tait partout que ban-\\nquets et r\u00c3\u00a9unions joyeuses. Le vin coulait pleins\\nbords et l on buvait la ronde la sant\u00c3\u00a9 du noir Othello\\net de la blanche Desd\u00c3\u00a9mone.\\nCette nuit-l\u00c3\u00a0, Cassio commandait la garde, avec\\nordre d Othello de veiller ce que l arm\u00c3\u00a9e ne b\u00c3\u00bbt pas\\navec exc\u00c3\u00a8s, ce qui e\u00c3\u00bbt pu amener des rixes bruyantes,\\neffrayer les habitants et leur faire prendre en d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt\\nles forces nouvellement d\u00c3\u00a9barqu\u00c3\u00a9es.\\nIago profita de cette circonstance pour commencer\\nl ex\u00c3\u00a9cution de ses mauvais desseins. Sous pr\u00c3\u00a9texte de\\nmanifester sa loyaut\u00c3\u00a9 et son affection pour le g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral,\\nil poussa Cassio en agir trop librement avec la dive\\nbouteille un grand tort chez un officier de garde.\\nTout d abord, Cassio r\u00c3\u00a9sista mais Iago sut si bien\\ns y prendre, que le lieutenant se rendit ses famili\u00c3\u00a8res,\\nmais respectueuses, sollicitations et vida verre sur\\nverre, Iago versant toujours et l encourageant par ses\\nchansons.\\nBient\u00c3\u00b4t, Cassio porta toast sur toast la louange de\\nDesd\u00c3\u00a9mone, qu il affirmait \u00c3\u00aatre une femme des plus\\nexquises, jusqu ce qu enfin le vin lui vola sa raison\\net que, pour r\u00c3\u00a9pondre une provocation lui adress\u00c3\u00a9e\\npar un individu apost\u00c3\u00a9 par Iago, il tira son \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e et", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0091.jp2"}, "92": {"fulltext": "70 OTHELLO.\\nblessa le brave officier Montano qui s interposait pour\\napaiser la dispute.\\nLa bagarre devint alors g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rale et Iago, premier\\nauteur de tout le d\u00c3\u00a9sordre, fut le plus empress\u00c3\u00a9 r\u00c3\u00a9-\\npandre l alarme.\\nIl fit m\u00c3\u00aame sonner la cloche du ch\u00c3\u00a2teau, comme\\ns il se f\u00c3\u00bbt agi d une dangereuse mutinerie, au lieu\\nd une simple querelle d hommes ivres.\\nE\u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a9 en sursaut, Othello s habille la h\u00c3\u00a2te, ar-\\nrive sur la sc\u00c3\u00a8ne du conflit et en demande la cause\\nOassio, chez qui les fum\u00c3\u00a9es du vin commen\u00c3\u00a7aient se\\ndissiper, mais qui la honte coupait la parole.\\nInterrog\u00c3\u00a9 a son tour, Iago feint une grande r\u00c3\u00a9pu-\\ngnance accuser Cassio; mais sur l insistance d Othello,\\nqui veut savoir la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, il raconte tout ce qui s est\\npass\u00c3\u00a9, sans mentionner la part qu il y a prise et dont\\nle lieutenant \u00c3\u00a9tait encore trop ivre pour se souvenir.\\nEt le mis\u00c3\u00a9rable conduit son r\u00c3\u00a9cit de telle mani\u00c3\u00a8re que,\\ntout en paraissant vouloir att\u00c3\u00a9nuer la culpabilit\u00c3\u00a9 de\\nOassio, il l agrandit outre mesure. Le r\u00c3\u00a9sultat fut\\nqu Othello, strict observateur de la discipline, se vit\\nforc\u00c3\u00a9 de retirer Cassio sa charge de lieutenant.\\nAinsi, la premi\u00c3\u00a8re fourberie d Iago avait eu un suc-\\nc\u00c3\u00a8s complet. Il avait sap\u00c3\u00a9 la fortune d un rival\\nabhorr\u00c3\u00a9 mais il devait faire dans la suite un autre\\nusage de l aventure de cette nuit d\u00c3\u00a9sastreuse.\\nEnti\u00c3\u00a8rement d\u00c3\u00a9gris\u00c3\u00a9 par ce d\u00c3\u00a9plorable incident,\\nOassio se lamentait maintenant aupr\u00c3\u00a8s d Iago, qu il\\ncroyait toujours son ami\\nComment ai-je pu, disait-il, \u00c3\u00aatre assez fou pour me\\ntransformer ainsi en b\u00c3\u00aate Me voil\u00c3\u00a0 perdu. Com-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0092.jp2"}, "93": {"fulltext": "OTHELLO. 71\\nment irais- je maintenant demander de nouveau ma\\nplace au g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral Il me r\u00c3\u00a9pondrait que je suis un\\nivrogne.\\nEt le pauvre gar\u00c3\u00a7on se m\u00c3\u00a9prisait lui-m\u00c3\u00aame. Iago,\\nlui, affectait de prendre la chose en riant\\nQui ne se grise pas l occasion r\u00c3\u00a9pliquait-il. Il\\nn y a plus qu se tirer le mieux possible de cette\\nmauvaise affaire. C est, la femme du g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral qui est\\nle g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral pr\u00c3\u00a9sent. Elle peut faire d Othello ce\\nqu elle veut. Le meilleur est donc de prier Desd\u00c3\u00a9mone\\nde plaider votre cause aupr\u00c3\u00a8s de son seigneur. C est\\nune bonne et obligeante nature. Elle se fera un\\nplaisir, de vous rendre ce service et de vous r\u00c3\u00a9tablir\\ndans la faveur du g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral, qui ne vous en aimera que\\ndavantage apr\u00c3\u00a8s ce l\u00c3\u00a9ger accroc vos bonnes relations.\\nL avis \u00c3\u00a9tait bon, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, si, comme la suite le\\nprouvera, Iago ne l e\u00c3\u00bbt donn\u00c3\u00a9 dans des intentions\\nperverses.\\nCassio s adressa, en effet, Desd\u00c3\u00a9mone qu il n \u00c3\u00a9tait\\npas difficile de gagner une honn\u00c3\u00aate cause. Elle pro-\\nmit donc de s interposer aupr\u00c3\u00a8s de son mari et de\\nmourir plut\u00c3\u00b4t que de renoncer le convaincre. Et\\nelle se mit l \u00c5\u0093uvre avec tant de gr\u00c3\u00a2ce et de chaleur\\nqu Othello, bien que mortellement offens\u00c3\u00a9 par la con-\\nduite de Cassio, ne put pas ne pas l entendre.\\nQuand il demanda du temps, lui disant qu il \u00c3\u00a9tait\\ntrop t\u00c3\u00b4t pour pardonner un tel coupable, elle ne se\\ntint pas pour battue, mais insista pour qu il f\u00c3\u00aet gr\u00c3\u00a2ce\\nla nuit suivante, ou le lendemain, ou, au plus tard, le\\nmatin qui suivrait.\\nPuis, elle fit ressortir le repentir et le d\u00c3\u00a9sespoir du", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0093.jp2"}, "94": {"fulltext": "72 OTHELLO.\\npauyre Cassio et combien peu sa faute m\u00c3\u00a9ritait un\\nch\u00c3\u00a2timent si s\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a8re.\\nEt comme Othello h\u00c3\u00a9sitait encore, elle lui dit\\nQuoi seigneur, me faudra- t-il tant plaider pour\\nCassio, pour Michel Cassio, qui me venait courtiser\\npour tous et, souventes fois, prit votre parti, quand je\\nparlais mal de vous Sachez que je consid\u00c3\u00a8re comme\\npeu de chose ce que je vous demande l\u00c3\u00a0. Quand je\\nvoudrai vraiment \u00c3\u00a9prouver votre amour, je r\u00c3\u00a9clame-\\nrai quelque chose d autrement important.\\nOthello ne pouvait rien refuser pareil solliciteur.\\nIl promit de rendre Cassio ses bonnes gr\u00c3\u00a2ces, ne de-\\nmandant Desd\u00c3\u00a9mone que de lui laisser le choix du\\nmoment le plus convenable pour le faire.\\nIl est bon de mentionner qu Othello et Iago \u00c3\u00a9taient\\nentr\u00c3\u00a9s dans la chambre o\u00c3\u00b9 se trouvait Desd\u00c3\u00a9mone, au\\nmoment pr\u00c3\u00a9cis o\u00c3\u00b9 Cassio, qui venait d implorer son\\nintercession, disparaissait par la porte oppos\u00c3\u00a9e.\\nL astucieux Iago, comme s il se f\u00c3\u00bbt parl\u00c3\u00a9 lui-\\nm\u00c3\u00aame, avait alors laiss\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a9chapper ces paroles\\nJe n aime pas cela\\nOthello prit peu garde tout d abord ce singulier\\nmonologue. L entretien qu il eut imm\u00c3\u00a9diatement avec\\nsa femme le lui fit m\u00c3\u00aame compl\u00c3\u00a8tement oublier mais\\nil se le rappella plus tard. Car lorsque Desd\u00c3\u00a9mone\\nfut partie, Iago, comme s il voulait simplement satis-\\nfaire une id\u00c3\u00a9e qui lui passait par l esprit, demanda au\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral si Cassio, alors que le Maure faisait sa cour,\\n\u00c3\u00a9tait instruit de son amour pour la fille de Brabancio\\nSans doute, r\u00c3\u00a9pliqua Othello il nous servait\\nm\u00c3\u00aame, en ce temps, d interm\u00c3\u00a9diaire.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0094.jp2"}, "95": {"fulltext": "OTHELLO. 73\\nVraiment s \u00c3\u00a9cria Iago, fron\u00c3\u00a7ant le sourcil,\\ncomme s il avait soudain lu clairement dans quelque\\nterrible myst\u00c3\u00a8re.\\nCette exclamation rappela Othello les mots qu avait\\nlaiss\u00c3\u00a9 tomber Iago, lorsqu en entrant dans la chambre\\nde Desd\u00c3\u00a9mone il avait vu Oassio avec elle.\\nEt, pour la premi\u00c3\u00a8re fois, il songea qu il devait y\\navoir tout cela quelque signification cach\u00c3\u00a9e car il\\nconsid\u00c3\u00a9rait Iago comme un homme juste, honn\u00c3\u00aate, et\\ns en croyait sinc\u00c3\u00a8rement aim\u00c3\u00a9.\\nCe qui, chez un malhonn\u00c3\u00aate homme, n e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 que\\nfourberie, lui apparaissait dans Iago comme le pro-\\nduit naturel d une \u00c3\u00a2me candide, oppress\u00c3\u00a9e par quelque\\nr\u00c3\u00a9flexion trop grave pour qu on lui donn\u00c3\u00a2t libre cours.\\nAussi le pria-t-il de dire ce qu il savait et de mettre\\nnu devant lui ses pens\u00c3\u00a9es les plus d\u00c3\u00a9favorables\\nMais, dit Iago, savez-vous s il ne s est pas gliss\u00c3\u00a9\\ndans mon esprit quelque immonde supposition Car\\nquel est le palais o\u00c3\u00b9 ne se faufile quelque chose d im-\\npur Et quel malheur si d imparfaites observations\\nvous faisaient commettre quelque imprudence Vous\\nd\u00c3\u00a9voiler mes pens\u00c3\u00a9es serait troubler votre paix. On\\nne compromet pas la bonne renomm\u00c3\u00a9e des gens sur\\nde l\u00c3\u00a9gers soup\u00c3\u00a7ons. Gardez-vous bien d \u00c3\u00aatre jaloux\\najouta le mis\u00c3\u00a9rable, quand il vit la curiosit\u00c3\u00a9 d Othello,\\npouss\u00c3\u00a9e jusqu aux confins de la folie par tant d insinua-\\ntions si perfidement calcul\u00c3\u00a9es pour le troubler, le jeter\\ndans le doute par les pr\u00c3\u00a9cautions m\u00c3\u00aames qu on sem-\\nblait prendre pour l en \u00c3\u00a9loigner.\\nJe sais, dit Othello, que ma femme est belle,\\nqu elle aime la compagnie et les festins, qu elle est", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0095.jp2"}, "96": {"fulltext": "74 OTHELLO.\\nlibre dans ses discours, qu elle chante, joue et danse\\nravir mais, l\u00c3\u00a0 o\u00c3\u00b9 est la vertu, ces qualit\u00c3\u00a9s sont ver-\\ntueuses. 11 me faut des preuves, avant que je la puisse\\ncroire infid\u00c3\u00a8le.\\nJ avoue franchement que je n en ai pas, r\u00c3\u00a9pliqua\\nIago, comme s il e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 heureux de voir Othello si\\nlent mal penser de sa femme mais je vous supplie\\nde bien observer sa conduite quand elle est en pr\u00c3\u00a9-\\nsence de Oassio. Ne soyez pas jaloux mais ne soyez\\npas non plus trop confiant, car je connais mieux que\\nvous le temp\u00c3\u00a9rament des Itali ennes, mes compatriotes,\\net les dames de Venise laissent voir au ciel plus d une\\nescapade qu elles n oseraient pas laisser voir leurs\\n\u00c3\u00a9poux. D ailleurs, ajouta-t-il m\u00c3\u00a9chamment, Desd\u00c3\u00a9-\\nmone a tromp\u00c3\u00a9 son p\u00c3\u00a8re en vous \u00c3\u00a9pousant, et avec\\ntant de malicieuse habilet\u00c3\u00a9 que le pauvre vieillard a\\ncri\u00c3\u00a9 la sorcellerie.\\nOthello fut tr\u00c3\u00a8s impressionn\u00c3\u00a9 par cet argument ad\\nhominem. Si, en effet, Desd\u00c3\u00a9mone avait tromp\u00c3\u00a9 son\\np\u00c3\u00a8re, pourquoi ne pourrait-elle pas tromper son mari\\nIago lui demanda pardon de lui avoir fait de la\\npeine mais Othello, en proie une v\u00c3\u00a9ritable torture,\\nn en prit pas moins un air d indiff\u00c3\u00a9rence et le pria de\\ncontinuer, ce que le tra\u00c3\u00aetre fit en se confondant en ex-\\ncuses d \u00c3\u00aatre contraint de parler contre Oassio, son\\nami. Il en vint alors brutalement au fait\\nRappelez-vous, dit-il, que Desd\u00c3\u00a9mone a refus\u00c3\u00a9\\nnombre de partis avantageux de sa race et de sa cou-\\nleur, pour vous \u00c3\u00a9pouser, vous, fils de la Mauritanie\\nfantaisie bien \u00c3\u00a9trange chez cette jeune fille et qui\\nprouve quel point elle peut pousser l ent\u00c3\u00aatement", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0096.jp2"}, "97": {"fulltext": "OTHELLO. 75\\ndans ses desseins. N est-il pas probable qu apr\u00c3\u00a8s r\u00c3\u00a9-\\nflexion elle en arrivera vous comparer avec ses jeunes\\ncompatriotes d Italie la tournure si \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9gante, au\\nteint si blanc et si frais Je vous conseille, ajouta-t-il\\nen concluant, de diff\u00c3\u00a9rer quelque temps encore votre\\npaix avec Oassio et de prendre bonne note, d ici l\u00c3\u00a0,\\nde la chaleur que mettra Desd\u00c3\u00a9mone interc\u00c3\u00a9der pour\\nlui. C est l\u00c3\u00a0 un indice qui, du moins, ne vous fera\\npas d\u00c3\u00a9faut.\\nEt voil\u00c3\u00a0 par quelle abominable intrigue, avec\\nquelle finesse pleine de m\u00c3\u00a9chancet\u00c3\u00a9, ce l\u00c3\u00a2che faisait\\nservir les charmantes qualit\u00c3\u00a9s de cette innocente\\nfemme sa destruction et s appr\u00c3\u00aatait la faire tomber\\ndans les filets de sa propre g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9. Il avait tout\\nd abord pouss\u00c3\u00a9 Cassio s assurer la m\u00c3\u00a9diation de Des-\\nd\u00c3\u00a9mone, et de cette m\u00c3\u00a9diation m\u00c3\u00aame il s \u00c3\u00a9vertuait\\nmaintenant tirer les moyens de la perdre.\\nPar un raffinement de perfidie, il termina son en-\\ntretien avec Othello en le suppliant de tenir Desd\u00c3\u00a9-\\nmone pour innocente jusqu preuve d\u00c3\u00a9cisive du con-\\ntraire.\\nCelui-ci promit d \u00c3\u00aatre patient mais, d\u00c3\u00a8s ce mo-\\nment, toute paix de l esprit avait cess\u00c3\u00a9 pour lui. Le\\nprofond sommeil qui, hier encore, lui \u00c3\u00a9tait si doux,\\nallait jamais fuir ses paupi\u00c3\u00a8res ni pavots, ni man-\\ndragore, ni toutes les potions assoupissantes de la terre\\nne le lui pourraient rendre. Ses occupations de\\nchaque jour lui devinrent charge. La vie des camps\\nn avait plus de charmes pour lui Lui, que la vue\\ndes bataillons, des banni\u00c3\u00a8res, d une arm\u00c3\u00a9e rang\u00c3\u00a9e en\\nbataille faisait bondir d all\u00c3\u00a9gresse lui, dont le c\u00c5\u0093ur", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0097.jp2"}, "98": {"fulltext": "76 OTHELLO.\\ntressaillait d aise au battement d un tambour, au bruit\\nd une fanfare ou du hennissement d un cbeval de\\nguerre, il semblait maintenant avoir perdu cet orgueil\\net cette fi\u00c3\u00a8re ambition qui sont les premi\u00c3\u00a8res vertus du\\nsoldat. Toute son ardeur militaire, tout ce qui jadis\\nle comblait de joie semblait l abandonner. Tant\u00c3\u00b4t il\\ncroyait l honn\u00c3\u00aatet\u00c3\u00a9 de sa femme, tant\u00c3\u00b4t il n y\\ncroyait plus. Un moment il avait foi dans la\\njustice d Iago, puis il en doutait tout coup.\\nIl souhaitait alors n avoir jamais rien su de tout\\ncela\\nQuand m\u00c3\u00aame elle e\u00c3\u00bbt aim\u00c3\u00a9 Cassio, se disait-il, je\\nn en eusse pas \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 plus malheureux, ne le sachant\\npas\\nEt, l \u00c3\u00a2me mise en pi\u00c3\u00a8ces par ce conflit de pens\u00c3\u00a9es\\ncontradictoires, il sauta, un moment, au gosier d Iago\\net le somma de lui donner des preuves de la culpa-\\nbilit\u00c3\u00a9 de Desd\u00c3\u00a9mone sans quoi, il l \u00c3\u00a9tranglerait sur\\nl heure pour avoir os\u00c3\u00a9 la calomnier.\\nLe tra\u00c3\u00aetre, feignant une grande indignation de ce\\nque sa loyaut\u00c3\u00a9 f\u00c3\u00bbt prise pour un crime, demanda au\\nterrible Maure s il n avait pas parfois vu aux mains de\\nDesd\u00c3\u00a9mone un foulard tachet\u00c3\u00a9 de fraises\\nC est moi, r\u00c3\u00a9pondit Othello, qui le lui ai donn\u00c3\u00a9\\n\u00c3\u00a7a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 mon premier pr\u00c3\u00a9sent.\\nEh bien, dit Iago, j ai vu, aujourd hui m\u00c3\u00aame,\\nMichel Cassio s essuyer le visage avec ce mouchoir\\nS il en est ainsi, hurla Othello, je jure de ne\\nprendre aucun repos avant que ma vengeance ne les ait\\nengloutis. Et d abord, comme gage de ta fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9, je\\ncompte que tu feras p\u00c3\u00a9rir Cassio d ici trois jours", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0098.jp2"}, "99": {"fulltext": "OTHELLO. 77\\nEt quant ce joli d\u00c3\u00a9mon, ajouta-t-il, parlant de Des-\\nd\u00c3\u00a9mone, je me retire pour aviser l aise quelque\\nmoyen exp\u00c3\u00a9ditif de l envoyer dans l autre monde\\nPour un jaloux, les plus petits riens sont paroles\\nd \u00c3\u00a9vangile.\\nTromp\u00c3\u00a9 comme il l \u00c3\u00a9tait, Othello trouvait suffisant\\nqu un mouchoir de Desd\u00c3\u00a9mone e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 vu dans les\\nmains de Cassio, pour les condamner l un et l autre\\nmourir, sans songer m\u00c3\u00aame rechercher comment\\nCassio se l \u00c3\u00a9tait procur\u00c3\u00a9.\\nJamais Desd\u00c3\u00a9mone n avait fait celui-ci pareil\\ncadeau. Epouse fid\u00c3\u00a8le, elle n e\u00c3\u00bbt jamais song\u00c3\u00a9 faire\\nson mari l affront de donner un autre homme ce\\nqu elle avait re\u00c3\u00a7u de lui en pr\u00c3\u00a9sent. Elle n avait rien\\nse reprocher envers Othello.\\nC \u00c3\u00a9tait le pervers Iago, qui toujours l aff\u00c3\u00bbt d une\\nmachination nouvelle, avait induit sa femme Emilia,\\nune douce et bonne cr\u00c3\u00a9ature, soustraire le mouchoir\\nde Desd\u00c3\u00a9mone, sous pr\u00c3\u00a9texte d en faire copier le des-\\nsin, mais, en r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, pour le laisser tomber sur le che-\\nmin de Cassio, certain que celui-ci le trouverait et don-\\nnerait ainsi une apparence de plausibilit\u00c3\u00a9 la perfide\\naccusation que Desd\u00c3\u00a9mone lui en avait fait pr\u00c3\u00a9sent.\\nPeu apr\u00c3\u00a8s son entretien avec sa femme, Othello pr\u00c3\u00a9-\\ntexta un mal de t\u00c3\u00aate, qui, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, e\u00c3\u00bbt pu \u00c3\u00aatre tr\u00c3\u00a8s\\nr\u00c3\u00a9el, et t\u00c3\u00a9moigna le d\u00c3\u00a9sir qu elle lui pr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a2t son mou-\\nchoir pour s en entourer les tempes.\\nDesd\u00c3\u00a9mone ob\u00c3\u00a9it\\nNon, dit Othello, pas celui-ci celui que je vous\\nai donn\u00c3\u00a9.\\nJe ne l ai pas sur moi, r\u00c3\u00a9pondit-elle.", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0099.jp2"}, "100": {"fulltext": "78 OTHELLO.\\nNous savons, en effet, qu il lui avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 vol\u00c3\u00a9.\\nVraiment dit Othello voil\u00c3\u00a0 ce que j appelle une\\nfaute. Ce mouchoir a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 donn\u00c3\u00a9 ma m\u00c3\u00a8re par une\\nEgyptienne, une sorci\u00c3\u00a8re qui lisait dans la pens\u00c3\u00a9e\\nd autrui. D apr\u00c3\u00a8s ce qu elle dit ma m\u00c3\u00a8re, ce fou-\\nlard, tant que celle-ci le garderait, la rendrait aimable\\net lui assurerait l amour de mon p\u00c3\u00a8re. Mais, si elle\\nvenait le perdre ou s en d\u00c3\u00a9faire, les affections de\\nmon p\u00c3\u00a8re s \u00c3\u00a9loigneraient d elle, et il aurait pour elle\\nautant d aversion qu il avait eu auparavant d amour.\\nEn mourant, elle me le donna, me recommandant, si\\nje me mariais jamais, de le donner ma femme. C est\\nce que j ai fait. Songez- y, et qu il soit votre favori,\\naussi pr\u00c3\u00a9cieux pour vous que votre \u00c5\u0093il m\u00c3\u00aame.\\nEst-ce bien possible s \u00c3\u00a9cria la pauvre femme,\\nsaisie d effroi.\\nC est vrai, continua Othello. C est un mouchoir\\nmagique. Il a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 fait, dans un acc\u00c3\u00a8s de transport\\nproph\u00c3\u00a9tique, par une sybille qui avait pass\u00c3\u00a9 deux\\ncents ans sur cette terre les vers soie qui en four-\\nnirent les fils \u00c3\u00a9taient sacr\u00c3\u00a9s, et c est dans le sang du\\nc\u00c5\u0093ur de jeunes odalisques qu il fut teint.\\nEn apprenant les merveilleuses propri\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9s de ce fou-\\nlard, Desd\u00c3\u00a9mone pensa mourir de peur, car elle vit\\nbien qu elle l avait perdu, et avec lui, elle le craignait,\\nles affections de son \u00c3\u00a9poux.\\nCelui-ci se dressa tout coup, comme s il \u00c3\u00a9tait sur\\nle point de commettre quelque acte de violence, et r\u00c3\u00a9-\\nclama de nouveau le mouchoir. Ne pouvant le pro-\\nduire, Desd\u00c3\u00a9mone tenta d arracher son mari de trop\\ns\u00c3\u00a9rieuses pens\u00c3\u00a9es et lui dit ga\u00c3\u00aement qu elle voyait bien", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0100.jp2"}, "101": {"fulltext": "OTHELLO. 79\\nque tout ce fracas propos d un foulard n avait d au-\\ntre but que de l emp\u00c3\u00aacher de plaider la cause de Cassio,\\nqu elle se mit alors porter aux nues, comme l avait\\npr\u00c3\u00a9vu Iago, jusqu ce qu Othello, fou de rage, s \u00c3\u00a9lan\u00c3\u00a7a\\nhors de la chambre, laissant la pauvre Desd\u00c3\u00a9mone en\\nproie, malgr\u00c3\u00a9 elle, la pens\u00c3\u00a9e que, d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9ment, son\\nmari \u00c3\u00a9tait jaloux.\\nMais pourquoi\\nElle l ignorait. Alors elle se bl\u00c3\u00a2ma d accuser ainsi\\nson noble Othello. Sans doute quelque d\u00c3\u00a9plaisante\\nnouvelle lui \u00c3\u00a9tait arriv\u00c3\u00a9e de Venise, ou quelque diffi-\\ncult\u00c3\u00a9 d Etat lui troublait l esprit et lui aigrissait le\\ncaract\u00c3\u00a8re\\nLes hommes, se dit-elle, ne sont pas des dieux,\\net nous ne pouvons nous attendre, de leur part, pen-\\ndant le mariage, aux m\u00c3\u00aames attentions qu au jour de\\nnos noces.\\nEt elle s emporta contre elle-m\u00c3\u00aame pour avoir si d\u00c3\u00a9-\\nfavorablement jug\u00c3\u00a9 le manque d \u00c3\u00a9gards de son mari.\\nH\u00c3\u00a9las lorsqu Othello revint, il l accusa plus ouver-\\ntement d infid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9\\nVous aimez un autre homme! lui dit-il. Mais il\\nne le nomma pas, et pleura.\\nAh s \u00c3\u00a9cria Desd\u00c3\u00a9mone, que ce jour soit jamais\\nmaudit Pourquoi pleurez-vous\\nJ aurais pu, r\u00c3\u00a9pondit Othello, supporter avec\\ncourage toute esp\u00c3\u00a8ce de maux la pauvret\u00c3\u00a9, la mala-\\ndie, la disgr\u00c3\u00a2ce mais votre infid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 m a bris\u00c3\u00a9 le\\nc\u00c5\u0093ur. Vous, plante si gracieuse, au parfum si doux\\net si p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9trant que tous mes sens en sont enivr\u00c3\u00a9s, je\\nvoudrais que vous n eussiez jamais vu le jour", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0101.jp2"}, "102": {"fulltext": "80 OTHELLO.\\nPuis, il la quitta, tellement stup\u00c3\u00a9fi\u00c3\u00a9e d \u00c3\u00a9tonne-\\nment de se yoir aussi injustement soup\u00c3\u00a7onn\u00c3\u00a9e, qu un\\nsommeil de plomb vint l assaillir et qu elle n eut que\\nla force de faire pr\u00c3\u00a9parer son lit par sa servante, apr\u00c3\u00a8s\\nlui avoir command\u00c3\u00a9 d y placer ses draps de noce\\nQuand on instruit un b\u00c3\u00a9b\u00c3\u00a9, dit-elle, on le fait\\navec douceur et en lui mesurant des t\u00c3\u00a2ches faciles.\\nEt, de bonne foi, que suis-je autre chose qu un petit\\nenfant quand on me gronde Othello aurait bien pu\\ns y prendre ainsi\\nEt ce fut l\u00c3\u00a0 toute la plainte que fit entendre cette\\ndouce cr\u00c3\u00a9ature.\\nPuis elle se coucha, esp\u00c3\u00a9rant que son \u00c3\u00a9poux la re-\\njoindrait bient\u00c3\u00b4t. Elle ne tarda pas tomber dans\\nun assoupissement qui n \u00c3\u00a9tait que la cons\u00c3\u00a9quence du\\ntrouble profond de son \u00c3\u00a2me, et pendant lequel Othello\\nentra, tout plein du sombre projet qu il avait con\u00c3\u00a7u de\\nmettre sa femme mort. Mais quand il la vit endor-\\nmie, il ne put se r\u00c3\u00a9signer r\u00c3\u00a9pandre son sang, ni\\ng\u00c3\u00a2ter d une blessure cette peau si blanche, plus blanche\\nque l alb\u00c3\u00a2tre. Cependant, il avait d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 qu elle\\nmourrait\\nAutrement, disait-il, elle trahira d autres hom-\\nmes, comme elle m a trahi moi-m\u00c3\u00aame\\nAlors, il la baisa au front pour la derni\u00c3\u00a8re fois et\\nce baiser lui parut si doux, qu il lui fallut la baiser en-\\ncore. Et il pleura mais ces pleurs, disait-il, \u00c3\u00a9taient\\ndes pleurs de rage.\\nEveill\u00c3\u00a9e par ces caresses, Desd\u00c3\u00a9mone regarda Othello\\net le vit se mordre la l\u00c3\u00a8vre inf\u00c3\u00a9rieure et rouler des\\nyeux f\u00c3\u00a9roces, toujours fatals, elle le savait", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0102.jp2"}, "103": {"fulltext": "OTHELLO. 81\\nPr\u00c3\u00a9parez-vous mourir, lui dit-il, et dites vos\\npri\u00c3\u00a8res car je ne veux pas tuer votre \u00c3\u00a2me\\nSe voyant ainsi sa merci, l innocente \u00c3\u00a9pouse de-\\nmanda gr\u00c3\u00a2ce et voulut savoir de quoi elle \u00c3\u00a9tait cou-\\npable.\\nAlors il nomma Cassio et parla du mouchoir qu elle\\nlui avait donn\u00c3\u00a9, disait-il.\\nEt comme la pauvre femme allait se justifier, il re-\\nfusa soudain d en entendre davantage et, la recouvrant\\nde ses draps, il l \u00c3\u00a9toufPa.\\nA ce moment, on apportait dans la maison Cassio,\\nbless\u00c3\u00a9 et couvert de sang. Iago avait apost\u00c3\u00a9 une de\\nses cr\u00c3\u00a9atures pour l assassiner mais le meurtrier\\nn ayant pu r\u00c3\u00a9ussir le tuer, ni m\u00c3\u00aame le blesser mor-\\ntellement, avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 tu\u00c3\u00a9 lui-m\u00c3\u00aame par Iago, qui crai-\\ngnait que son attentat contre Cassio ne f\u00c3\u00bbt d\u00c3\u00a9couvert.\\nOr, dans les poches de cet homme on avait trouv\u00c3\u00a9\\ncertaines lettres qui d\u00c3\u00a9montraient, clair comme le\\njour, la culpabilit\u00c3\u00a9 d Iago et l innocence de Cassio et\\ncelui-ci venait maintenant implorer le pardon\\nd Othello et lui demander en quoi il avait pu l offenser\\nsi fort qu il e\u00c3\u00bbt donn\u00c3\u00a9 Iago l ordre de l assassiner.\\nCette d\u00c3\u00a9couverte fut un coup de foudre pour\\nOthello, qui comprit aussit\u00c3\u00b4t que lui-m\u00c3\u00aame n \u00c3\u00a9tait\\nqu un assassin, et que sa femme, la pauvre innocente\\nlui \u00c3\u00a9tait toujours demeur\u00c3\u00a9e fid\u00c3\u00a8le. Bourrel\u00c3\u00a9 de re-\\nmords et ne pouvant survivre cette r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9lation, il se\\njeta sur son \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e et se laissant tomber sur le corps\\ninanim\u00c3\u00a9 de sa ch\u00c3\u00a8re et malheureuse femme, il expira.\\nGrandes furent l horreur et la consternation des t\u00c3\u00a9-\\nmoins de ces tragiques \u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9nements, car Othello avait\\n6", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0103.jp2"}, "104": {"fulltext": "82 OTHELLO.\\nune r\u00c3\u00a9putation sans tache, et s \u00c3\u00a9tait toujours montr\u00c3\u00a9\\n\u00c3\u00a9perd\u00c3\u00bbment \u00c3\u00a9pris de Desd\u00c3\u00a9mone jusqu au jour fatal\\no\u00c3\u00b9 les d\u00c3\u00a9testables man\u00c5\u0093uvres d un sc\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9rat que, dans\\nsa noblesse native, il n avait jamais song\u00c3\u00a9 suspecter,\\nl avaient pouss\u00c3\u00a9 des actes de d\u00c3\u00a9sespoir.\\nIl avait aim\u00c3\u00a9, mais sans sagesse, et avec exc\u00c3\u00a8s. Et\\nquand il vit son erreur, les larmes, si rares chez lui,\\ncoul\u00c3\u00a8rent de ses yeux de h\u00c3\u00a9ros aussi press\u00c3\u00a9es que les\\nflots de gomme des arbres d Arabie. Lui mort, chacun\\nse rappela ses nobles actions et ses prodiges de valeur.\\nIl ne restait plus son successeur qu appliquer les\\nplus s\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a8res provisions de la loi Iago, qui p\u00c3\u00a9rit au\\nmilieu des tortures les plus raffin\u00c3\u00a9es apr\u00c3\u00a8s quoi, on\\nf\u00c3\u00aet savoir au gouvernement de Venise la mort lamenta-\\nble de son illustre g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0104.jp2"}, "105": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nTimon, seigneur ath\u00c3\u00a9nien, jouissait d une fortune\\nprinci\u00c3\u00a8re et affectait une lib\u00c3\u00a9ralit\u00c3\u00a9 sans limites. Bien\\nque ses revenus fussent presque incalculables, ils\\navaient peine rentrer assez vite dans ses coffres-\\nforts, tant il avait h\u00c3\u00a2te d en faire profiter toute esp\u00c3\u00a8ce\\nde parasites. Non-seulement les pauvres avaient part\\nses munificences, mais il ne manquait pas de grands\\nseigneurs qui ne d\u00c3\u00a9daignaient pas de vivre de ses lar-\\ngesses. Tout ce qui menait grande vie Ath\u00c3\u00a8nes\\naimait s asseoir sa table, et sa maison \u00c3\u00a9tait ouverte\\ntout venant. Cette r\u00c3\u00a9union, chez un m\u00c3\u00aame homme,\\nd une richesse immense et d une nature prodigue et\\nsans contrainte, devait lui assujettir tous les c\u00c5\u0093urs.\\nAussi recevait- il des offres de services de gens de\\ntout acabit, depuis le flatteur au masque transparent\\nqui refl\u00c3\u00a8te comme un miroir la disposition d esprit de\\nson protecteur, jusqu au cynique impudent et sans\\nsouplesse qui affecte le m\u00c3\u00a9pris des personnes et l indif-\\nf\u00c3\u00a9rence pour les choses de ce monde, mais ne pouvait\\nr\u00c3\u00a9sister aux gracieuses fa\u00c3\u00a7ons et la magn\u00c3\u00a9tique\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9 de Timon, dont il venait, en d\u00c3\u00a9pit qu il en\\ne\u00c3\u00bbt, partager la ch\u00c3\u00a8re toute royale, grandi qu il se\\ntrouvait de cent coud\u00c3\u00a9es dans sa propre estime si le\\nnoble dissipateur l avait honor\u00c3\u00a9 d une l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re incli-\\nnation de t\u00c3\u00aate ou d un salut.", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0105.jp2"}, "106": {"fulltext": "84 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nUn po\u00c3\u00a8te \u00c3\u00a9crivait-il des vers qu il voulait lancer dans\\nle monde, vite, il les d\u00c3\u00a9diait au seigneur Timon. Les\\nvers \u00c3\u00a9taient d\u00c3\u00a8s lors assur\u00c3\u00a9s d un succ\u00c3\u00a8s d argent, sans\\ncompter la bourse que Timon faisait tenir l auteur,\\ndevant qui s ouvraient aussi sa maison et sa table. Un\\nIDeintre avait-il un tableau vendre, il le portait au\\nseigneur Timon, sous pr\u00c3\u00a9texte d en avoir son avis\\ncela suffisait pour que celui-ci l achet\u00c3\u00a2t s\u00c3\u00a9ance tenante.\\nLe palais de Timon \u00c3\u00a9tait pour les joailliers et les\\nmarchands de riches \u00c3\u00a9toffes un march\u00c3\u00a9 o\u00c3\u00b9 ils pou-\\nvaient toujours se d\u00c3\u00a9faire, sans crainte qu on les mar-\\nchand\u00c3\u00a2t, de leurs bijoux de prix et de leurs co\u00c3\u00bbteux\\ntissus. Bien mieux, l excellent homme les remerciait\\nencore avec effusion, comme s il estimait une cour-\\ntoisie qu on lui offr\u00c3\u00aet de pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rence ces pr\u00c3\u00a9cieuses\\nsuperfluit\u00c3\u00a9s, dont sa maison \u00c3\u00a9tait remplie, sans autre\\navantage que d ajouter chaque jour quelque encom-\\nbrement nouveau cette pompe fastueuse et pleine,\\nd ostentation.\\nEt c \u00c3\u00a9tait pire encore quant sa personne, qu assi\u00c3\u00a9-\\ngeait sans cesse une foule de visiteurs d\u00c3\u00a9s\u00c5\u0093uvr\u00c3\u00a9s\\npo\u00c3\u00a8tes amis du mensonge, peintres, requins d\u00c3\u00a9guis\u00c3\u00a9s\\nen marchands, seigneurs, grandes dames, courtisans\\nbesoigneux, solliciteurs de toute plume qui, sans re-\\nl\u00c3\u00a2che, se pressaient dans ses couloirs, inondant ses\\noreilles de cyniques flatteries murmur\u00c3\u00a9es voix basse,\\nl adulant l \u00c3\u00a9gal d un dieu, d\u00c3\u00a9clarant sacr\u00c3\u00a9 l \u00c3\u00a9trier\\nm\u00c3\u00aame d o\u00c3\u00b9 il s \u00c3\u00a9lan\u00c3\u00a7ait sur son cheval et semblant ne\\nrespirer l air libre que par un effet de sa bont\u00c3\u00a9 et avec\\nsa permission.\\nParmi ces parasites quotidiens se trouvaient de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0106.jp2"}, "107": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088JSES. 85\\njeunes nobles dont l extravagante fa\u00c3\u00a7on de vivre\\nn \u00c3\u00a9tait nullement en rapport avec leurs revenus.\\nMis en prison par leurs cr\u00c3\u00a9anciers, ils en avaient \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nretir\u00c3\u00a9s par Timon, qui les jeunes fous s \u00c3\u00a9taient natu-\\nrellement accroch\u00c3\u00a9s depuis, comme si quelque com-\\nmune sympathie devait le rendre forc\u00c3\u00a9ment cher\\ntous ces gaspilleurs aux m\u00c5\u0093urs l\u00c3\u00a2ches qui, ne pouvant\\nle suivre sur le terrain du revenu, trouvaient plus\\ncommode de copier sa prodigalit\u00c3\u00a9 en d\u00c3\u00a9pensant large-\\nment ce qui ne leur appartenait pas.\\nL une de ces mouches bleues \u00c3\u00a9tait Ventidius, pour\\nles injustes dettes duquel Timon avait tout r\u00c3\u00a9cemment\\npay\u00c3\u00a9 cinq talents (plus de 29,000 francs).\\nMais, au milieu de ce d\u00c3\u00a9luge de visiteurs, les plus\\nen \u00c3\u00a9vidence \u00c3\u00a9taient, sans contredit, les faiseurs de pr\u00c3\u00a9-\\nsents et les donneurs de cadeaux. C \u00c3\u00a9tait une bonne\\nfortune pour ces gens-l\u00c3\u00a0 lorsqu un de leurs chiens, de\\nleurs chevaux, ou quelque partie sans valeur de leur\\nameublement venait plaire, par hasard, Timon.\\nCelui-ci s avisait-il d en faire l \u00c3\u00a9loge, d\u00c3\u00a8s le lende-\\nmain matin il recevait l objet avec les compliments de\\nl exp\u00c3\u00a9diteur et ses excuses pour le peu de m\u00c3\u00a9rite du\\npr\u00c3\u00a9sent, et comme Timon ne voulait pas \u00c3\u00aatre en reste\\nde g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9, il ne manquait jamais d envoyer vingt\\nchiens ou vingt chevaux pour un, et tous de plus\\ngrande valeur que ceux qu il avait re\u00c3\u00a7us.\\nCes pr\u00c3\u00a9tendus donateurs s y attendaient de reste,\\nsachant bien qu ils avaient ainsi plac\u00c3\u00a9 leur argent\\ngros et prompt int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat.\\nLe seigneur Lucius, par exemple, avait envoy\u00c3\u00a9\\nTimon quatre chevaux blancs comme le lait et harna-", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0107.jp2"}, "108": {"fulltext": "86 TIMON D ATH\u00c3\u0088NES.\\nch\u00c3\u00a9s d argent qu il l avait entendu louer; un autre,\\nLucullus, lui avait pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9, toujours titre gracieux,\\nune couple de l\u00c3\u00a9vriers dont il avait admir\u00c3\u00a9 la finesse et\\nla c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9. Timon, avec sa complaisance ordinaire,\\navait accept\u00c3\u00a9 ces pr\u00c3\u00a9tendus cadeaux sans soup\u00c3\u00a7onner\\nles vis\u00c3\u00a9es d\u00c3\u00a9shonn\u00c3\u00aates de ses amis et leur avait, natu-\\nrellement, envoy\u00c3\u00a9 en retour un diamant ou quelque\\njoyau valant vingt fois plus que leur don perfide et\\nmercenaire.\\nParfois ces \u00c3\u00aatres sans scrupules allaient plus directe-\\nment au but et affectaient d admirer et de louer\\nquelque objet appartenant Timon, ou quelque nou-\\nvelle acquisition faite par lui. Sans doute, la ruse\\n\u00c3\u00a9tait grossi\u00c3\u00a8re et palpable mais le cr\u00c3\u00a9dule Timon\\n\u00c3\u00a9tait trop aveugle pour la remarquer et, n \u00c3\u00a9coutant\\nque son bon c\u00c5\u0093ur, il s empressait de donner, et de\\ndonner encore, sans qu on lui e\u00c3\u00bbt rendu pour cela\\nd autre service que de se mettre facilement en frais de\\nquelque mis\u00c3\u00a9rable et \u00c3\u00a9vidente flagornerie.\\nIl n y avait gu\u00c3\u00a8re que quelques jours qu il avait\\nainsi donn\u00c3\u00a9 l un de ces pi\u00c3\u00a8tres sires le beau cheval\\nbai qu il montait lui-m\u00c3\u00aame, tout simplement parcequ il\\navait plu sa seigneurie de dire qu elle n avait jamais\\nvu si superbe b\u00c3\u00aate et si parfaite allure.\\nTimon savait que l on ne loue avec impartialit\u00c3\u00a9 que\\nce que l on d\u00c3\u00a9sire poss\u00c3\u00a9der. Il jugeait, d ailleurs, l af-\\nfection de ses amis par celle qu il leur portait lui-\\nm\u00c3\u00aame et sa passion de se d\u00c3\u00a9pouiller pour les autres\\n\u00c3\u00a9tait telle que, s il l e\u00c3\u00bbt pu, il leur e\u00c3\u00bbt distribu\u00c3\u00a9 des\\nroyaumes, et cela sans jamais se lasser.\\nIl ne faudrait pas croire, cependant, que toute la", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0108.jp2"}, "109": {"fulltext": "timon, D Ath\u00c3\u00a8nes: 87\\nN\\nrichesse de Timon pass\u00c3\u00a2t aux mains de ces vils flat-\\nteurs. Il savait, l occasion, \u00c3\u00aatre vraiment grand et\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux. Ainsi, l un de ses serviteurs s \u00c3\u00a9tant \u00c3\u00a9pris\\nde la fille d un riche Ath\u00c3\u00a9nien qu il ne pouvait obtenir\\ncause de la disparit\u00c3\u00a9 de rang et de fortune, il donna,\\nde son propre mouvement, trois talents d Ath\u00c3\u00a8nes\\nce serviteur, qui fut ainsi mis m\u00c3\u00aame de constituer le\\ndouaire que le p\u00c3\u00a8re de la jeune fille exigeait de l homme\\nqui la rechercherait en mariage.\\nMais ce n \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0 qu une exception, et il laissait la\\nplus grande part de sa fortune la merci de gens sans\\nconscience et de parasites, faux amis dont il ignorait\\nla duplicit\u00c3\u00a9 et l amour desquels il avait la faiblesse\\nde croire parcequ ils se poussaient pr\u00c3\u00a8s de sa personne,\\nlui souriant et le flattant qui mieux mieux, ce qui\\nlui suffisait pour qu il cr\u00c3\u00bbt que sa conduite avait l ap-\\nprobation de tous les gens de bien.\\nEt quand il festoyait au milieu de tous ces adula-\\nteurs et de tous ces faux amis, quand ils d\u00c3\u00a9voraient\\nson bien et mettaient sec sa fortune en buvant sans\\nmesure ses vins les plus recherch\u00c3\u00a9s, il ne pouvait\\ndiscerner dans ces toasts port\u00c3\u00a9s sa sant\u00c3\u00a9 et son\\nbonheur la voix de l amiti\u00c3\u00a9 de celle de la basse flatterie.\\nA la vue de tant d admirateurs, il se sentait le c\u00c5\u0093ur\\nplein de fiert\u00c3\u00a9 et consid\u00c3\u00a9rait comme une pr\u00c3\u00a9cieuse\\njouissance d avoir tant d amis, ressemblant autant\\nde fr\u00c3\u00a8res qui disposeraient r\u00c3\u00a9ciproquement de leur\\nfortune pour le bonheur commun.\\nEt cependant, c \u00c3\u00a9tait sa fortune, lui, qui payait\\ntous les frais, ce qui expliquait l all\u00c3\u00a9gresse avec la-\\nquelle on se pressait au spectacle de ce qu il prenait,", "height": "3094", "width": "2108", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0109.jp2"}, "110": {"fulltext": "88 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\ndans sa d\u00c3\u00a9mence, pour des agapes vraiment joyeuses\\net fraternelles.\\nMais pendant qu il poussait cette extr\u00c3\u00a9mit\u00c3\u00a9 les\\nexag\u00c3\u00a9rations de sa noble nature et vidait ses coffres\\naussi all\u00c3\u00a8grement que si Plutus, le dieu de l or, e\u00c3\u00bbt\\n\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 son caissier pendant qu il d\u00c3\u00a9pensait sans rime ni\\nraison avec une insouciance telle qu il ne voulait ni\\nsavoir comment il pourrait maintenir pareille prodi-\\ngalit\u00c3\u00a9, ni mod\u00c3\u00a9rer la folle exub\u00c3\u00a9rance de ses d\u00c3\u00a9sordres,\\nses richesses, qui n \u00c3\u00a9taient pas infinies, se fondaient\\nforc\u00c3\u00a9ment chaque jour au soleil de sa colossale pro-\\ndigalit\u00c3\u00a9.\\nMais qui donc e\u00c3\u00bbt voulu le lui dire Ses flatteurs\\nIls avaient trop grand int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat lui tenir les yeux\\nferm\u00c3\u00a9s. Seul, son honn\u00c3\u00aate intendant, Flavius, es-\\nsayait, mais en vain, de lui repr\u00c3\u00a9senter, comptes en\\nmain, la condition de ses affaires qu il le suppliait, les\\nlarmes aux yeux, et avec une insistance qui, en toute\\nautre occasion, e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 inconvenante chez un servi-\\nteur, d examiner s\u00c3\u00a9rieusement par lui-m\u00c3\u00aame.\\nTimon changeait alors la conversation, car s il est\\nquelqu un au monde qui ferme l oreille une remon-\\ntrance et soit moins dispos\u00c3\u00a9 envisager franchement\\nsa situation, c est bien le riche en train de devenir\\npauvre par sa faute.\\nH est dur, en effet, de se persuader que l on marche\\nla ruine. Souvent cet honn\u00c3\u00aate et bon Flavius n avait\\npu supporter la vue des gloutons dissolus et bruyants\\nqui remplissaient s \u00c3\u00a9touffer toutes les chambres\\ndu vaste palais de son ma\u00c3\u00aetre et, dans leur ivresse,\\nsouillaient de ses vins les plus pr\u00c3\u00a9cieux les tapis des", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0110.jp2"}, "111": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 89\\nappartements ruisselants de lumi\u00c3\u00a8res et pleins du fracas\\ndes instruments de musique et des bacchiques chansons.\\nAlors l excellent homme se retirait dans quelque\\ncoin solitaire, et ses larmes coulaient plus vite que le\\nvin gaspill\u00c3\u00a9 par les convives, en songeant la folle\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9 de son ma\u00c3\u00aetre\\nQuand il n y aura plus rien, pensait-il, de ces riches-\\nses qui le font encenser par tant de fourbes, combien\\nvite s \u00c3\u00a9vanouira le souffle qui engendre toutes ces fla-\\ngorneries Le je\u00c3\u00bbne aura t\u00c3\u00b4t fait de tuer ce concert\\nde louanges de d\u00c3\u00a9je\u00c3\u00bbneurs et toutes ces mouches fui-\\nront au premier nuage annon\u00c3\u00a7ant les averses de\\nl hiver.\\nLe jour vint, en effet, o\u00c3\u00b9 Timon ne put davantage\\nrester sourd aux repr\u00c3\u00a9sentations de son fid\u00c3\u00a8le inten-\\ndant.\\nIl fallut de l argent tout prix, et quand il donna\\nl ordre Flavius de vendre quelque terre pour s en\\nprocurer, celui-ci, alors \u00c3\u00a9cout\u00c3\u00a9 pour la premi\u00c3\u00a8re fois,\\nlui d\u00c3\u00a9clara que la plus grande partie de ses propri\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9s\\n\u00c3\u00a9taient d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 vendues ou confisqu\u00c3\u00a9es. Il lui restait\\npeine de quoi payer, avec tout ce qu il poss\u00c3\u00a9dait en-\\ncore, la moiti\u00c3\u00a9 de ses dettes.\\nFrapp\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00a9tonnement cette r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9lation, Timon\\nr\u00c3\u00a9pliqua vivement que ses domaines s \u00c3\u00a9tendaient\\nd Ath\u00c3\u00a8nes Lac\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9mone.\\nOh mon bon seigneur, s \u00c3\u00a9cria Flavius, tout vaste\\nqu est le monde, il n est pas infini. S il vous apparte-\\nnait et que vous le donniez tout d une haleine, vous\\nl auriez bient\u00c3\u00b4t perdu\\nTimon se consola par la pens\u00c3\u00a9e qu il n avait em-", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0111.jp2"}, "112": {"fulltext": "90 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nploy\u00c3\u00a9 jusque-l\u00c3\u00a0 sa fortune que pour prouver son affec-\\ntion ses amis. S il avait manqu\u00c3\u00a9 de sagesse, il\\nn avait commis aucune vilenie, ni sacrifi\u00c3\u00a9 ses\\npassions.\\n~Ne pleure pas, dit-il avec bont\u00c3\u00a9 son intendant qui\\ng\u00c3\u00a9missait sois assur\u00c3\u00a9 que ton ma\u00c3\u00aetre sera toujours\\nriche tant qu il aura d aussi nombreux et d aussi\\nnobles amis.\\nPauvre aveugle, qui pensait n avoir qu se pr\u00c3\u00a9sen-\\nter pour qu aussit\u00c3\u00b4t ceux qu il avait combl\u00c3\u00a9s de ses\\nbont\u00c3\u00a9s missent leur fortune sa disposition, comme il\\navait fait pour eux de la sienne\\nEass\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9 par cette perspective, comme s il n avait\\naucun doute du succ\u00c3\u00a8s, il d\u00c3\u00a9p\u00c3\u00aacha des messagers aux\\nseigneurs Lucius, Lucullus et Sempronius, auxquels il\\navait prodigu\u00c3\u00a9 tant de faveurs, et n oublia pas Ven-\\ntidius, dont il avait pay\u00c3\u00a9 les dettes et qui, par la mort\\nde son p\u00c3\u00a8re, \u00c3\u00a9tait devenu le ma\u00c3\u00aetre d une fortune am-\\nplement suffisante payer de retour la courtoisie de\\nson protecteur en lui rendant les cinq talents qu il en\\navait re\u00c3\u00a7us. De chacun de ces nobles oblig\u00c3\u00a9s, Timon\\nne demandait que le pr\u00c3\u00aat de cinquante talents, alors\\nqu il \u00c3\u00a9tait bien persuad\u00c3\u00a9 que, dans leur gratitude, ils\\nn h\u00c3\u00a9siteraient pas, s il le fallait, lui avancer cinq\\ncents fois cette somme.\\nC est Lucullus qui re\u00c3\u00a7ut le premier message. La\\nnuit pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dente, cet abject gentilhomme avait r\u00c3\u00aav\u00c3\u00a9\\nqu il recevait un bassin et une coupe d argent et,\\nquand on lui annon\u00c3\u00a7a le serviteur de Timon, il ne\\ndouta pas que son r\u00c3\u00aave sordide ne f\u00c3\u00bbt sur le point\\nd \u00c3\u00aatre r\u00c3\u00a9alis\u00c3\u00a9.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0112.jp2"}, "113": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 91\\nS\u00c3\u00bbrement, Timon lui envoyait ce riche pr\u00c3\u00a9sent.\\nMais quand il apprit qu en r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9 celui-ci avait besoin\\nd argent, il donna de suite la mesure de sa fausse et\\nsuperficielle amiti\u00c3\u00a9.\\nIl se confondit en protestations de d\u00c3\u00a9vouement sa\\nfa\u00c3\u00a7on, jurant qu il y avait longtemps qu il avait pr\u00c3\u00a9vu\\nce d\u00c3\u00a9sastre, et cent fois n \u00c3\u00a9tait venu d\u00c3\u00aener chez Timon\\nque dans l intention de le lui dire. S il \u00c3\u00a9tait aussi venu\\nsouper chez lui, c \u00c3\u00a9tait avec l id\u00c3\u00a9e bien arr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9e de le\\npersuader de restreindre ses d\u00c3\u00a9penses mais Timon\\nn avait jamais voulu comprendre que sa pr\u00c3\u00a9sence,\\nlui, Lucullus, \u00c3\u00a9tait un conseil et un avertissement.\\nImpudent mensonge, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 car, s il avait en\\nmaintes occasions importantes, \u00c3\u00a9prouv\u00c3\u00a9 la g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9\\nde Timon s il avait, comme il le disait, assid\u00c3\u00bbment\\nparticip\u00c3\u00a9 ses festins, jamais il ne l avait fait avec\\nl intention dont il se targuait jamais il ne lui avait\\ndonn\u00c3\u00a9 un conseil, ni adress\u00c3\u00a9 un reproche. Bref, il\\nfinit par offrir de l argen t au messager pour qu il all\u00c3\u00a2t\\ndire son ma\u00c3\u00aetre qu il n avait pas trouv\u00c3\u00a9 chez lui le\\nseigneur Lucullus.\\nCelui qui se pr\u00c3\u00a9senta chez Lucius n eut pas plus de\\nsucc\u00c3\u00a8s. Ce fourbe, tout engraiss\u00c3\u00a9 des festins de\\nTimon, riche en crever des dispendieux cadeaux de\\nTimon, n eut pas plus t\u00c3\u00b4t compris que le vent avait\\ntourn\u00c3\u00a9 et que la source de tant de munificence s \u00c3\u00a9tait\\nsoudain tarie que, le premier mouvement de surprise\\npass\u00c3\u00a9, il se dit profond\u00c3\u00a9ment d\u00c3\u00a9sol\u00c3\u00a9 de n \u00c3\u00aatre pas en\\nmesure d \u00c3\u00aatre utile son ami ruin\u00c3\u00a9. Il avait malheu-\\nreusement, la veille m\u00c3\u00aame, fait des achats consid\u00c3\u00a9-\\nrables qui avaient mis sa bourse sec. C \u00c3\u00a9tait un", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0113.jp2"}, "114": {"fulltext": "92 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nodieux mensonge mais il ne s en qualifiait pas moins\\nde cr\u00c3\u00a9ature stupide, pour n avoir pas gard\u00c3\u00a9 de quoi\\nobliger un si g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux ami.\\nCe serait, disait-il, un des plus grands chagrins de\\nsa vie de s \u00c3\u00aatre trouv\u00c3\u00a9 ainsi dans l impossibilit\u00c3\u00a9 de\\nrendre service un si honorable gentilhomme.\\nQui donc peut donner le nom d ami l homme qui\\nplonge au m\u00c3\u00aame plat que lui, comme le fait tout\\nadulateur Tout le monde Ath\u00c3\u00a8nes savait que\\nTimon avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 un p\u00c3\u00a8re pour ce Lucius, avait soutenu\\nson cr\u00c3\u00a9dit de sa bourse, payant les gages de ses servi-\\nteurs et des ouvriers qui suaient b\u00c3\u00a2tir les superbes\\nmaisons que r\u00c3\u00a9clamait l orgueil de ce faux noble. Et\\nce m\u00c3\u00aame Lucius refusait aujourd hui Timon une\\nsomme qui, compar\u00c3\u00a9e ce que lui avait donn\u00c3\u00a9 ce gen-\\ntilhomme, n \u00c3\u00a9quivalait pas la pi\u00c3\u00a8tre aum\u00c3\u00b4ne que\\nl on jette un mendiant. Oh en quel monstre se\\ntransforme l homme quand il se fait ingrat\\nSempronius, et chacun des nobles mercenaires aux-\\nquels Timon s adressa tour tour, lui firent quelque\\n\u00c3\u00a9vasive r\u00c3\u00a9ponse ou refus\u00c3\u00a8rent net. Ventidius lui-\\nm\u00c3\u00aame, le riche Ventidius aujourd hui libre de toute\\ndette, refusa de lui pr\u00c3\u00aater les cinq talents que Timon\\nne lui avait pas pr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9s, lui, mais g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reusement donn\u00c3\u00a9s\\naux jours de d\u00c3\u00a9tresse.\\nEt maintenant qu il \u00c3\u00a9tait pauvre, Timon se vit\\n\u00c3\u00a9vit\u00c3\u00a9 avec autant de soin qu on le recherchait et\\nle courtisait au temps de sa richesse. Les m\u00c3\u00aames\\nlangues qui avaient chant\u00c3\u00a9 si haut ses louanges, exal-\\ntant sa bont\u00c3\u00a9, sa lib\u00c3\u00a9ralit\u00c3\u00a9, sa main toujours ouverte,\\nn avaient pas honte de traiter maintenant cette bont\u00c3\u00a9", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0114.jp2"}, "115": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 93\\nde folie, cette lib\u00c3\u00a9ralit\u00c3\u00a9 de profusion, bien que la\\nseule folie e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, de sa part, d avoir choisi d aussi\\nindignes cr\u00c3\u00a9atures pour les combler de ses faveurs.\\nD\u00c3\u00a9sormais le palais de Timon fut consid\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 comme\\nun lieu qu il fallait fuir et d\u00c3\u00a9tester. Ce n \u00c3\u00a9tait plus,\\ncomme jadis, le rendez-vous o\u00c3\u00b9. chacun venait go\u00c3\u00bbter\\nles vins exquis et les viandes d\u00c3\u00a9licates. Au lieu des\\nconvives tumultueux et festoyants, ou n y voyait plus\\nque la foule impatiente et clabaudeuse des cr\u00c3\u00a9anciers,\\nusuriers et extorqueurs, violents et intol\u00c3\u00a9rables dans\\nleurs r\u00c3\u00a9clamations, exigeant des s\u00c3\u00a9curit\u00c3\u00a9s, des int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aats,\\ndes hypoth\u00c3\u00a8ques, hommes au c\u00c5\u0093ur de bronze qui ne\\nsouffraient ni refus ni d\u00c3\u00a9lais.\\nLa maison de Timon \u00c3\u00a9tait maintenant sa prison il\\nne pouvait ni en sortir, ni y rentrer sans qu il se v\u00c3\u00aet\\nassi\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9 par ces sangsues. L un lui r\u00c3\u00a9clamait cin-\\nquante talents, l autre lui pr\u00c3\u00a9sentait une facture de\\ncinq mille couronnes e\u00c3\u00bbt-il voulu les payer avec son\\nsang, goutte par goutte, il ne s en f\u00c3\u00bbt pas trouv\u00c3\u00a9 assez\\ndans tout son corps pour les satisfaire.\\nTout coup, au moment m\u00c3\u00aame o\u00c3\u00b9 tout semblait\\nfini pour lui, ce soleil couchant sembla se parer d un\\nnouveau lustre et \u00c3\u00a9blouit tous les yeux d incroyables\\nsplendeurs. Une fois de plus, le seigneur Timom\\nannon\u00c3\u00a7a une grande f\u00c3\u00aate, laquelle il invita ses h\u00c3\u00b4tes\\nd autrefois, seigneurs et grandes dames, tout ce qu A-\\nth\u00c3\u00a8nes avait de puissant et de fashionable. Lucius vint,\\net Lucullus, et Ventidius, et Sempronius, et le reste.\\nComment d\u00c3\u00a9peindre la consternation de ces chiens\\ncouchants quand ils virent, et crurent, que la pauvret\u00c3\u00a9\\nde Timon n \u00c3\u00a9tait que factice et destin\u00c3\u00a9e \u00c3\u00a9prouver la", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0115.jp2"}, "116": {"fulltext": "94 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nsinc\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de leur affection Avaient-ils \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 assez sots\\nde ne pas percer cette ruse jour, alors qu ils pou-\\nvaient si bon march\u00c3\u00a9 se faire, en l obligeant, une\\nr\u00c3\u00a9putation de g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9 Quelle joie, cependant, de\\nretrouver, fra\u00c3\u00aeche et vive, cette source de munificence\\nqu ils avaient crue dess\u00c3\u00a9ch\u00c3\u00a9e jamais Et comme\\nils protest\u00c3\u00a8rent, les dissimul\u00c3\u00a9s de leur profond cha-\\ngrin, de l humiliation qu ils ressentaient d avoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nassez malheureux pour n avoir pas eu sous la main les\\nmoyens d obliger un si respectable ami! Mais Timon les\\nsupplia de ne pas se pr\u00c3\u00a9occuper de pareilles bagatelles,\\nqu il avait, lui, compl\u00c3\u00a8tement oubli\u00c3\u00a9es. Et ces \u00c3\u00aatres\\nrampants, qui lui avaient refus\u00c3\u00a9 leur bourse dans son\\nadversit\u00c3\u00a9, se gard\u00c3\u00a8rent bien de lui refuser leur pr\u00c3\u00a9-\\nsence maintenant que la prosp\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 lui revenait avec\\nun \u00c3\u00a9clat tout nouveau.\\nC est que l hirondelle ne suit pas l \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 avec plus\\nde joie que ne le fait ce genre d hommes pour les\\nbonnes fortunes des grands. Et de m\u00c3\u00aame que cet\\noiseau s empresse de fuir devant l hiver, ainsi font\\nles hommes, vrais oiseaux d \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, la premi\u00c3\u00a8re appa-\\nrition de l infortune.\\nEnfin, le banquet commen\u00c3\u00a7a en grande c\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9monie\\net au son de la musique. Les tables se couvrirent de\\nplats fumants, et quand ses h\u00c3\u00b4tes se furent bien \u00c3\u00a9mer-\\nveill\u00c3\u00a9s de voir un festin si pompeux, se demandant\\ns ils r\u00c3\u00aavaient et n en croyant pas leurs propres yeux,\\nles plats furent d\u00c3\u00a9couverts soudain un signal donn\u00c3\u00a9.\\nAlors apparut le dessein de Timon.\\nCar au lieu des mille mets exquis et recherch\u00c3\u00a9s qu il\\navait coutume de leur offrir, ils n aper\u00c3\u00a7urent dans", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0116.jp2"}, "117": {"fulltext": "TIMON, D ATHENES. 95\\ntoute cette brillante vaisselle d or et d argent qu un\\npeu d eau chaude et de fum\u00c3\u00a9e, plus en rapport avec\\nla pauvret\u00c3\u00a9 de leur h\u00c3\u00b4te et bien digne de cette poi-\\ngn\u00c3\u00a9e de soi-disant amis, dont toutes les protestations\\nn \u00c3\u00a9taient que fum\u00c3\u00a9e et les c\u00c5\u0093urs aussi fci\u00c3\u00a8des, aussi in-\\nconsistants que l eau qu il leur pr\u00c3\u00a9sentait\\nAllons, chiens, avait cri\u00c3\u00a9 Timon ses convives\\n\u00c3\u00a9bahis, d\u00c3\u00a9couvrez vos plats, et lapez\\nEt avant qu ils eussent pu revenir de leur surprise,\\nil les avait asperg\u00c3\u00a9s en plein visage, pour qu ils en\\neussent leur content, disait-il, et il leur lan\u00c3\u00a7ait la\\nt\u00c3\u00aate les plats et tout ce qui lui tombait sous la main.\\nCe fut une admirable d\u00c3\u00a9route, seigneurs et grandes\\ndames s enfuyant p\u00c3\u00aale-m\u00c3\u00aale et s encapuchonnant la\\nh\u00c3\u00a2te, pendant que Timon les poursuivait, les appe-\\nlant, comme ils le m\u00c3\u00a9ritaient, parasites au sourire\\nmielleux, masques courtois de mortels ennemis, loups\\npleins d affabilit\u00c3\u00a9, ours pattes de velours, fous de for-\\ntune, amis de jours de f\u00c3\u00aate, mouches d occasion, etc.\\nMais eux, dans leur pr\u00c3\u00a9cipitation de le fuir, quit-\\ntaient sa maison plus volontiers qu ils n y \u00c3\u00a9taient\\nentr\u00c3\u00a9s, les uns perdant leurs manteaux et leurs capes,\\nles autres, leurs bijoux tous heureux d \u00c3\u00a9chapper\\nl acc\u00c3\u00a8s de folie de Timon et au ridicule de ce burlesque\\nbanquet.\\nCe fut la derni\u00c3\u00a8re f\u00c3\u00aate que donna Timon et, par elle,\\nil prit cong\u00c3\u00a9 d Ath\u00c3\u00a8nes et de la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 des hommes,\\ncar, dater de ce jour, il v\u00c3\u00a9cut dans les bois, r\u00c3\u00a9pu-\\ndiant cette ville abhorr\u00c3\u00a9e et l humanit\u00c3\u00a9 tout enti\u00c3\u00a8re,\\nsouhaitant que les murs de la cit\u00c3\u00a9 maudite s \u00c3\u00a9croulas-\\nsent et que les habitants en fussent ensevelis sous leurs", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0117.jp2"}, "118": {"fulltext": "96 TIMON, D ATHENES.\\ndemeures. Dans sa col\u00c3\u00a8re, il appelait sur le genre\\nhumain tous les fl\u00c3\u00a9aux la fois, la guerre et toutes ses\\nhorreurs, la pauvret\u00c3\u00a9 et toutes les maladies il adju-\\nrait les dieux justes de confondre tous les Ath\u00c3\u00a9niens,\\njeunes et vieux, puissants et mis\u00c3\u00a9rables\\nDans les bois, disait-il, la b\u00c3\u00aate la plus f\u00c3\u00a9roce me\\ntraitera mieux que l humanit\u00c3\u00a9.\\nEt il se d\u00c3\u00a9pouilla de tous ses v\u00c3\u00aatements, pour ne\\nconserver aucun dehors social, et, se creusant un ca-\\nveau, il y v\u00c3\u00a9cut solitaire la fa\u00c3\u00a7on des b\u00c3\u00aates, mangeant\\ndes racines sauvages, buvant de l eau, fuyant tout \u00c3\u00aatre\\nhumain, et pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rant se m\u00c3\u00aaler aux h\u00c3\u00b4tes des for\u00c3\u00aats,\\nmoins dangereux, disait-il, et plus capables d amiti\u00c3\u00a9\\nque l homme.\\nCombien diff\u00c3\u00a9rent du Timon le riche, et les d\u00c3\u00a9lices\\ndu genre humain, \u00c3\u00a9tait ce Timon, nu et ha\u00c3\u00afsseur\\nd hommes O\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9taient ses flatteurs aujourd hui\\nO\u00c3\u00b9. \u00c3\u00a9taient ses courtisans et ses serviteurs La froide\\nbise, cette imp\u00c3\u00a9tueuse servante, lui r\u00c3\u00a9chaufferait-elle,\\nvigilante cam\u00c3\u00a9ri\u00c3\u00a8re, son linge glac\u00c3\u00a9? Ces arbres au\\ntronc noueux, qui avaient surv\u00c3\u00a9cu aux aigles des\\nmonts, s allaient-ils changer en jeunes pages fantas-\\ntiques, pr\u00c3\u00aats voler son signal partout o\u00c3\u00b9 il lui\\nplairait de les envoyer Et ce froid ruisseau, quand\\nl hiver l aurait couvert de glace, lui procurerait-il ses\\nbouillons favoris et ces fins brouets qui le remettaient\\ndes exc\u00c3\u00a8s d une nuit de plaisirs Ou verrait-il les\\nsauvages cr\u00c3\u00a9atures qui habitaient ces bois venir lui\\nl\u00c3\u00a9cher la main et le r\u00c3\u00a9chauffer de leurs caresses\\nUn jour, qu il cherchait des racines pour sa maigre\\npitance, sa b\u00c3\u00aache frappa un corps dur qui se trouva", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0118.jp2"}, "119": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 97\\n\u00c3\u00aatre un monceau d or, enfoui l\u00c3\u00a0, sans doute, un jour\\nde commotion publique, par quelque avare, mort de-\\npuis sans avoir pu retirer ce tr\u00c3\u00a9sor de sa prison et sans\\navoir livr\u00c3\u00a9 son secret.\\nEt ce vil m\u00c3\u00a9tal gisait l\u00c3\u00a0, dans les entrailles de sa\\nm\u00c3\u00a8re la terre, n y faisant ni bien ni mal, comme s il\\nn en f\u00c3\u00bbt jamais sorti, jusqu ce que le hasard lui fit\\nenfin revoir la lumi\u00c3\u00a8re.\\nIl y avait l\u00c3\u00a0, si Timon avait pu changer sa d\u00c3\u00a9termi-\\nnation, de quoi lui acheter nouveau des amis et des\\nflatteurs mais Timon \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt\u00c3\u00a9 du monde et de\\nses impostures et l or lui r\u00c3\u00a9pugnait l \u00c3\u00a9gal d un\\npoison.\\nIl e\u00c3\u00bbt donc volontiers rendu ce tr\u00c3\u00a9sor la terre\\nmais il songea aux calamit\u00c3\u00a9s infinies que l or cause\\naux hommes, qui, pour l amour de lui, volent, op-\\npriment, commettent toutes sortes d injustices, de\\nviolences et m\u00c3\u00aame de meurtres.\\nEt son aversion pour ses semblables \u00c3\u00a9tait ce point\\nenracin\u00c3\u00a9e, qu il prenait plaisir penser que de ce\\nmonceau d or qu il avait d\u00c3\u00a9couvert en creusant le sol,\\npourrait sortir quelque fl\u00c3\u00a9au pour l humanit\u00c3\u00a9.\\nOr, ce moment, passaient pr\u00c3\u00a8s de sa retraite des\\nsoldats qui se trouvaient faire partie des troupes d Al-\\ncibiade, capitaine ath\u00c3\u00a9nien, maltrait\u00c3\u00a9 r\u00c3\u00a9cemment par\\nle s\u00c3\u00a9nat de son pays.\\nDe tout temps, les Ath\u00c3\u00a9niens ont \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 fameux par\\nleur ingratitude envers leurs g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9raux et leurs meil-\\nleurs amis.\\nAlcibiade marchait donc contre eux avec la m\u00c3\u00aame\\narm\u00c3\u00a9e triomphante qu il avait autrefois command\u00c3\u00a9e\\n7", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0119.jp2"}, "120": {"fulltext": "98 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\npour leur d\u00c3\u00a9fense. Timon se montra satisfait de cette\\nexp\u00c3\u00a9dition et donna au capitaine tout son or pour\\nqu il en pay\u00c3\u00a2t ses soldats, ne lui demandant en retour\\nque de conqu\u00c3\u00a9rir Ath\u00c3\u00a8nes, de la raser l \u00c3\u00a9gal du sol,\\net d en mettre mort tous les habitants par le fer ou\\nle feu, sans \u00c3\u00a9pargner les vieillards cause de leur\\nbarbe blanche, car, disait-il, ce sont des usuriers, ni\\nles enfants, cause de leurs sourires pr\u00c3\u00a9tendus inno-\\ncents, car, ajoutait-il, s ils vivent, ils grandiront pour\\ndevenir des tra\u00c3\u00aetres Cuirasse donc, dit-il en ter-\\nminant, tes yeux et tes oreilles contre tout spectacle\\nou tout bruit qui pourrait exciter ta compassion. Que\\nles cris des vierges, des m\u00c3\u00a8res ou de leurs petits ne\\nt emp\u00c3\u00aachent pas de massacrer tout \u00c3\u00aatre vivant dans la\\nville. Que tous soient confondus dans ton triomphe\\net quand tu les auras extermin\u00c3\u00a9s, que les dieux te\\nconfondent ton tour, conqu\u00c3\u00a9rant, car je vous hais\\ntous, Ath\u00c3\u00a8nes, les Ath\u00c3\u00a9niens et l humanit\u00c3\u00a9\\nUn jour, pendant qu il vivait ainsi dans le d\u00c3\u00a9laisse-\\nment d une existence plus animale qu humaine, il fut\\nsoudain tr\u00c3\u00a8s \u00c3\u00a9tonn\u00c3\u00a9 de voir, debout devant l entr\u00c3\u00a9e de\\nson caveau, un homme qui le consid\u00c3\u00a9rait avec admi-\\nration.\\nC \u00c3\u00a9tait Flavius, l honn\u00c3\u00aate intendant, que son amour\\net son z\u00c3\u00a8le pour son ma\u00c3\u00aetre avaient pouss\u00c3\u00a9 venir\\njusqu sa mis\u00c3\u00a9rable retraite pour lui offrir ses ser-\\nvices.\\nA la premi\u00c3\u00a8re vue du noble Timon d autrefois r\u00c3\u00a9-\\nduit une pareille abjection, nu comme son entr\u00c3\u00a9e\\nen ce monde, vivant comme une b\u00c3\u00aate au milieu des\\nb\u00c3\u00aates, et qui semblait n \u00c3\u00aatre plus que la triste ruine de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0120.jp2"}, "121": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 99\\nlui-m\u00c3\u00aame, le brave serviteur \u00c3\u00a9tait si affect\u00c3\u00a9 de cette\\nmonumentale d\u00c3\u00a9cadence qu il restait l\u00c3\u00a0 sans voix,\\nperdu dans son horreur et dans sa confusion. Quand\\nil put enfin parler, les larmes l \u00c3\u00a9touffaient tellement\\nque Timon eut beaucoup de peine le reconna\u00c3\u00aetre, ou,\\ndu moins, se rendre compte de l identit\u00c3\u00a9 de cet \u00c3\u00aatre\\nhumain qui, contrairement ce qu il savait de l hu-\\nmanit\u00c3\u00a9, venait lui offrir ses services dans l extr\u00c3\u00a9mit\u00c3\u00a9\\no\u00c3\u00b9 il se trouvait.\\nSon premier soup\u00c3\u00a7on fut qu ayant la forme de\\nl homme, cet \u00c3\u00aatre devait pleurer faux et songer le\\ntrahir mais l excellent serviteur lui prouva de tant\\nde mani\u00c3\u00a8res que sa fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9elle et lui d\u00c3\u00a9montra\\nsi clairement que l affection seule, et le sentiment de\\nses devoirs envers celui qui avait jadis \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 son ma\u00c3\u00aetre\\nbien-aim\u00c3\u00a9, l avaient amen\u00c3\u00a9 pr\u00c3\u00a8s de lui, que Timon fut\\nforc\u00c3\u00a9 d avouer que le monde contenait tout le moins\\nun honn\u00c3\u00aate homme mais, comme il ne pouvait\\nvoir sans horreur une face humaine, ni entendre sans\\nd\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt des mots prononc\u00c3\u00a9s par des l\u00c3\u00a8vres d homme,\\nforce fut cet unique sp\u00c3\u00a9cimen d honn\u00c3\u00aatet\u00c3\u00a9 de se re-\\ntirer, parceque, bien qu il e\u00c3\u00bbt un c\u00c5\u0093ur plus compatis-\\nsant que celui des mortels ordinaires, n\u00c3\u00a9anmoins il en\\navait la forme et les traits d\u00c3\u00a9test\u00c3\u00a9s.\\nMais des visiteurs autrement importants que le\\npauvre Flavius allaient interrompre bient\u00c3\u00b4t la sauvage\\nqui\u00c3\u00a9tude de la solitude de Timon. L heure \u00c3\u00a9tait ve-\\nnue pour les ingrats seigneurs d Ath\u00c3\u00a8nes de se repen-\\ntir am\u00c3\u00a8rement de l injustice dont ils s \u00c3\u00a9taient rendus\\ncoupables envers lui. Alcibiade, en effet, semblable\\nun sanglier furieux, ravageait tout sous les murs de", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0121.jp2"}, "122": {"fulltext": "100 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nla ville et mena\u00c3\u00a7ait de la r\u00c3\u00a9duire en poussi\u00c3\u00a8re, tant il\\nl assi\u00c3\u00a9geait avec vigueur. Alors on se souvint de l an-\\ntique prouesse et des hauts faits d armes de Timon\\nqui, autrefois, s \u00c3\u00a9tait montr\u00c3\u00a9 aussi vaillant g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ral\\nqu homme de guerre exp\u00c3\u00a9riment\u00c3\u00a9, et l on d\u00c3\u00a9cida que,\\nde tous les Ath\u00c3\u00a9niens, il \u00c3\u00a9tait le seul qui p\u00c3\u00bbt se me-\\nsurer avec la terrible arm\u00c3\u00a9e qui les assi\u00c3\u00a9geait et re-\\nfouler les imp\u00c3\u00a9tueuses approches d Alcibiade.\\nUne d\u00c3\u00a9putation de s\u00c3\u00a9nateurs fut donc charg\u00c3\u00a9e de\\ns aboucher avec le solitaire. Dans leur extr\u00c3\u00a9mit\u00c3\u00a9,\\nceux qui, dans la sienne, lui avaient montr\u00c3\u00a9 si peu\\nd \u00c3\u00a9gards, Fall\u00c3\u00a8rent trouver, comme s ils comptaient\\nsur la gratitude de l homme qu ils avaient maltrait\u00c3\u00a9\\net avaient droit sa courtoisie par le fait m\u00c3\u00aame qu ils\\ns \u00c3\u00a9taient montr\u00c3\u00a9s envers lui si discourtois et si impi-\\ntoyables.\\nLes larmes aux yeux et avec l \u00c3\u00a9loquence du d\u00c3\u00a9ses-\\npoir, ils le supplient, le conjurent de rentrer\\nAth\u00c3\u00a8nes et de sauver cette cit\u00c3\u00a9 d o\u00c3\u00b9 leur ingrati-\\ntude l avait si r\u00c3\u00a9cemment chass\u00c3\u00a9. Eichesses, pouvoir,\\ndignit\u00c3\u00a9s, r\u00c3\u00a9paration pour le pass\u00c3\u00a9, honneurs publics,\\namour de ses concitoyens, ils lui offrent tout. Ils met-\\ntent sa disposition leurs personnes, leurs vies, leurs\\nfortunes, s il consent seulement les suivre et les\\nsauver. Mais Timon, le nu et le ha\u00c3\u00afsseur d hommes,\\nn \u00c3\u00a9tait plus Timon, le seigneur plein de bont\u00c3\u00a9, la fleur\\nde la valeur ath\u00c3\u00a9nienne, leur d\u00c3\u00a9fenseur pendant la\\nguerre, leur ornement pendant la paix. Alcibiade\\npouvait maintenant tuer tous les Ath\u00c3\u00a9niens Timon\\nn en avait cure. Bien au contraire, si Alcibiade met-\\ntait Ath\u00c3\u00a8nes feu et sang et en massacrait les en-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0122.jp2"}, "123": {"fulltext": "TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES. 101\\nfants et les vieillards, Timon s en r\u00c3\u00a9jouirait et il le\\nleur dit\\nIl n y a pas dans le camp des assi\u00c3\u00a9geants, s \u00c3\u00a9cria-\\nt-il, un poignard que je n estime bien au-dessus du\\ngosier le plus r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 d Ath\u00c3\u00a8nes\\nVoil\u00c3\u00a0 toute la r\u00c3\u00a9ponse qu il daigna faire aux s\u00c3\u00a9na-\\nteurs d\u00c3\u00a9sappoint\u00c3\u00a9s et tout en larmes.\\nCependant, au moment o\u00c3\u00b9 ils s allaient retirer, il\\nles pria de le rappeler au souvenir des Ath\u00c3\u00a9niens et de\\nleur dire que pour apaiser leurs anxi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9s, adoucir leur\\nchagrin et pr\u00c3\u00a9venir les cons\u00c3\u00a9quences de la rage du\\nterrible Alcibiade, il y avait encore un moyen.\\nCe moyen, il voulait bien le leur faire conna\u00c3\u00aetre,\\ntant \u00c3\u00a9tait grande l affection qu il portait encore ses\\nchers concitoyens qui il voulait, avant sa mort, ren-\\ndre ce dernier service.\\nA ces mots, les s\u00c3\u00a9nateurs reprirent quelque courage.\\nSans doute, Timon sentait rena\u00c3\u00aetre en lui sa vieille\\naffection pour leur ville\\nJ ai, leur dit-il, pr\u00c3\u00a8s de mon caveau, un arbre que\\nbient\u00c3\u00b4t il me faudra abattre. J invite tous mes amis\\nd Ath\u00c3\u00a8nes, riches ou pauvres, qui d\u00c3\u00a9sirent \u00c3\u00a9chapper\\ntout chagrin, venir ici et go\u00c3\u00bbter de mon arbre\\navant que je ne le coupe.\\nC \u00c3\u00a9tait une fa\u00c3\u00a7on \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9gante de les inviter se venir\\npendre, rem\u00c3\u00a8de d\u00c3\u00a9cisif tous les maux.\\nDe toutes les bont\u00c3\u00a9s qu il eut pour l humanit\u00c3\u00a9,\\ncelle-l\u00c3\u00a0 fut la derni\u00c3\u00a8re. C est aussi la derni\u00c3\u00a8re fois\\nque ses concitoyens le revirent. Peu de jours apr\u00c3\u00a8s,\\nen effet, un pauvre soldat, c\u00c3\u00b4toyant la plage peu de\\ndistance des bois o\u00c3\u00b9 se tenait Timon, trouva sur le", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0123.jp2"}, "124": {"fulltext": "102 TIMON, D ATH\u00c3\u0088NES.\\nbord de la mer une tombe dont l inscription indiquait\\nque l\u00c3\u00a0 reposait Timon, le ha\u00c3\u00afsseur d hommes qui,\\ndisait ce document, avait d\u00c3\u00a9test\u00c3\u00a9, de son vivant, tous\\nles hommes, et souhaitait, en mourant, qu un fl\u00c3\u00a9au\\nconsum\u00c3\u00a2t tous les mis\u00c3\u00a9rables qui lui survivaient\\nOn n a jamais su bien clairement si Timon se donna\\nviolemment la mort, ou s il fut emport\u00c3\u00a9 par le d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt\\nde la vie et l aversion qu il avait pour son esp\u00c3\u00a8ce.\\nN\u00c3\u00a9anmoins, tout le monde admira la justesse de son\\n\u00c3\u00a9pitaphe et combien sa fin s accordait avec ses prin-\\ncipes, puisqu il \u00c3\u00a9tait mort comme il avait v\u00c3\u00a9cu, en\\nha\u00c3\u00afssant le genre humain.\\nIl ne manqua m\u00c3\u00aame pas d Ath\u00c3\u00a9niens qui crurent\\nvoir une \u00c3\u00a9pigramme jusque dans le choix qu il avait\\nfait du bord de la mer pour son lieu de s\u00c3\u00a9pulture,\\ncomme s il avait voulu par l\u00c3\u00a0 que l Oc\u00c3\u00a9an p\u00c3\u00bbt jamais\\npleurer sur sa tombe, et t\u00c3\u00a9moigner ainsi de son m\u00c3\u00a9pris\\npour les pleurs aussi futiles qu \u00c3\u00a9ph\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a8res de l hypo-\\ncrite et trompeuse humanit\u00c3\u00a9.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0124.jp2"}, "125": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE.\\nLe Juif Shylock, usurier de profession, avait amass\u00c3\u00a9,\\nVenise, une immense fortune, en pr\u00c3\u00aatant gros in-\\nt\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aats aux marchands chr\u00c3\u00a9tiens.\\nCr\u00c3\u00a9ancier rapace et sans entrailles, il exigeait -avec\\nune implacable rigueur l ex\u00c3\u00a9cution litt\u00c3\u00a9rale des en-\\ngagements contract\u00c3\u00a9s envers lui, et s \u00c3\u00a9tait fait Venise\\nde nombreux ennemis.\\nEn revanche, Shylock ha\u00c3\u00afssait mort un certain\\nAntonio, riche et g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux n\u00c3\u00a9gociant de la ville, qui\\npr\u00c3\u00aatait, sans int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat, aux gens en d\u00c3\u00a9tresse, et ne man-\\nquait jamais, la Bourse, de lui faire d amers re-\\nproches sur son inhumanit\u00c3\u00a9 l \u00c3\u00a9gard de ses d\u00c3\u00a9biteurs.\\nLe Juif \u00c3\u00a9coutait tout sans mot dire mais en se\\njurant lui-m\u00c3\u00aame de se venger.\\nObligeant jusqu la prodigalit\u00c3\u00a9, Antonio \u00c3\u00a9tait bien\\nle plus noble type italien du vieil honneur de l an-\\ncienne Borne. Tous ses concitoyens l adoraient.\\nMais, de tant d amis, celui qu il affectionnait le plus\\n\u00c3\u00a9tait le noble v\u00c3\u00a9nitien Bassanio, dont le mince patri-\\nmoine avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 englouti dans cette folle existence que\\nm\u00c3\u00a8nent trop souvent les fils de famille plus nobles que\\nmillionnaires. Heureusement pour le jeune \u00c3\u00a9cervel\u00c3\u00a9,\\nla bourse d Antonio lui \u00c3\u00a9tait toujours ouverte comme\\nson c\u00c5\u0093ur, et il ne se faisait pas faute d y puiser.\\nUn jour, il vint demander au n\u00c3\u00a9gociant trois mille\\nducats.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0125.jp2"}, "126": {"fulltext": "104 LE MABCHAND DE VENISE.\\nQue veux-tu faire d une pareille somme, tonneau\\ndes Dana\u00c3\u00afdes dit Antonio en souriant.\\nJe suis amoureux fou d une riche h\u00c3\u00a9riti\u00c3\u00a8re, r\u00c3\u00a9-\\npondit Bassanio, et je crois, certains messages \u00c3\u00a9lo-\\nquents partis de ses beaux yeux, que je serais le bien-\\nvenu si je lui faisais ma cour. Mais le moyen de\\ncourtiser et de plaire quand on loge le diable dans son\\nescarcelle\\nC est juste, dit l excellent homme. Malheureu-\\nsement, ma caisse est aussi vide aujourd hui que le\\nc\u00c5\u0093ur de Shylock.\\nBassanio frissonna. Il lui sembla que tout l \u00c3\u00a9cha-\\nfaudage de son avenir venait de s \u00c3\u00a9crouler.\\nMais j y pense, ajouta Antonio, ce Juif de malheur\\npourrait bien nous tirer d affaire. J attends de jour\\nen jour des navires charg\u00c3\u00a9s de marchandises. Allons\\nlui emprunter ce qu il te faut.\\nEt tous deux se rendirent chez l usurier, qui An-\\ntonio exposa sa requ\u00c3\u00aate:\\nTu peux fixer toi-m\u00c3\u00aame, lui dit-il, le genre et le\\ntaux d int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat qu il te plaira.\\nJe le tiens donc enfin se dit Shylock, et je vais\\npouvoir, d un seul coup, me payer grassement pour\\nles outrages dont ce g\u00c3\u00a2te-m\u00c3\u00a9tier m a abreuv\u00c3\u00a9. Ah\\ntu hais les Juifs, toi Ah tu pr\u00c3\u00aates sans int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat, et\\ntu m insultes devant les marchands, moi et mes hon-\\nn\u00c3\u00aates b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9fices Maudit soit tout Isra\u00c3\u00abl, si j ai pour\\ntoi quelque piti\u00c3\u00a9\\nEh bien, qu est-ce que tu rumines l\u00c3\u00a0 fit An-\\ntonio, impatient d en finir. Veux-tu, oui ou non, me\\npr\u00c3\u00aater cet argent", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0126.jp2"}, "127": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 105\\nSeigneur Antonio, r\u00c3\u00a9pondit le Juif, vous m ayez\\ncent fois, la Bourse, raill\u00c3\u00a9 sur mes richesses et sur\\nce que vous appelez mes profits illicites. Je me suis\\ncontent\u00c3\u00a9 de hausser pacifiquement les \u00c3\u00a9paules. La\\npatience est notre insigne, nous Vous m avez alors\\ntrait\u00c3\u00a9 de m\u00c3\u00a9cr\u00c3\u00a9ant et de coupe-jarret, vous avez crach\u00c3\u00a9\\nsur mes v\u00c3\u00aatements d Isra\u00c3\u00a9lite vous m avez pouss\u00c3\u00a9 du\\npied, comme un chien. Or, il para\u00c3\u00aet qu aujourd hui\\nvous avez besoin de moi, efc vous venez me dire\\nPr\u00c3\u00aate-moi trois mille ducats Est-ce qu un chien\\na de l argent Est-ce qu un mis\u00c3\u00a9rable roquet remue\\nles ducats la pelle Dois-je me courber bien bas,\\net dire Mon bon monsieur, vous avez crach\u00c3\u00a9 sur\\nmoi mercredi dernier jeudi, vous m avez trait\u00c3\u00a9 de vil\\nm\u00c3\u00a2tin; trop heureux aujourd hui de vous \u00c3\u00aatre agr\u00c3\u00a9able!\\nVoici mes tr\u00c3\u00a9sors servez- vous donc\\nNon r\u00c3\u00a9pliqua Antonio car je suis bien r\u00c3\u00a9solu\\nte traiter encore de m\u00c3\u00aame. C est en ennemi que je\\nviens t emprunter pr\u00c3\u00aate-moi toi-m\u00c3\u00aame en ennemi.\\nSi, par impossible, je ne pouvais te rendre au jour dit\\ntes mis\u00c3\u00a9rables ducats, eh bien, tu seras plus l aise\\npour m en punir\\nTout beau seigneur Antonio, fit humblement\\nShylock. Pourquoi cette temp\u00c3\u00aate d indignation Je\\nne demande, moi, qu me concilier vos bonnes gr\u00c3\u00a2ces.\\nJe suis si pr\u00c3\u00aat tout oublier, que je ne vous demande\\npas un centime d int\u00c3\u00a9r\u00c3\u00aat\\nLe marchand ne put retenir un formidable \u00c3\u00a9clat de\\nrire:\\nPas un centime continua Shylock sans s \u00c3\u00a9mou-\\nvoir. Seulement, histoire de plaisanter, nous irons", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0127.jp2"}, "128": {"fulltext": "106 LE MARCHAND DE VENISE.\\nchez un avocat, et vous me signerez un papier dans\\nlequel il sera stipul\u00c3\u00a9 que si, certain jour, vous ne me\\nremettiez pas le principal, j aurais le droit de vous\\ncouper, aussi pr\u00c3\u00a8s du c\u00c5\u0093ur que possible, une livre de\\nvotre chair.\\nTope-l\u00c3\u00a0 dit Antonio, riant de plus belle. Je\\nsignerai tout ce que tu voudras, et je dirai m\u00c3\u00aame par-\\ntout que tu es un brave homme de Juif\\nJe m oppose absolument ce que vous signiez\\ncause de moi un engagement de cette nature s \u00c3\u00a9cria\\nBassanio.\\nAllons donc insista le n\u00c3\u00a9gociant. Bien avant\\nque cet argent soit d\u00c3\u00bb, mes navires seront ici avec\\nvingt fois plus d or que ne m en donnera cet \u00c3\u00a9tran-\\ngleur d honn\u00c3\u00aates gens\\nPar Abraham s \u00c3\u00a9cria Shylock, ces chr\u00c3\u00a9tiens sont\\ngens bien soup\u00c3\u00a7onneux Leurs propres proc\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9s les\\nfont se m\u00c3\u00a9fier de ceux d autrui, para\u00c3\u00aet-il. Voudriez-\\nvous me dire, seigneur Bassanio, ce que je gagnerais\\nce march\u00c3\u00a9, si votre ami venait ne pas me rem-\\nbourser Une livre de chair d\u00c3\u00a9tach\u00c3\u00a9e d un homme\\nest-elle donc une si pr\u00c3\u00a9cieuse emplette J aimerais\\nmieux, je vous l avoue, une livre de b\u00c5\u0093uf ou de mou-\\nton. Encore une fois, ce que j en fais est pour ache-\\nter son amiti\u00c3\u00a9. Est-ce dit Tr\u00c3\u00a8s bien Sinon,\\nadieu\\nEn d\u00c3\u00a9pit des objurgations de Bassanio, qui, malgr\u00c3\u00a9\\nles protestations de bienveillance du Juif, se refusait\\nlaisser son ami courir un pareil risque, Antonio signa le\\ncontrat une pure plaisanterie, insistait Shylock.\\nPortia, la riche jeune fille que voulait \u00c3\u00a9pouser", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0128.jp2"}, "129": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 107\\nBassanio, vivait Belmont, pr\u00c3\u00a8s de Venise. Comme\\ngr\u00c3\u00a2ces personnelles et perfections de l esprit, elle ne le\\nc\u00c3\u00a9dait en rien celle de ses illustres homonymes qui\\nfut la fille de Oaton et l \u00c3\u00a9pouse de Brutus.\\nSubitement enrichi par l h\u00c3\u00a9ro\u00c3\u00afque t\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 d An-\\ntonio, Bassanio partit pour Belmont en grand \u00c3\u00a9qui-\\npage, avec Gratiano, l un de ses favoris, et sut\\npromptement se faire agr\u00c3\u00a9er pour adorateur.\\nIl n avait pas cach\u00c3\u00a9 Portia qu il n avait pour toute\\nfortune que sa haute naissance et le glorieux pass\u00c3\u00a9 de\\nsa famille. Mais la jeune fille l aimait pour ses \u00c3\u00a9mi-\\nnentes qualit\u00c3\u00a9s personnelles. Elle \u00c3\u00a9tait, d ailleurs,\\nassez riche pour d\u00c3\u00a9daigner un mariage d argent. Avec\\nla plus gracieuse modestie, elle avait r\u00c3\u00a9pondu ses con-\\nfidences qu elle souhaiterait \u00c3\u00aatre mille fois plus belle\\nencore et dix mille fois plus riche, afin d \u00c3\u00aatre plus\\ndigne de lui\\nJe ne suis, lui avait dit cette femme accomplie,\\nen se d\u00c3\u00a9pr\u00c3\u00a9ciant elle-m\u00c3\u00aame par exc\u00c3\u00a8s d amour, qu une\\nfillette sans \u00c3\u00a9ducation, sans exp\u00c3\u00a9rience du monde\\npas assez vieille, cependant, pour ne pouvoir plus\\napprendre. Vous serez mon pr\u00c3\u00a9cepteur. Vous me\\ndirigerez en toutes choses. Je vous donne tout mon\\nc\u00c5\u0093ur, ma main, mes richesses. Hier encore, mon\\nBassanio, j \u00c3\u00a9tais l \u00c3\u00a2me de cette opulente maison, ma\\npropre reine et celle de mes serviteurs. Aujourd hui,\\ncette maison, ces serviteurs, moi-m\u00c3\u00aame, tout est\\nvous, mon ador\u00c3\u00a9 seigneur\\nEt, ce disant, elle lui avait pass\u00c3\u00a9 au doigt une\\nbague de prix, embl\u00c3\u00a8me de la souverainet\u00c3\u00a9 qu elle lui\\nconf\u00c3\u00a9rait.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0129.jp2"}, "130": {"fulltext": "108 LE MARCHAND DE VENISE.\\nBassanio ne pouvait en croire ses oreilles.\\nTant de d\u00c3\u00a9licatesse et de munificence le remplis-\\nsaient d admiration et de gratitude.\\nJamais, s \u00c3\u00a9cria-t-il dans un \u00c3\u00a9lan d enthousiasme\\net de tendresse, je ne me s\u00c3\u00a9parerai de cette bague,\\ngage de votre g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9 et de votre amour\\nCe d\u00c3\u00a9licieux \u00c3\u00a9change de serments \u00c3\u00a9ternels avait\\npour t\u00c3\u00a9moins N\u00c3\u00a9rissa, fille d honneur de Portia, et\\nGratiano. Celui-ci s empressa de f\u00c3\u00a9liciter les deux\\nfianc\u00c3\u00a9s\\nCombien je serais heureux, dit-il Bassanio, si\\ntu me permettais de me marier aussi, et le m\u00c3\u00aame jour\\nque toi\\nQu cela ne tienne r\u00c3\u00a9pondit le noble V\u00c3\u00a9nitien,\\nen souriant. Mais encore faudrait-il te trouver une\\nfemme.\\nLa voici r\u00c3\u00a9pliqua vivement le jeune favori, en\\nd\u00c3\u00a9signant N\u00c3\u00a9rissa, toute rougissante de plaisir. Nous\\nnous aimons depuis longtemps, et elle m a promis de\\nm \u00c3\u00a9pouser, si tu \u00c3\u00a9pousais sa ch\u00c3\u00a8re ma\u00c3\u00aetresse.\\nSerait-il vrai, N\u00c3\u00a9rissa demanda Portia.\\nIl ne d\u00c3\u00a9pend que de vous, madame, r\u00c3\u00a9pondit\\ncoquettement la jolie cam\u00c3\u00a9riste.\\nQu il en soit donc ainsi dit Portia, fort amus\u00c3\u00a9e\\nde l incident.\\nEt Bassanio ajouta avec un fin sourire\\nCe sera pour nous un grand honneur, seigneur\\nGratiano, que d assister vos noces, le jour m\u00c3\u00aame des\\nn\u00c3\u00b4tres.\\nEn ce moment, entrait un messager. Il remit\\nBassanio une lettre d Antonio.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0130.jp2"}, "131": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 109\\nLe jeune homme l eut peine ouverte, que son\\nvisage devint blanc comme un linceul\\n\u00e2\u0080\u0094Qu y a-t-il donc s \u00c3\u00a9cria Portia. Vous annonce-\\nrait-on la niort d une personne qui vous est ch\u00c3\u00a8re\\n\u00e2\u0080\u0094Ma douce amie, dit Bassanio, jamais lignes plus\\nd\u00c3\u00a9solantes n ont frapp\u00c3\u00a9 les regards d un mortel. En\\nvous d\u00c3\u00a9clarant mon amour, je vous ai dit nettement\\nque ma seule richesse est le sang qui coule dans mes\\nveines. J aurais d\u00c3\u00bb ajouter que je suis plus que\\npauvre, car je suis le d\u00c3\u00a9biteur de trois mille ducats.\\nEt il raconta la magnanime folie qu avait faite An-\\ntonio.\\nPuis il lut Portia la lettre de son malheureux ami:\\nMon cher Bassanio, \u00c3\u00a9crivait celui-ci, tous mes\\nvaisseaux sont perdus. Me voil\u00c3\u00a0 la merci du Juif,\\net, comme il faudra que j en meure, je voudrais te\\nserrer la main avant de quitter cette vall\u00c3\u00a9e de larmes.\\nCependant, fais comme il te plaira et si ton amiti\u00c3\u00a9\\npour moi ne te ram\u00c3\u00a8ne pas Venise, consid\u00c3\u00a8re ma\\nlettre comme non avenue.\\nN est-ce que cela s \u00c3\u00a9cria Portia. Je donnerais\\nvingt fois trois mille ducats avant que l on p\u00c3\u00bbt toucher\\nun cheveu de cet excellent Antonio Partez, mon\\nami rachetez sa parole et ramenez-le avec vous.\\nVous me serez d autant plus cher, que vous m aurez\\nplus co\u00c3\u00bbt\u00c3\u00a9\\nEt, pour donner son fianc\u00c3\u00a9 le droit d user l\u00c3\u00a9ga-\\nlement de sa fortune, Portia voulut que les deux\\nmariages eussent lieu le jour m\u00c3\u00aame.\\nBassanio partit alors en toute h\u00c3\u00a2te avec Gratiano\\npour Venise, o\u00c3\u00b9 il trouva Antonio sous les verroux", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0131.jp2"}, "132": {"fulltext": "110 LE MARCHAND DE VENISE.\\nISTe crains rien, g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux ami, lui dit-il dans\\nune heure, tu auras recouvr\u00c3\u00a9 ta libert\u00c3\u00a9\\nMais quand il se pr\u00c3\u00a9senta chez Shylock, celui-ci re-\\nfusa de recevoir les trois mille ducats. Le jour du\\npayment \u00c3\u00a9tait pass\u00c3\u00a9, et le Juif voulait la livre de\\nchair promise par Antonio: rien de plus, rien de\\nmoins.\\nUn jour fut fix\u00c3\u00a9 pour les d\u00c3\u00a9bats de cette mons-\\ntrueuse affaire devant le duc et le S\u00c3\u00a9nat de Venise, et\\nBassanio attendit, la mort dans l \u00c3\u00a2me, l issue de cette\\nd\u00c3\u00a9plorable aventure.\\nPortia, cependant, instruite de la date de l odieux\\nproc\u00c3\u00a8s, r\u00c3\u00a9fl\u00c3\u00a9chit aux cons\u00c3\u00a9quences possibles de l inhu-\\nmanit\u00c3\u00a9 de Shylock.\\nElle se demanda si elle ne pourrait pas elle-m\u00c3\u00aame\\nsauver des griffes h\u00c3\u00a9bra\u00c3\u00afques celui qui, pour l amour\\nde son Bassanio, avait si noblement risqu\u00c3\u00a9 sa propre\\nvie. En \u00c3\u00a9pouse soumise, elle avait bien promis de se\\nlaisser gouverner en toutes choses par la sagesse su-\\np\u00c3\u00a9rieure de son mari mais les circonstances lui paru-\\nrent devoir l\u00c3\u00a9gitimer un appel ses propres forces et\\nla s\u00c3\u00bbret\u00c3\u00a9 de son propre jugement.\\nElle r\u00c3\u00a9solut donc de partir aussi pour Venise et d y\\nplaider en faveur du prisonnier.\\nParmi ses relations, elle avait un illustre avocat du\\nnom de Bellario. Elle lui \u00c3\u00a9crivit, lui exposa le cas, et\\nle pria de lui envoyer, en m\u00c3\u00aame temps que ses con-\\nseils, tout ce qu il fallait pour qu elle p\u00c3\u00bbfc se pr\u00c3\u00a9senter\\ndevant la Cour comme d\u00c3\u00a9fenseur d Antonio.\\nBellario lui ob\u00c3\u00a9it de point en point.\\nAu jour dit, v\u00c3\u00aatue en avocat, et accompagn\u00c3\u00a9e de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0132.jp2"}, "133": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. m\\nN\u00c3\u00a9rissa, qu elle avait habill\u00c3\u00a9 en clerc, Portia arriva\\nVenise, entra dans la salle du S\u00c3\u00a9nat au moment o\u00c3\u00b9\\nvenait d \u00c3\u00aatre appel\u00c3\u00a9e la cause d Antonio, et remit au\\nduc une lettre de Bellario, dans laquelle celui-ci s ex-\\ncusait d \u00c3\u00aatre emp\u00c3\u00aach\u00c3\u00a9 par la maladie de venir d\u00c3\u00a9fendre\\nl accus\u00c3\u00a9, et priait la Cour d accepter, en son lieu et\\nplace, le jeune et savant docteur Balthazar c \u00c3\u00a9tait le\\nnom qu il donnait Portia.\\nBien que fort \u00c3\u00a9tonn\u00c3\u00a9 de la bonne mine et de la\\njeunesse que dissimulaient mal la toge et la perruque\\ndu gracieux substitut, le duc fit droit la requ\u00c3\u00aate de\\nBellario, et le faux Balthazar prit place au banc de la\\nd\u00c3\u00a9fense.\\nAu premier coup d \u00c5\u0093il jet\u00c3\u00a9 par elle sur la salle,\\nPortia avait devin\u00c3\u00a9 le Juif sans entrailles et aper\u00c3\u00a7u\\nson mari qui, lui, ne la reconnut pas. Le pauvre\\nBassanio, debout pr\u00c3\u00a8s de son malheureux Antonio,\\nsemblait plong\u00c3\u00a9 dans un ab\u00c3\u00aeme de d\u00c3\u00a9solation.\\nPortia -comprit, cette vue, combien ardue \u00c3\u00a9tait la\\nt\u00c3\u00a2che qu elle s \u00c3\u00a9tait impos\u00c3\u00a9e.\\nMais elle ne s en sentit que plus d\u00c3\u00a9termin\u00c3\u00a9e\\nvaincre et, la parole lui ayant \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 donn\u00c3\u00a9e, elle\\ns adressa, sans h\u00c3\u00a9siter, Shylock\\nD apr\u00c3\u00a8s la loi de Venise, lui dit-elle, vous avez le\\ndroit strict pour vous dans cette triste affaire. Mais\\ncomptez- vous pour rien la mis\u00c3\u00a9ricorde, cette ros\u00c3\u00a9e\\nbienfaisante et c\u00c3\u00a9leste qui fertilise l \u00c3\u00a2me de celui\\nqui donne autant que celle de celui qui re\u00c3\u00a7oit La\\nmis\u00c3\u00a9ricorde Mais elle sied mieux aux monarques\\nque leur \u00c3\u00a9clatante couronne, car elle est un attribut\\nde Dieu lui-m\u00c3\u00aame, et plus les puissances d Tci-bas sont", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0133.jp2"}, "134": {"fulltext": "112 LE MARCHAND DE VENISE.\\ntemp\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9es par la cl\u00c3\u00a9mence, plus elles se rapprochent\\nde la divinit\u00c3\u00a9\\nShylock, aussi impassible qu un rocher, se contenta\\nde r\u00c3\u00a9pondre\\nIl n a pas pay\u00c3\u00a9 qu il souffre\\nMais, r\u00c3\u00a9pliqua Portia, n est-il pas pr\u00c3\u00aat vous\\npayer\\nVoici l argent, s \u00c3\u00a9cria Bassanio, et je d\u00c3\u00a9cuplerai\\nla somme, s il le faut, pour satisfaire ce d\u00c3\u00a9mon Ne\\npouvez-vous, jeune et docte ma\u00c3\u00aetre, pour l amour de\\nl humanit\u00c3\u00a9, tourner quelque peu la loi\\nUne fois \u00c3\u00a9tablies, dit gravement Portia, les lois\\nne doivent pas \u00c3\u00aatre \u00c3\u00a9lud\u00c3\u00a9es.\\nJ ai donc raison exclama Shylock. Jeune\\nhomme, vous parlez comme l e\u00c3\u00bbt fait Daniel lui-\\nm\u00c3\u00aame\\nMontrez-moi le contrat, dit Portia.\\nUn coup d \u00c5\u0093il lui suffit pour constater que le Juif\\navait droit une livre de chair, prise le plus pr\u00c3\u00a8s pos-\\nsible du c\u00c5\u0093ur de son d\u00c3\u00a9biteur\\nSoyez n\u00c3\u00a9anmoins mis\u00c3\u00a9ricordieux, dit-elle prenez\\nl argent qui vous est offert et d\u00c3\u00a9chirons ce fatal billet.\\nJamais s \u00c3\u00a9cria l usurier je jure par mon \u00c3\u00a2me\\nqu il n y a pas sous le ciel une langue assez mielleuse\\npoure me faire changer de sentiment\\nAntonio, dit Portia, pr\u00c3\u00a9parez donc votre poitrine\\npour le couteau de Shylock. Voyez, il l aiguise d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0.\\nQu avez- vous dire\\nEien, sinon que je suis pr\u00c3\u00aat. Donne-moi la\\nmain, Bassanio, et adieu Ne te d\u00c3\u00a9sole pas de ce\\nqui m arrive cause de toi. Parle quelquefois de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0134.jp2"}, "135": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 113\\nmoi ta noble \u00c3\u00a9pouse et dis-lui que je t ai bien\\naim\u00c3\u00a9\\nAntonio s \u00c3\u00a9cria le jeune homme, le ciel m est\\nt\u00c3\u00a9moin que ma femme m est plus ch\u00c3\u00a8re que ma propre\\nexistence et cependant, je donnerais, pour te sauver\\nla vie, ma femme et le monde entier. Je sacrifierais\\ntout, plut\u00c3\u00b4t que de te voir la victime de ce monstre\\nface humaine.\\nM est avis, insinua Portia, bien qu en elle-m\u00c3\u00aame\\nelle admir\u00c3\u00a2t cet \u00c3\u00a9lan de chaude amiti\u00c3\u00a9, que votre\\nfemme, si elle vous entendait, vous saurait peu de gr\u00c3\u00a9\\nde tant d abn\u00c3\u00a9gation\\nMoi, s \u00c3\u00a9cria Gratiano, ne voulant pas rester en\\narri\u00c3\u00a8re sur le terrain de la g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9, j ai aussi une\\nfemme charmante et que j aime la folie mais, si je\\npensais qu en allant au ciel, elle p\u00c3\u00bbt changer la r\u00c3\u00a9so-\\nlution de ce maudit Juif, je l y laisserais aller l ins-\\ntant\\nIl est fort heureux pour vous que vous disiez cela\\nloin d elle intervint Nerissa, qui, tout en jouant\\nravir son r\u00c3\u00b4le de clerc, ne perdait pas un mot de ce\\npeu galant colloque.\\nAllons, tr\u00c3\u00aave de balivernes cria Shylock. La\\nsentence, mon bon juge\\nIl se fit un profond silence.\\nLes balances sont-elles pr\u00c3\u00aates demanda Portia.\\nEt s adressant au Juif, qui la d\u00c3\u00a9vorait du regard\\nShylock, lui dit-elle, il vous faudrait un chirurgien.\\nPourquoi fit l usurier avec un soubresaut.\\nParceque votre victime pourrait succomber une\\nh\u00c3\u00a9morragie.\\n8", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0135.jp2"}, "136": {"fulltext": "114 LE MARCHAND DE VENISE.\\nIl n est pas question de cela dans le contrat.\\nNon mais il y aurait charit\u00c3\u00a9 y pourvoir.\\nJe ne me pr\u00c3\u00a9occupe que de mon contrat\\nTr\u00c3\u00a8s bien prends donc ta livre de chair. La loi\\nest pour toi, et la Cour aussi. Et tu peux la prendre\\naussi pr\u00c3\u00a8s du c\u00c5\u0093ur qu il te plaira, la loi et la Cour\\nt y autorisent encore.\\nBravo, Daniel r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9ta le Juif. Sois b\u00c3\u00a9ni, juge\\nint\u00c3\u00a8gre et sans peur\\nEt il se remit aiguiser son long couteau, tout en\\njetant sur Antonio des regards de f\u00c3\u00a9roce all\u00c3\u00a9gresse.\\nJe suis pr\u00c3\u00aat r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9ta sto\u00c3\u00afquement le prisonnier.\\nUn instant, Juif dit Portia. Sache bien que tu\\nn as pas droit une goutte de sang. Le texte du billet\\nest pr\u00c3\u00a9cis Une livre de chair, rien de plus Si,\\nen la coupant, il t arrivait de r\u00c3\u00a9pandre une goutte de\\nsang chr\u00c3\u00a9tien, tes terres et toute ta fortune seraient,\\nde par la loi, acquises Venise.\\nShylock n avait pas song\u00c3\u00a9 cet ing\u00c3\u00a9nieux moyen de\\nd\u00c3\u00a9fense.\\nDes applaudissements fr\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9tiques \u00c3\u00a9clat\u00c3\u00a8rent dans\\ntoute la salle\\nBravo, Daniel exclama Gratiano, en singeant\\nShylock. Sois b\u00c3\u00a9ni, juge int\u00c3\u00a8gre et sans peur\\nJ accepte l argent donnez-moi l argent glapit\\nle Juif atterr\u00c3\u00a9.\\nLe voil\u00c3\u00a0 dit Bassanio tout joyeux.\\nDoucement reprit Portia. Le Juif a insist\u00c3\u00a9\\npour ne recevoir que son d\u00c3\u00bb. Il n aura donc que son\\nd\u00c3\u00bb. Allons, Shylock, pr\u00c3\u00a9pare- fcoi couper la livre de\\nchair qui t appartient. Mais, prends-y bien garde pas", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0136.jp2"}, "137": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 115\\nde sang Et ne va pas surtout couper plus ou moins\\nd une liyre Si tu te trompais de la valeur d un\\nmyriagramme ou de l \u00c3\u00a9paisseur d an cheveu, les lois\\nde Venise te condamneraient mourir, et toute ta\\nfortune reviendrait au S\u00c3\u00a9nat.\\nMon argent mon pauvre argent r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9ta Shylock,\\ndont les dents claquaient de terreur donnez-moi mon\\nargent, et je m en vais\\nBassanio lui tendit une bourse gonfl\u00c3\u00a9e d or.\\nShylock allait s en saisir comme d uue proie, quand\\nla voix calme, mais vibrante, de Portia vint de nou-\\nveau le clouer sa place\\nHalte-l\u00c3\u00a0 Juif je n en ai pas fini avec toi. La\\nloi de Venise est formelle contre tout \u00c3\u00a9tranger qui,\\ndirectement ou indirectement, a attent\u00c3\u00a9 la vie d un\\nde ses citoyens. Ta fortune est, d\u00c3\u00a8s ce moment, con-\\nfisqu\u00c3\u00a9e, et ta vie est la merci du duc. A genoux\\ndonc, mis\u00c3\u00a9rable, et implore ton pardon\\nLe duc fit signe qu il allait parler, et l enthou-\\nsiasme populaire, pr\u00c3\u00aat \u00c3\u00a9clater, se contint grand\\npeine\\nShylock, dit le souverain, je veux te prouver com-\\nbien est profond l ab\u00c3\u00aeme qui s\u00c3\u00a9pare l esprit chr\u00c3\u00a9tien\\nde celui de tes coreligionnaires. Je te pardonne avant\\nm\u00c3\u00aame que tu en fasses la demande. Ta vivras mais\\nune moiti\u00c3\u00a9 de tes richesses ira Antonio, l autre\\nl Etat.\\nJe refuse en ce qui me concerne, dit Antonio, si\\nShylock, qui a r\u00c3\u00a9cemment d\u00c3\u00a9sh\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 sa fille unique\\npour avoir \u00c3\u00a9pous\u00c3\u00a9 le jeune chr\u00c3\u00a9tien Lorenzo, consent\\ntransf\u00c3\u00a9rer, lorsqu il mourra, cette malheureuse", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0137.jp2"}, "138": {"fulltext": "116 LE MARCHAND DE VENISE.\\nenfant, la part que m alloue sur sa fortune la loi de\\nnotre pays.\\nJ y consens, murmura le Juif, heureux de s en\\ntirer si bon compte.\\nEt, tomb\u00c3\u00a9 du haut de ses r\u00c3\u00aaves de vengeance, d\u00c3\u00a9-\\npouill\u00c3\u00a9, de plus, de la moiti\u00c3\u00a9 de ses biens, Shylock\\nquitta la salle, moiti\u00c3\u00a9 fou de honte et de col\u00c3\u00a8re.\\nLa Cour s ajourna, et Antonio fut remis en libert\u00c3\u00a9.\\nLe duc, charm\u00c3\u00a9 de la sagacit\u00c3\u00a9 et de l \u00c3\u00a9loquence du\\njeune d\u00c3\u00a9fenseur, voulait le retenir d\u00c3\u00aener. Portia,\\nqui d\u00c3\u00a9sirait \u00c3\u00aatre chez elle avant le retour de son mari,\\nremercia avec effusion\\nR\u00c3\u00a9compensez ce jeune homme comme il le m\u00c3\u00a9rite,\\ndit, en s \u00c3\u00a9loignant, son Altesse Antonio, car vous\\nlui devez la vie\\nMon digne monsieur, dit alors Bassanio au pr\u00c3\u00a9-\\ntendu docteur Balthazar, vous avez droit notre \u00c3\u00a9ter-\\nnelle reconnaissance mais mon ami et moi, nous ne\\nsavons vraiment comment vous la t\u00c3\u00a9moigner. Vous\\nplairait-il d accepter les trois mille ducats dus cet\\nabominable Juif\\nNon, r\u00c3\u00a9pondit Portia, vous ne me devez rien.\\nMais Bassanio insistant\\nEh bien, j accepterai vos gants, dit l astucieuse\\njeune femme, et les porterai en souvenir de vous.\\nBassanio \u00c3\u00b4ta ses gants et les tendit Portia\\nOh la belle bague que vous avez l\u00c3\u00a0, fit celle-ci\\nd un air d\u00c3\u00a9gag\u00c3\u00a9. Me la donnerez-vous aussi\\nHelas j ai jur\u00c3\u00a9 de ne jamais m en s\u00c3\u00a9parer, sou-\\npira Bassanio. C est un pr\u00c3\u00a9sent de ma. femme, et.\\nAssez cria Portia, affectant la col\u00c3\u00a8re et quittant", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0138.jp2"}, "139": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 117\\nbrusquement la salle avec N\u00c3\u00a9rissa je n attendais pas\\nmoins de votre reconnaissance \u00c3\u00a9ternelle\\nLes deux amis rest\u00c3\u00a8rent interdits cette brusque\\nmanifestation de d\u00c3\u00a9plaisir\\nMon cher Bassanio, dit enfin Antonio, cet homme\\nnous a rendu un tel service qu il me peine de te voir\\nlui refuser un joyau sans grande valeur, simplement\\npour \u00c3\u00a9viter un petit d\u00c3\u00a9sagr\u00c3\u00a9ment de m\u00c3\u00a9nage.\\nTout honteux d avoir pu para\u00c3\u00aetre ingrat, le gen-\\ntilhomme envoya Gratiano porter en toute h\u00c3\u00a2te la\\nbague Portia\\nAh s \u00c3\u00a9cria N\u00c3\u00a9rissa en apercevant son mari, qui\\nne l avait nullement reconnue sous ses v\u00c3\u00aatements de\\nclerc, voil\u00c3\u00a0 qui est fort gracieux Mais, vous aussi,\\nvous avez une jolie bague, et vous pouvez bien m en\\nfaire pr\u00c3\u00a9sent. J ai assez travaill\u00c3\u00a9 pour cela\\nGratiano soupira plus fort que ne l avait fait son\\nami mais, pour ne pas para\u00c3\u00aetre moins g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux que\\nlui, il passa au doigt de N\u00c3\u00a9rissa l anneau que celle-ci\\nlui avait remis au jour de leurs noces.\\nNous laissons penser si les deux jeunes mari\u00c3\u00a9es\\nfirent des gorges chaudes aux d\u00c3\u00a9pens de leurs sei-\\ngneurs et ma\u00c3\u00aetres.\\nElles se promirent bien de les tancer vertement,\\nleur retour, et de les accuser d avoir fait cadeau de\\nleurs alliances d autres femmes.\\nQuand, le soir, elle revit de loin sa splendide de-\\nmeure de Belmont, Portia se sentit le c\u00c5\u0093ur plein d une\\nsuave all\u00c3\u00a9gresse. Plus elle s en rapprochait, plus elle\\ntressaillait de cette joie intime qu \u00c3\u00a9prouve quiconque\\na conscience d avoir fait une noble action.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0139.jp2"}, "140": {"fulltext": "118 LE MARCHAND DE VENISE.\\nJamais la lune ne lui avait paru si brillante et un\\nnuage \u00c3\u00a9tant venu en voiler l \u00c3\u00a9clat, elle s \u00c3\u00a9prit, dans\\nun acc\u00c3\u00a8s de ga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9 enfantine, d une petite lumi\u00c3\u00a8re\\nqu elle apercevait dans le vestibule de son habitation.\\nVois, N\u00c3\u00a9rissa, dit-elle, comme ce modeste flam-\\nbeau p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8tre de ses chatoyants rayons l obscurit\u00c3\u00a9 de\\nma demeure. N est-il pas le gracieux symbole d une\\nbonne \u00c5\u0093uvre illuminant un monde pervers Et cette\\nmusique que j entends au dehors ne te para\u00c3\u00aet-elle pas\\nplus douce, dans le d\u00c3\u00a9licieux silence d une belle nuit\\nEentr\u00c3\u00a9e chez elle, elle reprit, ainsi que N\u00c3\u00a9rissa, les\\nv\u00c3\u00aatements de son sexe, et toutes deux attendirent\\ntranquillement le retour de leurs maris.\\nCeux-ci ne tard\u00c3\u00a8rent pas, en effet, arriver avec\\nAntonio.\\nBassanio avait peine eu le temps de pr\u00c3\u00a9senter son\\nami Portia, qui le f\u00c3\u00a9licitait vivement de sa d\u00c3\u00a9livrance,\\nque le bruit d une querelle assez vive entre h\u00c3\u00a9rissa et\\nGratiano attira leur attention\\nD\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 intervint Portia, qui ne pouvait s em-\\np\u00c3\u00aacher de sourire. Qu y a-t-il donc mes beaux amou-\\nreux\\nOh rien, r\u00c3\u00a9pondit Gratiano. N\u00c3\u00a9rissa me cherche\\nnoise propos d une m\u00c3\u00a9chante bague qu elle m a\\ndonn\u00c3\u00a9e et qui portait cette magnifique devise, digne\\ndes po\u00c3\u00a9tiques effusions dont les couteliers de Venise\\nornent leurs produits\\nAime-moi bien, je t en conjure.\\nEt ne me quitte pas, si tu hais le parjure\\nQue nous chantez- vous l\u00c3\u00a0! se r\u00c3\u00a9cria IST\u00c3\u00a9rissa, avec", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0140.jp2"}, "141": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 119\\nvotre po\u00c3\u00a9sie de carrefour et la mince valeur de cette\\nbague M aviez- vous promis, oui ou non, de la con-\\nserver jusqu votre mort Et voil\u00c3\u00a0 que vous pr\u00c3\u00a9-\\ntendez l avoir donn\u00c3\u00a9e un clerc d avocat A d autres,\\nmon joli monsieur C est une femme que vous en\\navez fait cadeau Tenez, je devrais vous arracher les\\nyeux Ne mentez pas je sais tout\\nJe jure, s \u00c3\u00a9cria Gratiano avec feu, que je l ai\\ndonn\u00c3\u00a9e un m\u00c3\u00a9chant galopin, pas plus haut que vous,\\nma foi, qui servait de gratte-papier l habile d\u00c3\u00a9fen-\\nseur d Antonio Ce minuscule bavard m a tellement\\nimportun\u00c3\u00a9 de ses supplications que, pour ne pas deve-\\nnir fou, j ai d\u00c3\u00bb la lui abandonner.\\nVous avez eu grand tort, Gratiano, dit Portia avec\\nune gravit\u00c3\u00a9 d emprunt. C \u00c3\u00a9tait le premier pr\u00c3\u00a9sent de\\nvotre jeune femme, et vous deviez ne vous en dessaisir\\naucun prix. Ce n est pas mon noble \u00c3\u00a9poux qui en\\naurait agi ainsi avec la bague que je lui ai donn\u00c3\u00a9e\\nVotre noble \u00c3\u00a9poux, madame, r\u00c3\u00a9pliqua Gratiano,\\nd\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 br\u00c3\u00bbler ses vaisseaux pour se tirer d embarras,\\navait commenc\u00c3\u00a9 par donner la sienne l avocat, et\\nc est ce qui a enhardi ce petit diable d \u00c3\u00a9crivassier me\\nmendier la mienne.\\nEst-il possible s \u00c3\u00a9cria Portia dans un feint acc\u00c3\u00a8s\\nde col\u00c3\u00a8re. Ah je vois bien maintenant que Nerissa\\na raison, et que chacun de vous a fait quelque vile\\ncr\u00c3\u00a9ature des g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rosit\u00c3\u00a9s nos d\u00c3\u00a9pens\\nSur mon honneur ma ch\u00c3\u00a8re Portia, exclama\\nBassanio, l avocat d Antonio ayant refus\u00c3\u00a9 les trois\\nmille ducats que je lui offrais, r\u00c3\u00a9clama pour tous\\nhonoraires la bague que j avais au doigt. Je vous de-", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0141.jp2"}, "142": {"fulltext": "120 LE MARCHAND DE VENISE.\\nmande humblement pardon mais qu eussiez-vous fait\\nma place, pour reconna\u00c3\u00aetre l inappr\u00c3\u00a9ciable service\\nque cet \u00c3\u00a9minent docteur nous avait rendu\\nAntonio se d\u00c3\u00a9solait sinc\u00c3\u00a8rement d \u00c3\u00aatre la cause in-\\nvolontaire de cette temp\u00c3\u00aate domestique\\nJ ai engag\u00c3\u00a9 une fois mon corps pour l amour de\\nBassanio, dit-il tristement Portia. Sans l homme\\nqui il a donn\u00c3\u00a9 votre bague, je ne serais pas, l heure\\nqu il est, au nombre des vivants. Eh bien, j engage\\naujourd hui le salut de mon \u00c3\u00a2m\u00c3\u00a8, s il le faut, et je\\nr\u00c3\u00a9ponds que votre mari ne vous manquera jamais\\nplus de parole\\nAccept\u00c3\u00a9 r\u00c3\u00a9pondit Portia. Eemettez-lui donc\\nce second anneau, et recommandez-lui de le mieux\\ngarder que le premier.\\nEn m\u00c3\u00aame temps, N\u00c3\u00a9rissa passait aussi une bague\\nau doigt de Gratiano.\\nA la vue des deux anneaux de leurs fian\u00c3\u00a7ailles, nos\\ndeux maris rest\u00c3\u00a8rent muets de surprise.\\nLes deux jeunes femmes riaient de fcout leur c\u00c5\u0093ur.\\nL explication de cet imbroglio ne prit pas longtemps\\net porta son comble l \u00c3\u00a9merveillement des trois amis,\\net leur admiration pour Portia.\\nAntonio allait enfin se confondre en remerc\u00c3\u00aements,\\nquand celle-ci lui remit certaines lettres que le hasard\\navait fait tomber entre ses mains et qui annon\u00c3\u00a7aient\\nl arriv\u00c3\u00a9e au port des vaisseaux qu il croyait perdus.\\nUn si heureux d\u00c3\u00a9no\u00c3\u00bbment fit promptement oublier\\ntant de cruelles \u00c3\u00a9preuves, et tous s amus\u00c3\u00a8rent beau-\\ncoup de l aventure des bagues et de ces maris qui\\nn avaient pas reconnu leurs femmes.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0142.jp2"}, "143": {"fulltext": "LE MARCHAND DE VENISE. 121\\nPar Jupiter s \u00c3\u00a9cria ga\u00c3\u00aement Gratiano, en se\\nlaissant aller rimer\\nVous me voyez tout confondu\\nD avoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 si sot mais, soit dit sans reproche,\\nbelle N\u00c3\u00a9rissa, je veux \u00c3\u00aatre pendu,\\nSi jamais clerc de la basoche\\nMe fait mordre nouveau dans le fruit d\u00c3\u00a9fendu", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0143.jp2"}, "144": {"fulltext": "LE ROI LEAR\\nLeak, roi de la Grande-Bretagne, avait trois filles.\\nDeux d entre elles, G-onerill et Regan, avaient \u00c3\u00a9pous\u00c3\u00a9,\\nl une le duc d Albany, l autre, le duc de Oornwall.\\nA l \u00c3\u00a9poque o\u00c3\u00b9 commence ce r\u00c3\u00a9cit, le roi de France\\net le duc de Bourgogne \u00c3\u00a9taient les h\u00c3\u00b4tes de Lear et\\nprolongeaient chez lui leur s\u00c3\u00a9jour pour mieux faire\\nleur cour la charmante Oord\u00c3\u00a9lia, dont tous deux\\ns \u00c3\u00a9taient vivement \u00c3\u00a9pris.\\nLear \u00c3\u00a9tait alors plus qu octog\u00c3\u00a9naire. Bris\u00c3\u00a9 par\\nl \u00c3\u00a2ge et les soucis du tr\u00c3\u00b4ne, il r\u00c3\u00a9solut tout coup de\\nne plus prendre part aux affaires de l Etat et d en\\nlaisser le gouvernement des mains plus jeunes et\\nplus fortes.\\nIl aurait ainsi le temps de se pr\u00c3\u00a9parer la mort, qui\\nne .pouvait tarder venir.\\nIl manda donc pr\u00c3\u00a8s de lui ses trois filles et voulut\\nsavoir de leur propre bouche qu elle \u00c3\u00a9tait celle dont il\\n\u00c3\u00a9tait le plus aim\u00c3\u00a9, afin de donner chacune la part\\nd h\u00c3\u00a9ritage que semblerait m\u00c3\u00a9riter le degr\u00c3\u00a9 de pi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nfiliale qui l animait.\\nL a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9e, Gronerill, d\u00c3\u00a9clara que la parole \u00c3\u00a9tait im-\\npuissante exprimer la tendresse qu elle avait pour\\nson p\u00c3\u00a8re. Il lui \u00c3\u00a9tait plus cher que la lumi\u00c3\u00a8re de ses\\npropres yeux, plus cher que la vie et la libert\u00c3\u00a9. Long-\\ntemps elle se r\u00c3\u00a9pandit en ces pitoyables protestations\\nde d\u00c3\u00a9vo\u00c3\u00bbment qui ne sont que la facile contrefa\u00c3\u00a7on", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0144.jp2"}, "145": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 123\\nd un amour absent, et se r\u00c3\u00a9duisent quelques brillantes\\ntirades d\u00c3\u00a9bit\u00c3\u00a9es avec l assurance n\u00c3\u00a9cessaire en pareil\\ncas.\\nRavi de ces beaux discours qu il croyait venir autant\\ndu c\u00c5\u0093ur que des l\u00c3\u00a8vres de Gonerill, le roi, dans un\\n\u00c3\u00a9lan de paternelle affection, lui fit don, elle et son\\nmari, du tiers de son vaste royaume.\\nPuis, il demanda sa seconde fille ce qu elle avait\\ndire. Aussi fausse que sa s\u00c5\u0093ur, Eegan ne lui c\u00c3\u00a9da en\\nrien pour la chaleur de ces d\u00c3\u00a9monstrations. Bien au\\ncontraire, elle affirma que les belles phrases de celle-ci\\nn allaient pas la hauteur de l ineffable amour qu elle\\nportait son Altesse Toutes les joies de la terre,\\ndisait-elle, ne sont pour moi que supplices, compar\u00c3\u00a9es\\ncelle dont m inonde mon adoration pour mon bien-\\naim\u00c3\u00a9 p\u00c3\u00a8re et roi\\nLear se f\u00c3\u00a9licita d avoir ce qu il croyait \u00c3\u00aatre la perle des\\nenfants affectueux, et crut ne pouvoir moins faire, en\\npr\u00c3\u00a9sence de si touchantes d\u00c3\u00a9clarations, que d abandon-\\nner Regan et son \u00c3\u00a9poux un tiers de son royaume,\\n\u00c3\u00a9gal en \u00c3\u00a9tendue celui qu il venait de donner\\nGronerill.\\nSe tournant alors vers Cord\u00c3\u00a9lia, qu il appelait le\\nsoleil de sa vie, il la pria de prendre la parole. Elle\\nallait, pensait-il, r\u00c3\u00a9jouir les oreilles de son vieux p\u00c3\u00a8re\\nde la m\u00c3\u00aame d\u00c3\u00a9licieuse musique que ses s\u00c5\u0093urs. Elle\\nles surpasserait m\u00c3\u00aame en exaltation, car elle avait tou-\\njours \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 la g\u00c3\u00a2t\u00c3\u00a9e de son c\u00c5\u0093ur.\\nMais les grossi\u00c3\u00a8res flatteries de ses s\u00c5\u0093urs avaient\\nsinguli\u00c3\u00a8rement d\u00c3\u00a9plu Cord\u00c3\u00a9lia. Elle savait combien\\nleur c\u00c5\u0093ur \u00c3\u00a9tait loin de leurs l\u00c3\u00a8vres. Elle comprenait", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0145.jp2"}, "146": {"fulltext": "124 LE ROI LEAR.\\nque leurs cajoleries n avaient d autre but que de d\u00c3\u00a9-\\nposs\u00c3\u00a9der le vieux roi et de r\u00c3\u00a9gner, avant sa mort, avec\\nleurs maris, et elle r\u00c3\u00a9pondit tout simplement qu elle\\naimait Sa Majest\u00c3\u00a9 dans la mesure de son devoir, ni\\nplus, ni moins.\\nBless\u00c3\u00a9 de ce qu il consid\u00c3\u00a9rait comme de l ingratitude\\nde la part de sa fille favorite, le roi l engagea peser\\nses paroles et les modifier, si elle ne voulait pas com-\\npromettre son avenir.\\nVous \u00c3\u00aates mon p\u00c3\u00a8re, r\u00c3\u00a9pondit la jeune fille vous\\nm avez nourrie et aim\u00c3\u00a9e. Moi aussi, je vous aime de\\nmon mieux. Je vous ob\u00c3\u00a9is et vous honore. Mais je\\nne puis, comme mes s\u00c5\u0093urs, adapter mes l\u00c3\u00a8vres de\\npompeux discours, ni promettre de n aimer que vous\\nau monde. Si, comme elles le disent, mes s\u00c5\u0093urs n ont\\nd affection que pour leur p\u00c3\u00a8re, pourquoi chacune\\nd elles a-t-elle pris un \u00c3\u00a9poux Si jamais je me donne\\nun ma\u00c3\u00aetre, il exigera, j en suis s\u00c3\u00bbre, la moiti\u00c3\u00a9 de ma\\ntendresse, de ma sollicitude et de mon d\u00c3\u00a9vo\u00c3\u00bbment.\\nJamais je ne me marierai pour n aimer, comme mes\\ns\u00c5\u0093urs, que mon p\u00c3\u00a8re seul.\\nEn r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, Cord\u00c3\u00a9lia aimait son vieux p\u00c3\u00a8re la folie.\\nEn tout autre moment, elle le lui e\u00c3\u00bbt dit sans phrases,\\navec toute la chaleur d une \u00c3\u00a2me profond\u00c3\u00a9ment aimante,\\net sans toutes ces restrictions \u00c3\u00a9videmment peu gra-\\ncieuses. Mais, en pr\u00c3\u00a9sence des artificieuses adulations\\nde ses s\u00c5\u0093urs, qu elle voyait r\u00c3\u00a9compens\u00c3\u00a9es par son p\u00c3\u00a8re\\nde si extravagante fa\u00c3\u00a7on, elle s \u00c3\u00a9tait dit que le mieux\\n\u00c3\u00a9tait d aimer et de se taire. Elle \u00c3\u00a9chapperait ainsi\\ntout soup\u00c3\u00a7on d affection mercenaire. Moins elle met-\\ntrait d ostentation protester de son amour filial,", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0146.jp2"}, "147": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 125\\nplus celui-ci se distinguerait de celui de ses s\u00c5\u0093urs par\\nson \u00c3\u00a9clatante sinc\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9.\\nIl n en fut rie\u00c3\u00bb Lear ne vit dans cette franche sim-\\nplicit\u00c3\u00a9 de langage qu un intol\u00c3\u00a9rable orgueil. M\u00c3\u00aame\\nen ses meilleurs jours, il s \u00c3\u00a9tait toujours montr\u00c3\u00a9 violent\\net inconsid\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 dans ses col\u00c3\u00a8res. Aujourd hui que la\\nvieillesse obscurcissait encore sa raison, il \u00c3\u00a9tait moins\\ncapable que jamais de distinguer la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de la flatte-\\nrie, et les phrases fleuries du fourbe, du langage vrai\\ndu c\u00c5\u0093ur.\\nDans sa fureur, il priva Cord\u00c3\u00a9lia du tiers de royaume\\nqu il lui avait r\u00c3\u00a9serv\u00c3\u00a9 et le partagea \u00c3\u00a9galement entre\\nses deux autres filles et leurs \u00c3\u00a9poux, les ducs d Albany\\net de Oornwall. Puis, il fit venir ces derniers devant\\nlui, et, en pr\u00c3\u00a9sence de toute sa cour, leur donna le\\ndiad\u00c3\u00a8me en commun et les investit conjointement de\\ntoute son autorit\u00c3\u00a9. D\u00c3\u00a9sormais, ils administreraient\\nles revenus de l Etat. Le pouvoir ex\u00c3\u00a9cutif leur \u00c3\u00a9tait\\nd\u00c3\u00a9volu, et Lear ne conservait que le titre de roi. Il\\nne gardait pour toute pr\u00c3\u00a9rogative royale que le droit\\nd habiter tour tour, pendant un mois, les palais de\\nses deux filles, avec cent chevaliers attach\u00c3\u00a9s sa per-\\nsonne.\\nGrands furent l \u00c3\u00a9tonnement et le chagrin de ses\\ncourtisans, en le voyant disposer si follement de son\\nroyaume, sous l influence d un emportement o\u00c3\u00b9 la rai-\\nson n avait nulle part. Mais ils n eurent pas le courage\\nde s interposer entre le monarque et sa col\u00c3\u00a8re. Seul,\\nle comte de Kent osa prendre la parole en faveur de\\nCord\u00c3\u00a9lia. L imp\u00c3\u00a9tueux Lear lui ordonna aussit\u00c3\u00b4t,\\nsous peine de mort, de renoncer ce dessein, mais le", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0147.jp2"}, "148": {"fulltext": "126 LE ROI LEAR.\\nbrave duc n \u00c3\u00a9tait pas homme reculer devant pareille\\nmenace\\nJ ai toujours \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 loyal envers Votre Majest\u00c3\u00a9, dit-il.\\nJe tous ai honor\u00c3\u00a9 comme roi, aim\u00c3\u00a9 comme p\u00c3\u00a8re, suivi\\ncomme ma\u00c3\u00aetre. Je n ai fait cas de ma vie que parce\\nque je pouvais la vendre ch\u00c3\u00a8rement vos ennemis.\\nJamais je n ai craint de mourir quand il s agissait de\\nvous sauver. Aujourd hui que vous me traitez vous-\\nm\u00c3\u00aame en ennemi, je ne puis, serviteur fid\u00c3\u00a8le, oublier\\nmes principes d autrefois. Je dois, en homme de\\nc\u00c5\u0093ur, m opposer vos desseins, pour le plus grand\\nbien de mon roi. Si j ai manqu\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00a9gards, c est que\\nvous manquiez de sang-froid. Je fus longtemps pour\\nvous un conseiller fid\u00c3\u00a8le et s\u00c3\u00bbr, et je supplie mainte-\\nnant Votre Majest\u00c3\u00a9 de voir par mes yeux, comme elle\\nl a fait maintes fois en de graves circonstances, et\\nd agir d apr\u00c3\u00a8s mes conseils. R\u00c3\u00a9fl\u00c3\u00a9chissez, tandis qu il\\nen est temps encore, et r\u00c3\u00a9voquez des dispositions aussi\\nn\u00c3\u00a9fastes que t\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9raires, car, j en r\u00c3\u00a9ponds sur ma vie,\\nvotre fille cadette n est pas celle qui vous aime le\\nmoins, et ceux-l\u00c3\u00a0 ne manquent pas de c\u00c5\u0093ur qui\\nparlent sans emphase comme sans hypocrisie. Quand le\\npouvoir souverain s incline devant la flatterie, l hon-\\nneur se doit de rester simple et franc. Quant vos\\nmenaces, que pouvez- vous me faire Ma vie n est-\\nelle pas d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 votre service Mon devoir \u00c3\u00a9tait de\\nparler la crainte de la mort ne pouvait m emp\u00c3\u00aacher\\nde le remplir.\\nCette noble ind\u00c3\u00a9pendance du comte de Kent ne fit\\nque porter son comble l indignation du roi. Comme\\nun malade furieux qui tuerait son m\u00c3\u00a9decin par amour", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0148.jp2"}, "149": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 127\\ndu mal qui doit l emporter, il bannit de ses Etats ce\\nd\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9 serviteur et ne lui donna que cinq jours pour\\nfaire ses pr\u00c3\u00a9paratifs de d\u00c3\u00a9part. Si le sixi\u00c3\u00a8me jour trou-\\nvait sur le sol de la Grande-Bretagne sa personne\\nabhorr\u00c3\u00a9e, c en \u00c3\u00a9tait fait de lui.\\nKent fit donc au roi ses adieux\\nAussi bien, s \u00c3\u00a9cria-t-il, demeurer ici en pr\u00c3\u00a9sence\\nde telles dispositions de mon roi, serait un v\u00c3\u00a9ritable\\nbannissement dieux prot\u00c3\u00a9gez Oord\u00c3\u00a9lia prenez\\nsous votre \u00c3\u00a9gide cette jeune fille la pens\u00c3\u00a9e si droite, au\\nlangage si discret. Puissent les pompeux discours de\\nses s\u00c5\u0093urs \u00c3\u00aatre suivis d actes d amour Et maintenant,\\nje pars, et vais porter ma douleur sur la terre de l exil\\nCe fut alors le tour du roi de France et du duc\\nde Bourgogne d apprendre la singuli\u00c3\u00a8re d\u00c3\u00a9termination\\ndu roi Lear. Persisteraient-ils courtiser Oord\u00c3\u00a9lia,\\nmaintenant qu elle avait encouru la disgr\u00c3\u00a2ce de son\\np\u00c3\u00a8re et n avait plus pour toute dot que ses attraits\\npersonnels\\nLe duc de Bourgogne refusa net d \u00c3\u00a9pouser dans de\\npareilles conditions mais le roi de France comprit\\nvite que Oord\u00c3\u00a9lia n avait perdu l affection de son p\u00c3\u00a8re\\nque parceque sa langue n avait pu se plier, comme\\ncelle de ses s\u00c5\u0093urs, aux exigences de la flatterie\\nVos vertus, dit-il la jeune fille en lui prenant\\nla main, sont une dot plus pr\u00c3\u00a9cieuse qu un royaume.\\nPrenez cong\u00c3\u00a9 de vos s\u00c5\u0093urs et de votre p\u00c3\u00a8re, bien qu il\\nvous ait trait\u00c3\u00a9e de fa\u00c3\u00a7on peu g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse. Venez avec\\nmoi vous serez ma reine et celle de la belle France,\\net vous r\u00c3\u00a9gnerez sur un plus beau royaume que celui\\nde vos s\u00c5\u0093urs.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0149.jp2"}, "150": {"fulltext": "128 LE ROI LEAR.\\nEt, dans son m\u00c3\u00a9pris, il compara le duo de Bourgogne\\nun tonneau perc\u00c3\u00a9, d o\u00c3\u00b9 s \u00c3\u00a9tait \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9 en un ins-\\ntant tout l amour qu il pr\u00c3\u00a9tendait avoir pour cette\\nnoble enfant.\\nLes yeux pleins de larmes, Cord\u00c3\u00a9lia prit cong\u00c3\u00a9 de\\nses s\u00c5\u0093urs et les supplia de bien aimer leur p\u00c3\u00a8re, selon\\nla promesse qu elles en avaient faite\\nNous connaissons notre devoir, r\u00c3\u00a9pliqu\u00c3\u00a8rent celles-\\nci avec humeur, et n avons nul besoin de vos le\u00c3\u00a7ons.\\nT\u00c3\u00a2chez vous-m\u00c3\u00aame de plaire votre mari, qui vous a\\nprise, ajout\u00c3\u00a8rent-elles d un air moqueur, pour l amour\\nde Dieu.\\nCord\u00c3\u00a9lia s en alla le c\u00c5\u0093ur gros, car elle connaissait\\nla duplicit\u00c3\u00a9 de ses s\u00c5\u0093urs et e\u00c3\u00bbt d\u00c3\u00a9sir\u00c3\u00a9 laisser son\\np\u00c3\u00a8re en de meilleures mains.\\nElle n \u00c3\u00a9tait pas plus t\u00c3\u00b4t partie, que celles-ci mon-\\ntr\u00c3\u00a8rent sous leurs vraies couleurs les diaboliques dispo-\\nsitions qui les animaient.\\nD apr\u00c3\u00a8s les conventions que nous avons indiqu\u00c3\u00a9es,\\nLear devait passer un mois tour tour chez ses filles.\\nIl demeura tout d abord avec son a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9e, Gonerill.\\nMais le mois n \u00c3\u00a9tait pas encore \u00c3\u00a9coul\u00c3\u00a9 que le vieux\\nroi comprit combien promettre et tenir font deux.\\nMaintenant qu elle avait obtenu de son p\u00c3\u00a8re tout ce\\nqu il pouvait donner, m\u00c3\u00aame sa couronne, cette mis\u00c3\u00a9-\\nrable lui enviait les quelques miettes de royaut\u00c3\u00a9 que le\\nvieillard s \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9serv\u00c3\u00a9es pour se faire accroire qu il\\n\u00c3\u00a9tait encore roi. Elle ne pouvait souffrir de le voir,\\nlui et ses cent chevaliers. Chaque fois qu elle le ren-\\ncontrait, elle prenait un air ref rogn\u00c3\u00a9. S il d\u00c3\u00a9sirait lui\\nparler, elle se disait malade, ou emp\u00c3\u00aach\u00c3\u00a9e, pour se", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0150.jp2"}, "151": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 129\\nd\u00c3\u00a9barrasser de sa pr\u00c3\u00a9sence. Il \u00c3\u00a9tait clair qu elle con-\\nsid\u00c3\u00a9rait sa vieillesse comme un fardeau inutile et ses\\ngens comme une d\u00c3\u00a9pense supprimer. Et non-seu-\\nlement elle se rel\u00c3\u00a2cha de son respect ext\u00c3\u00a9rieur pour le\\nroi, mais, se conformant son exemple et, nous le\\ncraignons bien, ses instructions secr\u00c3\u00a8tes, ses propres\\nserviteurs affect\u00c3\u00a8rent de n\u00c3\u00a9gliger le service de l infor-\\ntun\u00c3\u00a9 monarque, tant\u00c3\u00b4t refusant d ex\u00c3\u00a9cuter ses ordres,\\ntant\u00c3\u00b4t poussant l impudence jusqu pr\u00c3\u00a9tendre ne les\\navoir point entendus.\\nUn tel changement dans la conduite de sa fille ne\\npouvait \u00c3\u00a9chapper au roi Lear mais, comme il en\\nco\u00c3\u00bbte toujours de s avouer que Ton a fait une sottise\\net que l on est la victime de sa propre obstination, il\\nferma les yeux aussi longtemps qu il le put sur d aussi\\nd\u00c3\u00a9plorables inconvenances.\\nL amour vrai et la fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 ne se laissent pas plus\\nrebuter par les mauvais traitements que la duplicit\u00c3\u00a9\\net la bassesse de c\u00c5\u0093ur ne se concilient par les\\nbons. L excellent comte de Kent fournit une preuve de\\nplus de la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de cette maxime. Banni par Lear,\\ncertain de mourir s il \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9couvert en Grande-\\nBretagne, il y demeura quand m\u00c3\u00aame, pr\u00c3\u00aat subir\\nles cons\u00c3\u00a9quences de sa d\u00c3\u00a9termination h\u00c3\u00a9ro\u00c3\u00afque, tant\\nqu il verrait une possibilit\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00aatre utile au roi son\\nma\u00c3\u00aetre.\\nTout exp\u00c3\u00a9dient, tout stratag\u00c3\u00a8me est bon l homme\\nloyal. Pour lui, rien n est abject ou vulgaire, d\u00c3\u00a8s que\\nle devoir r\u00c3\u00a9clame de lui quelque service\\nKent n h\u00c3\u00a9sita pas rev\u00c3\u00aatir la livr\u00c3\u00a9e d un domes-\\ntique, et, d\u00c3\u00a9pouill\u00c3\u00a9 de tout l appareil de son rang, il", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0151.jp2"}, "152": {"fulltext": "130 LE ROI LEAR.\\ns offrit \u00c3\u00aatre l humble serviteur de son roi, qui ne le\\nreconnut pas sous un tel d\u00c3\u00a9guisement.\\nMais Lear fut frapp\u00c3\u00a9 de la franchise, ou plut\u00c3\u00b4t de\\nla brusquerie qu affecta le comte dans ses r\u00c3\u00a9ponses.\\nIl trouva un certain plaisir n entendre plus les\\ndoucereuses sornettes de la flatterie, dont il avait tant\\nde motifs d \u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt\u00c3\u00a9 apr\u00c3\u00a8s avoir trouv\u00c3\u00a9, chez sa\\npropre fille, les actes si peu conformes aux discours.\\nIl ne fut donc pas difficile ces deux hommes de\\ns entendre, et Lear prit Kent son service, sous le\\nnom de Oa\u00c3\u00afus qu il s \u00c3\u00a9tait donn\u00c3\u00a9, sans jamais soup-\\n\u00c3\u00a7onner que ce nom cachait son illustre favori d autre-\\nfois, le haut et puissant comte de Kent.\\nCa\u00c3\u00afus ne fut pas longtemps trouver l occasion de\\nprouver son royal ma\u00c3\u00aetre sa fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 et son amour.\\nLe premier jour ne s \u00c3\u00a9tait pas \u00c3\u00a9coul\u00c3\u00a9, qu il vit l inten-\\ndant de Gonerill, encourag\u00c3\u00a9 secr\u00c3\u00a8tement sans doute\\npar sa ma\u00c3\u00aetresse, manquer de respect Lear et regar-\\nder insolemment le vieillard, tout en lui parlant\\ncomme un valet. Devant un pareil outrage la\\nmajest\u00c3\u00a9 royale, Ca\u00c3\u00afus ne fit aucun esclandre, mais,\\ntranquillement, donna l impudent esclave un croc-\\nen-jambe qui l envoya s \u00c3\u00a9taler dans le chenil. Lear\\nlui sut gr\u00c3\u00a9 de cette correction, et s attacha de plus en\\nplus son nouveau serviteur.\\nKent n \u00c3\u00a9tait pas, d ailleurs, le seul _ ami que Lear\\ne\u00c3\u00bbt aupr\u00c3\u00a8s de lui. Au temps o\u00c3\u00b9 il avait encore un\\npalais, il y entretenait, suivant la coutume des rois et\\ndes grands personnages de cette \u00c3\u00a9poque, un de ces\\nbouffons, connus sous le nom de fous, qui les divertis-\\nsaient apr\u00c3\u00a8s les affaires s\u00c3\u00a9rieuses.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0152.jp2"}, "153": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 131\\nOr, lorsque le vieillard se fut d\u00c3\u00a9poss\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9 de sa cou-\\nronne, le pauvre fou s attacha quand m\u00c3\u00aame ses pas et\\nlui prouva son amour, autant que le pouvait un per-\\nsonnage aussi insignifiant et d aussi bas \u00c3\u00a9tage. Par\\nses amusantes saillies, il tenait son ma\u00c3\u00aetre en bonne\\nhumeur, bien qu il ne se g\u00c3\u00aan\u00c3\u00a2t nullement parfois de le\\nplaisanter sur, l imprudence qu il avait commise en se\\nd\u00c3\u00a9couronnant lui-m\u00c3\u00aame et en donnant tout ses filles\\nChacune d elles, s \u00c3\u00a9criait-il alors en rimaillant,\\nSoudain pleura de joie si riche recette\\nEt moi, je chante de courroux\\nDe voir un roi si bon jouer cligne-musette,\\nEt grossir le troupeau des fous\\nC est dans de pareilles extravagances et dans des\\nbouts de chansons, dont il savait des douzaines, que\\nce brave homme de fou laissait plaisamment d\u00c3\u00a9border\\nson c\u00c5\u0093ur, m\u00c3\u00aame en pr\u00c3\u00a9sence de Gonerill, qu il piquait\\nparfois tr\u00c3\u00a8s au vif par ses am\u00c3\u00a8res railleries.\\nAinsi, il comparait le roi au passereau qui nourrit\\nles petits du coucou jusqu ce qu ils soient devenus\\nassez forts pour lui ab\u00c3\u00aemer la t\u00c3\u00aate coups de bec pour\\nsa peine\\nUn \u00c3\u00a2ne, disait-il encore, voit bien, tout \u00c3\u00a2ne qu il\\nest, quand la charrue est avant les b\u00c5\u0093ufs.\\nAllusion mordante aux filles de Lear, plus haut\\nplac\u00c3\u00a9es maintenant que leur p\u00c3\u00a8re\\nLear, ajoutait-il, n est plus Lear, il n en est d\u00c3\u00a9-\\nsormais que l ombre\\nUne fois ou deux, il faillit \u00c3\u00aatre fouett\u00c3\u00a9 pour ces in-\\ntemp\u00c3\u00a9rances de langage.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0153.jp2"}, "154": {"fulltext": "132 LE ROI LEAR.\\nMais l indigne Gonerill ne s en tint bient\u00c3\u00b4t plus la\\nfroideur et aux allures irrespectueuses que Lear avait\\nenfin remarqu\u00c3\u00a9es. De bien autres d\u00c3\u00a9boires attendaient\\nce p\u00c3\u00a8re et sa folle tendresse. Il lui fut dit nettement\\nun jour que son s\u00c3\u00a9jour au palais devenait d\u00c3\u00a9sagr\u00c3\u00a9able,\\ndu moment qu il insistait pour y maintenir une suite\\nde cent chevaliers\\nUne pareille suite, disait Gonerill, est aussi inu-\\ntile que co\u00c3\u00bbteuse et ne sert qu scandaliser ma cour\\npar de bruyantes d\u00c3\u00a9bauches. E\u00c3\u00a9duisez-la, je vous\\nprie, et ne gardez aupr\u00c3\u00a8s de vous que de vieux hommes\\nd armes, plus en rapport avec votre \u00c3\u00a2ge.\\nTout d abord, Lear n en put croire ses oreilles.\\nEtait-ce bien sa fille qui lui tenait un tel langage\\nElle, qui avait re\u00c3\u00a7u de lui une couronne, voudrait\\ndiminuer son escorte et lui mesurer le respect d\u00c3\u00bb sa\\nvieillesse Il ne pouvait se faire cette pens\u00c3\u00a9e.\\nMais elle insista, et la fureur du vieillard s exhala en\\nterribles impr\u00c3\u00a9cations\\nTu mens, exclama-t-il, d\u00c3\u00a9testable m\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re\\nEt elle mentait en effet, car les cent chevaliers\\n\u00c3\u00a9taient tous d une sobri\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 et d une conduite irr\u00c3\u00a9pro-\\nchables, tous hommes de devoir et incapables de se\\nlivrer aux scandaleuses d\u00c3\u00a9bauches qu elle leur repro-\\nchait\\nQu on pr\u00c3\u00a9pare l instant mes chevaux, ajouta-t-il\\nnous allons, de ce pas, mes cent chevaliers et moi, chez\\nma fille Eegan\\nEt il temp\u00c3\u00aata contre l ingratitude, ce monstre au\\nc\u00c5\u0093ur de marbre, disait-il, plus horrible chez un enfant\\nque le plus affreux des monstres marins", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0154.jp2"}, "155": {"fulltext": "LE ROI LEAR 133\\nPuisses-tu, tonna-t-il en maudissant sa fille a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9e\\nGonerill, puisses-tu n avoir jamais de prog\u00c3\u00a9niture, ou,\\nsi tu en as, fasse le ciel qu elle vive pour te rendre\\ntous les d\u00c3\u00a9dains et tous les m\u00c3\u00a9pris dont tu as abreuv\u00c3\u00a9\\nton yieux p\u00c3\u00a8re. Tu sentiras alors combien plus p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9-\\ntrante que la morsure du serpent est l ingratitude de\\nceux qui nous doivent la vie\\nA ce moment, le duc d Albany, mari de Gonerill,\\ntenta de d\u00c3\u00a9truire dans l esprit de son beau-p\u00c3\u00a8re tout\\nsoup\u00c3\u00a7on de connivence de sa part dans les mauvais\\nproc\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9s de sa femme mais Lear refusa de l \u00c3\u00a9couter,\\nsauta en selle, tout bouillant de rage, et partit avec sa\\nsuite pour le palais de sa seconde fille, Eegan.\\nEt tout coup, devant la pens\u00c3\u00a9e du vieillard se\\ndressa l image de Cord\u00c3\u00a9lia. Combien l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8re lui appa-\\nrut alors la faute de cette enfant, si tant est qu il y e\u00c3\u00bbt\\nfaute, en comparaison de la conduite de Gonerill\\nEt il pleura, le pauvre p\u00c3\u00a8re puis, toute sa virilit\u00c3\u00a9\\nse r\u00c3\u00a9volta l id\u00c3\u00a9e qu une aussi indigne cr\u00c3\u00a9ature que\\nGonerill e\u00c3\u00bbt assez d empire sur lui pour le faire\\npleurer.\\nEegan et son mari vivaient dans leur palais avec\\nbeaucoup de magnificence et d \u00c3\u00a9clat. Lear chargea\\nson serviteur Ca\u00c3\u00afus de leur porter un message les invi-\\ntant tout p\u00c3\u00a9parer pour sa r\u00c3\u00a9ception et celle de son\\nescorte. Mais Gonerill l avait sans doute devanc\u00c3\u00a9,\\ncar, en m\u00c3\u00aame temps que Ca\u00c3\u00afus, arrivait la cour de\\nEegan un autre messager, porteur de lettres dans les-\\nquelles Gonerill accusait son p\u00c3\u00a8re d humeur fantasque et\\nm\u00c3\u00a9chante et conseillait sa s\u00c5\u0093ur de ne pas recevoir\\nchez elle l escorte extravagante qu il tra\u00c3\u00aenait apr\u00c3\u00a8s lui.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0155.jp2"}, "156": {"fulltext": "134 LE ROI LEAR.\\nCa\u00c3\u00afus n eut pas de peine reconna\u00c3\u00aetre dans cet en-\\nvoy\u00c3\u00a9 son vieil ennemi l intendant, qu il avait si cava-\\nli\u00c3\u00a8rement ch\u00c3\u00a2ti\u00c3\u00a9 de son impudence envers Lear. Son\\naspect lui d\u00c3\u00a9plut puis, soup\u00c3\u00a7onnant ce qui l amenait,\\nil l insulta, lui offrit de s aligner avec lui, et, sur son\\nrefus, le battit comme pl\u00c3\u00a2tre.\\nCet \u00c3\u00aatre malfaisant, ce porteur de messages de\\nhaine n avait, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, que ce qu il m\u00c3\u00a9ritait mais le\\nbruit de la g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse indignation de Ca\u00c3\u00afus vint aux\\noreilles de Regan et de son mari, et en d\u00c3\u00a9pit de son\\ntitre d envoy\u00c3\u00a9 du roi, qui l e\u00c3\u00bbt d\u00c3\u00bb rendre inviolable, le\\npauvre comte fut mis aux ceps.\\nLe premier spectacle qui frappa les regards de Lear,\\nson entr\u00c3\u00a9e au ch\u00c3\u00a2teau, fut donc celui de l humi-\\nliante posture impos\u00c3\u00a9e son fid\u00c3\u00a8le serviteur.\\nLe roi augura mal, d\u00c3\u00a8s ce moment, de la r\u00c3\u00a9ception\\nqui l attendait mais ce fut bien pis lorsqu il demanda\\no\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9taient sa fille et son gendre. Ou lui r\u00c3\u00a9pondit\\nqu ayant voyag\u00c3\u00a9 toute la nuit pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dente, ils ne pou-\\nvaient le recevoir. Puis, comme il insistait imp\u00c3\u00a9rieuse-\\nment et sur un ton de col\u00c3\u00a8re, Eegan et le duc de Corn-\\nwall vinrent sa rencontre. Mais quelle ne fut pas sa\\nsurprise en les voyant accompagn\u00c3\u00a9s de l odieuse Gone-\\nrill, venue en personne pour conter ses griefs et exciter\\nsa s\u00c5\u0093ur contre le roi son p\u00c3\u00a8re\\nLe vieillard, d autant plus indign\u00c3\u00a9 que Regan tenait\\namicalement sa s\u00c5\u0093ur par la main, demanda Gonerill\\ncomment elle pouvait sans rougir de honte affronter\\nla vue de ses cheveux blancs\\nRetournez chez Gonerill, conseilla Regan, et\\nvivez en paix avec elle. Licenciez la moiti\u00c3\u00a9 de vos", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0156.jp2"}, "157": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 135\\nchevaliers, et demandez-lui pardon. Vous \u00c3\u00aates vieux et\\ndevez \u00c3\u00aatre prudent. L heure est venue pour vous d \u00c3\u00aatre\\ndirig\u00c3\u00a9 et gouvern\u00c3\u00a9 par des gens plus sages que vous ne\\nl \u00c3\u00aates.\\nComment s \u00c3\u00a9cria Lear, j irais me jeter genoux\\net mendier de ma propre tille v\u00c3\u00aatements et nourriture\\nMais ce serait le comble du ridicule Une pareille\\nsoumission serait contre nature. Jamais je ne remet-\\ntrai le pied chez elle, et je suis bien r\u00c3\u00a9solu m \u00c3\u00a9tablir\\nici, moi et mes cent chevaliers. Tu n as pu oublier,\\nma Eegan que je t ai donn\u00c3\u00a9 la moiti\u00c3\u00a9 de ma cou-\\nronne, et tes yeux bons et doux n ont pas le dur \u00c3\u00a9clat\\nde ceux de Gonerill. Non plut\u00c3\u00b4t que de reprendre\\nle chemin de sa demeure avec ma suite diminu\u00c3\u00a9e de\\nmoiti\u00c3\u00a9, je partirais pour la France et j y demanderais\\nune pension de prol\u00c3\u00a9taire au roi qui a \u00c3\u00a9pous\u00c3\u00a9 ma Oor-\\nd\u00c3\u00a9lia sans l ombre d une dot\\nH\u00c3\u00a9las il se trompait en esp\u00c3\u00a9rant \u00c3\u00aatre mieux trait\u00c3\u00a9\\npar Eegan qu il ne l avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 par Gonerill.\\nIl semblait, au contraire, que sa seconde fille voul\u00c3\u00bbt\\nrench\u00c3\u00a9rir sur l indigne conduite de sa s\u00c5\u0093ur, car elle\\nd\u00c3\u00a9clara que cinquante chevaliers \u00c3\u00a9taient, son avis,\\nbeaucoup trop vingt-cinq devaient amplement suffire.\\nLe c\u00c5\u0093ur presque bris\u00c3\u00a9, Lear consentit alors retour-\\nner chez Gonerill\\nTes cinquante doublent les vingt- cinq de Eegan, dit\\nil ton affection pour moi vaut donc deux fois la sienne.\\nVous vous m\u00c3\u00a9prenez, repartit Gonerill. Je ne,\\nvois m\u00c3\u00aame pas la n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9 de vingt-cinq chevaliers,\\nni de dix, ni de cinq, quand mes propres gens ou ceux\\nde ma s\u00c5\u0093ur sont votre service.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0157.jp2"}, "158": {"fulltext": "136 LE ROT LEAR.\\nAinsi c \u00c3\u00a9tait qui, de ces deux s\u00c5\u0093urs d\u00c3\u00a9natur\u00c3\u00a9es,\\nse montrerait plus cruelle envers son vieux p\u00c3\u00a8re, au-\\ntrefois si bon pour elles. Elles lui retiraient un\\nun les quelques gardes-du-corps dont la pr\u00c3\u00a9sence in-\\ndiquait encore qu il avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 roi, et le roi d un grand\\nroyaume\\nNon pas qu il soit essentiel, pour \u00c3\u00aatre heureux,\\nd avoir une suite pompeuse mais il est dur de ressem-\\nbler un mendiant lorsqu on a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 roi et de se voir\\nsans l ombre d un cort\u00c3\u00a8ge quand on a command\u00c3\u00a9 des\\nmillions d hommes.\\nEt puis, c \u00c3\u00a9tait moins la suppression de son escorte\\net les inconv\u00c3\u00a9nients qui s ensuivraient pour lui, que\\nl ingratitude de ses filles, qui per\u00c3\u00a7aient le c\u00c5\u0093ur du\\npauvre vieux roi au point d \u00c3\u00a9branler sa raison.\\nD\u00c3\u00a9sabus\u00c3\u00a9 par ce double mauvais traitement, furieux\\nde s \u00c3\u00aatre si follement d\u00c3\u00a9poss\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9 de son royaume, il\\njurait, sans trop savoir ce qu il disait, de tirer ven-\\ngeance de ces abominables m\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8res et d en faire des\\nexemples qui frapperaient de terreur l univers tout\\nentier.\\nMenaces vaines, que son bras d\u00c3\u00a9sarm\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a9tait d\u00c3\u00a9sormais\\nimpuissant ex\u00c3\u00a9cuter La nuit vint pendant qu il\\nles prof\u00c3\u00a9rait, et, avec elle, une \u00c3\u00a9pouvantable temp\u00c3\u00aate.\\nLe tonnerre grondait les \u00c3\u00a9clairs sillonnaient les nues\\net la pluie tombait torrents mais rien n \u00c3\u00a9branla la\\nr\u00c3\u00a9solution de ses filles de refuser un asile sa suite.\\nAlors, il demanda ses chevaux et, plut\u00c3\u00b4t que de vivre\\nsous le m\u00c3\u00aame toit que ces ingrates enfants, il pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9ra\\ns exposer la fureur des \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ments d\u00c3\u00a9cha\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9s.\\nLes gens ent\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9s, dirent ces deux filles, ne doivent", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0158.jp2"}, "159": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 137\\ns en prendre qu eux-m\u00c3\u00aames des malheurs qui les\\naccablent justement.\\nEt, l\u00c3\u00a0-dessus, elle le laiss\u00c3\u00a8rent aller, et referm\u00c3\u00a8rent\\nsur lui leurs portes\\nLe vent soufflait avec f urie pluie et temp\u00c3\u00aate re-\\ndoublaient d intensit\u00c3\u00a9 mais le vieillard s en alla brave-\\nment, moins \u00c3\u00a9mu de ces convulsions de la nature que\\nde la rude indiff\u00c3\u00a9rence de ses filles.\\nPendant de longues lieues, c est peine s il rencon-\\ntra un buisson et il marchait toujours, d\u00c3\u00a9fiant les\\nvents et le tonnerre, travers de vastes plaines en friche,\\nexpos\u00c3\u00a9es, par cette horrible nuit, toutes les rages de\\nla temp\u00c3\u00aate.\\nEt, dans son d\u00c3\u00a9sespoir, il commandait aux vents\\nd emporter la terre au fond de l Oc\u00c3\u00a9an ou de la sub-\\nmerger sous l amoncellement de ses vagues, pour qu il\\nne rest\u00c3\u00a2t plus trace d un animal aussi ingrat que\\nl homme.\\nA ce moment, Lear n avait d autre ami que son\\nbouffon, qui le suivait en d\u00c3\u00a9pit de tous ses malheurs.\\nM\u00c3\u00aame le pauvre fou semblait vouloir terrasser l infor-\\ntun\u00c3\u00a9 coups de bons mots et de joyeuses railleries\\nPi\u00c3\u00a8tre nuit, disait-il, pour y tailler sa coupe\\nVotre Majest\u00c3\u00a9 ne ferait pas trop mal, ma foi, de re-\\ntourner chez sa fille et de lui demander sa b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9diction\\nMais moi, qui n ai pour tout potage\\nQu un petit brin d esprit Ouf quell pluie et quel vent\\nIl faut bien me montrer content,\\nM\u00c3\u00aame si chaque jour est un long jour d orage.\\nPar ma bosse! ajoutait-il, voil\u00c3\u00a0 tout de m\u00c3\u00aame une\\nfi\u00c3\u00a8re nuit pour rafra\u00c3\u00aechir un orgueil de femme", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0159.jp2"}, "160": {"fulltext": "138 LE ROI LEAR.\\nC est dans cette singuli\u00c3\u00a8re soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 que le brave et\\nfid\u00c3\u00a8le comte de Kent, toujours transform\u00c3\u00a9 en Ca\u00c3\u00afus,\\ntrouva celui qui jadis avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 un grand monarque\\nH\u00c3\u00a9las! sire, lui dit-il, est-ce vous que je vois en\\nces lieux Les \u00c3\u00aatres m\u00c3\u00aame qui aiment la nuit,\\nn aiment pas des nuits comme celle-ci. Devant ce\\nformidable orage, les animaux se sont .enfuis et cach\u00c3\u00a9s\\ndans leurs tani\u00c3\u00a8res. L homme, par nature, a horreur\\nde ce qui l afflige et l \u00c3\u00a9pouvante.\\nMais le roi, qui ignorait toujours le d\u00c3\u00a9vouement du\\ncomte, le remit vertement sa place\\nOn ne ressent pas les petites douleurs, dit-il, au\\nsi\u00c3\u00a8ge d une grande maladie. Quand l esprit est l aise,\\nle corps peut \u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9licat loisir mais la temp\u00c3\u00aate qui\\ngronde sous mon cr\u00c3\u00a2ne paralyse tous mes sens et ne\\nme laisse de sensibilit\u00c3\u00a9 qu au c\u00c5\u0093ur.\\nEt il se mit discourir sur l ingratitude\\nC est absolument, disait-il, comme si la bouche\\nd\u00c3\u00a9chirait belles dents la main qui lui porte la nourri-\\nture car pour les enfants, les parents sont tout la\\nnourriture, comme les mains qui la suppl\u00c3\u00a9ent.\\nL excellent Ca\u00c3\u00afus n en persista pas moins l ex-\\nhorter ne pas demeurer expos\u00c3\u00a9 l orage.\\nLear consentit enfin se r\u00c3\u00a9fugier dans une mis\u00c3\u00a9rable\\ncabane, perdue au milieu des bruy\u00c3\u00a8res.\\nCe fut le fou qui y entra le premier, mais pour en\\nsortir soudain toutes jambes, suant la peur et\\ncriant qu il avait vu un esprit. V\u00c3\u00a9rification faite, l es-\\nprit se trouva \u00c3\u00aatre un pauvre mendiant de Bedlam,\\nqui s \u00c3\u00a9tait gliss\u00c3\u00a9 l\u00c3\u00a0 pour y chercher un abri et avait\\nhorrifi\u00c3\u00a9 le bouffon en lui parlant de diables.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0160.jp2"}, "161": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 139\\nC \u00c3\u00a9tait un de ces malheureux lunatiques, r\u00c3\u00a9ellement\\nali\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9s, ou feignant de l \u00c3\u00aatre pour mieux extorquer la\\ncharit\u00c3\u00a9 au campagnard compatissant un de ces tra\u00c3\u00ae-\\nnards de villages qui s intitulent pauvre Tom, ou\\npauvre p\u00c3\u00a8re Ug\u00c3\u00a8ne, s en vont soupirant: N y\\na-t-il rien pour le pauvre Tom montrent d un air\\npiteux leurs bras qu ils ont eux-m\u00c3\u00aames mis en sang\\nl aide d \u00c3\u00a9pingles, de clous ou d aiguillons de romarin,\\net force de mutilations, de pri\u00c3\u00a8res ou d impr\u00c3\u00a9cations\\nde fous furieux, arrachent quelque aum\u00c3\u00b4ne l igno-\\nrance du paysan, \u00c3\u00a9mu ou terrifi\u00c3\u00a9.\\nA la vue de ce pauvre diable, si destitu\u00c3\u00a9 de tout,\\nqu il avait peine autour des reins de quoi couvrir sa\\nnudit\u00c3\u00a9, Lear d\u00c3\u00a9clara qu il devait \u00c3\u00aatre quelque malheu-\\nreux p\u00c3\u00a8re que sa folle tendresse pour ses filles avait\\nr\u00c3\u00a9duit cette extr\u00c3\u00a9mit\u00c3\u00a9. Il n y avait, croyait-il, que\\ndes filles sans entrailles qui pussent faire d un homme\\nune pareille ruine.\\nEn l entendant divaguer ainsi, le bon Ca\u00c3\u00afus comprit\\nqu il perdait l esprit et que les mauvais traitements de\\nses filles le, conduisaient r\u00c3\u00a9ellement la folie. C est\\nalors que la loyaut\u00c3\u00a9 du noble comte s affirma par des\\nservices autrement importants que ceux qu il lui avait\\n\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 donn\u00c3\u00a9 jusqu alors de rendre son roi.\\nD\u00c3\u00a8s le point du jour, avec l aide de quelques cheva-\\nliers demeur\u00c3\u00a9s fid\u00c3\u00a8les, il conduisit son bien-aim\u00c3\u00a9 ma\u00c3\u00aetre\\nau ch\u00c3\u00a2teau de Douvres, qu il poss\u00c3\u00a9dait comme comte\\nde Kent et ou le grand nombre de ses amis lui assurait\\nune influence indiscut\u00c3\u00a9e.\\nDe l\u00c3\u00a0, il s embarqua pour la France, se rendit en\\ntoute h\u00c3\u00a2te la cour de Cord\u00c3\u00a9lia et lui exposa en termes", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0161.jp2"}, "162": {"fulltext": "140 LE ROI LEAR.\\nsi touchants, et sous de si vives couleurs, les malheurs\\nde son auguste p\u00c3\u00a8re et l inhumanit\u00c3\u00a9 de ses s\u00c5\u0093urs, que,\\nles yeux pleins de larmes, cette fille vraiment tendre\\net bonne supplia le roi son \u00c3\u00a9poux de lui permettre de\\ns embarquer pour l Angleterre avec une force suffisante\\npour ch\u00c3\u00a2tier ses s\u00c5\u0093urs et leurs maris et rendre son\\ntr\u00c3\u00b4ne au roi son p\u00c3\u00a8re.\\nCette requ\u00c3\u00aate lui fut aussit\u00c3\u00b4t accord\u00c3\u00a9e et bient\u00c3\u00b4t\\nelle d\u00c3\u00a9barqua Douvres avec les troupes du roi de\\nFrance.\\nPendant ce temps, Lear avait, on ne sait comme,\\n\u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9 la surveillance des gardiens auxquels l avait\\nconfi\u00c3\u00a9 le comte de Kent. Des gens de la suite de\\nCord\u00c3\u00a9lia le trouv\u00c3\u00a8rent errant, aux environs de Dou-\\nvres, dans la plus pitoyable condition. Bien fou, cette\\nfois, il remplissait l air de ses chansons, portant sur sa\\nt\u00c3\u00aate une couronne qu il s \u00c3\u00a9tait faite avec des brins de\\npaille, des orties et autres herbes sauvages qu il avait\\narrach\u00c3\u00a9es aux champs de bl\u00c3\u00a9.\\nCord\u00c3\u00a9lia br\u00c3\u00bblait du d\u00c3\u00a9sir de revoir son p\u00c3\u00a8re mais,\\nsur l avis des m\u00c3\u00a9decins, elle consentit, regret, at-\\ntendre que le sommeil et quelques potions v\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9tales\\neussent r\u00c3\u00a9tabli quelque peu l \u00c3\u00a9quilibre dans ce pauvre\\ncerveau d\u00c3\u00a9traqu\u00c3\u00a9.\\nGr\u00c3\u00a2ce aux habiles praticiens, qui la noble fille\\npromit tout son or et tous ses joyaux s ils sauvaient le\\nvieux roi, Lear fut bient\u00c3\u00b4t en \u00c3\u00a9tat de para\u00c3\u00aetre devant\\nson enfant.\\nCe fut une \u00c3\u00a9mouvante rencontre. Quand le pauvre\\nmonarque put contempler nouveau les traits de sa\\nfille favorite, il se sentit inond\u00c3\u00a9 de joie, mais en m\u00c3\u00aame", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0162.jp2"}, "163": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 141\\ntemps tout honteux des filiales caresses que lui prodi-\\nguait celle qu il avait si durement rejet\u00c3\u00a9e, dans sa folle\\ncol\u00c3\u00a8re, pour une faute sans gravit\u00c3\u00a9.\\nSi violente \u00c3\u00a9tait la lutte de ces deux sentiments dans\\nce cerveau encore moiti\u00c3\u00a9 bris\u00c3\u00a9 par la folie, qu il se\\nrappelait peine, par moments, qui il \u00c3\u00a9tait ou qui lui\\nparlait et l embrassait si tendrement.\\nOh criait-il alors aux t\u00c3\u00a9moins de cette sc\u00c3\u00a8ne\\ntouchante, par piti\u00c3\u00a9, ne riez pas de moi si je me\\ntrompe en prenant cette belle dame pour ma fille Cor-\\nd\u00c3\u00a9lia\\nEt il tombait genoux, suppliant son enfant de lui\\npardonner mais elle, la ch\u00c3\u00a8re \u00c3\u00a2me, \u00c3\u00a9tait ses pieds\\ndepuis longtemps, le priant de la b\u00c3\u00a9nir.\\nCe n est pas vous, lui disait-elle, de fl\u00c3\u00a9chir le\\ngenou c est moi, votre enfant, votre seule vraie\\nfille, votre fid\u00c3\u00a8le Oord\u00c3\u00a9lia\\nEt elle l embrassait avec effusion.\\nElle e\u00c3\u00bbt voulu, disait-elle, effacer par ses baisers\\ntout souvenir de l inhumanit\u00c3\u00a9 de ses s\u00c5\u0093urs. Les mal-\\nheureuses elles devraient rougir de honte d avoir jet\u00c3\u00a9\\ndehors leur vieux p\u00c3\u00a8re, au m\u00c3\u00a9pris de ses cheveux\\nblancs. Par une si terrible nuit, elle e\u00c3\u00bbt laiss\u00c3\u00a9 se\\nchauffer pr\u00c3\u00a8s de son foyer jusqu au chien de son\\nennemi, quand bien m\u00c3\u00aame, ajoutait-elle avec gr\u00c3\u00a2ce, ce\\nchien l e\u00c3\u00bbt mordue jusqu au sang Mais elle \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0\\nmaintenant, lui apportant de France l assistance de\\ntoute une arm\u00c3\u00a9e.\\nL\u00c3\u00a0-dessus, le roi lui ordonna d oublier et de par-\\ndonner\\nJ \u00c3\u00a9tais vieux et inconsid\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9, lui disait-il, et je ne", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0163.jp2"}, "164": {"fulltext": "142 LE ROI LEAR.\\nsavais pas ce que je faisais. Ce qui est certain, c est\\nque tu avais de graves raisons pour ne m aimer point;\\nmais tes s\u00c5\u0093urs n en avaient aucune.\\nNon,r\u00c3\u00a9pondit simplement Cord\u00c3\u00a9lia je n avais au-\\ncune raison de vour ha\u00c3\u00afr, et elles n en avaient pas da-\\nvantage.\\nMais laissons ce vieillard aux bons soins de cette fille\\naimante et d\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9e. Le sommeil et des rem\u00c3\u00a8des in-\\ntelligents eurent enfin raison du d\u00c3\u00a9sarroi o\u00c3\u00b9 l avait\\njet\u00c3\u00a9 la cruelle conduite de ses autres enfants et r\u00c3\u00a9ta-\\nblirent l harmonie dans ses facult\u00c3\u00a9s \u00c3\u00a9branl\u00c3\u00a9es.\\nQue faisaient, pendant ce temps, Eegan et Gone-\\nrill\\nDe pareils monstres d ingratitude, si perfides envers\\nleur p\u00c3\u00a8re, ne pouvaient qu \u00c3\u00aatre d infid\u00c3\u00a8les \u00c3\u00a9pouses.\\nElles se fatigu\u00c3\u00a8rent bient\u00c3\u00b4t de sauvegarder m\u00c3\u00aame les\\napparences et affich\u00c3\u00a8rent publiquement leurs illicites\\namours.\\nToutes deux s \u00c3\u00a9taient \u00c3\u00a9prises d Edmond, fils naturel\\ndu comte de Gloucester dont il avait tra\u00c3\u00aetreusement\\naccapar\u00c3\u00a9 l h\u00c3\u00a9ritage, apr\u00c3\u00a8s avoir r\u00c3\u00a9ussi faire d\u00c3\u00a9sh\u00c3\u00a9riter\\nle fils l\u00c3\u00a9gitime, son fr\u00c3\u00a8re Edgard. Devenu comte\\nla suite de sc\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9rates intrigues, cet homme sans\\nhonneur devait \u00c3\u00aatre compris et aim\u00c3\u00a9 d aussi viles\\ncr\u00c3\u00a9atures que Gonerill et Eegan.\\nAussi, le duc de Oornwall, mari de Eegan, \u00c3\u00a9tant\\nvenu mourir, celle-ci d\u00c3\u00a9clara aussit\u00c3\u00b4t son intention\\nd \u00c3\u00a9pouser ce comte de Gloucester. Alors Gonerill,\\nqui ce mis\u00c3\u00a9rable avait aussi maintes fois jur\u00c3\u00a9 un \u00c3\u00a9ter-\\nnel amour, trouva, dans sa fureur jalouse, le moyen\\nd empoisonner sa s\u00c5\u0093ur. Mais elle ne put le faire sans", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0164.jp2"}, "165": {"fulltext": "LE ROI LEAR. 143\\n\u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9couverte, et son mari, le duc d Albany, instruit\\nde sa coupable passion pour le comte Edmond, la fit\\njeter dans une prison ou. elle mit fin ses jours, dans\\nun acc\u00c3\u00a8s de rage et d amour d\u00c3\u00a9\u00c3\u00a7u.\\nLa justice de Dieu avait eu enfin raison de ces deux\\nfilles sans c\u00c5\u0093ur.\\nMais les voies de la Providence sont myst\u00c3\u00a9rieuses et\\nil n est que trop vrai que l innocence et le d\u00c3\u00a9vo\u00c3\u00bbment\\nne r\u00c3\u00a9ussissent pas toujours sur cette terre.\\nAu moment o\u00c3\u00b9 il applaudissait la fin tragique\\net m\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9e de ces deux femmes, le monde fut frapp\u00c3\u00a9\\nd \u00c3\u00a9tonnement la nouvelle des m\u00c3\u00a9lancoliques desti-\\nn\u00c3\u00a9es de la jeune et vertueuse Lady Cord\u00c3\u00a9lia, dont\\nla touchante histoire semblait digne d un tout autre\\nd\u00c3\u00a9no\u00c3\u00bbment.\\nCe furent en effet les forces de G-onerill et Eegan,\\ncommand\u00c3\u00a9es pas le m\u00c3\u00a9chant comte de Gloucester, qui\\nl emport\u00c3\u00a8rent, et, comme celui-ci ne pouvait souffrir\\nqui que ce f\u00c3\u00bbt entre le tr\u00c3\u00b4ne et lui, il fit p\u00c3\u00a9rir en prison\\nla noble Cord\u00c3\u00a9lia.\\nAinsi le ciel prit pour lui-m\u00c3\u00aame, et dans la fleur de\\nsa jeunesse, cette admirable et innocente femme, apr\u00c3\u00a8s\\nl avoir donn\u00c3\u00a9e au monde comme un \u00c3\u00a9clatant exemple\\nde pi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 filiale.\\nLear ne surv\u00c3\u00a9cut pas longtemps sa bien-aim\u00c3\u00a9e\\nfille.\\nUn peu avant sa mort, le brave comte de Kent, qui\\nl avait suivi pas pas depuis les premi\u00c3\u00a8res insultes de\\nses filles jusqu cette triste p\u00c3\u00a9riode de sa d\u00c3\u00a9cr\u00c3\u00a9pi-\\ntude, tenta vainement de lui faire comprendre qu il\\nn \u00c3\u00a9tait pas un serviteur vulgaire. La pauvre cervelle", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0165.jp2"}, "166": {"fulltext": "144 LE ROI LEAR.\\ndu moribond, us\u00c3\u00a9e par les soucis, ne pouvait saisir\\nalors comment Kent et Ca\u00c3\u00afus n \u00c3\u00a9taient qu une seule\\net m\u00c3\u00aame personne. Le comte jugea inutile de trou-\\nbler ses derniers moments par des explications intem-\\npestives.\\nLear mourut donc sans avoir connu le d\u00c3\u00a9vo\u00c3\u00bbment\\nde ce loyal sujet qui, lui-m\u00c3\u00aame, ne r\u00c3\u00a9sista plus long-\\ntemps aux atteintes de l \u00c3\u00a2ge et au chagrin que lui\\navaient caus\u00c3\u00a9 les malheurs de son roi.\\nNous n avons voulu raconter ici que les aventures\\nde Lear et de ses filles.\\nNous n avons donc pas nous occuper de la ven-\\ngeance que la justice c\u00c3\u00a9leste tira du mis\u00c3\u00a9rable comte\\nde Gloucester.\\nDisons cependant que ses trahisons furent d\u00c3\u00a9cou-\\nvertes et qu il fut tu\u00c3\u00a9 en combat singulier par son\\nfr\u00c3\u00a8re, l h\u00c3\u00a9ritier l\u00c3\u00a9gitime.\\nQuant au duc d Albany, mari de G-onerill, qui n \u00c3\u00a9tait\\npour rien dans la mort de Cord\u00c3\u00a9lia et n avait jamais\\nencourag\u00c3\u00a9 les mauvais proc\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9s de sa femme envers le\\nroi Lear, il succ\u00c3\u00a9da celui-ci et r\u00c3\u00a9gna sur la Grande-\\nBretagne toute enti\u00c3\u00a8re.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0166.jp2"}, "167": {"fulltext": "HAMLET.\\nGertrude, reine de Danemark, devenue veuve par la\\nmort soudaine du roi Hamlet, avait peine attendu\\ndeux mois pour convoler en secondes noces avec le\\nprince Claudius, fr\u00c3\u00a8re du d\u00c3\u00a9funt monarque.\\nUne telle pr\u00c3\u00a9cipitation, chez une reine, choquait\\ntoutes les convenances.\\nLes uns cri\u00c3\u00a8rent l ind\u00c3\u00a9licatesse d autres, au\\nmanque de c\u00c5\u0093ur. Il ne manqua pas de langues ind\u00c3\u00a9-\\npendantes qui all\u00c3\u00a8rent plus loin.\\nCe Olaudius ne ressemblait en rien au mari si cava-\\nli\u00c3\u00a8rement remplac\u00c3\u00a9. Il \u00c3\u00a9tait aussi laid que le feu roi\\n\u00c3\u00a9tait beau, aussi vil, aussi m\u00c3\u00a9prisable que celui-ci \u00c3\u00a9tait\\ndigne de respect et d amour.\\nOn ne se g\u00c3\u00aana donc pas pour dire qu il s \u00c3\u00a9tait\\nadroitement d\u00c3\u00a9barrass\u00c3\u00a9 de son fr\u00c3\u00a8re, dans le but d ac-\\ncaparer, pour lui-m\u00c3\u00aame et pour sa lign\u00c3\u00a9e, le tr\u00c3\u00b4ne qui,\\nl\u00c3\u00a9gitimement, revenait au fils d Hamlet.\\nC est surtout sur ce jeune prince que l inexcusable\\naction de la reine G-ertrude fit une impression pro-\\nfonde.\\nLa m\u00c3\u00a9moire de son p\u00c3\u00a8re lui \u00c3\u00a9tait sacr\u00c3\u00a9e, et il la r\u00c3\u00a9-\\nv\u00c3\u00a9rait avec une sorte d idol\u00c3\u00a2trie. Tr\u00c3\u00a8s sensible lui-\\nm\u00c3\u00aame tout ce qui touchait l honneur, scrupuleux\\njusqu l exc\u00c3\u00a8s l endroit de l \u00c3\u00a9tiquette, des traditions\\net des exigences sociales, il \u00c3\u00a9prouva de la scandaleuse\\nconduite de sa m\u00c3\u00a8re un chagrin fort diff\u00c3\u00a9rent de celui", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0167.jp2"}, "168": {"fulltext": "146 HAMLET.\\nque lui causait la morfc pr\u00c3\u00a9matur\u00c3\u00a9e du roi sou p\u00c3\u00a8re,\\nmais tout aussi vif, tout aussi cuisant et ces deux\\ndouleurs r\u00c3\u00a9unies engendr\u00c3\u00a8rent en lui une sombre et\\nincurable m\u00c3\u00a9lancolie.\\nToute sa ga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9, toute la fra\u00c3\u00aecheur de sa jeunesse se\\nvoil\u00c3\u00a8rent comme d un nuage. Ses livres, nagu\u00c3\u00a8re sa\\npassion, perdirent pour lui tout attrait. Les exercices\\nchers son \u00c3\u00a2ge et command\u00c3\u00a9s son rang lui devinrent\\ncharge. Le monde lui apparut bient\u00c3\u00b4t comme un\\njardin o\u00c3\u00b9 les fleurs avaient \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a9touff\u00c3\u00a9es sous des herbes\\nparasites et sans charmes.\\nEt ce n \u00c3\u00a9tait pas la pens\u00c3\u00a9e qu il pourrait bien, un\\njour, \u00c3\u00aatre d\u00c3\u00a9poss\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9 du tr\u00c3\u00b4ne, qui l obs\u00c3\u00a9dait ainsi.\\nSans doute, pour une \u00c3\u00a2me aussi h\u00c3\u00a8re que l \u00c3\u00a9tait la\\nsienne, il \u00c3\u00a9tait dur de se voir la victime d une pareille\\nindignit\u00c3\u00a9 mais que sa m\u00c3\u00a8re e\u00c3\u00bbt si brusquement mis\\nde c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9 le souvenir de son premier \u00c3\u00a9poux, voil\u00c3\u00a0 ce qu il\\nne pouvait comprendre\\nElle qui semblait ne vivre que pour le feu roi, et\\ns attacher ce monarque incomparable comme le\\nlierre au ch\u00c3\u00aane majestueux des for\u00c3\u00aats, donner, moins\\nde deux mois apr\u00c3\u00a8s les fun\u00c3\u00a9railles,, son c\u00c5\u0093ur et sa main\\nau fr\u00c3\u00a8re de ce m\u00c3\u00aame \u00c3\u00a9poux, c \u00c3\u00a9tait n y pas croire\\nD autant mieux, qu en soi, ce mariage \u00c3\u00a9tait de la plus\\nhaute inconvenance, et m\u00c3\u00aame contraire la loi, vu le\\ndegr\u00c3\u00a9 de parent\u00c3\u00a9 et le caract\u00c3\u00a8re de l homme qu elle\\navait appel\u00c3\u00a9 partager son tr\u00c3\u00b4ne et sa couche royale.\\nHamlet se sentait \u00c3\u00a9cras\u00c3\u00a9 par tant de perfidie plus\\nque par la perte de dix tr\u00c3\u00b4nes.\\nGertrude et le nouveau roi n \u00c3\u00a9pargnaient cependant\\nrien pour le distraire. Mais il persistait ne venir", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0168.jp2"}, "169": {"fulltext": "EAMLET. 147\\nla cour que rev\u00c3\u00aatu de ses habits de deuil. Jamais il\\nne s en \u00c3\u00a9tait s\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9 pas m\u00c3\u00aame pour faire honneur\\naux f\u00c3\u00aates du second mariage de sa m\u00c3\u00a8re. Pour lui,\\nces r\u00c3\u00a9jouissances avaient eu tout le caract\u00c3\u00a8re d un\\nsacril\u00c3\u00a8ge, et Ton n avait pu le d\u00c3\u00a9cider y assister.\\nCe qui le troublait par-dessus tout, c \u00c3\u00a9tait le myst\u00c3\u00a8re\\nqui entourait la mort soudaine de son p\u00c3\u00a8re v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9.\\nOlaudius avait fait entendre qu elle avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 caus\u00c3\u00a9e\\npar la piq\u00c3\u00bbre d un serpent. Mais le jeune Hamlet\\nsoup\u00c3\u00a7onnait son oncle d \u00c3\u00aatre lui-m\u00c3\u00aame le venimeux\\nreptile, debout aujourd hui sur les marches du tr\u00c3\u00b4ne.\\nDe l\u00c3\u00a0, ses doutes affreux qui le harassaient jusqu\\nla folie.\\nQue devait-il penser de sa m\u00c3\u00a8re\\nJusqu o\u00c3\u00b9 s \u00c3\u00a9levait sa complicit\u00c3\u00a9 dans cette inf\u00c3\u00a2me\\ndisparition du roi l\u00c3\u00a9gitime Y avait-elle simplement\\nconsenti Ou, sachant qu il devait s accomplir avait-\\nelle, oui ou non, aid\u00c3\u00a9 de ses mains royales, la perp\u00c3\u00a9-\\ntration de cet abominable crime\\nDepuis quelques jours, le prince entendait dire que\\nles officiers et soldats pr\u00c3\u00a9pos\u00c3\u00a9s, la nuit, la garde du\\nch\u00c3\u00a2teau, voyaient, sur la plateforme, appara\u00c3\u00aetre un\\nspectre ressemblant au monarque d\u00c3\u00a9funt et constam-\\nment rev\u00c3\u00aatu, de pied en cap, de la m\u00c3\u00aame armure que\\ncelui-ci aimait porter de son vivant.\\n\u00c3\u00af\u00c3\u00aforatio, l ami de c\u00c5\u0093ur du jeune prince, \u00c3\u00a9tait de\\nceux qui avaient \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 t\u00c3\u00a9moins de ce fait singulier.\\nD accord avec ses camarades, il affirmait que le fan-\\nt\u00c3\u00b4me se montrait d\u00c3\u00a8s que douze heures sonnaient au\\nbeffroi du palais. P\u00c3\u00a2le, la face plus attrist\u00c3\u00a9e que\\ncol\u00c3\u00a8re, le spectre ne r\u00c3\u00a9pondait aucune des questions", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0169.jp2"}, "170": {"fulltext": "148 HAMLET.\\nque lui adressaient les gardes tremblants. Une fois,\\ncependant, il avait reley\u00c3\u00a9 la t\u00c3\u00aate, et sa belle barbe\\nnoire, sem\u00c3\u00a9e de fils d argent, comme le sable d un bla-\\nson, avait remu\u00c3\u00a9 comme s il e\u00c3\u00bbt fait effort pour parler.\\nMais, tout coup, un coq avait entonn\u00c3\u00a9 son chant\\nmatinal, et l \u00c3\u00a9trange apparition s \u00c3\u00a9tait \u00c3\u00a9vanouie.\\nDe tous ces t\u00c3\u00a9moignages, \u00c3\u00af\u00c3\u00afamlet conclut que le fan-\\nt\u00c3\u00b4me avait faire quelque communication et ne la\\nferait qu lui seul.\\nIl r\u00c3\u00a9solut donc de faire partie lui-m\u00c3\u00aame de la garde\\nde nuit et la rejoignit, par un froid tr\u00c3\u00a8s vif, avec\\nHoratio et le soldat Marcellus.\\nSoudain, comme ils s entretenaient de la temp\u00c3\u00a9ra-\\nture qui les gelait jusqu aux moelles, Horatio montra\\ndu doigt une majestueuse forme blanche qui s avan\u00c3\u00a7ait\\nsur la terrasse du palais.\\nMuet de surprise et de terreur, Hamlet n en put\\nd abord croire ses yeux.\\nMais rappelant bient\u00c3\u00b4t tout son courage, et recon-\\nnaissant son p\u00c3\u00a8re qui le regardait avec une navrante\\ntendresse, il s \u00c3\u00a9cria\\nEoi, Hamlet pourquoi avez- vous quitt\u00c3\u00a9 votre\\ntombe, o\u00c3\u00b9 nous vous avions si tendrement couch\u00c3\u00a9\\nPourquoi visitez-vous nouveau, la clart\u00c3\u00a9 de cette\\nlune blafarde, la terre o\u00c3\u00b9 vous avez r\u00c3\u00a9gn\u00c3\u00a9 P\u00c3\u00a8re bien-\\naim\u00c3\u00a9, y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour\\nque votre \u00c3\u00a2me jouisse de l \u00c3\u00a9ternelle paix\\nLentement, le spectre fit signe son interlocuteur\\nde le suivre dans quelque endroit solitaire o\u00c3\u00b9 il pour-\\nrait l entretenir en secret.\\nPrenez garde, prince intervinrent Horatio et Mar-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0170.jp2"}, "171": {"fulltext": "HAMLET. 149\\ncellus. C est peut-\u00c3\u00aatre un m\u00c3\u00a9chant esprit Peut-\\n\u00c3\u00aatre va-t-il tous attirer vers la mer, ou sur le sommet\\nde quelque affreux rocher, et l\u00c3\u00a0, rev\u00c3\u00aatir quelque horrible\\nforme pour vous priver de votre raison\\nMais le jeune homme tenait trop peu la vie pour\\nse laisser \u00c3\u00a9branler par leurs supplications. Quant\\nson \u00c3\u00a2me, immortelle comme celle qui \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0 devant\\neux, qu avait- elle redouter\\nEt, se sentant au c\u00c5\u0093ur une vaillance surhumaine, il\\ns arracha aux \u00c3\u00a9treintes de ses compagnons et suivit le\\nfant\u00c3\u00b4me.\\nAlors, quand ils furent bien seuls, celui-ci rompit le\\nsilence\\nJe suis, dit-il, le spectre de ton p\u00c3\u00a8re, cruellement\\nmis mort par Olaudius, ton oncle, jaloux de ma\\ncouronne et qui aspirait ma couche royale. Pendant\\nque, selon ma coutume, je dormais, une apr\u00c3\u00a8s-midi,\\ndans mon jardin priv\u00c3\u00a9, il s est tra\u00c3\u00aetreusement gliss\u00c3\u00a9\\njusqu moi et m a vers\u00c3\u00a9 dans les oreilles le jus de la\\nv\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9neuse jusquiame, l un des v\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9taux les plus re-\\ndoutables pour l homme. Eapide comme la foudre,\\nle poison a envahi mes veines, me br\u00c3\u00bblant le sang et\\nr\u00c3\u00a9pandant sur ma peau les plaques hideuses de la l\u00c3\u00a8pre.\\nLa main m\u00c3\u00aame de mon fr\u00c3\u00a8re me ravit ainsi, pendant\\nmon sommeil, ma couronne, ma reine, ma vie Si ja-\\nmais tu m as aim\u00c3\u00a9, Hamlet, venge ma mort Yenge\\nl affront que me fait ta m\u00c3\u00a8re en \u00c3\u00a9pousant mon meur-\\ntrier mais ne me venge pas sur elle. Laisse-la la\\nmerci de ses remords, et remettons-nous au ciel du\\nsoin de la punir\\nJe vous ob\u00c3\u00a9irai, mon p\u00c3\u00a8re promit Hamlet.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0171.jp2"}, "172": {"fulltext": "150 HAMLET.\\nEt le fant\u00c3\u00b4me disparut.\\nEest\u00c3\u00a9 seul, Hamlet se jura solennellement de tout\\noublier d\u00c3\u00a9sormais et de ne conserver d autre souvenir\\nque celui des ordres qu il venait de recevoir.\\n\u00c3\u00af\u00c3\u00aforatio fut l unique confident de la conversation\\nque nous venons de rapporter. A lui, comme Mar-\\ncellus, Hamlet enjoignit le secret le plus absolu sur ce\\nqu ils avaient vu pendant cette m\u00c3\u00a9morable nuit.\\nTant d \u00c3\u00a9motions, s ajoutant coup sur coup ses\\nchagrins et ses insomnies, conduisirent rapidement\\nle jeune prince aux confins de la folie. Un instant, il\\ncrut que r\u00c3\u00a9ellement sa raison allait lui \u00c3\u00a9chapper.\\nIl n en fut rien cependant.\\nMais craignant de devenir pour son oncle un objet\\nde soup\u00c3\u00a7ons et de le mettre ainsi sur ses gardes, il r\u00c3\u00a9-\\nsolut d agir ostensiblement comme s il avait, en effet,\\nperdu l esprit. Il esp\u00c3\u00a9rait que Olaudius en arriverait\\nle croire incapable d aucun projet s\u00c3\u00a9rieux et finirait\\npar ne plus rien redouter de ce qu il prendrait pour\\nune inoffensive d\u00c3\u00a9mence.\\nEt il contrefit si bien l insens\u00c3\u00a9, dans son langage\\ncomme dans sa mise et dans sa conduite, que Claudius\\net Gertrude s y tromp\u00c3\u00a8rent tous deux. Mais, comme\\nils ignoraient l apparition du spectre, ils s imagin\u00c3\u00a8rent\\nque l amour, et non le chagrin, avait troubl\u00c3\u00a9 la cer-\\nvelle d Hamlet. Bien plus, ils crurent avoir trouv\u00c3\u00a9\\nl objet de sa passion dans Oph\u00c3\u00a9lia, fille de Polonius,\\nle plus \u00c3\u00a9minent des conseillers du palais.\\nAvant ses premiers acc\u00c3\u00a8s de m\u00c3\u00a9lancolie, le prince\\navait, en effet, t\u00c3\u00a9moign\u00c3\u00a9 pour cette belle jeune fille\\nune admiration qui tenait de l enthousiasme. Il lui", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0172.jp2"}, "173": {"fulltext": "HAMLET. 151\\n\u00c3\u00a9crivait souvent et lui envoyait des pr\u00c3\u00a9sents magni-\\nfiques. Oph\u00c3\u00a9lia n \u00c3\u00a9tait pas rest\u00c3\u00a9e insensible d aussi\\nhonorables assiduit\u00c3\u00a9s mais, depuis le meurtre de son\\np\u00c3\u00a8re, Hamlet l avait n\u00c3\u00a9glig\u00c3\u00a9e. Ce fut bien pis lors-\\nqu il se fut d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 contrefaire la folie. Alors il af-\\nfecta de la traiter avec rudesse.\\nPauvre ami se disait la compatissante Oph\u00c3\u00a9lia.\\nC est la maladie, et non l inconstance, qui le fait en\\nagir ainsi avec moi. Sa belle \u00c3\u00a2me ressemble ces\\ncloches harmonieuses qui, bien dirig\u00c3\u00a9es, remplissent\\nles airs de d\u00c3\u00a9licieux refrains, mais d\u00c3\u00a9chirent les oreilles\\nde sons discordants, si on les balance maladroitement\\net sans mesure\\nTout absorb\u00c3\u00a9 qu il f\u00c3\u00bbt par ses projets de vengeance,\\nHamlet ne s aper\u00c3\u00a7ut pas moins de la douleur que cau-\\nsait Oph\u00c3\u00a9lia son apparente cruaut\u00c3\u00a9. Pour lui, qui\\nne r\u00c3\u00aavait plus qu aux moyens de faire dispara\u00c3\u00aetre de\\nla sc\u00c3\u00a8ne du monde l homme qui lui avait tu\u00c3\u00a9 son p\u00c3\u00a8re,\\nl amour et les d\u00c3\u00a9licates attentions envers l objet aim\u00c3\u00a9\\nparaissaient aujourd hui choses bien oiseuses. Mais il\\nne put r\u00c3\u00a9sister, un jour, au d\u00c3\u00a9sir de consoler quelque\\npeu la douce cr\u00c3\u00a9ature qu il adorait, et, dans un \u00c3\u00a9lan\\nde folle passion, il lui fit porter une lettre des plus ex-\\ntravagantes, telle, d ailleurs, que le lui permettait son\\n\u00c3\u00a9tat pr\u00c3\u00a9tendu d insanit\u00c3\u00a9, mais o\u00c3\u00b9 per\u00c3\u00a7ait, et l\u00c3\u00a0, la\\nprofonde tendresse dont d\u00c3\u00a9bordait son c\u00c5\u0093ur\\nCh\u00c3\u00a8re Oph\u00c3\u00a9lia, \u00c3\u00a9crivait-il, libre vous de croire que\\nles \u00c3\u00a9toiles ne rec\u00c3\u00a8lent ni chaleur ni lumi\u00c3\u00a8re, que le\\nsoleil reste immobile dans l oc\u00c3\u00a9an des cieux et que la\\nv\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 n est que mensonge mais ne doutez jamais de\\nl immensit\u00c3\u00a9 de mon amour", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0173.jp2"}, "174": {"fulltext": "152 HAMLET.\\nEn fille respectueuse et sage, Oph\u00c3\u00a9lia montra cette\\nlettre son p\u00c3\u00a8re qui, lui, se consid\u00c3\u00a9ra comme tenu de\\nla communiquer au roi et la reine.\\nD\u00c3\u00a8s ce moment, les deux souverains ne dout\u00c3\u00a8rent\\nplus que l amour ne f\u00c3\u00bbt la cause des excentricit\u00c3\u00a9s du\\njeune prince, et Gertrude s en montrait heureuse.\\nSi les charmes d Oph\u00c3\u00a9lia, disait-elle, ont ainsi af-\\nfect\u00c3\u00a9 mon fils, pourquoi les vertus de cet ange \u00c3\u00a9gar\u00c3\u00a9\\nsur la terre ne finiraient-elles pas par le gu\u00c3\u00a9rir Une\\npareille cure leur ferait honneur tous deux\\nMais la maladie dont souffrait Hamlet n \u00c3\u00a9tait pas de\\ncelles que gu\u00c3\u00a9rit l amour.\\nLe fant\u00c3\u00b4me de son p\u00c3\u00a8re le suivait partout. Par-\\ntout, il entendait la voix d outre-tombe qui lui avait\\nordonn\u00c3\u00a9 de punir un assassin. Et chaque heure de re-\\ntard dans l ex\u00c3\u00a9cution de cet ordre lui paraissait un\\ncrime un crime de l\u00c3\u00a8se-majest\u00c3\u00a9 et de m\u00c3\u00a9pris des\\ninjonctions paternelles.\\nTuer le roi, constamment entour\u00c3\u00a9 de ses gardes,\\nn \u00c3\u00a9tait cependant pas chose facile. La pr\u00c3\u00a9sence de la\\nreine qui, presque partout, se montrait avec Olaudius,\\n\u00c3\u00a9tait aussi un obstacle pour Hamlet. Mettre mort\\nune cr\u00c3\u00a9ature humaine r\u00c3\u00a9pugnait ce prince naturelle-\\nment doux et mis\u00c3\u00a9ricordieux. Mais plonger sa dague\\ndans le c\u00c5\u0093ur de l homme qui, apr\u00c3\u00a8s tout, \u00c3\u00a9tait le mari\\nde sa m\u00c3\u00a8re, lui paraissait plus horrible encore. Et\\npuis, son habituelle m\u00c3\u00a9lancolie, l abattement d esprit\\ndans lequel il s \u00c3\u00a9tait longtemps complu, avaient comme\\n\u00c3\u00a9mouss\u00c3\u00a9 sa virilit\u00c3\u00a9 et le faisaient flotter tous les vents\\nde l irr\u00c3\u00a9solution. Enfin, il lui venait, de temps\\nautre, des scrupules sur l identit\u00c3\u00a9 du spectre qui lui", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0174.jp2"}, "175": {"fulltext": "HAMLET. 153\\navait apparu. Etait-ce bien celui de son p\u00c3\u00a8re\\nD apr\u00c3\u00a8s ce qu on lui avait enseign\u00c3\u00a9, l esprit du mal\\npouvait rev\u00c3\u00aatir mille formes diverses. N \u00c3\u00a9tait-ce pas\\ncet esprit pervers qui avait choisi ce moyen de le\\npousser au crime et de le perdre jamais\\nJe puis \u00c3\u00aatre le jouet d une chim\u00c3\u00a8re, se dit-\\nil un jour. J attendrai que quelque \u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9nement\\nplus concluant vienne m \u00c3\u00a9clairer dans cet affreux\\nd\u00c3\u00a9dale.\\nLe hasard voulut qu il v\u00c3\u00aent alors la cour une\\ntroupe d acteurs que, jadis, le jeune prince aimait\\nbeaucoup entendre, surtout dans un monologue\\nfort tragique o\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9taient d\u00c3\u00a9crites avec talent la mort du\\nvieux Priam, roi de Troie, et l inconsolable douleur\\nd H\u00c3\u00a9cube, sa femme, m\u00c3\u00a8re du vaillant Hector.\\nHamlet fut charm\u00c3\u00a9 de revoir ces vieilles connais-\\nsances et demanda entendre de nouveau le r\u00c3\u00a9cit\\nqu il affectionnait tant.\\nTrop heureux de plaire son royal ami, le trag\u00c3\u00a9-\\ndien se surpassa lui-m\u00c3\u00aame.\\nAvec une mimique des plus expressives et une mer-\\nveilleuse puissance d \u00c3\u00a9locution, il fit revivre devant\\nHamlet l horrible sc\u00c3\u00a8ne de l assassinat de Priam,\\naffaibli par l \u00c3\u00a2ge et se cramponnant, pour attendrir le\\ncruel Pyrrhus, aux angles de l autel de ses dieux Lares.\\nPuis, il d\u00c3\u00a9peignit Troie en flammes, son peuple mas-\\nsacr\u00c3\u00a9, la reine H\u00c3\u00a9cube, au d\u00c3\u00a9sespoir, se sauvant nu-\\npieds travers les chambres de son palais embras\u00c3\u00a9,\\nn ayant qu un mis\u00c3\u00a9rable haillon pour couvrir sa t\u00c3\u00aate,\\nnagu\u00c3\u00a8re si belle sous sa royale couronne, et une cou-\\nverture grossi\u00c3\u00a8re, ramass\u00c3\u00a9e la h\u00c3\u00a2te, pour prot\u00c3\u00a9ger les", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0175.jp2"}, "176": {"fulltext": "154 HAMLET.\\nformes divines qu avaient voil\u00c3\u00a9es tant de riches \u00c3\u00a9toffes\\net de manteaux \u00c3\u00a9blouissants.\\nHamlet, tous les spectateurs, l acteur lui-m\u00c3\u00aame,\\n\u00c3\u00a9taient \u00c3\u00a9mus jusqu aux larmes. La voix de ce dernier\\n\u00c3\u00a9tait litt\u00c3\u00a9ralement bris\u00c3\u00a9e par les sanglots.\\n\u00e2\u0080\u0094Eh quoi se dit le prince, voil\u00c3\u00a0 un homme qu un\\nr\u00c3\u00a9cit purement imaginaire suffit exalter tel point\\nqu il verse de vrais pleurs sur la mort d un roi qu il\\nn a jamais vu, sur une reine disparue depuis des si\u00c3\u00a8cles\\net moi, qui ai tant d imp\u00c3\u00a9rieux motifs pour m \u00c3\u00a9mouvoir,\\nmoi qui ai vraiment perdu, par le crime d un in-\\nf\u00c3\u00a2me, et mon p\u00c3\u00a8re et mon roi, je croupis dans une\\napathie honteuse qui ressemble un oubli volontaire\\nde mes devoirs les plus sacr\u00c3\u00a9s\\nEt, tout coup, le souvenir lui revint d un meur-\\ntrier qui, voyant au th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre, une sc\u00c3\u00a8ne d assassinat\\nprise sur le vif, confessa sur le champ son crime\\nIl ordonna aussit\u00c3\u00b4t que l on pr\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a2t une trag\u00c3\u00a9die,\\ndans laquelle sa troupe favorite repr\u00c3\u00a9senterait devant\\nson oncle quelque chose de semblable l empoisonne-\\nment de son p\u00c3\u00a8re. Lui, sans que personne s en dout\u00c3\u00a2t,\\n\u00c3\u00a9pierait sur le visage de Claudius l effet de ce coup de\\nth\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre et acquerrait ainsi une certitude morale de la\\nculpabilit\u00c3\u00a9 de cet usurpateur.\\nLa pi\u00c3\u00a8ce faite, il invita le roi et la reine la repr\u00c3\u00a9-\\nsentation.\\nAu jour dit, Claudius, Gertrude, toute la cour\\nassistaient au spectacle. Hamlet, affectant l indif-\\nf\u00c3\u00a9rence, se tenait pr\u00c3\u00a8s du roi qui ne se doutait nulle-\\nment du pi\u00c3\u00a8ge tendu sa conscience et ses re-\\nmords.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0176.jp2"}, "177": {"fulltext": "HAMLET. 155\\nLe drame se passait Vienne et roulait sur le meurtre\\ndu duc Gonzago.\\nAu premier acte, Baptista, femme de Gonzago, lui\\nfaisait mille protestations d amour \u00c3\u00a9ternel\\nSi le ciel, disait-elle, venait vous arracher ma\\ntendresse, jamais je ne me remarierais. Bien plus, je\\nne crois pas qu il me f\u00c3\u00bbt possible de vous survivre.\\nMais que je sois maudite si jamais je reprenais un\\nmari Il n y a, pour commettre une action si basse,\\nque les femmes sans c\u00c5\u0093ur qui tuent leur premier\\n\u00c3\u00a9poux\\nOlaudius changea de couleur, et la reine faillit s\\nvanouir.\\nEien de tout cela n \u00c3\u00a9chappait Hamlet.\\nMais ce fut bien pire, quand un certain Lucianus,\\nl un des proches parents de Gonzago, vint empoison-\\nner celui-ci pendant qu il dormait dans son jardin\\nDes torches des torches s \u00c3\u00a9cria Olaudius, se\\ndressant soudainement comme s il eiit \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 piqu\u00c3\u00a9 par\\nun aspic. Qu on me reconduise mes appartements\\nEt il quitta brusquement le th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre, pr\u00c3\u00a9textant une\\nindisposition subite, qui pouvait bien, d ailleurs, n \u00c3\u00aatre\\nque trop r\u00c3\u00a9elle.\\nOlaudius parti, la pi\u00c3\u00a8ce fut, naturellement, inter-\\nrompue aussit\u00c3\u00b4t.\\nHamlet n en demandait pas davantage. Il savait\\nmaintenant, n en plus douter, que le spectre avait\\ndit vrai.\\nEt il se sentit envahir par une joie \u00c3\u00a9trange\\nAmi, dit-il Horatio, me voici tout rajeuni, et je\\nparierais mille livres que la parole du fant\u00c3\u00b4me vaut", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0177.jp2"}, "178": {"fulltext": "!56 EAMLET.\\nmon poids d or A mon tour, maintenant L heure\\ndu ch\u00c3\u00a2timent est enfin venue\\nMais avant qu il e\u00c3\u00bbt pu aller plus loin dans son\\n\u00c5\u0093uvre de vengeance, il fut mand\u00c3\u00a9 par la reine, qui\\nd\u00c3\u00a9sirait l entretenir seul dans ses appartements parti-\\nculiers.\\nCette entrevue avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 exig\u00c3\u00a9e par Claudius.\\nLe roi voulait que Gertrude t\u00c3\u00a9moign\u00c3\u00a2t son fils le\\nvif d\u00c3\u00a9plaisir qu ils \u00c3\u00a9prouvaient, elle et lui, de sa con-\\nduite et de ses bizarreries pass\u00c3\u00a9es, et il avait charg\u00c3\u00a9\\nPolonius vieux diplomate sans principes et qui n \u00c3\u00a9tait\\npas f\u00c3\u00a2ch\u00c3\u00a9 d \u00c3\u00aatre mis au courant des secrets de la cour\\nde se cacher derri\u00c3\u00a8re des draperies, d o\u00c3\u00b9 il pourrait\\ntout entendre, afin de faire ensuite son ma\u00c3\u00aetre un\\nrapport fid\u00c3\u00a8le de ce qui s allait dire dans cette ren-\\ncontre de la m\u00c3\u00a8re et du fils.\\nGertrude vint droit au fait et fit Hamlet d amers\\nreproches\\nSavez-vous, lui dit-elle sans m\u00c3\u00a9nagements, que\\nvous avez vivement m\u00c3\u00a9content\u00c3\u00a9 votre p\u00c3\u00a8re\\nMon p\u00c3\u00a8re s \u00c3\u00a9cria Hamlet, indign\u00c3\u00a9 d entendre\\nce titre v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 appliqu\u00c3\u00a9 au mis\u00c3\u00a9rable Claudius. Mon\\np\u00c3\u00a8re c est vous, madame, qui l avez offens\u00c3\u00a9\\nVoil\u00c3\u00a0 une r\u00c3\u00a9ponse bien sotte fit la reine.\\nUne r\u00c3\u00a9ponse digne de la demande riposta le\\njeune prince.\\nOubliez- vous qui vous parlez\\nH\u00c3\u00a9las je ne demanderais qu l oublier Vous\\n\u00c3\u00aates la reine la femme du fr\u00c3\u00a8re de votre mari.\\nMalheureusement, vous \u00c3\u00aates aussi ma m\u00c3\u00a8re. Pl\u00c3\u00bbt\\nau ciel que vous ne la fussiez pas", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0178.jp2"}, "179": {"fulltext": "EAMLET. 157\\nSi vous continuez, dit Gertrude, me t\u00c3\u00a9moi-\\ngner si peu de respect, je vous enverrai d autres in-\\nterlocuteurs. Je vais qu\u00c3\u00a9rir le roi ou Polonius.\\nMais Hamlet ne l entendait pas ainsi.\\nMaintenant qu il \u00c3\u00a9tait seul seul avec sa m\u00c3\u00a8re, il\\nne voulait pas qu elle le quitt\u00c3\u00a2t sans qu il e\u00c3\u00bbt tent\u00c3\u00a9 de\\nla rappeler au sentiment du devoir.\\nIl la saisit donc par le poignet, et, de sa main de\\nfer, la for\u00c3\u00a7a se rasseoir.\\nEpouvant\u00c3\u00a9e de tant d audace, et craignant qu il ne\\nf\u00c3\u00bbt vraiment en proie un acc\u00c3\u00a8s de folie furieuse,\\nGertrude poussa un grand cri.\\nUn autre cri sortit de derri\u00c3\u00a8re les rideaux\\nAu secours au secours de la reine\\nInf\u00c3\u00a2me hurla Hamlet, qui crut que le roi lui-\\nm\u00c3\u00aame se dissimulait derri\u00c3\u00a8re les tapisseries. Tu\\nmourras aujourd hui de ma main.\\nEt, tirant son \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e, il les transper\u00c3\u00a7a jusqu ce que,\\ntout bruit ayant cess\u00c3\u00a9, il conclut que Claudius \u00c3\u00a9tait\\nmort.\\nMais, quand il retira le cadavre de sa cachette, il\\nreconnut qu il avait tu\u00c3\u00a9 Polonius\\nMalheureux exclama la reine, quelle abominable\\net sanglante action vous avez commise l\u00c3\u00a0\\nSanglante, en effet, madame r\u00c3\u00a9pliqua Hamlet,\\nmais pas aussi abominable que celles que vous avez\\ncommises vous-m\u00c3\u00aame en tuant un roi et en \u00c3\u00a9pousant\\nson fr\u00c3\u00a8re\\nIl avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 trop loin pour s arr\u00c3\u00aater l\u00c3\u00a0.\\nIl se sentait d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 parler sans d\u00c3\u00a9tours, et il le\\nfit.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0179.jp2"}, "180": {"fulltext": "158 HAMLET.\\nSans doute, les fautes des parents doivent \u00c3\u00aatre\\ntrait\u00c3\u00a9es avec m\u00c3\u00a9nagement par ceux qui ils ont donn\u00c3\u00a9\\nle jour mais il y a des crimes qu un fils est excusable\\nde stigmatiser comme ils le m\u00c3\u00a9ritent, m\u00c3\u00aame devant sa\\nm\u00c3\u00a8re, surtout s il se propose, par l\u00c3\u00a0, de la ramener\\ndans les voies de la r\u00c3\u00a9paration et de la justice\\nPourquoi faut-il, reine dit Hamlet, que vous\\nayez donn\u00c3\u00a9 au monde d aussi d\u00c3\u00a9testables exemples\\nEn vous voyant oublier si vite vos protestations\\nd \u00c3\u00a9ternelle fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9, les hommes ont perdu la foi aux\\npromesses de leurs compagnes. Voulez-vous donc que\\nnous taxions la vertu d hypocrisie le serment, de\\nmensonge la religion, de com\u00c3\u00a9die digne des pitres\\nforains et de leurs boniments trompeurs Devant\\nvotre monstrueuse alliance avec le meurtrier de votre\\n\u00c3\u00a9poux, le ciel a rougi de honte et le c\u00c5\u0093ur de l huma-\\nnit\u00c3\u00a9 s est soulev\u00c3\u00a9 de d\u00c3\u00a9go\u00c3\u00bbt. Vous aviez pour mari le\\nmeilleur et le plus beau des hommes. Son front,\\nmajestueux comme celui de Jupiter sa noble t\u00c3\u00aate\\nqu encadraient des boucles luxuriantes de cheveux aussi\\nsoyeux que ceux d Apollon son regard, qui jetait des\\nflammes comme les yeux du dieu Mars son port aussi\\nnoble, aussi gracieux que l attitude de Mercure lors-\\nqu il pose son pied l\u00c3\u00a9ger sur le sommet d une de ces\\nhautes cimes qui semblent baiser les cieux, tout le fai-\\nsait ressembler aux puissantes divinit\u00c3\u00a9s de l Olympe.\\nEt qui avez-vous mis sa place Un \u00c3\u00aatre hideux et\\nm\u00c3\u00a9prisable, dont le souffle empoisonn\u00c3\u00a9, semblable\\nces vents br\u00c3\u00bblants qui dess\u00c3\u00a8chent et ruinent les mois-\\nsons, a tari les sources de la vie chez le plus magna-\\nnime des rois", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0180.jp2"}, "181": {"fulltext": "HAMLET. 159\\nGr\u00c3\u00a2ce gr\u00c3\u00a2ce implora Gertrude. Jamais je\\nn avais yu mon \u00c3\u00a2me aussi noire et aussi difforme\\nGr\u00c3\u00a2ce r\u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9ta ironiquement Hamlet. Vous ne\\npouvez songer au pardon tant que vous continuerez\\nvivre avec ce monstre, tant que vous partagerez la\\ncouche de l assassin de votre mari et du voleur de sa\\ncouronne\\nComme il achevait ces mots, le spectre de son p\u00c3\u00a8re\\nentra dans la chambre, tout semblable au feu roi alors\\nqu il \u00c3\u00a9tait dans toute la splendeur de sa virilit\u00c3\u00a9\\nMon fils, dit le fant\u00c3\u00b4me au jeune homme frapp\u00c3\u00a9\\nde terreur, o\u00c3\u00b9 est la vengeance que tu m avais pro-\\nmise\\nEt il disparut.\\nHamlet resta un moment comme clou\u00c3\u00a9 au sol, le\\ndoigt tendu vers la fun\u00c3\u00a8bre apparition, et la d\u00c3\u00a9crivant\\nsa m\u00c3\u00a8re, qui n apercevait rien et tremblait comme\\nla feuille la pens\u00c3\u00a9e que son fils \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9ellement fou.\\nBient\u00c3\u00b4t remis de son \u00c3\u00a9motion, le prince comprit ce\\nqui se passait dans l esprit de la reine\\nCe n est pas ma pr\u00c3\u00a9tendue folie, mais votre double\\ncrime, lui dit-il, qui ram\u00c3\u00a8ne ici l esprit de mon p\u00c3\u00a8re.\\nTouchez mon pouls. Est-ce celui d un homme hors\\nde sa raison N est-il pas calme et r\u00c3\u00a9gulier\\nEt, les larmes aux yeux, il la supplia de s humilier\\ndevant la divinit\u00c3\u00a9, et d \u00c3\u00a9viter, l avenir, la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 du\\nroi\\nProuvez, ajouta-t-il, en respectant la m\u00c3\u00a9moire de\\nmon p\u00c3\u00a8re, que vous \u00c3\u00aates encore une m\u00c3\u00a8re pour moi, et\\nje me jetterai vos pieds, en fils d\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9, pour solli-\\nciter votre b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9diction", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0181.jp2"}, "182": {"fulltext": "160 HAMLET.\\nGertrude promit de lui ob\u00c3\u00a9ir, et Hamlet se retira.\\nEt, quand il fut seul et songea au p\u00c3\u00a8re de la pauvre\\nOph\u00c3\u00a9lia, tu\u00c3\u00a9 par lui pendant cette terrible entrevue,\\nil pleura am\u00c3\u00a8rement.\\nClaudius saisit avidement le pr\u00c3\u00a9texte que lui four-\\nnissait la fin tragique de son conseiller intime, pour\\nfaire quitter le Danemark au jeune prince.\\nVolontiers, il l e\u00c3\u00bbt fait mettre mort mais il re-\\ndoutait la col\u00c3\u00a8re du peuple, qui aimait l h\u00c3\u00a9ritier l\u00c3\u00a9gi-\\ntime du feu roi, et la reine, dont la duret\u00c3\u00a9 de c\u00c5\u0093ur ne\\ns \u00c3\u00a9tendait pas jusqu au prince, son fils. Il feignit\\ndonc de craindre pour la s\u00c3\u00a9curit\u00c3\u00a9 d Hamlet dans ses\\nEtats, cause du meurtre de Polonius, et le fit s em-\\nbarquer sur un navire qui se rendait en Angleterre,\\nalors vassale et tributaire du Danemark.\\nDeux courtisans sans scrupules accompagnaient l au-\\nguste voyageur, et devaient remettre la Cour britan-\\nnique des lettres de Claudius la requ\u00c3\u00a9rant, pour des\\nraisons d Etat, de faire mettre mort l infortun\u00c3\u00a9 jeune\\nhomme, d\u00c3\u00a8s qu il aurait mis le pied sur le sol anglais.\\nMais Hamlet, soup\u00c3\u00a7onnant quelque noir complot\\ncontre sa vie, parvint, pendant la nuit, se procurer\\nles lettres fatales, y effa\u00c3\u00a7a son nom et lui substitua\\nceux des deux mis\u00c3\u00a9rables charg\u00c3\u00a9s de l assassiner. Cela\\nfait, il scella de nouveau les ordres de Claudius et les\\nremit ou il les avait pris.\\nPendant la travers\u00c3\u00a9e, le vaisseau qu il montait fut\\nattaqu\u00c3\u00a9 par des pirates.\\nHeureux de cette occasion de prouver sa vaillance,\\nHamlet se pr\u00c3\u00a9cipita, seul, l \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e la main, la ren-\\ncontre des \u00c3\u00a9cumeurs de mer qui abordaient son navire", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0182.jp2"}, "183": {"fulltext": "EAMLET. 161\\net les frappa d admiration par sa bravoure. L\u00c3\u00a2ches\\njusqu au bout, les deux courtisans ordonn\u00c3\u00a8rent leurs\\nmatelots de pousser au large, et abandonnant le prince\\nson sort, firent pr\u00c3\u00a9cipitamment yoile vers l Angle-\\nterre avec les lettres qui contenaient, sans qu ils s en\\ndoutassent, leur propre arr\u00c3\u00aat de mort.\\nLes pirates surent bient\u00c3\u00b4t qui ils avaient pour pri-\\nsonnier et trait\u00c3\u00a8rent \u00c3\u00af\u00c3\u00afamlet avec d autant plus de\\nconsid\u00c3\u00a9ration qu ils esp\u00c3\u00a9raient obtenir ses bons offices,\\nau cas o\u00c3\u00b9 ils viendraient avoir quelques d\u00c3\u00a9m\u00c3\u00aal\u00c3\u00a9s avec\\nla justice danoise. Et, ayant bient\u00c3\u00b4t atteint l un des\\nports du Danemark, ils l y firent d\u00c3\u00a9barquer sain et\\nsauf.\\nDe l\u00c3\u00a0, le j rince \u00c3\u00a9crivit Claudius, pour lui faire\\nsavoir qu il se pr\u00c3\u00a9senterait la cour d\u00c3\u00a8s le jour sui-\\nvant.\\nUn d\u00c3\u00a9solant spectacle l attendait son arriv\u00c3\u00a9e.\\nLa jeune et belle Oph\u00c3\u00a9lia, qu il avait tant aim\u00c3\u00a9e,\\nn avait pu supporter le choc donn\u00c3\u00a9 sa raison par la\\nfin tragique et pr\u00c3\u00a9matur\u00c3\u00a9e de son p\u00c3\u00a8re.\\nA la pens\u00c3\u00a9e que Polonius avait p\u00c3\u00a9ri de mort vio-\\nlente, et de la main m\u00c3\u00aame du prince qui l avait si ar-\\ndemment courtis\u00c3\u00a9e, elle \u00c3\u00a9tait devenue folle, mais d une\\nfolie douce et inoffensive. Elle passait son temps\\noffrir aux dames de la cour des fleurs destin\u00c3\u00a9es, disait-\\nelle, orner le cercueil de son p\u00c3\u00a8re. Elle s en allait,\\nde ci, de l\u00c3\u00a0, chantant des chansons d amour et de deuil,\\nqui, parfois, \u00c3\u00a9taient d\u00c3\u00a9nu\u00c3\u00a9es de sens, sa m\u00c3\u00a9moire\\nayant sombr\u00c3\u00a9 dans la temp\u00c3\u00aate de son d\u00c3\u00a9sespoir.\\nUn jour, elle trompa la vigilance de ses gardiens,\\ns en vint pr\u00c3\u00a8s d un saule pleureur dont les rameaux\\n11", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0183.jp2"}, "184": {"fulltext": "162 HAMLET.\\n\u00c3\u00a9plor\u00c3\u00a9s pendaient au-dessus d une petite rivi\u00c3\u00a8re qui\\nles refl\u00c3\u00a9tait dans son cours limpide, et se hissa sur\\nl une des branches pour y suspendre des guirlandes de\\nmarguerites et d orties.\\nTout coup, le fr\u00c3\u00aale support se brisa, et l infortu-\\nn\u00c3\u00a9e tomba dans le courant.\\nSes v\u00c3\u00aatements la retinrent un instant au-dessus de\\nl eau, et elle modulait, la pauvre petite quelqu une\\nde ses monotones ariettes, sans songer que la mort\\ns appr\u00c3\u00aatait la saisir. Puis elle disparut, et c \u00c3\u00a9tait\\nle triste cort\u00c3\u00a8ge de ses fun\u00c3\u00a9railles qui d\u00c3\u00a9filait devant\\nHamlet, quand celui-ci arriva en vue du palais de\\nOlaudius.\\nLe roi, Gertrude, toute la noblesse suivaient la fu-\\nn\u00c3\u00a8bre procession, derri\u00c3\u00a8re Laerte, fr\u00c3\u00a8re d Oph\u00c3\u00a9lia, qui\\nmenait le deuil.\\nTout d abord, le prince ne se douta pas que l on\\nconduisait sa derni\u00c3\u00a8re demeure celle dont il avait\\nsi souvent r\u00c3\u00aav\u00c3\u00a9 de faire la compagne de son existence,\\net, ne voulant pas troubler la c\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9monie, il y assista\\ninaper\u00c3\u00a7u et sans mot dire.\\nMais bient\u00c3\u00b4t il vit la reine elle-m\u00c3\u00aame jeter dans la\\nfosse fra\u00c3\u00aechement creus\u00c3\u00a9e les fleurs que l usage voulait\\nque l on r\u00c3\u00a9pand\u00c3\u00aet sur le cercueil des jeunes vierges.\\nPuis il l entendit s \u00c3\u00a9crier\\nRoses parfum\u00c3\u00a9es, allez rejoindre cette rose qui\\nn est plus Charmante enfant, c est ton front de\\nfianc\u00c3\u00a9e que j aurais aim\u00c3\u00a9 couvrir de fleurs. Tu au-\\nrais d\u00c3\u00bb vivre pour \u00c3\u00aatre l \u00c3\u00a9pouse de mon Hamlet\\nLe malheureux comprit alors combien la fatalit\u00c3\u00a9 lui\\n\u00c3\u00a9tait implacable.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0184.jp2"}, "185": {"fulltext": "HAMLET. 163\\nEt Laerte, fou de douleur, ayant saut\u00c3\u00a9 dans la fosse,\\nen criant aux fossoyeurs de l ensevelir sous la m\u00c3\u00aame\\nterre que sa bien-aim\u00c3\u00a9e Oph\u00c3\u00a9lia, Hamlet n y tint plus\\net bondit pr\u00c3\u00a8s du jeune homme, qui, le reconnaissant,\\nle saisit la gorge et l e\u00c3\u00bbt infailliblement \u00c3\u00a9trangl\u00c3\u00a9,\\ncomme meurtrier de Polonius,si les spectateurs de cette\\nhorrible sc\u00c3\u00a8ne ne se fussent interpos\u00c3\u00a9s.\\nPlus tard, Hamlet s excusa aupr\u00c3\u00a8s de Laerte, et\\ncelui-ci, comprenant que le prince n avait pas voulu le\\nbraver dans cette singuli\u00c3\u00a8re occurrence, lui pardonna,\\ndu moins en apparence.\\nClaudius ne pouvait, en effet, manquer d exploiter\\ncet incident au profit de la haine qu il portait son\\nneveu. Aussi poussa-t-il le fils de Polonius d\u00c3\u00a9fier\\nHamlet un assaut d armes, sous pr\u00c3\u00a9texte de faire\\nadmirer la noblesse l habilet\u00c3\u00a9 du prince manier le\\nfleuret.\\nHamlet accepta avec empressement.\\nAu jour dit, et devant toute la cour, les deux cham-\\npions s align\u00c3\u00a8rent. Mais Laerte, par ordre du roi,\\navait n\u00c3\u00a9glig\u00c3\u00a9 de boutonner son fleuret et en avait\\ntremp\u00c3\u00a9 pr\u00c3\u00a9alablement la pointe dans un poison des\\nplus violents.\\nDe grands paris s \u00c3\u00a9taient engag\u00c3\u00a9s entre les courti-\\nsans sur l issue de cette rencontre soi-disant amicale.\\nTout d abord, Laerte laissa l avantage son adver-\\nsaire, aux applaudissements de Claudius qui, avec une\\ndissimulation satanique, portait des toasts son\\ncher neveu et pariait des sommes extravagantes sur\\nson succ\u00c3\u00a8s final.\\nMais, bient\u00c3\u00b4t, Laerte revint son r\u00c3\u00b4le d assassin et,", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0185.jp2"}, "186": {"fulltext": "164 HAMLET.\\nse pr\u00c3\u00a9cipitant sur Hamlet, lui porta une botte furieuse\\net mortelle.\\nLe prince, outr\u00c3\u00a9 de cette perfidie, se saisit de l arme\\nde son d\u00c3\u00a9loyal ennemi, et l en per\u00c3\u00a7a son tour.\\nAu m\u00c3\u00aame moment, un cri terrible retentissait.\\nC \u00c3\u00a9tait Gertrude qui l avait pouss\u00c3\u00a9.\\nElle venait, sans le savoir, de vider une coupe em-\\npoisonn\u00c3\u00a9e que Claudius, en sc\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9rat pr\u00c3\u00a9voyant, avait\\npr\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9e pour Hamlet, au cas o\u00c3\u00b9 celui-ci e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nvainqueur.\\nLa reine expira presque instantan\u00c3\u00a9ment au milieu\\nd atroces convulsions.\\nHamlet comprit qu il \u00c3\u00a9tait tomb\u00c3\u00a9 dans un pi\u00c3\u00a8ge abo-\\nminable, et ordonna que l on ferm\u00c3\u00a2t toutes les portes,\\njusqu ce qu il e\u00c3\u00bbt le mot de cette horrible \u00c3\u00a9nigme.\\nLaerte, qui se sentait mourir, confessa son crime et\\nl ordre inf\u00c3\u00a2me qu il avait re\u00c3\u00a7u du roi\\nPrince, dit-il sa victime, vous n avez plus qu une\\ndemi-heure vivre. La science humaine ne peut rien\\npour vous. Pardonnez-moi\\nEt il expira.\\nMis\u00c3\u00a9rable hurla Hamlet en se jetant sur Clau-\\ndius et en le frappant droit au c\u00c5\u0093ur, il y a encore au\\nbout de cette arme assez de poison pour toi. Meurs\\ndonc, et que mon p\u00c3\u00a8re soit enfin veng\u00c3\u00a9\\nPuis, se tournant vers son fid\u00c3\u00a8le Horatio, qui, lui\\naussi, voulait se percer de son \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e:\\nAmi, lui dit -il, vis et jure-moi que tu diras au\\nmonde tout ce qu a souffert le malheureux Hamlet\\nEt Horatio, tout en larmes, lui ayant jur\u00c3\u00a9 de lui\\nob\u00c3\u00a9ir, le noble prince rendit l esprit.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0186.jp2"}, "187": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\nC \u00c3\u00a9tait vraiment une loi bizarre, pour ne pas dire\\nmonstrueuse, que celle qui donnait aux p\u00c3\u00a8res de fa-\\nmille d Ath\u00c3\u00a8nes le droit de choisir pour leurs filles un\\nmari et de les contraindre, sous peine de mort, l\\npouser.\\nIls sont, heureusement, rares les p\u00c3\u00a8res d\u00c3\u00a9natur\u00c3\u00a9s\\nqui d\u00c3\u00a9sirent la mort de leurs enfants, si d\u00c3\u00a9sob\u00c3\u00a9issants\\nque ceux-ci puissent \u00c3\u00aatre.\\nCette loi restait donc lettre morte. Tout au plus\\nseryait-elle parfois d \u00c3\u00a9pouvantail, lorsque quelque\\njeune Ath\u00c3\u00a9nienne se montrait par trop r\u00c3\u00a9calcitrante.\\nIl arriva cependant, sous le r\u00c3\u00a8gne du brave Th\u00c3\u00a9s\u00c3\u00a9e,\\nqu un vieillard, nomm\u00c3\u00a9 Eg\u00c3\u00a9e, vint se plaindre de ce\\nque sa fille Hermia refusait d \u00c3\u00a9pouser le jeune et\\nnoble D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, qu il avait choisi pour elle.\\nHermia aimait un certain Lysandre et le pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rait\\ntous les D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius du monde. Forte de son amour,\\nelle se pr\u00c3\u00a9senta devant le roi et plaida elle-m\u00c3\u00aame sa\\npropre cause\\nCe D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, dit-elle au monarque, a fait publi-\\nquement la cour mon intime amie H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, et je sais\\nqu H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne l aime la folie. Dans un tel \u00c3\u00a9tat de\\nchoses, comment puis-je ob\u00c3\u00a9ir mon p\u00c3\u00a8re\\nTh\u00c3\u00a9s\u00c3\u00a9e, aussi juste que vaillant, trouvait que la\\njeune fille n avait pas tout fait tort.\\nMais le vieil Eg\u00c3\u00a9e s en tenait ses droits paternels", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0187.jp2"}, "188": {"fulltext": "166 LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\net entendait les faire triompher de ce qu il appelait la\\nfolle obstination de sa fille\\nPrince, s \u00c3\u00a9cria-t-il, il faut qu elle ob\u00c3\u00a9isse ou qu elle\\nmeure\\nJe ne puis, en effet, dit Th\u00c3\u00a9s\u00c3\u00a9e fort \u00c3\u00a9mu, aller\\ncontre les lois de mon pays. Hermia, vous avez quatre\\njours pour r\u00c3\u00a9fl\u00c3\u00a9chir. Si, l expiration de ce d\u00c3\u00a9lai,\\nvous refusez d \u00c3\u00a9pouser D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, il ne vous restera\\nplus qu mourir\\nHermia quitta le palais en toute h\u00c3\u00a2te et courut chez\\nLysandre, qui elle fit part du p\u00c3\u00a9ril qui la mena\u00c3\u00a7ait\\nNe crains rien, mon ador\u00c3\u00a9e, dit le jeune homme\\nen l \u00c3\u00a9treignant passionn\u00c3\u00a9ment de ses bras nerveux.\\nJ ai une vieille tante quelques lieues d Ath\u00c3\u00a8nes, et\\ncette loi barbare n a de pouvoir sur toi que dans les\\nlimites de la ville. Quitte donc la maison de ton\\np\u00c3\u00a8re aujourd hui m\u00c3\u00aame. Une fois chez ma parente,\\nnous nous marierons, et tu seras sauv\u00c3\u00a9e. Je te re-\\njoindrai ce soir dans le bois d\u00c3\u00a9licieux o\u00c3\u00b9 nous avons\\nfait tant de charmantes promenades pendant le beau\\nmois de Mai.\\nLa jeune fille consentit avec enthousiasme l ex\u00c3\u00a9-\\ncution de ce plan.\\nMalheureusement, elle s ouvrit de son projet de\\nfuite son amie H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, qui n eut rien de plus\\npress\u00c3\u00a9 que d aller conter la chose son cher D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9-\\ntrius.\\nL amour fait souvent faire des folies peu g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuses.\\nH\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne s \u00c3\u00a9tait dit que le noble Ath\u00c3\u00a9nien ne man-\\nquerait pas de se mettre la poursuite de Lysandre et\\nd Hermia. Et pour la pauvre satisfaction de le suivre", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0188.jp2"}, "189": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 167\\ndans cette chasse aux amoureux, elle avait trahi le secret\\nde son amie, au risque de la faire livrer la justice\\ndu pays.\\nLe bois dont parlait Lysandre \u00c3\u00a9tait le lieu favori de\\nrendez-vous d une multitude de petites f\u00c3\u00a9es qui s y\\nlivraient mille divertissements nocturnes, sous les\\nyeux de leur roi Ob\u00c3\u00a9ron et de leur reine Titania.\\nOr, ces deux minuscules, mais augustes personnages\\n\u00c3\u00a9taient alors en froid. D\u00c3\u00a8s qu ils se rencontraient,\\nsous les p\u00c3\u00a2les rayons de la lune, par les sentiers om-\\nbreux du joli bois, ils se prenaient de querelle et s em-\\nportaient si fort, que les lutins effray\u00c3\u00a9s se glissaient\\ndans les calices des lotus et s y tenaient tout trem-\\nblants jusqu ce que -la temp\u00c3\u00aate domestique se f\u00c3\u00bbt\\napais\u00c3\u00a9e.\\nTout cela, parceque Titania se refusait donner\\npour page Ob\u00c3\u00a9ron un diminutif d orphelin dont la\\nm\u00c3\u00a8re avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 fort intime avec elle. La reine avait\\nvol\u00c3\u00a9 le pauvre petit sa nourrice et l avait fait \u00c3\u00a9lever\\nen prince.\\nLa nuit m\u00c3\u00aame o\u00c3\u00b9 Lysandre et \u00c3\u00af\u00c3\u00afermia devaient se\\nrejoindre dans le bois, Titania s y promenait avec ses\\nfilles d honneur, quand Ob\u00c3\u00a9ron se pr\u00c3\u00a9senta devant elle\\navec tout un cort\u00c3\u00a8ge de gracieux courtisans\\nMauvaises rencontres, dit le roi, que celles qui se\\nfont au clair de la lune\\nComment c est vous, monsieur le jaloux r\u00c3\u00a9pli-\\nqua la reine. Disparaissons, mes toutes belles,\\najouta-t-elle en s adressant sa cour j ai renonc\u00c3\u00a9\\npour toujours fr\u00c3\u00a9quenter ce mal \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9.\\nSilence insolente miniature, s \u00c3\u00a9cria Ob\u00c3\u00a9ron ne", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0189.jp2"}, "190": {"fulltext": "168 LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\nsuis-je pas ton seigneur et ma\u00c3\u00aetre Donne-moi ton\\nm\u00c3\u00a9chant petit orphelin, et je te pardonne.\\nTout le royaume des f\u00c3\u00a9es, r\u00c3\u00a9pondit fi\u00c3\u00a8rement\\nTitania, n ach\u00c3\u00a8terait pas cet enfant\\nEt elle s \u00c3\u00a9loigna, tr\u00c3\u00a8s irrit\u00c3\u00a9e.\\nTr\u00c3\u00a8s bien murmura Ob\u00c3\u00a9ron je saurai te punir\\nde ton obstination, et tu la regretteras avant qu un\\nnouveau soleil ne dore les sommets de ces vieux ch\u00c3\u00aanes.\\nCe disant, il envoya qu\u00c3\u00a9rir Puck, son conseiller\\npriv\u00c3\u00a9 et son favori.\\nCe Puck qu on appelait aussi Eobin le Joyeux\\n\u00c3\u00a9tait un g\u00c3\u00a9nie espi\u00c3\u00a8gle et fourbe, qui jouait toute es-\\np\u00c3\u00a8ce de tours comiques aux villageois du voisinage.\\nTant\u00c3\u00b4t il se glissait dans les laiteries et y volait\\ntoute la cr\u00c3\u00a8me tant\u00c3\u00b4t il insinuait ses formes l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8res\\nefc a\u00c3\u00a9riennes dans la baratte et emp\u00c3\u00aachait, par ses\\ndanses fantastiques, le beurre de se former sous les\\ncoups de la fille de ferme.\\nLes jeunes brasseurs n \u00c3\u00a9taient pas plus heureux avec\\nlui. Si Puck se mettait en t\u00c3\u00aate de fol\u00c3\u00a2trer dans leur\\nbrassin de cuivre, l aie \u00c3\u00a9tait perdue sans retour.\\nQuelques bons compagnons \u00c3\u00a9taient-ils attabl\u00c3\u00a9s ga\u00c3\u00ae-\\nment autour d un vaste pot de bi\u00c3\u00a8re, Puck s y pr\u00c3\u00a9cipi-\\ntait sous la forme d un crabe r\u00c3\u00b4ti, et si quelque bonne\\nvieille venait y boire, il se heurtait ses l\u00c3\u00a8vres trem-\\nblottantes et lui couvrait de liquide son menton rid\u00c3\u00a9\\nou, si la v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rable matrone s installait gravement sur\\nun tabouret trois pieds et se pr\u00c3\u00a9parait conter une\\nballade fendre le c\u00c5\u0093ur un rocher, le malin petit\\ndiable donnait au si\u00c3\u00a8ge mal \u00c3\u00a9quilibr\u00c3\u00a9 un croc-en-jam-\\nbe magique et le renversait. La pauvre vieille s \u00c3\u00a9ta-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0190.jp2"}, "191": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 169\\nlait alors de tout son long, aux bruyants \u00c3\u00a9clats de rires\\ndes spectateurs qui se tenaient les c\u00c3\u00b4tes ses d\u00c3\u00a9pens,\\net juraient, par leurs a\u00c3\u00afeux, que jamais ils ne s \u00c3\u00a9taient\\nfait tant de bon sang.\\nArrive ici, Puck, dit Ob\u00c3\u00a9ron ce farceur noc-\\nturne. Tu vas m aller chercher la fleur que les jou-\\nvencelles de c\u00c3\u00a9ans appellent Paresse d amour. Tu\\nconnais bien cette petite fleur violette dont le suc, r\u00c3\u00a9-\\npandu sur les paupi\u00c3\u00a8res des dormeurs, les fait, quand\\nils s \u00c3\u00a9veillent, devenir amoureux fous du premier \u00c3\u00aatre\\nqu ils aper\u00c3\u00a7oivent. Je veux verser, cette nuit, quel-\\nques gouttes de cet \u00c3\u00a9lixir sur celles de ma Titania,\\npour qu elle s amourache, son r\u00c3\u00a9veil, de la premi\u00c3\u00a8re\\ncr\u00c3\u00a9ature qu elle verra, f\u00c3\u00bbt-ce un lion, ou un ours, un\\nouistiti sfcupide, ou un turbulent macaque. Et je ne\\ndissiperai cet enchantement, l aide d un autre dont\\nj ai le secret, que lorsqu elle m aura donn\u00c3\u00a9 le petit\\npage que je r\u00c3\u00a9clame\\nPuck, qui ne se plaisait qu mal faire, rit de tout\\nc\u00c5\u0093ur de l id\u00c3\u00a9e fol\u00c3\u00a2tre de son ma\u00c3\u00aetre, et courut cher-\\ncher la fleur.\\nOr, D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius et H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne arrivaient pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment\\ndans le bois. Ob\u00c3\u00a9ron, en attendant le retour de son\\nmalicieux favori, s amusa les observer et les \u00c3\u00a9couter.\\nLe noble Ath\u00c3\u00a9nien reprochait durement la jeune\\nfille de l avoir suivi. Celle-ci se d\u00c3\u00a9fendait de son\\nmieux mais D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius ne voulut rien entendre et,\\napr\u00c3\u00a8s l avoir rudoy\u00c3\u00a9e sans piti\u00c3\u00a9, l abandonna la\\nmerci des b\u00c3\u00aates f\u00c3\u00a9roces la bonne \u00c3\u00a2me en se sau-\\nvant toutes jambes. La pauvre H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne le suivit\\nmais sans parvenir le rejoindre.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0191.jp2"}, "192": {"fulltext": "170 LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\nLe petit roi n avait rien perdu de cette sc\u00c3\u00a8ne, et .se\\nsentit envahir par une profonde compassion pour la\\njolie d\u00c3\u00a9laiss\u00c3\u00a9e.\\nQuand Puck revint avec la fleur, il lui raconta ce\\nqu il avait vu, et lui commanda de se mettre la re-\\ncherche de cet Ath\u00c3\u00a9nien au c\u00c5\u0093ur de roche qui n avait\\npas craint de ternir de larmes l \u00c3\u00a9clat de si beaux yeux\\nPour l en punir, ajouta-t-il, t\u00c3\u00a2che de le trouver\\nendormi, et verse sur ses cils quelque gouttes de notre\\n\u00c3\u00a9lixir. Mais fais en sorte qu son r\u00c3\u00a9veil, son premier\\nregard tombe sur la charmante mortelle qu il est assez\\nfou et assez cruel pour d\u00c3\u00a9daigner.\\nComptez sur moi, cher ma\u00c3\u00aetre, dit Puck.\\nEt le malin diablotin partit en chasse avec une moi-\\nti\u00c3\u00a9 de la fleur enchant\u00c3\u00a9e.\\nAlors Ob\u00c3\u00a9ron muni de l autre moiti\u00c3\u00a9, se rendit au\\nd\u00c3\u00a9licieux bocage o\u00c3\u00b9. Titania se pr\u00c3\u00a9parait prendre son\\nrepos.\\nCe bocage, que la reine appelait ses appartements\\npriv\u00c3\u00a9s, embellissait les bords d un lac limpide. Ce\\nn \u00c3\u00a9tait que thym sauvage, primev\u00c3\u00a8res, violettes parfu-\\nm\u00c3\u00a9es, sous un dais de ch\u00c3\u00a8vrefeuilles, de roses de\\nDamas et d \u00c3\u00a9glantines. L\u00c3\u00a0, Titania passait chaque\\nnuit quelques heures, n ayant pour toute couverture\\nque la peau chatoyante d un serpent qui, toute petite\\nqu elle \u00c3\u00a9tait, suffisait amplement envelopper cette\\na\u00c3\u00a9rienne cr\u00c3\u00a9ature.\\nQuand Ob\u00c3\u00a9ron p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9tra inaper\u00c3\u00a7u sous l odorant ber-\\nceau, il entendit la mignonne souveraine donner ses\\nordres ses f\u00c3\u00a9es pour la nuit\\nAttention disait-elle son bataillon de petites", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0192.jp2"}, "193": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 171\\nfolles, en d\u00c3\u00a9signant leurs diff\u00c3\u00a9rents groupes. Vous,\\nvous tuerez les insectes et lesyers qui d\u00c3\u00a9vorent le c\u00c5\u0093ur\\nde mes roses vous, vous ferez la chasse aux chauves-\\nsouris dont les ailes membraneuses servent faire vos\\nmanteaux vous, vous emp\u00c3\u00aacherez les hiboux, ces\\nbraillards nocturnes, de s approcher de ma couche.\\nMais, auparavant, endormez-moi avec vos chansons.\\nEt, sans se faire plus prier, les elfes entonn\u00c3\u00a8rent ce\\ngracieux refrain\\nSerpents aux rugueuses \u00c3\u00a9cailles,\\nRentrez vos venins et vos dards\\nH\u00c3\u00a9rissons, orvets et l\u00c3\u00a9zards,\\nDisparaissez de ces broussailles,\\nEt respectez le doux sommeil\\nDe Titania, l immortelle\\nMais toi, divine Philom\u00c3\u00a8le,\\nJusqu au gai retour du soleil,\\nChante ton Do, do, l enfant do,\\nDo, l enfant dormira bient\u00c3\u00b4t\\nCachez-vous, sorciers et sorci\u00c3\u00a8res,\\nJusqu au chant du Cocorico\\nDors, belle reine des bruy\u00c3\u00a8res\\nDodo. bonne nuit. fais dodo\\nTitania ne fut pas plus t\u00c3\u00b4t endormie, que la joyeuse\\nbande s envola pour aller s acquitter des diverses t\u00c3\u00a2ches\\nqui lui \u00c3\u00a9taient impos\u00c3\u00a9es.\\nOb\u00c3\u00a9ron se glissa alors pr\u00c3\u00a8s de la dormeuse et lui\\nversa sur les paupi\u00c3\u00a8res quelques gouttes de son \u00c3\u00a9lixir,\\nen disant\\nQuand tes yeux s ouvriront la clart\u00c3\u00a9 du jour,\\nTout ce que tu feras, fais-le par fol amour", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0193.jp2"}, "194": {"fulltext": "172 LE SONGE D Ui\u00c3\u00afE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\nMais revenons Hermia.\\nA son arriv\u00c3\u00a9e dans le bois, elle avait trouv\u00c3\u00a9 Lysandre\\nqui l attendait. Mais, bris\u00c3\u00a9e par l \u00c3\u00a9motion et la fa-\\ntigue, elle se vit bient\u00c3\u00b4t dans l impossibilit\u00c3\u00a9 d aller\\nplus loin, et se laissa persuader par son ami de prendre\\nquelque repos sur un doux tapis de mousse, pendant\\nque lui-m\u00c3\u00aame irait -s \u00c3\u00a9tendre, un peu plus loin, sur un\\nbanc de gazon.\\nTous deux ne tard\u00c3\u00a8rent pas s endormir.\\nMais Puck, qui fouillait le bois pour y trouver D\u00c3\u00a9-\\nm\u00c3\u00a9trius, aper\u00c3\u00a7ut notre beau Lysandre, et le voyant\\nv\u00c3\u00aatu en Ath\u00c3\u00a9nien, ne douta pas qu il ne f\u00c3\u00bbt le cruel\\namant qu il devait punir.\\nHermia, couch\u00c3\u00a9e non loin de lui, \u00c3\u00a9tait, sans doute,\\nla belle d\u00c3\u00a9daign\u00c3\u00a9e.\\nPuisqu ils sont seuls ici, se dit le sylphe, elle sera\\n\u00c3\u00a9videmment la premi\u00c3\u00a8re cr\u00c3\u00a9ature humaine qu il verra\\nson r\u00c3\u00a9veil. Voil\u00c3\u00a0 donc ma commission facilement\\nfaite, et je n ai qu verser sur les yeux de ce beau\\nt\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9breux mon \u00c3\u00a9lixir de Paresse d Amour.\\nEt, enchant\u00c3\u00a9 de sa perspicacit\u00c3\u00a9, Puck arrosa con-.\\nsciencieusement les paupi\u00c3\u00a8res de Lysandre, et disparut,\\nlaissant les deux jeunes gens dormir de tout leur c\u00c5\u0093ur\\nsous les brillants reflets de la lune, alors en son plein.\\nMais il arriva qu H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, incapable de suivre la\\ncourse le peu galant D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, le perdit bient\u00c3\u00b4t de\\nvue, et s \u00c3\u00a9gara dans les m\u00c3\u00a9andres des bois silencieux.\\nTout coup, au moment o\u00c3\u00b9 elle d\u00c3\u00a9ses|)\u00c3\u00a9rait d en\\nsortir vivante, hant\u00c3\u00a9e qu elle \u00c3\u00a9tait par de sombres his-\\ntoires de loups et de serpents, elle aper\u00c3\u00a7ut Lysandre\\n\u00c3\u00a9tendu sur le gazon.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0194.jp2"}, "195": {"fulltext": "LE SONGE L UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 173\\nQuelque malheur lui serait-il arriv\u00c3\u00a9 se dit-elle\\ntoute tremblante.\\nEt, faisant appel tout son courage, elle le toucha\\nl\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8rement l \u00c3\u00a9paule\\nBon jeune homme, lui dit-elle, si tous n \u00c3\u00aates pas\\nmort, r\u00c3\u00a9veillez-yous, de gr\u00c3\u00a2ce\\nLysandre ouvrit, en effet, les yeux, et si puissant\\n\u00c3\u00a9tait l \u00c3\u00a9lixir de la petite fleur violette, qu la vue\\nd H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, il oublia soudainement Hermia et se sentit\\nenvahir par une passion folle pour la fausse amie de sa\\nfianc\u00c3\u00a9e\\nravissante H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, s \u00c3\u00a9cria-t-il, quel est le dieu\\nbienfaisant qui t envoie en ces lieux Autant la\\nblanche tourterelle l emporte en gr\u00c3\u00a2ce sur le cor-\\nbeau, autant toi-m\u00c3\u00aame tu l emportes en beaut\u00c3\u00a9 sur\\nHermia. Pour te plaire, je traverserais ce bois tout en\\nflammes\\nAssez exclama H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, furieuse d un langage\\nqu elle consid\u00c3\u00a9rait comme une raillerie et un outrage\\ndans la bouche de l homme qu elle savait solennelle-\\nment engag\u00c3\u00a9 Hermia. Qu ai-je donc fait pour que\\ntout le monde se croie ainsi permis de se moquer de\\nmoi et de m insulter N est-ce pas assez que T)\u00c3\u00a9-\\nm\u00c3\u00a9trius me refuse ses doux regards et ses bonnes pa-\\nroles Faut-il que vous, Lysandre, vous, que je\\ncroyais si noble de c\u00c5\u0093ur et de sentiments, vous simu-\\nliez pour moi un amour que vous devez une autre\\nEt elle s enfuit, poursuivie par Lysandre qui laissa\\nson Hermia seule, au milieu de la nuit, dormant, sans\\nprotecteur, en plein bois.\\nImaginez la frayeur de cette pauvre Hermia, lors-", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0195.jp2"}, "196": {"fulltext": "174 LE SONGE D UNE NUIT D ETE.\\nqu son r\u00c3\u00a9veil, elle vit que Lysandre avait disparu\\nAffol\u00c3\u00a9e par sa solitude, elle erra l aventure, appelant\\ngrands cris son infid\u00c3\u00a8le, et souhaitant de mourir si\\nelle ne parvenait le retrouver.\\nPendant ce temps, D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius n avait cess\u00c3\u00a9 de cher-\\ncher Hermia et Lysandre, et ne les rencontrant nulle\\npart, il avait fini par se laisser tomber au pied d un\\ngrand ch\u00c3\u00aane et par s y endormir.\\nC est l\u00c3\u00a0 que le trouva bient\u00c3\u00b4t Ob\u00c3\u00a9ron.\\nA certaines r\u00c3\u00a9ponses de Puck, le petit roi des f\u00c3\u00a9es\\navait compris que son favori avait fait une sottise et\\ns \u00c3\u00a9tait tromp\u00c3\u00a9 de personne en administrant l \u00c3\u00a9lixir.\\nAussit\u00c3\u00b4t, il s \u00c3\u00a9tait mis lui-m\u00c3\u00aame en campagne pour\\ntrouver D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius et, l ayant promptement reconnu\\nsous l arbre, il lui toucha les yeux avec ce qui lui restait\\ndu suc de la petite fleur violette.\\nAlors se produisit un imbroglio des plus bizarres.\\nH\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, Lysandre et Hermia arriv\u00c3\u00a8rent successive-\\nment pr\u00c3\u00a8s de D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, qui, subitement r\u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a9,\\naper\u00c3\u00a7ut d abord H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne et se mit lui d\u00c3\u00a9biter mille\\nextravagances amoureuses. Lysandre en fit autant,\\nsans se pr\u00c3\u00a9occuper de D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius et d Hermia. Les\\ndeux Ath\u00c3\u00a9niens parlaient la fois, \u00c3\u00a9levant H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne aux\\nnues, la proclamant la plus belle des femmes et lui\\njurant un amour \u00c3\u00a9ternel.\\nHermia \u00c3\u00a9tait p\u00c3\u00a9trifi\u00c3\u00a9e d \u00c3\u00a9tonnement.\\nComment ces hommes, qui tous deux aspiraient\\nsa main, en \u00c3\u00a9taient-ils arriv\u00c3\u00a9s ce degr\u00c3\u00a9 d impudence\\net d oubli\\nH\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne bouillait de rage et croyait ses trois amis\\nd autrefois ligu\u00c3\u00a9s ensemble pour se moquer d elle.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0196.jp2"}, "197": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 175\\nCette situation burlesque d\u00c3\u00a9cha\u00c3\u00aena entre les deux\\njeunes filles une temp\u00c3\u00aate d invectives\\nM\u00c3\u00a9chante Hermia, criait H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, c est toi qui as\\npouss\u00c3\u00a9 Lysandre me yexer de ses propos d amour.\\nC est toi qui mets dans la bouche de D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius les\\nfades sornettes dont il m assassine en ce moment.\\nMoi, une d\u00c3\u00a9esse, une nymphe rare, une perle des\\ncieux Me parlerait-il ainsi de son propre mouve-\\nment, lai qui me hait et me repousserait volontiers du\\npied comme il ferait d un chien Comment ne rou-\\ngis-tu pas de t associer des hommes pour tourner ta\\npauvre amie en ridicule As-tu donc oublie la tendre\\namiti\u00c3\u00a9 de nos jours d \u00c3\u00a9cole Combien de fois n avons-\\nnous pas, assises sur le m\u00c3\u00aame coussin, chantant la\\nm\u00c3\u00aame chanson, brod\u00c3\u00a9 sur la m\u00c3\u00aame toile la m\u00c3\u00aame fleur\\nfavorite, grandissant ensemble comme deux cerises\\nvermeilles sur un m\u00c3\u00aame p\u00c3\u00a9dicule Hermia, ta con-\\nduite est indigne d une amie, indigne d une jeune fille\\nqui se respecte\\nTa col\u00c3\u00a8re me semble bien \u00c3\u00a9trange, rij)osta Her-\\nmia. Si l une de nous se moque de l autre, ce n est\\ncertes pas moi, en ce moment.\\nC est cela continue r\u00c3\u00a9pliqua H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne hors\\nd elle-m\u00c3\u00aame. Fais bien ta s\u00c3\u00a9rieuse et tire-moi la\\nlangue d\u00c3\u00a8s que je tourne le dos. Tu n as d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9ment\\nni politesse, ni piti\u00c3\u00a9\\nElles se seraient querell\u00c3\u00a9es longtemps encore si,\\ntout coup, elles n avaient remarqu\u00c3\u00a9 que Lysandre et\\nD\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius avaient disparu. Les deux rivaux s \u00c3\u00a9taient,\\nen effet, enfonc\u00c3\u00a9s sous bois pour s y disputer H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne,\\nles armes la main. La peur fut plus forte que la", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0197.jp2"}, "198": {"fulltext": "176 LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089.\\ncol\u00c3\u00a8re, et les deux jeunes filles s \u00c3\u00a9lanc\u00c3\u00a8rent la pour-\\nsuite des duellistes.\\nPuck et Ob\u00c3\u00a9ron avaient tout entendu.\\nPetit sot dit le roi au g\u00c3\u00a9nie, te serais-tu tromp\u00c3\u00a9\\nde parti pris, par hasard\\nJe vous jure, ma\u00c3\u00aetre, que le hasard a tout fait,\\nr\u00c3\u00a9pondit Puck. Ne m avez-vous pas dit que je re-\\nconna\u00c3\u00aetrais mon homme son costume d Ath\u00c3\u00a9nien\\nVous voyez que tous deux sont v\u00c3\u00aatus presque de m\u00c3\u00aame.\\nIl n y a pas de quoi, d ailleurs, se d\u00c3\u00a9soler beaucoup\\nde cette m\u00c3\u00a9prise, car, parole de Puck, je n ai jamais\\ntant ri\\nBien mais je ne veux pas que cette plaisanterie\\ntourne au tragique. Tu vas rejoindre l instant les\\ndeux amoureux et les envelopper d un brouillard si\\n\u00c3\u00a9pais qu ils ne puissent s apercevoir entre eux. Con-\\ntrefais leurs voix, et, force de sarcasmes et d injures\\nqu ils croiront s adresser l un l autre, harasse-les si\\nbien te suivre, qu ils finissent par s endormir. Alors\\ntu verseras le suc de la plante que voici sur les yeux\\nde Lysandre.. Par la vertu de ce nouvel \u00c3\u00a9lixir, il\\noubliera sa soudaine passion pour H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, et les deux\\nbelles dames, heureuses de se retrouver aim\u00c3\u00a9es de\\nl homme que chacune d elles pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a8re, croiront n avoir\\nfait qu un mauvais r\u00c3\u00aave. Fais vite, Puck moi, je\\nvais voir de qui s est amourach\u00c3\u00a9e ma Titania.\\nElle dormait toujours, la jolie reine des f\u00c3\u00a9es.\\nJ arrive temps, se dit Ob\u00c3\u00a9ron, pour lui faire un\\nbon tour.\\nEt apercevant, endormi sur une corolle de rose, un\\nde ces sylphes qui jouent le r\u00c3\u00b4le de fous, il lui planta", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0198.jp2"}, "199": {"fulltext": "LE SONGE D UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089. 177\\nsi adroitement sur les \u00c3\u00a9paules une t\u00c3\u00aate d \u00c3\u00a2ne, qu on\\ne\u00c3\u00bbt dit qu elle y avait pouss\u00c3\u00a9 naturellement. Le\\nclown fut n\u00c3\u00a9anmoins r\u00c3\u00a9veill\u00c3\u00a9 par l op\u00c3\u00a9ration, et ne se\\ndoutant nullement de sa m\u00c3\u00a9tamorphose, il s approcha\\nde la couche de Titania.\\nOh le bel elfe dit la reine qui ouvrait les yeux\\nen ce moment et se trouva tout aussit\u00c3\u00b4t sous l empire\\ndu charme vers\u00c3\u00a9 sur ses paupi\u00c3\u00a8res. Es- tu aussi sage\\nque tu es ravissant\\nMadame, r\u00c3\u00a9pliqua en riant le plaisant lutin, je\\nn ai pas l honneur de vous conna\u00c3\u00aetre. Je me suis\\n\u00c3\u00a9gar\u00c3\u00a9 dans ces bois, et je ne demande qu en sortir.\\nSortir d ici jamais s \u00c3\u00a9cria Titania, dont le petit\\nc\u00c5\u0093ur battait se rompre. Je ne suis pas une f\u00c3\u00a9e\\nvulgaire, et je t adore. Eeste avec moi, et je te ferai\\nservir par mes favorites.\\nEt elle appela quatre de ses suivantes Fleur-des-\\nPois, Toile d Araign\u00c3\u00a9e, Graine-de-Moutarde et Pa-\\npillonne\\nAlerte leur dit-elle, et ex\u00c3\u00a9cutez tous les ordres\\nde ce gracieux gentilhomme. Cabriolez et f olichonnez\\ndevant lui gorgez-le de raisins et d abricots et ran-\\n\u00c3\u00a7onnez pour lui les cellules des abeilles. Viens t as-\\nseoir pr\u00c3\u00a8s de moi, mon joli petit \u00c3\u00a2ne viens que je\\ncaresse tes joues si d\u00c3\u00a9licieusement velues et que j em-\\nbrasse tes splendides et longues oreilles, l ador\u00c3\u00a9 de\\nmon c\u00c5\u0093ur\\nO\u00c3\u00b9 est Fleur-des-Pois demanda le clown t\u00c3\u00aate\\nde roussin, qui paraissait plus fier de ses nouvelles ser-\\nvantes que des enthousiasmes de la reine des f\u00c3\u00a9es.\\nVoil\u00c3\u00a0, monsieur, dit Fleur-des-Pois.\\n12", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0199.jp2"}, "200": {"fulltext": "178 LE SONGE L UNE NUIT D \u00c3\u0089T\u00c3\u0089\\nGratte-moi la t\u00c3\u00aate, dit le clown. O\u00c3\u00b9 est Toile\\nd Araign\u00c3\u00a9e\\nPr\u00c3\u00a9sente dit celle-ci.\\nMa bonne Toile d Araign\u00c3\u00a9e, va me tuer cette\\nabeille qui bourdonne sur ce chardon, et apporte-moi\\nson sac miel. Pas de brusquerie, surtout, et ne va\\npas le casser. Tu pourrais t y noyer, ma petite Et\\ncela me ferait de la peine, vrai O\u00c3\u00b9 est Graine-de-\\nMoutarde\\nVoici qu y a-t-il pour votre service\\nBien, mon amie. Aide seulement Fleur-des-Pois\\nme gratter. Je crois, parole d honneur, que je ne\\nferais pas mal d aller chez un barbier, car je me sens\\nla face terriblement velue.\\nQue veux-tu manger, mon amour intervint\\nTitania. Je vais envoyer une de mes filles fouiller\\nquelque nid d \u00c3\u00a9cureuil et t en rapporter des noix\\nfra\u00c3\u00aeches.\\nJ aimerais mieux une poign\u00c3\u00a9e de pois secs, riposta\\nle fou qui, avec sa t\u00c3\u00aate d \u00c3\u00a2ne se sentait un app\u00c3\u00a9tit\\nd Aliboron. Mais non, ajouta-t-il en se ravisant\\nqu on me laisse tranquille, je crois que j ai sommeil.\\nDors, dors, mon ch\u00c3\u00a9ri dit la reine, et je t \u00c3\u00a9trein-\\ndrai dans mes bras. Oh comme je t aime Tiens,\\nje raffole de toi, vois-tu\\nLe fou se laissa faire et s endormit aussit\u00c3\u00b4t.\\nAh ah cria tout coup Ob\u00c3\u00a9ron, en apparais-\\nsant devant Titania, c est comme cela, madame, que\\nvous me substituez un baudet\\nIl n y avait pas nier le fait.\\nLe clown \u00c3\u00a9tait bien l\u00c3\u00a0, dormant dans les bras de la", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0200.jp2"}, "201": {"fulltext": "LA SONGE D UNE NUIT D ETE. 179\\nreine, avec sa t\u00c3\u00aate aux longues oreilles couronn\u00c3\u00a9e de\\nfleurs des mains m\u00c3\u00aames de Titania.\\nEt le petit roi, sans prendre garde la honte qui\\nempourprait le yisage de sa femme, continua la ta-\\nquiner implacablement jusqu ce que, pour se faire\\npardonner sa faute, elle lui e\u00c3\u00bbt accord\u00c3\u00a9 le page orphe-\\nlin, j)remi\u00c3\u00a8re cause de leur inf\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9 domestique.\\nAlors il mit fin au charme qui pesait sur les yeux\\nde Titania qui, a l instant, retrouva sa raison et prit\\nen horreur le monstre \u00c3\u00a9trange dont elle avait eu la\\nsinguli\u00c3\u00a8re fantaisie de s \u00c3\u00a9prendre.\\nPuis, Ob\u00c3\u00a9ron enleva au clown sa t\u00c3\u00aate d \u00c3\u00a2ne et le\\nlaissa finir son sommeil avec sa t\u00c3\u00aate de fou sur les\\n\u00c3\u00a9paules.\\nLa paix une fois faite avec sa reine, le roi lui raconta\\nles aventures des deux couples d amoureux. Titania\\nvoulut les voir et partit avec son \u00c3\u00a9poux leur rencontre.\\nIls trouv\u00c3\u00a8rent nos quatre h\u00c3\u00a9ros dormant au milieu\\nd une vaste et verdoyante pelouse et ne se doutant\\ngu\u00c3\u00a8re qu ils \u00c3\u00a9taient si pr\u00c3\u00a8s les uns des autres. Puck,\\nd\u00c3\u00a9sireux de r\u00c3\u00a9parer sa maladresse, les avait amen\u00c3\u00a9s un\\npar un en cet endroit, les avait plong\u00c3\u00a9s dans le som-\\nmeil tour tour sans qu aucun d eux soup\u00c3\u00a7onn\u00c3\u00a2t la\\npr\u00c3\u00a9sence de ses compagnons, et s \u00c3\u00a9tait empress\u00c3\u00a9,\\nl aide de l antidote d Ob\u00c3\u00a9ron, de d\u00c3\u00a9truire l enchante-\\nment dont Lysandre avait subi l influence.\\nCe fut Hermia qui s \u00c3\u00a9veilla la premi\u00c3\u00a8re.\\nElle pensa s \u00c3\u00a9vanouir de joie envoyant son Lysandre\\nses c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9s. Bient\u00c3\u00b4t Lysandre ouvrit ses yeux main-\\ntenant dessill\u00c3\u00a9s, et, la vue de sa,, fianc\u00c3\u00a9e, toute sa\\ntendresse pour elle lui revint au c\u00c5\u0093ur. Ce fut alors", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0201.jp2"}, "202": {"fulltext": "180 LA SONGE D UNE NUIT D ETE.\\nentre les deux amants un nouvel \u00c3\u00a9change de caresses\\net de protestations d amour. Ils ne savaient plus que\\npenser des p\u00c3\u00a9rip\u00c3\u00a9ties de cette nuit extraordinaire, et\\nfinirent par croire qu ils avaient \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 les jouets d un\\naffreux cauchemar.\\nPuis, ce fut le tour d H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne et de D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius.\\nH\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne se sentait plus calme, et D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, toujours\\nfort \u00c3\u00a9pris, redoublait d \u00c3\u00a9loquence pour l assurer qu il\\nl adorait. Bien qu elle ne compr\u00c3\u00aet rien cet \u00c3\u00a9trange\\nrevirement, elle s y habitua sans peine et ne tarda pas\\n\u00c3\u00aatre convaincue de la sinc\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 des d\u00c3\u00a9clarations de\\ncelui qu elle aimait plus qu elle-m\u00c3\u00aame.\\nIl s ensuivit une r\u00c3\u00a9conciliation compl\u00c3\u00a8te entre les\\ndeux jeunes femmes, et D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius, bien d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9, cette\\nfois, \u00c3\u00a9pouser H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne, se pr\u00c3\u00a9parait se rendre aussi-\\nt\u00c3\u00b4t Ath\u00c3\u00a8nes pour supplier Eg\u00c3\u00a9e de r\u00c3\u00a9voquer la cruelle\\nsentence de mort qu il avait obtenue contre Hermia,\\nlorsque le vieillard, qui s \u00c3\u00a9tait mis la poursuite de sa\\nfille, arriva soudain et les frappa tout d abord de\\nterreur.\\nMais tout s expliqua bien vite.\\nD\u00c3\u00a8s qu Eg\u00c3\u00a9e se fut assur\u00c3\u00a9 que D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius renon\u00c3\u00a7ait\\nla main d Hermia, il donna son plein consentement\\nau mariage de celle-ci avec Lysandre. Il voulut\\nm\u00c3\u00aame que les noces eussent lieu quatre jours apr\u00c3\u00a8s,\\ndate fix\u00c3\u00a9e tout d abord pour l ex\u00c3\u00a9cution de la pauvre\\nfille, et H\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8ne consentit avec joie \u00c3\u00a9pouser aussi, ce\\njour-l\u00c3\u00a0, son cher D\u00c3\u00a9m\u00c3\u00a9trius.\\nEt maintenant, lecteurs, si vous vous sentez peu dis-\\npos\u00c3\u00a9s croire tant de merveilleuses aventures, figu-\\nrez-vous que vous avez fait un joli r\u00c3\u00aave, et n en de-\\nmeurons pas moins bons amis", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0202.jp2"}, "203": {"fulltext": "L AK T D APPRIVOISER LES\\nPIES-GRI\u00c3\u0088CHES.\\nCathekike, l a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9e des filles de Baptista, riche\\ncitoyen de Padoue, \u00c3\u00a9tait d un caract\u00c3\u00a8re si violent,\\nd une humeur si querelleuse et si indomptable qu on\\nl avait baptis\u00c3\u00a9e dans la ville Catherine la Pie-\\ngri\u00c3\u00a8che.\\nAussi les adorateurs n affluaient pas chez son p\u00c3\u00a8re.\\nAucun homme du monde ne se souciait de faire sa\\ncour cette jouvencelle la langue si bien pendue,\\nqui remplissait sans cesse la maison paternelle des\\n\u00c3\u00a9clats de son tonnerre f\u00c3\u00a9minin,, au grand d\u00c3\u00a9triment\\nde la gentille Bianca, que Baptista refusait de marier\\navant sa s\u00c5\u0093ur a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9e.\\nUn jour, cependant, arriva Padoue un gentleman\\ndu nom de Petruchio, qui venait y chercher femme.\\nLa mauvaise renomm\u00c3\u00a9e de Catherine ne tarda pas\\nlui venir aux oreilles. Mais il apprit, en m\u00c3\u00aame\\ntemps, qu elle \u00c3\u00a9tait belle et riche.\\nVoil\u00c3\u00a0 mon affaire, se dit-il j \u00c3\u00a9pouserai ce gen-\\ndarme en jupons, et j en ferai le plus doux des\\nagneaux.\\nC \u00c3\u00a9tait un travail d Hercule mais personne n \u00c3\u00a9tait\\nplus de taille que Petruchio le mener bonne fin.\\nIl avait autant de caract\u00c3\u00a8re que Catherine, avec cette\\ndiff\u00c3\u00a9rence, cependant, qu il \u00c3\u00a9tait d humeur joyeuse et\\nfacile, spirituel en diable, humoriste consomm\u00c3\u00a9, d une", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0203.jp2"}, "204": {"fulltext": "182 L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088CHES.\\ns\u00c3\u00bbret\u00c3\u00a9 de jugement toute \u00c3\u00a9preuve, et pouvait, son\\ngr\u00c3\u00a9, imiter les plus fougueux emportements de la\\ncol\u00c3\u00a8re, tout en maintenant ses esprits aussi calmes\\nque la surface d un beau lac.\\nSa r\u00c3\u00a9solution prise, il alla frapper chez Baptista et\\nlui demanda, sans plus de pr\u00c3\u00a9liminaires, la permission\\nde courtiser son aimable fille\\nOn m a tant parl\u00c3\u00a9 V\u00c3\u00a9rone, lui dit-il finement,\\nde la suave modestie et de l ang\u00c3\u00a9lique douceur de cette\\nd\u00c3\u00a9licieuse personne, que j ai tout quitt\u00c3\u00a9 pour vous\\nvenir demander sa main.\\nBaptista ne demandait pas mieux que de marier son\\nimp\u00c3\u00a9tueuse virago mais, tout p\u00c3\u00a8re qu il f\u00c3\u00bbt, il \u00c3\u00a9tait\\nhonn\u00c3\u00aate, et avoua franchement que le portrait ci-\\ndessus r\u00c3\u00a9pondait peu l original.\\nA ce moment, le ma\u00c3\u00aetre de musique de Catherine en-\\ntra en coup de vent dans la chambre du riche Padouan\\nC est intol\u00c3\u00a9rable criait le virtuose en se frottant\\nvigoureusement le cr\u00c3\u00a2ne. Mademoiselle Catherine\\nvient eucore de me casser son luth sur la t\u00c3\u00aate, parce-\\nque je lui ai dit qu elle jouait faux\\nVous voyez dit Baptista l amoureux de V\u00c3\u00a9-\\nrone.\\nBravo, bravo riposta celui-ci sans sourciller.\\nVoil\u00c3\u00a0 ce que j appelle une brave fille, et il me tarde\\nde lui faire mes compliments. Allons, papa Baptista,\\nje suis press\u00c3\u00a9, et je ne puis revenir ici tous les jours.\\nVous avez connu mon p\u00c3\u00a8re, aujourd hui mort. Je\\nsuis l unique h\u00c3\u00a9ritier de toutes ses terres et de tous\\nses biens. Si je fais la conqu\u00c3\u00aate de votre fille, quelle\\ndot lui donnerez-vous", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0204.jp2"}, "205": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-ORI\u00c3\u0088GHES. 183\\nC est aller bien vite en besogne, dit le bonhomme,\\nmais vous pouvez compter sur vingt mille couronnes\\net, ma mort, sur la moiti\u00c3\u00a9 de mes biens.\\nEntendu r\u00c3\u00a9pliqua Petrucbio. Allez chercher\\nmaintenant ma douce colombe j ai h\u00c3\u00a2te de la voir et\\nde l admirer.\\nBaptista parti, Petruchio arr\u00c3\u00aata son plan de bataille.\\nD\u00c3\u00a8s qu elle para\u00c3\u00aetra, se dit-il, je lui ferai ma cour\\navec feu. Si elle se moque de moi, je lui dirai que sa\\nvoix surpasse en douceur et en harmonie celle du ros-\\nsignol. Si elle fronce le sourcil, je comparerai son\\nvisage la rose qui s \u00c3\u00a9panouit sous la ros\u00c3\u00a9e matinale.\\nSi elle s enferme dans un mutisme obstin\u00c3\u00a9, j exalterai\\nson \u00c3\u00a9loquence, et, si elle me chasse, je me confondrai\\nen remerc\u00c3\u00aements, comme si elle me priait de rester\\npr\u00c3\u00a8s d elle toute une semaine.\\nEt d\u00c3\u00a8s qu il aper\u00c3\u00a7ut la jeune fille faisant dans\\nl appartement o\u00c3\u00b9 il se trouvait une entr\u00c3\u00a9e de reine\\noffens\u00c3\u00a9e\\nOh bonjour, ma gentille Oatherinette, s \u00c3\u00a9cria-t-\\nil.\\nCatherine s il vous pla\u00c3\u00aet, r\u00c3\u00a9torqua celle-ci avec\\ncol\u00c3\u00a8re.\\nA d autres continua Petruchio. On t appelle\\ntout bonnement Catherine tte, la bonne Catherinette,\\net m\u00c3\u00aame Catherinette la Pie-gri\u00c3\u00a8che. Mais tu es bien\\nla plus jolie Catherinette de toute la chr\u00c3\u00a9tient\u00c3\u00a9, et,\\nen cons\u00c3\u00a9quence, ma toute belle, entendant vanter par-\\ntout ta gentillesse et ta douceur, je viens te demander\\nd \u00c3\u00aatre ma femme\\nIl n en fallait pas tant pour faire sortir Catherine", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0205.jp2"}, "206": {"fulltext": "184 L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088GHES.\\ndes gonds. Mais plus elle temp\u00c3\u00aatait, plus Petruchio\\nl accablait de mots gracieux et de noms charmants.\\nBaptista arriva soudain, attir\u00c3\u00a9 par le bruit.\\nAllons, ma mignonne Catherine, eut le temps de\\ndire le jeune homme, assez de toutes ces balivernes.\\nJ ai le consentement de votre p\u00c3\u00a8re. Nous nous en-\\ntendons sur votre dot, et, que vous le vouliez ou non,\\nje vous \u00c3\u00a9pouserai\\nEt se tournant vers le Padouan qui entrait\\nBean-p\u00c3\u00a8re, lui dit-il, v\u00c3\u00b4tre fille m a fait le plus\\nbienveillant accueil, et nous nous marions dimanche\\nprochain. J ai sa promesse formelle.\\nC est faux interrompit Catherine, furieuse.\\nJ aimerais mieux \u00c3\u00aatre pendue dimanche que d \u00c3\u00a9pouser\\nun pareil toqu\u00c3\u00a9\\nNe faites pas attention, insista l imperturbable\\nPetruchio. Il a \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 convenu entre nous qu elle ferait\\nla mijaur\u00c3\u00a9e en votre pr\u00c3\u00a9sence. Mais, dans le t\u00c3\u00aate-\u00c3\u00a0-\\nt\u00c3\u00aate, c est un ange Allons, Catherinette, donne-moi\\nla main, et je pars pour V\u00c3\u00a9rone t y acheter mille jolies\\nchoses pour le jour de nos noces. Beau-p\u00c3\u00a8re, pr\u00c3\u00a9pa-\\nrez un grand festin, et lancez vos invitations. Je re-\\nviendrai charg\u00c3\u00a9 de bagues, de splendides fanfreluches\\net de robes dignes d une reine. Je veux que tu sois\\nla belle des belles, ma Catherine. Vite, un baiser,\\nCatherinette, et dimanche, sans faute\\nLe dimanche suivant, en effet, une foule d invit\u00c3\u00a9s\\ncirculaient dans les vastes appartements de Baptista.\\nMais Petruchio ne se pressait pas d arriver, et Cathe-\\nrine pleurait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 de rage, la pens\u00c3\u00a9e que ce bri-\\ngand s \u00c3\u00a9tait jou\u00c3\u00a9 d elle.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0206.jp2"}, "207": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088CHES. 185\\nEnfin, il apparut sur la route, mais si mal v\u00c3\u00aatu,\\nmont\u00c3\u00a9 sur une si mis\u00c3\u00a9rable rosse et suivi d un domes-\\ntique si pauvrement accoutr\u00c3\u00a9, qu on e\u00c3\u00bbt dit qu il n a-\\nvait d autre but que de faire d une action aussi grave\\nque le mariage une d\u00c3\u00a9testable plaisanterie.\\nEt quand il mit pied terre, il annon\u00c3\u00a7a tranquille-\\nment qu il n apportait rien de ce qu il avait promis.\\nCatherine n en revenait pas de tant de duplicit\u00c3\u00a9 et\\nde tant d audace.\\nAu moins, insinua Baptista, vous allez vous ha-\\nbiller autrement que cela\\nNullement, r\u00c3\u00a9pondit le V\u00c3\u00a9ronais avec hauteur.\\nCe ne sont pas mes hardes qu on \u00c3\u00a9pouse ici c est moi\\nDiscuter avec lui fut peine perdue, et, bon gr\u00c3\u00a9, mal\\ngr\u00c3\u00a9, la noce partit pour l \u00c3\u00a9glise.\\nL\u00c3\u00a0, le mari\u00c3\u00a9 se conduisit comme un \u00c3\u00a9nergum\u00c3\u00a8ne.\\nLe pr\u00c3\u00aatre lui demandant si Catherine consentait\\ndevenir sa femme, il entra dans une v\u00c3\u00a9h\u00c3\u00a9mente col\u00c3\u00a8re\\net hurla avec d affreux jurons qu il n avait nul besoin\\nd un pareil consentement.\\nSaisi d horreur et d effroi, le saint homme l\u00c3\u00a2cha son\\nlivre qui alla tomber aux pieds des fianc\u00c3\u00a9s, et, comme\\nil se baissait pour le ramasser, il re\u00c3\u00a7ut de Petruchio\\nune telle torgnole, qu il roula terre, au grand scan-\\ndale des assistants. Tant que dura la c\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9monie, le\\npr\u00c3\u00a9tendu fou frappa du pied et blasph\u00c3\u00a9ma si fort, que\\nla hautaine Catherine, terrifi\u00c3\u00a9e et tremblante, n osa\\nlever les yeux sur lui.\\nQuand tout fut fini, il demanda du pain et du vin\\nen pleine \u00c3\u00a9glise, porta un toast bruyant toute la\\ncompagnie, but et fit la trempette, et, voyant le bedeau", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0207.jp2"}, "208": {"fulltext": "186 L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088GHES.\\nle regarder la bouche grande ouverte, lui lan\u00c3\u00a7a la\\nface du pain satur\u00c3\u00a9 de vin, sous pr\u00c3\u00a9texte que le pauvre\\ndiable avait l air de se mourir de faim et de vieillesse.\\nJamais on n avait vu pareilles sc\u00c3\u00a8nes Padoue\\nmais Petruchio s \u00c3\u00a9tait mis en t\u00c3\u00aate d apprivoiser sa pie-\\ngri\u00c3\u00a8che, et tout cela faisait partie de son plan pour y\\nparvenir.\\nAu retour de l \u00c3\u00a9glise, quand il fallut passer dans la\\nsalle du festin, somptueusement servie, Petruchio d\u00c3\u00a9-\\nclara que ni lui, ni sa femme n assisteraient au ban-\\nquet. Il n \u00c3\u00a9couta ni les r\u00c3\u00a9clamations de Baptista, ni\\nles r\u00c3\u00a9voltes bruyantes de Catherine. Il avait le droit,\\ndisait-il, de faire d elle maintenant ce que bon lui sem-\\nblerait, et, la prenant brusquement par le bras, il l en-\\ntra\u00c3\u00aena hors de la maison, la campa sur une haridelle\\nefflanqu\u00c3\u00a9e que son domestique lui avait procur\u00c3\u00a9 tout\\nexpr\u00c3\u00a8s, et la triste cavalcade s \u00c3\u00a9loigna, sans que per-\\nsonne os\u00c3\u00a2t s opposer la nouvelle et cruelle fantaisie\\nde ce soi-disant butor.\\nA travers des routes rocailleuses et de bourbeux sen-\\ntiers, tous trois chemin\u00c3\u00a8rent sans mot dire, si ce n est\\nlorsque la Eossinante mont\u00c3\u00a9e par Catherine faisait\\nquelque faux pas. Alors, Petruchio \u00c3\u00a9clatait en impr\u00c3\u00a9-\\ncations contre le pauvre animal, qui n en pouvait mais.\\nEnfin, on arriva tant bien que mal V\u00c3\u00a9rone.\\nLe nouveau mari\u00c3\u00a9 sauta lestement terre, offrit\\ngalamment la main Catherine pour l aider des-\\ncendre de ce qu il appelait son pur sang et lui fit\\ntous les honneurs de sa maison. Mais quand le cou-\\nvert fut pr\u00c3\u00aat, il trouva tout d\u00c3\u00a9testable, jeta terre\\nchaque plat que lui pr\u00c3\u00a9sentaient ses serviteurs et leur", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0208.jp2"}, "209": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088GHES. 187\\nreprocha en termes fort durs de vouloir empoisonner\\nleur ma\u00c3\u00aetresse. Catherine, l estomac vide et le corps\\nbris\u00c3\u00a9, dut se lever de table sans avoir soupe. M\u00c3\u00aame\\ncom\u00c3\u00a9die dans la chambre nuptiale. Draps, oreillers,\\ncouvertures vol\u00c3\u00a8rent de tous c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9s\\nC \u00c3\u00a9tait honteux, criait-il, d avoir pr\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9 un lit\\naussi dur et aussi malpropre Il les chasserait toutes\\nle lendemain, ces maudites servantes qui traitaient si\\nmal sa bien-aim\u00c3\u00a9e Catherine\\nForc\u00c3\u00a9e de s \u00c3\u00a9tendre sur un sofa, la fille de Baptista\\nne put fermer l \u00c5\u0093il de la nuit.\\nLe lendemain, Petruchio \u00c3\u00a9tait tout miel avec sa\\nch\u00c3\u00a8re \u00c3\u00a9pouse mais il lan\u00c3\u00a7a le d\u00c3\u00a9jeuner sur le parquet\\ncomme il avait fait, la veille, du souper, et la fi \u00c3\u00a8re pie-\\ngri\u00c3\u00a8che se vit contrainte, pendant la journ\u00c3\u00a9e, de sup-\\nplier les domestiques de lui donner en secret quelque\\nchose pour subsister. H\u00c3\u00a9las ceux-ci avaient des\\nordres formels, et refus\u00c3\u00a8rent net.\\n\u00e2\u0080\u0094Quoi se dit-elle avec terreur, ce monstre m au-\\nrait-il \u00c3\u00a9pous\u00c3\u00a9e pour me faire mourir de faim Se\\nfigure-t-il que je puis vivre de protestations d amour,\\nsans nourriture et sans sommeil\\nMa toute belle, dit Petruchio qui, ce moment,\\nentrait dans son boudoir, mes gens n entendant rien\\nvous nourrir, je vous ai pr\u00c3\u00a9par\u00c3\u00a9 moi-m\u00c3\u00aame le d\u00c3\u00a9li-\\ncieux morceau de r\u00c3\u00b4ti que je vous apporte de mes\\npropres mains. Suis-je assez gentil Eh bien\\npas un mot de remerciment Ah vous ne l ai-\\nmez pas, je vois cela.\\nEt il donna l ordre une servante d emporter le r\u00c3\u00b4ti\\nla cuisine.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0209.jp2"}, "210": {"fulltext": "188 L ART D APPRIVOISER LUS PIES-QRI\u00c3\u0088CHES.\\nOh je tous en prie, exclama Catherine, demi-\\nyaincue dans son orgueil par les angoisses de la faim,\\nlaissez cela ici\\nIl faudra dire merci, avant d y toucher, mon\\namour dit Petruchio avec son plus affectueux sourire.\\nMerci donc, monsieur murmura Catherine bien\\nmalgr\u00c3\u00a9 elle.\\nElle put alors se restaurer quelque peu.\\nPuisse ce l\u00c3\u00a9ger repas faire du bien votre cher\\npetit c\u00c5\u0093ur, dit Petruchio. Mais h\u00c3\u00a2tez- vous, car nous\\nallons retourner chez votre p\u00c3\u00a8re, o\u00c3\u00b9 nous trouverons\\nencore bonne ch\u00c3\u00a8re et joyeuse compagnie. Et, cette\\nfois, nous irons tout v\u00c3\u00aatus de soie, et je vous donnerai des\\nbagues d or, de riches \u00c3\u00a9charpes, de brillants \u00c3\u00a9ventails,\\ndes fraises et des fraise ttes \u00c3\u00a9tincelantes de blancheur.\\nCe disant, il lui retirait son assiette et la remettait\\nune cam\u00c3\u00a9ri\u00c3\u00a8re, avant m\u00c3\u00aame que Catherine e\u00c3\u00bbt\\nmoiti\u00c3\u00a9 satisfait son app\u00c3\u00a9tit\\nComment d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 fini, ma gente amazone C est\\naffaire vous, parole d honn\u00c3\u00aate gentilhomme s \u00c3\u00a9cria\\nle sans-c\u00c5\u0093ur. Qu on fasse entrer le tailleur et le mer-\\ncier que j ai fait qu\u00c3\u00a9rir.\\nLe mercier se pr\u00c3\u00a9senta le premier avec un mignon\\nchapeau de femme.\\nPar Bacchus s \u00c3\u00a9cria Petruchio en simulant une\\nnouvelle fureur, vous appelez cela un chapeau, vous\\nEtes- vous fou Vous avez au moins moul\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a7a dans\\nune \u00c3\u00a9cuelle. Mais \u00c3\u00a7a n est pas plus gros qu une co-\\nquille de noix ou de p\u00c3\u00a9toncle Remportez cette\\nhorreur et faites pour Madame quelque chose de plus\\nmonumental", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0210.jp2"}, "211": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088CHES. 189\\nMais, interrompit Catherine, ce chapeau est fort\\nla mode je l aime, et je le Yeux\\nQuand tous serez bien gentille, mon enfant.\\nAh c en est trop cria la malheureuse jeune\\nfemme, dont le r\u00c3\u00b4ti avait ranim\u00c3\u00a9 quelque peu les\\nesprits j ai le droit de parler, et je parlerai Je ne\\nsuis pas un b\u00c3\u00a9b\u00c3\u00a9, monsieur Des gens qui yalent\\nmieux que yous ont tol\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 mes observations, et si vous\\nne les aimez pas, eh bien, yous n avez qu vous bou-\\ncher les oreilles\\nVous avez raison, mon amie, r\u00c3\u00a9pondit Petruchio,\\ncomme s il n e\u00c3\u00bbt rien entendu de cette furibonde\\nsortie ce chapeau n est pas digue de vous, et je vous\\naime davantage pour me l avoir si bien dit.\\nAimez-moi, ou ne m aimez pas, je veux ce cha-\\npeau, insista Catherine, et je n en accepterai point\\nd autre.\\nPetruchio continua faire le sourd.\\nYous dites que vous voulez voir votre nouvelle\\nrobe Parfait Hol\u00c3\u00a0 monsieur le tailleur.\\nLe tailleur \u00c3\u00a9tala sous les regards \u00c3\u00a9blouis de Cathe-\\nrine une robe de toute beaut\u00c3\u00a9.\\nCiel exclama Petruchio, qu est cela Quelle abo-\\nminable \u00c3\u00a9toffe Et vous appelez ceci une manche,\\nvous Mais c est une moiti\u00c3\u00a9 de canon, mis\u00c3\u00a9rable\\nC est ray\u00c3\u00a9 de bas en haut comme une tarte aux\\npommes.\\nLe pauvre homme semblait clou\u00c3\u00a9 au sol et tout mor-\\nfondu.\\nCette robe est superbe, intervint Catherine, et\\nla derni\u00c3\u00a8re mode.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0211.jp2"}, "212": {"fulltext": "190 L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u008bGHES.\\nSortez d ici, imb\u00c3\u00a9ciles cria Petruchio an tailleur\\net au mercier, qui se sauv\u00c3\u00a8rent toutes jambes, pr\u00c3\u00a9-\\nvenus qu ils \u00c3\u00a9taient qu ils seraient pay\u00c3\u00a9s quand m\u00c3\u00aame.\\nPuis, s ad ressaut sa femme\\nViens, ma douce Catherine, viens, lui dit-il avec\\ngr\u00c3\u00a2ce nous irons chez ton p\u00c3\u00a8re sans ces horribles af-\\nfiquets. Il n est que sept heures du matin, et nous\\nserons chez toi temps pour d\u00c3\u00aener.\\nMais vous vous trompez, monsieur, r\u00c3\u00a9pondit\\nCatherine presque gentiment, domin\u00c3\u00a9e qu elle \u00c3\u00a9tait\\npar l humeur violente de son mari. J ose vous affir-\\nmer qu il est deux heures de l apr\u00c3\u00a8s-midi et que nous\\nn arriverons Padoue que pour le souper.\\nSachez, madame, riposta notre mari, bien d\u00c3\u00a9ter-\\nmin\u00c3\u00a9 mater sa moiti\u00c3\u00a9 avant de l emmener chez son\\np\u00c3\u00a8re, qu il n est jamais que l heure que je veux qu il\\nsoit. Puisque vous avez toujours quelque observation\\nfaire, nous ne partirons pas aujourd hui, et le jour\\no\u00c3\u00b9 nous partirons, j entends qu il soit pour vous\\nl heure qu il sera pour moi\\nCatherine eut donc un jour de plus pour se faire\\nson nouveau r\u00c3\u00b4le, et ce ne fut que lorsqu il la vit\\ntellement subjugu\u00c3\u00a9e qu elle n osait m\u00c3\u00aame plus se sou-\\nvenir qu il exist\u00c3\u00a2t un mot signifiant contradiction,\\nqu il lui permit de monter cheval pour l accompa-\\ngner chez Baptista.\\nM\u00c3\u00aame lorsqu ils furent en chemin, il faillit lui faire\\ntourner bride parcequ elle lui r\u00c3\u00a9pondit que c \u00c3\u00a9tait le\\nsoleil qui brillait, alors que lui affirmait que c \u00c3\u00a9tait la\\nlune, bien qu il f\u00c3\u00bbt juste midi.\\nPar le fils de ma m\u00c3\u00a8re s \u00c3\u00a9cria-t-il et c est moi-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0212.jp2"}, "213": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088VHES. 191\\nm\u00c3\u00aame vous confesserez que c est la lune, ou que ce\\nsont les \u00c3\u00a9toiles, ou tout ce qu il me plaira, avant de\\nfaire un pas de plus vers la maison de votre p\u00c3\u00a8re\\nCe sera une simple chandelle, si vous le voulez,\\ndit Catherine humblement, et je vous jure que je le\\ncroirai\\nQui vous parle de chandelle r\u00c3\u00a9pliqua Petruchio,\\npour l \u00c3\u00a9prouver encore. Je vous dis que c est la lune.\\nJe sais que c est la lune, fit Catherine.\\nTriple sotte, continua le tyran, vous voyez bien\\nque c est le soleil.\\nAlors, c est le soleil mais seulement quand vous\\nle dites\\nPetruchio ne se tint pas encore pour satisfait, et\\nvoyant sur la route un vieillard qui les regardait, il le\\nsalua comme il e\u00c3\u00bbt fait une jeune fille\\nBonjour, jolie petite, lui cria-t-il.\\nEt s adressant Catherine\\nAvez-vous jamais vu paysanne plus fra\u00c3\u00aeche et\\nplus accorte, des joues plus rubicondes, des yeux plus\\ndignes des \u00c3\u00a9toiles Embrassez-la, pour l amour de\\nsa beaut\u00c3\u00a9.\\nCharmant bouton de rose, frais \u00c3\u00a9clos, dit Cathe-\\nrine, maintenant bien dompt\u00c3\u00a9e, au vieillard qui la crut\\nfolle, o\u00c3\u00b9 allez-vous Heureux sont les parents d une\\naussi jolie fille\\nAh \u00c3\u00a7a interrompit brusquement Petruchio, est-\\nce que vous perdez la t\u00c3\u00aate, Catherine Vous ne\\nvoyez pas que vous parlez un vieux bonhomme tout\\nrid\u00c3\u00a9\\nOh excusez-moi, bon vieillard, reprit Catherine", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0213.jp2"}, "214": {"fulltext": "192 L ART D APPRIVOISER LES PIES-QR1\u00c3\u0088GHES.\\ntout aussit\u00c3\u00b4t c est la faute du soleil qui m \u00c3\u00a9blouit.\\nMaintenant, je reconnais mon erreur, et je tous prie\\nde m excuser.\\nJe tous en prie aussi, v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rable patriarche, ajouta\\nPetruchio. Mais qui \u00c3\u00aates-vous, et o\u00c3\u00b9. allez-yous de ce\\npas\\nMon nom est Vincentio, r\u00c3\u00a9pondit le voyageur, et\\nje vais Padoue, voir mon fils Lucentio, qui \u00c3\u00a9pouse\\naujourd hui la belle Bianca, fille cadette de Baptista.\\nUn riche parti fit Petruchio.\\nJe suis heureux de cette bonne nouvelle, dit le\\nvieillard.\\nEt, cheminant de compagnie, tous trois arriv\u00c3\u00a8rent\\nbient\u00c3\u00b4t la demeure de Baptista, o\u00c3\u00b9 se c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9braient\\nensemble les noces de Lucentio et celles d Hortensio,\\nl un de ses meilleurs amis.\\nQuand Catherine et Petruchio firent, avec le\\nvieillard, leur entr\u00c3\u00a9e quelque peu tardive dans la\\nsalle du festin tout \u00c3\u00a9blouissante de lumi\u00c3\u00a8res, les deux\\nnouveaux mari\u00c3\u00a9s se f\u00c3\u00a9licitaient r\u00c3\u00a9ciproquement de\\nl humeur soumise et \u00c3\u00a9gale de leurs \u00c3\u00a9pouses de quelques\\nheures, et ils ne se g\u00c3\u00aan\u00c3\u00a8rent pas pour faire des allu-\\nsions humoristiques au lot si diff\u00c3\u00a9rent qui \u00c3\u00a9tait \u00c3\u00a9chu\\nen partage au gentilhomme de V\u00c3\u00a9rone dans la per-\\nsonne de l imp\u00c3\u00a9tueuse et hautaine Catherine.\\nCelui-ci les laissa dire tant que les femmes n eurent\\npas quitt\u00c3\u00a9 la table.\\nAlors seulement, il songea prendre sa revanche.\\nMa femme, messieurs mes beaux-fr\u00c3\u00a8res, dit-il, est\\ncent fois plus ob\u00c3\u00a9issante que les v\u00c3\u00b4tres, et je m offre\\nvous le prouver quand bon vous semblera.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0214.jp2"}, "215": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRI\u00c3\u0088CHES. 193\\nBaptista lui-m\u00c3\u00aame ne put retenir un formidable\\n\u00c3\u00a9clat de rire.\\nVoyons, voyons, mon cher Petruchio, ce n est\\npas moi que vous allez conter pareille histoire.\\nA vous, comme tout autre, beau-p\u00c3\u00a8re I^enez,\\nque chacun de ces messieurs envoie chercher sa femme.\\nJ en ferai autant pour la mienne, et celui dont l \u00c3\u00a9pouse\\nob\u00c3\u00a9ira le plus vite, gagnera ce que vous voudrez bien\\nproposer.\\nVingt couronnes cri\u00c3\u00a8rent ensemble les nouveaux\\nmaris.\\nVingt couronnes fit d\u00c3\u00a9daigneusement Petruchio;\\nje parierais une aussi pi\u00c3\u00a8tre somme sur mon faucon ou\\nsur mes chiens, mais jamais sur ma femme. J en\\noffre vingt fois autant\\nEh bien, mettons cent couronnes chacun, dit Lu-\\ncentio.\\nEt il envoya un domestique pr\u00c3\u00a9venir Bianca qu il\\naurait plaisir la voir un instant dans la salle du ban-\\nquet.\\nMais le serviteur revint presque aussit\u00c3\u00b4t, annon\u00c3\u00a7ant\\nque Bianca se disait fort affair\u00c3\u00a9e et ne pouvait se d\u00c3\u00a9-\\nranger.\\nJolie r\u00c3\u00a9ponse, pour une \u00c3\u00a9pouse soumise dit Pe-\\ntruchio en riant se tenir les c\u00c3\u00b4tes.\\nBaptista et Hortensio furent de cet avis, et parta-\\ng\u00c3\u00a8rent l hilarit\u00c3\u00a9 du V\u00c3\u00a9ronais aux d\u00c3\u00a9pens de Lucentio.\\nVa prier ma femme de venir me voir, dit son\\ntour Hortensio au domestique.\\nPrier s \u00c3\u00a9cria Petruchio. Est-ce ainsi que parle\\nun mari\\n13", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0215.jp2"}, "216": {"fulltext": "194 L ART D APPRIVOISER LES PIES-GR1\u00c3\u0088CHES.\\nNous verrons comment vous parlerez vous-m\u00c3\u00aame\\ntout l heure, r\u00c3\u00a9pliqua le jeune homme.\\nIl achevait peine ces mots qu il devint l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8rement\\np\u00c3\u00a2le. Le messager revenait seul, bien seul.\\nEh bien o\u00c3\u00b9 est ma femme interrogea-t-il, mal\\nl aise sous l \u00c5\u0093il narquois de Petruchio.\\nMa ma\u00c3\u00aetresse dit qu elle a peur que vous ne lui\\npr\u00c3\u00a9pariez quelque bon tour, r\u00c3\u00a9pondit le valet. Elle\\npr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a8re que vous veniez vous-m\u00c3\u00aame la trouver.\\nDe pire en pire, dit le V\u00c3\u00a9ronais. Et maintenant\\nmon tour Esclave, va dire madame Petruchio\\nque son mari lui commande de venir ici\\nLa compagnie avait peine eu le temps de respirer,\\nque Baptista, tout \u00c3\u00a9baubi, s \u00c3\u00a9cria\\nPar la Madone voici ma Catherine\\nC \u00c3\u00a9tait bien elle, en effet.\\nMon cher seigneur, dit-elle son mari avec dou-\\nceur, que d\u00c3\u00a9sirez- vous de moi\\nO\u00c3\u00b9 sont votre s\u00c5\u0093ur et la femme d Hortensio\\nElles causent devant le feu du salon.\\nAllez me les chercher.\\nEfc, sans r\u00c3\u00a9pliquer, Catherine s \u00c3\u00a9loigna.\\nPour une merveille, exclama Lucentio, en voil\u00c3\u00a0\\nune de premi\u00c3\u00a8re grandeur\\nAmen ajouta Hortensio. Qu est-ce que cela\\npeut bien pr\u00c3\u00a9sager\\nL amour, la paix du m\u00c3\u00a9nage, la supr\u00c3\u00a9matie qui\\nde droit, dit solennellement le Y\u00c3\u00a9ronais en un mot,\\nle bonheur\\nVous avez gagn\u00c3\u00a9 les deux cents couronnes, mon\\ngendre, ajouta Baptista, et j en donne ma Catherine", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0216.jp2"}, "217": {"fulltext": "L ART D APPRIVOISER LES PIES-GRIECRES. 195\\nvingt mille autres, car vous m en avez fait comme une\\nfille nouvelle.\\nVous n avez pas tout vu, fit simplement Petru-\\ncliio.\\nCatherine rentrait, ce moment, amenant, comme\\nelle e\u00c3\u00bbt fait de deux prisonni\u00c3\u00a8res, les deux \u00c3\u00a9pouses\\nr\u00c3\u00a9calcitrantes.\\nOatherinette, lui dit Petruchio, votre bonnet ne\\nvous sied pas. Arrachez-moi cette babiole et foulez-\\nla aux pieds.\\nL ex-pie-gri\u00c3\u00a8che ne se le fit pas dire deux fois.\\nMais, c est de la folie s \u00c3\u00a9cria la femme d Hor-\\ntensio.\\nUne v\u00c3\u00a9ritable d\u00c3\u00a9mence ajouta Bianca.\\nD\u00c3\u00a9mence tant qu il vous plaira, ma belle Bian-\\nca dit Lucentio. Mais votre pr\u00c3\u00a9tendue sagesse me\\nco\u00c3\u00bbte ce soir cent couronnes\\nCela vous apprendra, r\u00c3\u00a9partit Bianca, parier\\nsur ce que vous consid\u00c3\u00a9rez comme mon devoir.\\nCatherine, dit Petruchio, dites ces fortes t\u00c3\u00aates\\nce qu elles doivent d ob\u00c3\u00a9issance leurs seigneurs et\\nma\u00c3\u00aetres.\\nLa convertie fut d une admirable \u00c3\u00a9loquence, et de-\\nvint, par la suite, aussi fameuse dans Padoue par sa\\ndouceur et sa soumission, qu elle l avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 nagu\u00c3\u00a8re\\npar son insubordination et son intraitable humeur.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0217.jp2"}, "218": {"fulltext": "PERDITA.\\n(Winter s Tal\u00c3\u00a9.)\\nIl n y avait pas, dans toute la Sicile, de m\u00c3\u00a9nage plus\\nheureux que celui du roi L\u00c3\u00a9onte.\\nSa femme, la vertueuse reine Hermione, l adorait,\\net il la i: ayait abondamment de retour.\\nMais, au milieu de toute cette f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9, il lui man-\\nquait son ami et compagnon d enfance, Polix\u00c3\u00a8ne, roi\\nde Boh\u00c3\u00aame, qu il n avait pas revu depuis de longues\\nann\u00c3\u00a9es que celui-ci avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 appel\u00c3\u00a9 au tr\u00c3\u00b4ne par la\\nmort de son p\u00c3\u00a8re.\\nSans doute, les deux souverains \u00c3\u00a9changeaient fr\u00c3\u00a9-\\nquemment entre eux des lettres, des pr\u00c3\u00a9sents et des\\nambassades mais tout cela ne valait pas une bonne\\net franche accolade, et L\u00c3\u00a9onte e\u00c3\u00bbt donn\u00c3\u00a9 tous les\\njoyaux de sa couronne pour que son vieux camarade v\u00c3\u00aet,\\nde ses propres yeux, tout le bonheur domestique dont\\nla belle Hermione \u00c3\u00a9tait l infatigable dispensatrice.\\nEnfin, apr\u00c3\u00a8s bien des invitations pressantes, Po-\\nlix\u00c3\u00a8ne se d\u00c3\u00a9cida quitter ses Etats pour se rendre\\nla cour de Sicile.\\nCe fut tout un \u00c2\u00ab\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9nement. Il y eut entre les\\ndeux rois d interminables effusions de tendresse. Les\\nf\u00c3\u00aates succ\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a8rent aux f\u00c3\u00aates, et Hermione se montra\\nce que son mari avait d\u00c3\u00a9sir\u00c3\u00a9 qu elle f\u00c3\u00bbt, pleine de pr\u00c3\u00a9-\\nvenances pour l auguste visiteur.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0218.jp2"}, "219": {"fulltext": "PERDITA. 197\\nLe jour vint, cependant, o\u00c3\u00b9 Polix\u00c3\u00a8ne annon\u00c3\u00a7a son\\nintention de reprendre le chemin de s la Boh\u00c3\u00aame.\\nMais L\u00c3\u00a9onte s opposa chaleureusement son d\u00c3\u00a9part,\\net, comme Polix\u00c3\u00a8ne ne se rendait pas ses pressantes\\ninstances, il pria Hermionede joindre ses sollicitations\\naux siennes pour d\u00c3\u00a9cider son ami prolonger son s\u00c3\u00a9-\\njour en Sicile.\\nMalheureusement pour elle, Hermione fut si gra-\\ncieuse et son \u00c3\u00a9loquence si persuasive, que Philox\u00c3\u00a8ne\\nlui accorda ce qu il avait refus\u00c3\u00a9 son mari, et consen-\\ntit rester quelques semaines encore.\\nPar une \u00c3\u00a9trange incons\u00c3\u00a9quence, L\u00c3\u00a9onte se sentit\\nfroiss\u00c3\u00a9 du succ\u00c3\u00a8s d Hermione que lui-m\u00c3\u00aame avait\\nprovoqu\u00c3\u00a9.\\nPuis, il en vint oublier la droiture et l honn\u00c3\u00aatet\u00c3\u00a9\\nindiscutables de son compagnon d enfance, et soup-\\n\u00c3\u00a7onner l ange de vertu qui partageait son tr\u00c3\u00b4ne et sa\\ncouche royale. De l\u00c3\u00a0 aux angoisses de la jalousie,\\nil n y avait qu un pas, qui fut vite franchi par l in-\\nfortun\u00c3\u00a9 monarque. Tout son bonheur d autrefois f\u00c3\u00aet\\nplace aux tortures du doute, puis une rage concen-\\ntr\u00c3\u00a9e qu augmentaient, chaque jour, mille petits d\u00c3\u00a9-\\ntails de la conduite de la reine, fort innocents en eux-\\nm\u00c3\u00aames, mais qui, aux yeux du jaloux, prenaient les\\nproportions d autant de crimes de l\u00c3\u00a8se-fid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 conju-\\ngale.\\nBref, d ami d\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9 et confiant, d \u00c3\u00a9poux tendre et\\npassionn\u00c3\u00a9, il devint soudainement le plus sauvage, le\\nplus inhumain des monstres\\nCamillo, dit-il un jour l un des seigneurs de son\\nentourage, Hermione me trompe, et le coupable est", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0219.jp2"}, "220": {"fulltext": "198 PERDITA.\\nPolix\u00c3\u00a8ne. Je veux que, d ici quarante-huit heures,\\ntu aies empoisonn\u00c3\u00a9 ce tra\u00c3\u00aetre\\nMais Oamillo, plus perspicace que son roi, se garda\\nbien de commettre un tel forfait. Il se borna aver-\\ntir le roi de Boh\u00c3\u00aame du danger qu il courait, l aida\\ns enfuir jusque dans ses Etats et devint son conseiller\\nintime et son ami.\\nQuand L\u00c3\u00a9on te apprit la fuite de celui qu il appelait\\nle ravisseur de sa f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9, il entra dans une terrible\\nfureur, marcha droit aux appartements de la reine,\\nlui arracha des bras son tout jeune fils Mamillus, qui\\nlui racontait d amusantes histoires d enfant, et la fit\\njeter brutalement en prison.\\nMamillus aimait sa m\u00c3\u00a8re tendrement et comprit,\\nmalgr\u00c3\u00a9 son jeune \u00c3\u00a2ge, qu elle \u00c3\u00a9tait deshonor\u00c3\u00a9e par les\\nhumiliants proc\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9s de son p\u00c3\u00a8re. Et il en ressentit\\nun si profond chagrin, le pauvre petit qu il en per-\\ndit l app\u00c3\u00a9tit et le sommeil, au point que l on d\u00c3\u00a9sesp\u00c3\u00a9ra\\nbient\u00c3\u00b4t de sa vie.\\nMais le roi \u00c3\u00a9tait trop aveugle pour y prendre garde.\\nTout entier sa jalousie et sa rage, il ordonna\\ndeux seigneurs siciliens, Dion et Ol\u00c3\u00a9om\u00c3\u00a8ne, de partir\\npour Delphes, et d y consulter l oracle du temple\\nd Apollon sur la culpabilit\u00c3\u00a9 de la reine.\\nPendant ce temps, la malheureuse princesse donnait\\nle jour aune fille dans son cachot, et la venue de ce joli\\npetit \u00c3\u00aatre la consolait quelque peu de son infortune\\nCharmante prisonni\u00c3\u00a8re, lui disait-elle mille fois\\nle jour en la couvrant de ses baisers maternels, je\\nsuis tout aussi innocente que toi\\nToutes les dames de la cour s apitoyaient sinc\u00c3\u00a8re-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0220.jp2"}, "221": {"fulltext": "PERDITA. 199\\nment sur l\u00c3\u00a9 sort d Hermione, qu elles aimaient autant\\nqu elles la respectaient pour son rang et pour sa vertu.\\nL une d elles, Paulina, la courageuse \u00c3\u00a9pouse du sei-\\ngneur sicilien Antigonus, apprenant la naissance de la\\npetite princesse, se rendit la prison o\u00c3\u00b9 g\u00c3\u00a9missait la\\nreine\\nJe tous en supplie, Emilia, dit-elle la dame\\nd honneur pr\u00c3\u00a9pos\u00c3\u00a9e au service d Hermione, priez Sa\\nMajest\u00c3\u00a9 de me confier son pr\u00c3\u00a9cieux b\u00c3\u00a9b\u00c3\u00a9. Je yeux\\nle porter au roi, son p\u00c3\u00a8re, et le d\u00c3\u00a9poser ses pieds.\\nPeut-\u00c3\u00aatre la vue de ce ch\u00c3\u00a9rubin parviendra-t-elle\\nl attendrir.\\nExcellente dame, r\u00c3\u00a9pondit Emilia, je vais de ce\\npas communiquer votre d\u00c3\u00a9sir notre v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9e ma\u00c3\u00ae-\\ntresse. Nul doute qu elle n y acquiesce avec joie, car,\\nce matin m\u00c3\u00aame, elle souhaitait que quelque noble\\nc\u00c5\u0093ur se charge\u00c3\u00a2t de porter son enfant au roi.\\nDites bien Sa Majest\u00c3\u00a9, ajouta Paulina toute\\njoyeuse, que duss\u00c3\u00a9-je en p\u00c3\u00a2tir, moi et les miens, je\\ntiendrai au roi un langage ferme et hardi.\\nQue les dieux vous r\u00c3\u00a9compensent de tant de d\u00c3\u00a9-\\nvo\u00c3\u00bbment dit Emilia, qui se h\u00c3\u00a2ta d aller faire part\\nHermione de ce gracieux message.\\nQuelques instants apr\u00c3\u00a8s, la dame d honneur reve-\\nnait portant dans ses bras le. nouveau-n\u00c3\u00a9.\\nPaulina s en saisit avec respect, se rendit au palais\\nde L\u00c3\u00a9onte, et, en d\u00c3\u00a9pit de son mari, qui redoutait la\\ncol\u00c3\u00a8re du roi, elle insista pour \u00c3\u00aatre admise aussit\u00c3\u00b4t en\\npr\u00c3\u00a9sence de Sa Majest\u00c3\u00a9.\\nToutes les portes s ouvrirent devant sa d\u00c3\u00a9termina-\\ntion et son courage", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0221.jp2"}, "222": {"fulltext": "200 PERDITA.\\nSoi, dit-elle humblement tout d abord, apr\u00c3\u00a8s\\navoir tendrement d\u00c3\u00a9pos\u00c3\u00a9 au pied du tr\u00c3\u00b4ne son inno-\\ncent fardeau, voil\u00c3\u00a0 ta fille et celle d Hermione, ta fille\\net ta prisonni\u00c3\u00a8re. Ne te plairait-il pas d embrasser ce\\npetit ange\\nMais L\u00c3\u00a9onte ne lui r\u00c3\u00a9pondit que pour lui reprocher\\nl audace gr\u00c3\u00a2ce laquelle elle avait r\u00c3\u00a9ussi parvenir\\njusqu lui.\\nSans s \u00c3\u00a9mouvoir de cet emportement, la vaillante\\nPaulina changea alors de ton et d attitude. Elle ac-\\ncusa le roi de cruaut\u00c3\u00a9 et d injustice. Puis, elle fit un\\n\u00c3\u00a9loquent appel son c\u00c5\u0093ur de p\u00c3\u00a8re et, quand elle\\nvit que ce c\u00c5\u0093ur \u00c3\u00a9tait aussi mort que celui de l \u00c3\u00a9poux,\\nelle \u00c3\u00a9clata en impr\u00c3\u00a9cations contre la barbarie du mo-\\nnarque.\\nAntigonus, cria le roi au mari de Paulina, qui\\nassistait cette sc\u00c3\u00a8ne \u00c3\u00a9mouvante, fais sortir cette\\nfemme de ma pr\u00c3\u00a9sence\\nLe l\u00c3\u00a2che ob\u00c3\u00a9it sans mot dire.\\nPaulina se retira, l \u00c3\u00a2me navr\u00c3\u00a9e. Mais dans l espoir\\nque se voyant seul avec sa fille, L\u00c3\u00a9onte reviendrait\\ndes sentiments plus humains, elle avait laiss\u00c3\u00a9 l enfant\\nau pied du tr\u00c3\u00b4ne.\\nCe g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux espoir devait \u00c3\u00aatre tromp\u00c3\u00a9.\\nPaulina avait peine disparu que le roi commanda\\nAntigonus de prendre l enfant, de s embarquer avec\\nelle et d aborder sur quelque rivage d\u00c3\u00a9sert, o\u00c3\u00b9 il\\nl abandonnerait pour l y laisser mourir.\\nLe mis\u00c3\u00a9rable courtisan \u00c3\u00a9tait loin de ressembler\\nOamillo, et il ex\u00c3\u00a9cuta la lettre l ordre inf\u00c3\u00a2me qu il\\navait re\u00c3\u00a7u.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0222.jp2"}, "223": {"fulltext": "PERDITA. 201\\nL\u00c3\u00a9on te \u00c3\u00a9tait si convaincu de l infid\u00c3\u00a9lit\u00c3\u00a9 d Hermione\\nqu il n eut pas la patience d attendre le retour des\\ndeux seigneurs qu il avait envoy\u00c3\u00a9s Delphes. Avant\\nm\u00c3\u00aame que la pauvre reine f\u00c3\u00bbt compl\u00c3\u00a8tement r\u00c3\u00a9tablie\\nde ses couches, et de la douleur que lui causait la\\nperte de son enfant, il la fit compara\u00c3\u00aetre devant l as-\\nsembl\u00c3\u00a9e des notables de son royaume et l accusa pu-\\nbliquement de l avoir tromp\u00c3\u00a9e\\nIl parlait encore quand Cl\u00c3\u00a9om\u00c3\u00a8ne et Dion entr\u00c3\u00a8rent\\ndans la grande salle du jugement et lui pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a8rent\\nla r\u00c3\u00a9ponse scell\u00c3\u00a9e de l oracle de Delphes.\\nBrisez ce cachet, dit L\u00c3\u00a9onte en faisant remettre\\nle pli au chef des juges devant lesquels, noble et r\u00c3\u00a9-\\nsign\u00c3\u00a9e, se tenait debout la reine qu il avait tant\\naim\u00c3\u00a9e. Qu on lise ce que dit Apollon\\nOr, l oracle s exprimait ainsi.\\nHermione est innocente Polix\u00c3\u00a8ne, exempt de\\ntout bl\u00c3\u00a2me Oamillo, un sujet fid\u00c3\u00a8le, et L\u00c3\u00a9onte, un\\ntyran jaloux. Le roi mourra sans h\u00c3\u00a9ritier, si celui\\nqui est perdu n est pas retrouv\u00c3\u00a9.\\nMensonges que tout cela s \u00c3\u00a9cria le monarque\\nirrit\u00c3\u00a9. Ce sont les amis de la reine qui ont fabriqu\u00c3\u00a9\\ncette pr\u00c3\u00a9tendue r\u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9lation des dieux Qu on pro-\\nc\u00c3\u00a8de au jugement\\nA ce moment, un messager se pr\u00c3\u00a9senta tout effar\u00c3\u00a9,\\net annon\u00c3\u00a7a au roi que le jeune prince Mamillus, en\\napprenant que la reine, sa m\u00c3\u00a8re, courait le danger\\nd \u00c3\u00aatre condamn\u00c3\u00a9e mort, avait expir\u00c3\u00a9 soudaine-\\nment, dans un acc\u00c3\u00a8s de honte et de d\u00c3\u00a9sespoir.\\nUn cri d\u00c3\u00a9chirant s \u00c3\u00a9chappa de la poitrine d Her-\\nmione.", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0223.jp2"}, "224": {"fulltext": "202 PERDITA.\\nLa pauvre m\u00c3\u00a8re s affaissa, haletante, dans les bras\\nde ses dames d honneur, qui l emport\u00c3\u00a8rent hors de\\nla salle, et L\u00c3\u00a9onte s \u00c3\u00a9tait peine remis du choc de\\ncette terrible sc\u00c3\u00a8ne, que Paulina reparut sur le seuil,\\np\u00c3\u00a2le et \u00c3\u00a9chevel\u00c3\u00a9e, et s \u00c3\u00a9cria d une yoix vibrante\\nLa reine est morte, messieurs\\nPlus de fils plus d \u00c3\u00a9pouse\\nLe c\u00c5\u0093ur de L\u00c3\u00a9onte se brisa au choc de ces deux\\ntr\u00c3\u00a9pas\\nCe sont les dieux qui me ch\u00c3\u00a2tient, dit-il en g\u00c3\u00a9-\\nmissant. Je reconnais trop tard que mon Her-\\nmione \u00c3\u00a9tait innocente, et que l oracle avait raison, car\\nmon pauvre Mamillus n est plus et j ai tu\u00c3\u00a9, sans\\ndoute, ma propre fille Mis\u00c3\u00a9rable que je suis je\\ndonnerais mon royaume pour retrouver ma fille per-\\ndue par ma faute\\nEt, depuis ce jour, et pendant de longues ann\u00c3\u00a9es, le\\nroi de Sicile v\u00c3\u00a9cut dans le repentir et les remords.\\nCependant, le vaisseau sur lequel s \u00c3\u00a9tait embarqu\u00c3\u00a9\\nAntigonus avec l enfant d Hermione avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 jet\u00c3\u00a9 par\\nune temp\u00c3\u00aate sur les c\u00c3\u00b4tes de la Boh\u00c3\u00aame, o\u00c3\u00b9 nous\\nsavons que r\u00c3\u00a9gnait le bon roi Polix\u00c3\u00a8ne.\\nAussit\u00c3\u00b4t qu il avait pu d\u00c3\u00a9barquer, le cruel seigneur\\nsicilien avait emport\u00c3\u00a9 dans les bois l innocente cr\u00c3\u00a9ature\\nqu il devait, laisser mourir, et l y avait abandonn\u00c3\u00a9e.\\nMais il ne revit jamais L\u00c3\u00a9onte, ni la Sicile. Comme\\nil retournait son navire, il fut attaqu\u00c3\u00a9 et mis en\\npi\u00c3\u00a8ces par un ours juste ch\u00c3\u00a2timent de son abominable\\ncomplicit\u00c3\u00a9 avec le roi, son ma\u00c3\u00aetre.\\nL enfant \u00c3\u00a9tait couverte de joyaux et rev\u00c3\u00aatue d\u00c3\u00a9robes\\nd une richesse toute royale, car Hermione l avait par\u00c3\u00a9e", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0224.jp2"}, "225": {"fulltext": "PEBDITA. 203\\ncomme une ch\u00c3\u00a2sse avant de la confier la courageuse\\nPaulina et de la faire para\u00c3\u00aetre devant son p\u00c3\u00a8re. En\\nla perdant dans les bois, Antigonus lui avait attach\u00c3\u00a9\\nau manteau un papier portant le nom significatif de\\nPerdita.\\nCe fut un berger qui trouva la pauvre petite aban-\\ndonn\u00c3\u00a9e. Le brave homme la porta sa femme, qui,\\naussi g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse que lui, lui prodigua des soins tout\\nmaternels. Mais la pauvret\u00c3\u00a9, cette grande tentatrice,\\npoussa le p\u00c3\u00a8re adoptif de la royale enfant faire argent\\ndes bijoux trouves sur elle, et, pour que l on ne p\u00c3\u00bbt\\nsavoir d o\u00c3\u00b9 la richesse lui \u00c3\u00a9tait venue si soudainement,\\nil quitta sa cabane et s en alla, dans une autre partie\\nde la Boh\u00c3\u00aame, o\u00c3\u00b9 il acheta de nombreux troupeaux et\\ndevint bient\u00c3\u00b4t un des bergers les plus opulents. L\u00c3\u00a0,\\nil \u00c3\u00a9leva Perdita comme si elle e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 sa propre fille,\\net ne lui laissa jamais soup\u00c3\u00a7onner qu elle e\u00c3\u00bbt un autre\\np\u00c3\u00a8re que lui.\\nLes ann\u00c3\u00a9es se pass\u00c3\u00a8rent et Perdita devint une su-\\nperbe jeune fille. Bien qu elle n e\u00c3\u00bbt re\u00c3\u00a7u d autre \u00c3\u00a9du-\\ncation que celle des enfants de bergers, elle avait h\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9\\nde tant de gr\u00c3\u00a2ce naturelle et de tant de dignit\u00c3\u00a9, qu il\\nsemblait qu elle n e\u00c3\u00bbt jamais quitt\u00c3\u00a9 la cour de Sicile.\\nUn jour, le jeune prince Florizel, fils unique du roi\\nPolix\u00c3\u00a8ne, vint passer au cours d une partie de chasse,\\npr\u00c3\u00a8s de la demeure du riche berger.\\nTout coup apparut Perdita, dans tout l \u00c3\u00a9clat de\\nsa beaut\u00c3\u00a9, de sa modestie, de sa d\u00c3\u00a9marche digne d une\\nreine.\\nFlorizel fut touch\u00c3\u00a9 au c\u00c5\u0093ur, et devint \u00c3\u00a9perd\u00c3\u00bbment\\n\u00c3\u00a9pris de cette perle des prairies. Sous le nom de Do-", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0225.jp2"}, "226": {"fulltext": "204 PERD1TA.\\nricl\u00c3\u00a8s et les v\u00c3\u00aatements d un simple citoyen de la capi-\\ntale, il s introduisit dans la demeure du vieil \u00c3\u00a9leveur\\nde bestiaux, s y fit agr\u00c3\u00a9er comme visiteur assidu, et\\ns absenta, d\u00c3\u00a8s lors, si souvent de la cour de Polix\u00c3\u00a8ne,\\nque celui-ci le fit \u00c3\u00a9pier et d\u00c3\u00a9couvrit son amour pour\\nPerdita.\\nSans perdre de temps, le roi, accompagn\u00c3\u00a9 de Oa-\\nmillo, le m\u00c3\u00aame qui l avait pr\u00c3\u00a9serv\u00c3\u00a9 de la fureur de\\nL\u00c3\u00a9onte, se rendit, sous un d\u00c3\u00a9guisement, la demeure\\ndu berger, o\u00c3\u00b9 se c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9brait, ce jour-l\u00c3\u00a0, la f\u00c3\u00aate annuelle\\nde la tonte des moutons.\\nEn pareille occurrence, tout \u00c3\u00a9tranger est le bienvenu,\\nen Boh\u00c3\u00aame. Les deux visiteurs furent donc accueillis\\ncomme des amis.\\nPartout r\u00c3\u00a9gnaient la ga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9 et le joyeux laisser-aller\\nqui donnent tant de charme aux f\u00c3\u00aates villageoises.\\nDe nombreuses tables \u00c3\u00a9talaient aux regards \u00c3\u00a9blouis\\nleurs nappes d une \u00c3\u00a9clatante blancheur, et tout indi-\\nquait que dans la cuisine se pr\u00c3\u00a9parait un abondant et\\nsucculent festin. Sur la pelouse qui \u00c3\u00a9tendait son tapis\\nvert devant l hospitali\u00c3\u00a8re demeure, dansaient de jolis\\ncouples de jeunes gar\u00c3\u00a7ons et de jeunes filles, tandis\\nque nombre de jeunes gens achetaient un marchand\\nambulant, debout pr\u00c3\u00a8s de la porte, qui des rubans mul-\\nticolores, qui des gants et autres ainquets pour leurs\\nbelles.\\nEtrangers tout ce mouvement et tous ces plaisirs,\\nElorizel et Perdita, retir\u00c3\u00a9s dans un coin bien paisible,\\nconversaient comme deux amoureux qui, en dehors\\nd eux-m\u00c3\u00aames, ne se doutent pas que le monde existe.\\nLe roi s \u00c3\u00a9tait si bien transform\u00c3\u00a9, qu il put, sans ex-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0226.jp2"}, "227": {"fulltext": "PERDITA. 205\\nciter leurs soup\u00c3\u00a7ons, se tenir assez pr\u00c3\u00a8s d eux pour ne\\npas perdre un mot de leur int\u00c3\u00a9ressant dialogue. Le\\nlanguage simple, mais \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9gant, de Perdita le frappa de\\nsurprise\\nVoil\u00c3\u00a0 bien, dit-il voix basse Camillo, la plus\\njolie et la plus distingu\u00c3\u00a9e petite paysanne que j aie ja-\\nmais yue. Tout ce qu elle dit et tout ce qu elle fait\\nsemble beaucoup au-dessus de sa condition.\\nC est vrai, r\u00c3\u00a9pondit en riant Camillo, on dirait la\\nreine de la cr\u00c3\u00a8me et du lait caill\u00c3\u00a9.\\nMon bon ami, dit alors Polix\u00c3\u00a8ne au berger, quel\\nest donc ce joli gar\u00c3\u00a7on qui cause avec votre fille\\nOn l appelle Doricl\u00c3\u00a8s, r\u00c3\u00a9pliqua le vieillard. Il\\npr\u00c3\u00a9tend qu il aime ma fille et, vrai dire, je serais bien\\nembarrass\u00c3\u00a9 de dire lequel des deux est le plus \u00c3\u00a9pris\\nde l autre. Si Doricl\u00c3\u00a8s peut faire la conqu\u00c3\u00aate de\\nPerdita, elle lui apportera une dot laquelle il ne\\nsonge gu\u00c3\u00a8re.\\nLe bonhomme faisait allusion aux bijoux qui avaient\\nservi b\u00c3\u00a2tir sa propre fortune et qu il avait rachet\u00c3\u00a9s\\net conserv\u00c3\u00a9s depuis avec soin.\\nDites donc, jeune homme, fit le roi en s adressant\\nau faux Doricl\u00c3\u00a8s, m est avis que vous avez au c\u00c5\u0093ur un\\nautre app\u00c3\u00a9tit que celui de vos compagnons. Quand\\nj \u00c3\u00a9tais jeune, je n oubliais jamais de combler ma belle\\nde pr\u00c3\u00a9sents. Mais vous, vous n avez pas achet\u00c3\u00a9 la\\nv\u00c3\u00b4tre la plus insignifiante fanfreluche.\\nMon vieux monsieur, repartit Florizel, qui ne se\\ndoutait pas qu il parl\u00c3\u00a2t son auguste p\u00c3\u00a8re, Perdita\\nn attend de moi que les tr\u00c3\u00a9sors de mon amour.\\nPerdita, laisse-moi te dire combien je t adore, devant", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0227.jp2"}, "228": {"fulltext": "206 PERDITA.\\nce vieillard qui, lui aussi, para\u00c3\u00aet-il, a su ce que c est\\nque d aimer\\nEt le jeune prince se lan\u00c3\u00a7a dans de br\u00c3\u00bblantes pro-\\ntestations de tendresse qu il termina par cette excla-\\nmation intempestive\\nJe prends t\u00c3\u00a9moin ce v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rable patriarche de la\\nsolennelle promesse que je fais ici de t \u00c3\u00a9pouser\\nVieillard, ajouta-t-il en s adressant Polix\u00c3\u00a8ne, prenez\\nbonne note de ce contrat\\nJeune fou, s \u00c3\u00a9cria Polix\u00c3\u00a8ne hors de lui, je suis\\nton p\u00c3\u00a8re et ton roi Quelle audace est donc la tienne\\nte t engager ainsi une fille de basse extraction,\\nune bambine de berger Quant toi, porteuse de\\nhoulette, si tu re\u00c3\u00a7ois encore ici mon fils, je vous ferai\\npendre, toi, et ton paysan de p\u00c3\u00a8re Suivez-moi,\\nFlorizel\\nEt il s \u00c3\u00a9loigna furieux, accompagn\u00c3\u00a9 du jeune prince\\ntout confus et de Camillo tout d\u00c3\u00a9sol\u00c3\u00a9.\\nL insolent! dit Perdita dont le sang royal sembla\\nse r\u00c3\u00a9volter sous les insultes qu elle yenait d entendre.\\nNous voil\u00c3\u00a0 tous bien abattus mais qu il ne croie pas\\nque j aie eu peur. Je ne sais ce qui m a retenue de\\nlui dire que le soleil qui brille sur son palais, brille\\naussi sur notre cottage. Enfin ajouta-t-elle en\\nsoupirant, j ai fait un beau r\u00c3\u00aave mais il est fini, bien\\nfini Allons traire nos brebis, et n y pensons plus\\nMais le bon Gamillo allait y penser pour elle.\\nLa douceur, l esprit, la modestie de Perdita l avaient\\ncharm\u00c3\u00a9. Il craignait aussi que le prince Florizel ne\\nconsult\u00c3\u00a2t plut\u00c3\u00b4t son c\u00c5\u0093ur de jeune homme que sa\\nconscience de fils. Il r\u00c3\u00a9solut, en cons\u00c3\u00a9quence, de", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0228.jp2"}, "229": {"fulltext": "PERDITA. 207\\nchercher et de trouver un moyen d \u00c3\u00aatre utile aux deux\\naimables enfants que la fatalit\u00c3\u00a9 de leur naissance\\nmena\u00c3\u00a7ait de s\u00c3\u00a9parer pour toujours.\\nIl savait depuis longtemps que L\u00c3\u00a9onte, le roi de\\nSicile, se repentait am\u00c3\u00a8rement de sa cruaut\u00c3\u00a9 envers\\nHermione et envers sa fille, et il lui tardait de revoir\\nson ancien ma\u00c3\u00aetre et sa patrie.\\nIl proposa donc Florizel et Perdita de l accom-\\npagner la cour de Sicile\\nJe vous r\u00c3\u00a9ponds de la protection du roi L\u00c3\u00a9onte,\\nleur dit-il, et je me charge d obtenir pour vous, par la\\nsuite, le pardon de Polix\u00c3\u00a8ne et son consentement\\nvotre mariage.\\nLes deux jeunes gens accept\u00c3\u00a8rent avec all\u00c3\u00a9gresse, et,\\nun beau jour, accompagn\u00c3\u00a9s du vieux berger, ils parti-\\nrent pour la Sicile avec Camillo.\\nLe voyage se fit sans encombre, et L\u00c3\u00a9onte fit, en\\neffet, ses visiteurs un accueil des plus gracieux.\\nMais il se montra tout particuli\u00c3\u00a8rement affable\\navec Perdita, que Florizel lui avait pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9e comme\\nsa fianc\u00c3\u00a9e.\\nLa ressemblance \u00c3\u00a9tait si frappante entre la jeune\\nfille et Hermione que L\u00c3\u00a9onte sentit se raviver tout son\\nchagrin\\nMa fille, disait-il, que j ai si cruellement sacrifi\u00c3\u00a9e\\nmon injuste fureur, aurait le m\u00c3\u00aame \u00c3\u00a2ge et la m\u00c3\u00aame\\nbeaut\u00c3\u00a9. Et, du plus, mon cher Florizel, j ai perdu\\nl amiti\u00c3\u00a9 de votre brave et excellent p\u00c3\u00a8re, que je serais\\nprofond\u00c3\u00a9ment d\u00c3\u00a9sol\u00c3\u00a9 de ne pas revoir avant de mourir.\\nCette douleur du roi fit grande impression sur le\\nberger. En entendant L\u00c3\u00a9onte parler de la fille qu il", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0229.jp2"}, "230": {"fulltext": "208 PERDITA.\\navait perdue, le vieillard se prit comparer la date de\\ncette perte avec celle de sa propre rencontre avec Per-\\ndita, couverte de bijoux pr\u00c3\u00a9cieux et de v\u00c3\u00aatements in-\\ndiquant la haute naissance de cet enfant-trouv\u00c3\u00a9.\\nIl fit part de toutes ces circonstances Florizel et\\nCamille II leur parla de la mort d Antigonus, qu il\\navait vu d\u00c3\u00a9vorer par un ours, et leur montra les parures\\net le riche manteau qu il avait apport\u00c3\u00a9s avec lui de\\nBoh\u00c3\u00aame.\\nLa vaillante Pauline, femme d Antigonus, fut appe-\\nl\u00c3\u00a9e et reconnut, sans h\u00c3\u00a9siter, les v\u00c3\u00aatements que por-\\ntait la fille d Hermione le jour de sa disparition. Elle\\nconstata l identit\u00c3\u00a9 de l \u00c3\u00a9criture de son mari avec celle\\ndu billet attach\u00c3\u00a9 au manteau de Perdita, et celle du\\ndiamant plac\u00c3\u00a9 par \u00c3\u00af\u00c3\u00afermione elle-m\u00c3\u00aame au cou de son\\nenfant.\\nEt la noble femme pleura de joie en voyant si mira-\\nculeusement retrouv\u00c3\u00a9e la fille de l infortun\u00c3\u00a9e reine\\nmais elle versa, en m\u00c3\u00aame temps, des larmes arri\u00c3\u00a9res sur\\nla mort tragique de son mari, si peu digne qu il f\u00c3\u00bbt,\\ncependant, de ces regrets.\\nOh ta pauvre m\u00c3\u00a8re ta pauvre m\u00c3\u00a8re s \u00c3\u00a9cria\\nL\u00c3\u00a9onte, quand il embrassa Perdita comme sa fille.\\nCe fut tout ce que put dire le malheureux roi, que\\nle souvenir de sa barbarie envers Hermione hantait\\ndouloureusement, alors m\u00c3\u00aame qu il pressait tendre-\\nment son enfant sur son c\u00c5\u0093ur.\\nSire, dit tout coup Paulina, j ai dans ma de-\\nmeure une statue de la reine, que vient de ciseler et\\nde peindre l illustre ma\u00c3\u00aetre italien, Julio Eomano.\\nS il plaisait Votre Majest\u00c3\u00a9 de la venir voir, vous la", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0230.jp2"}, "231": {"fulltext": "PEBD1TA. 209\\ntrouveriez si ressemblante, que vous la prendriez, pour\\nainsi dire, pour la douce Hermione en personne.\\nAllons tous la contempler, s \u00c3\u00a9cria le roi, la\\ngrande joie de Perdita, qui il tardait de voir combien\\nbelle \u00c3\u00a9tait celle qui lui avait donn\u00c3\u00a9 le jour.\\nQuand tous furent r\u00c3\u00a9unis dans la pi\u00c3\u00a8ce o\u00c3\u00b9 se trou-\\nvait la statue, Paulina donna l ordre de tirer le rideau\\nqui cachait tous les regards le chef-d \u00c5\u0093uvre de Julio\\nEomano.\\nUn cri d admiration, m\u00c3\u00aal\u00c3\u00a9 de douleur, s \u00c3\u00a9chappa\\ndes l\u00c3\u00a8vres du roi. Puis, il resta immobile et silencieux,\\ncomme si l \u00c3\u00a9tonnement lui e\u00c3\u00bbt paralys\u00c3\u00a9 les membres\\net la langue.\\nVotre silence, sire, dit Paulina, me prouve que\\nje n ai point exag\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 le m\u00c3\u00a9rite du grand artiste ita-\\nlien.\\nEn effet, put enfin dire L\u00c3\u00a9onte c est bien l\u00c3\u00a0 sa\\npose majestueuse et candide, alors que je lui faisais ma\\ncour. Cependant, Paulina, Hermione n \u00c3\u00a9tait pas\\naussi \u00c3\u00a2g\u00c3\u00a9e que la fait cette statue.\\nC est une raison de plus, pour admirer l \u00c5\u0093uvre de\\nRomano, sire. Il a donn\u00c3\u00a9 la reine l air qu elle au-\\nrait aujourd hui, si elle vivait encore. Mais je vais\\nfermer le rideau. Vous finiriez par croire qu elle va\\ns approcher de vous et vous parler\\nNon, Paulina, je vous en supplie Oh je vou-\\ndrais \u00c3\u00aatre mort Ne croirait-on pas qu elle respire, et\\nqu il y a dans son regard tout le mouvement de la\\nvie\\nVotre \u00c3\u00a9motion vous \u00c3\u00a9gare, sire je vais la voiler\\nde nouveau vos yeux.\\n14", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0231.jp2"}, "232": {"fulltext": "210 PERDITA.\\nPar piti\u00c3\u00a9 Paulina, laissez-moi me tromper ainsi\\npendant vingt ans. Oh oui, je crois ayoir senti son\\nsouffle. Merveilleux ciseau que celui qui peut sculpter\\nl haleine des mortels Qu on me raille, si l on veut il\\nfaut que je l embrasse\\nPrenez garde! sire; le vermillon que l artiste a\\nplac\u00c3\u00a9 sur les l\u00c3\u00a8vres est encore tout frais. Fermerai-je\\nle rideau\\nNon, pas avant vingt ans Je veux que le temps\\nde mon admiration pour ce chef-d \u00c5\u0093uvre \u00c3\u00a9gale celui\\nqui me s\u00c3\u00a9pare aujourd hui de mon crime\\nEt moi, s \u00c3\u00a9cria Perdita qui s \u00c3\u00a9tait jet\u00c3\u00a9e genoux\\ndevant l admirable statue, je voudrais rester aussi long-\\ntemps aux pieds de ma m\u00c3\u00a8re bien -aim\u00c3\u00a9e!\\nLaissez-moi tirer ce rideau, insista Paulina, ou\\npr\u00c3\u00a9parez-vous de nouveaux \u00c3\u00a9merveillements. Je\\npourrais, si je le voulais, donner, en effet, le mouve-\\nment cette statue, la faire descendre de son pi\u00c3\u00a9destal\\net lui commander de vous prendre par la main. Mais\\nvous m accuseriez de sorcellerie\\nPaulina, ordonna L\u00c3\u00a9onte, \u00c3\u00a9tonn\u00c3\u00a9 d un pareil lan-\\ngage, fais ce que tu viens de dire. Fais-la m\u00c3\u00aame par-\\nler. Je suis pr\u00c3\u00aat tout voir et tout entendre.\\nAlors, sur un signe de Paulina, sortirent de derri\u00c3\u00a8re\\nune tapisserie de lentes et solennelles harmonies, et\\ntout coup, la stup\u00c3\u00a9faction des spectateurs de cette\\nsc\u00c3\u00a8ne \u00c3\u00a9trange, la statue descendit de son pi\u00c3\u00a9destal, se\\ndirigea majestueusement vers le roi, lui enla\u00c3\u00a7a tendre-\\nment le cou de ses bras flexibles, et commen\u00c3\u00a7a par-\\nler, appelant sur son \u00c3\u00a9poux et sur sa Perdita, si heu-\\nreusement retrouv\u00c3\u00a9e, toutes les b\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9dictions des dieux.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0232.jp2"}, "233": {"fulltext": "PERDITA. 211\\nHermione \u00c3\u00a9tait bien l\u00c3\u00a0, vivante, et toujours pleine\\nde gr\u00c3\u00a2ce et d amour pour les siens.\\nPaulina, pour la soustraire, vingt ans auparavant,\\naux rages insens\u00c3\u00a9es du roi, l avait fait passer pour\\nmorte. Depuis lors, les deux amies avaient v\u00c3\u00a9cu en-\\nsemble, et, malgr\u00c3\u00a9 le repentir de L\u00c3\u00a9onte, Hermione\\nn avait jamais voulu le revoir, parcequ elle le croyait\\nle meurtrier de l innocente enfant qu il lui avait si bru-\\ntalement ravie.\\nIl est plus facile, on le con\u00c3\u00a7oit, d imaginer la joie\\nde L\u00c3\u00a9onte que de la d\u00c3\u00a9peindre.\\nElorizel, le vieux berger, Camillo et Paulina furent\\ntour tour l objet de ses f\u00c3\u00a9licitations et de sa grati-\\ntude royale pour la part que chacun d eux avait prise\\nd aussi heureux \u00c3\u00a9v\u00c3\u00a9nements.\\nEt, comme s il ne devait rien manquer tant de\\nbonheur, le roi Polix\u00c3\u00a8ne, qui s \u00c3\u00a9tait mis la poursuite\\nde son fils et de Camillo, arriva sur ces entrefaites,\\npardonna tout et consentit avec empressement, cette\\nfois, faire de la porteuse de houlette, la princesse-\\nh\u00c3\u00a9riti\u00c3\u00a8re de la couronne de Sicile.\\nAinsi furent r\u00c3\u00a9compens\u00c3\u00a9es la vertu et la longanimit\u00c3\u00a9\\nde l innocente Hermione, qui, pendant de longues\\nann\u00c3\u00a9es, jouit en paix de l amour de son L\u00c3\u00a9onte et de\\nsa Perdita.\\nApr\u00c3\u00a8s avoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 si longtemps la plus malheureuse\\ndes reines, elle fut, de nouveau, la plus heureuse des\\n\u00c3\u00a9pouses et des m\u00c3\u00a8res", "height": "3094", "width": "2146", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0233.jp2"}, "234": {"fulltext": "KOSALINDE.\\n(As You Like It.)\\nAu temps o\u00c3\u00b9 la France \u00c3\u00a9tait divis\u00c3\u00a9e en provinces,\\nou duch\u00c3\u00a9s, r\u00c3\u00a9gnait sur l un de ces territoires l usurpa-\\nteur Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric, qui avait d\u00c3\u00a9pos\u00c3\u00a9 et banni son fr\u00c3\u00a8re\\na\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9.\\nCelui-ci s \u00c3\u00a9tait retir\u00c3\u00a9 dans la for\u00c3\u00aat des Ardennes, et\\nl\u00c3\u00a0, menait avec quelques fid\u00c3\u00a8les compagnons de son\\nexil une existence si paisible et si exempte de soucis,\\nqu elle avait fini par lui para\u00c3\u00aetre plus agr\u00c3\u00a9able que la\\nvie pompeuse, mais toujours troubl\u00c3\u00a9e, de la cour.\\nSemblable au c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a8bre Eobin Hood d Angleterre,\\ndans sa for\u00c3\u00aat de Sherwood, il vivait, comme les heu-\\nreux de l \u00c3\u00a2ge d or, du produit de sa chasse et de l eau\\nlimpide des ruisseaux.\\nMollement \u00c3\u00a9tendue l ombre \u00c3\u00a9paisse des arbres s\u00c3\u00a9-\\nculaires, la troupe joyeuse surveillait, pendant l \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9,\\nles gracieux \u00c3\u00a9bats des biches et des faons, qu elle appe-\\nlait les citoyens naturels de ces bois immenses, regret-\\ntant que les n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9s de la vie l obligeassent tuer,\\nde temps autre, quelqu une de ces gracieuses b\u00c3\u00aates\\nla robe si \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9gamment tachet\u00c3\u00a9e, de fauve.\\nEt quand les longues et tristes journ\u00c3\u00a9es de l hiver\\nvenaient rappeler plus rudement au duc les splendeurs\\net le confort qu il avait perdus, loin de t\u00c3\u00a9moigner", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0234.jp2"}, "235": {"fulltext": "ROSALINDE. 213\\naucune aigreur contre la mauvaise fortune, il ayait\\ncoutume de dire\\nCes bises glac\u00c3\u00a9es sont des conseillers qui ne savent\\nni natter ni mentir. Ils m emp\u00c3\u00aachent d oublier quoi\\nm a r\u00c3\u00a9duit la perversit\u00c3\u00a9 humaine, et, bien que ces froids\\npiquants me p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a8trent jusqu aux moelles, je les pr\u00c3\u00a9-\\nf\u00c3\u00a8re aux cruelles morsures de la m\u00c3\u00a9chancet\u00c3\u00a9 et de l in-\\ngratitude. L homme ne parle gu\u00c3\u00a8re qu avec amer-\\ntume de l adversit\u00c3\u00a9, et cependant, le sage en peut\\nextraire d utiles enseignements, tout comme les m\u00c3\u00a9de-\\ncins tirent, de la t\u00c3\u00aate venimeuse du crapaud qu ils\\nm\u00c3\u00a9prisent, de pr\u00c3\u00a9cieux rem\u00c3\u00a8des pour leurs malades.\\nAinsi parlait l excellent vieillard. Sa douce et vivi-\\nfiante philosophie consolait ses jeunes compagnons,\\nqui il apprenait trouver, loin des vanit\u00c3\u00a9s de la vie\\nsociale, une voix dans les grands arbres, des livres\\ndans les ruisseaux babillards, des sermons dans les\\npierres, le beau et le bien partout.\\nC\u00c3\u00a9lia, la fille de Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric, avait gard\u00c3\u00a9 aupr\u00c3\u00a8s d elle\\nla belle Eosalinde, fille unique de l exil\u00c3\u00a9. Elle faisait\\ntout ce qui \u00c3\u00a9tait en son pouvoir pour r\u00c3\u00a9parer, l \u00c3\u00a9gard\\nde cette charmante enfant, les torts de son p\u00c3\u00a8re envers\\nle duc l\u00c3\u00a9gitime, et pour la consoler dans ses acc\u00c3\u00a8s de\\ntristesse ou de m\u00c3\u00a9lancolie.\\nUn jour que les deux cousines devisaient ga\u00c3\u00aement\\nensemble, un messager vint les pr\u00c3\u00a9venir qu un assaut\\ndevant avoir lieu entre deux lutteurs sur la place pu-\\nblique qui avoisinait le palais, Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric les invitait\\ny assister.\\nC\u00c3\u00a9lia, trop heureuse de procurer Eosalinde quelque\\ndivertissement, se rendit avec elle l endroit d\u00c3\u00a9sign\u00c3\u00a9.", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0235.jp2"}, "236": {"fulltext": "214 ROSALINDE.\\nEn ce temps-l\u00c3\u00a0, les exercices de la lutte, abandonn\u00c3\u00a9s\\naujourd hui aux hercules forains, \u00c3\u00a9taient le divertisse-\\nment favori des princes, qui s y livraient sous les yeux\\ndes princesses et des dames de la cour.\\nCette fois, l issue de la joute paraissait devoir \u00c3\u00aatre\\ntragique. L un des deux combattants \u00c3\u00a9tait un athl\u00c3\u00a8te\\ntr\u00c3\u00a8s exp\u00c3\u00a9riment\u00c3\u00a9 dans son art qui, en maint combat\\nsingulier de ce genre, avait tu\u00c3\u00a9 son adversaire.\\nL autre \u00c3\u00a9tait un tout jeune homme, qui semblait fort\\nnovice et devait in\u00c3\u00a9vitablement succomber sous les\\nterribles coups qu il ne manquerait pas de recevoir.\\nJe regrette, dit Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric aux jeunes filles, d\u00c3\u00a8s\\nqu il les aper\u00c3\u00a7ut, de vous avoir fait dire de venir ici. Ces\\ndeux lutteurs sont de force si in\u00c3\u00a9gale, que je vous\\nserais reconnaissant de prier le plus jeune de renoncer\\nune rencontre qui ne peut que mal finir pour lui.\\nAllez lui parler, enfants, et voyez si vous ne pourriez\\npas \u00c3\u00a9branler sa r\u00c3\u00a9solution.\\nCette mission toute, d humanit\u00c3\u00a9 sourit aux deux\\nprincesses.\\nC\u00c3\u00a9lia essaya la premi\u00c3\u00a8re le pouvoir de son \u00c3\u00a9loquence,\\nmais en vain.\\nEt quand ce fut le tour de Bosalinde, elle parla avec\\ntant de sentiment et d \u00c3\u00a9loquence des suites funestes\\nd un pareil engagement, que le jeune homme, surex-\\ncit\u00c3\u00a9, sans doute, par l \u00c3\u00a9clat des beaux yeux de la sup-\\npliante, sentit se d\u00c3\u00a9cupler son courage, et ne songea\\nplus qu se distinguer et vaincre\\nJe suis d\u00c3\u00a9sol\u00c3\u00a9, dit-il en sinclinant avec toute la\\ngr\u00c3\u00a2ce et la modestie d une jouvencelle, de refuser quoi\\nque ce soit d aussi g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuses personnes mais sou-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0236.jp2"}, "237": {"fulltext": "ROSALWDE. 215\\ntenez-moi de vos regards et de vos bons souhaits. Si\\nje suis vaincu, je serai puni, par ma honte, d avoir \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9\\nsi peu galant. Si je suis tu\u00c3\u00a9, sachez, par avance,\\nnobles damoiselles, que la mort, pour moi, sera la\\nbienvenue. Je ne ferai tort, en mourant, ni mes\\namis, car je n en ai pas, ni au monde que je quitterai,\\ncar je n y poss\u00c3\u00a8de rien et la pauvre petite place que\\nj y occupe sera mieux remplie quand je l aurai c\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9e\\nun autre\\nDevant tant de r\u00c3\u00a9solution et de m\u00c3\u00a9lancolique\\nphilosophie, les jeunes filles ne purent que se taire,\\net le combat commen\u00c3\u00a7a.\\nC\u00c3\u00a9lia fit des v\u00c5\u0093ux pour que le courageux \u00c3\u00a9tranger\\nsort\u00c3\u00aet de l \u00c3\u00a9preuve sain et sauf.\\nMais Rosalinde alla plus loin dans ses d\u00c3\u00a9sirs.\\nAvec son instinct de desh\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9e, elle avait devin\u00c3\u00a9\\ndans ce jeune homme si r\u00c3\u00a9sign\u00c3\u00a9 mourir, un com-\\npagnon d infortune, et la piti\u00c3\u00a9 chez elle se m\u00c3\u00aala telle-\\nment un sentiment de confraternit\u00c3\u00a9 et de myst\u00c3\u00a9-\\nrieuse sympathie, qu on peut dire, sans se tromper,\\nqu elle l aima d\u00c3\u00a8s la premi\u00c3\u00a8re apparence du danger.\\nMais lui, il fit des merveilles de force et de courage.\\nL hercule fut vaincu, et si maltrait\u00c3\u00a9 qu il pouvait\\npeine parler et se mouvoir.\\nSurpris, en m\u00c3\u00aame temps que charm\u00c3\u00a9 d un d\u00c3\u00a9noue-\\nment aussi inattendu, Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric voulut savoir le nom\\ndu jeune palestrite, se promettant bien d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 de l at-\\ntacher sa cour.\\nMon nom est Orlando, r\u00c3\u00a9pondit le vainqueur, et\\nje suis le plus jeune fils de feu le chevalier Roland de\\nBoys.", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0237.jp2"}, "238": {"fulltext": "216 ROSALINDE.\\nRoland de Boys s \u00c3\u00a9cria l usurpateur, l ami le\\nplus d\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9 du duc, mon fr\u00c3\u00a8re J aurais pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9,\\nbrave comme tu l es, que tu fusses le fils d un tout\\nautre homme\\nEt, lui tournant le dos, il quitta la place de fort\\nmauvaise humeur.\\nIl en fut tout autrement pour Rosalinde.\\nQuel bonheur, dit-elle O\u00c3\u00a9lia, que ce vaillant\\nlutteur soit le fils de l un des plus d\u00c3\u00a9vou\u00c3\u00a9s amis de\\nmon malheureux p\u00c3\u00a8re Oh si je l avais su avant le\\ncombat, c est avec larmes que je l eusse suppli\u00c3\u00a9 de ne\\npas risquer son existence Vois comme la brusque\\ndisparition de ton p\u00c3\u00a8re l a chagrin\u00c3\u00a9. N irons-nous\\npas le consoler un peu\\nCertes r\u00c3\u00a9pondit la fille de Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric.\\nBrave jeune homme, dit Rosalinde quand elles\\neurent rejoint Orlando, combien je me sens malheu-\\nreuse d \u00c3\u00aatre moi-m\u00c3\u00aame aux prises avec l adversit\u00c3\u00a9\\nJ aurais d\u00c3\u00a9sir\u00c3\u00a9 faire au fils du chevalier Roland de\\nBoys un pr\u00c3\u00a9sent digne de lui mais je ne poss\u00c3\u00a8de que\\nce collier d or. Acceptez-le, je vous en prie, et por-\\ntez-le pour me faire plaisir.\\nC\u00c3\u00a9lia ne put s emp\u00c3\u00aacher de trouver que son amie\\n\u00c3\u00a9tait bien prompte s enthousiasmer\\nSerait-il possible, lui dit-elle quand elles furent\\nseules, que tu aimasses d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 ce jeune homme\\nLe duc, mon p\u00c3\u00a8re, r\u00c3\u00a9pondit doucement Rosalinde,\\naimait le sien tendrement.\\nLa belle raison riposta C\u00c3\u00a9lia. Alors, je devrais\\nle ha\u00c3\u00afr, moi, car mon p\u00c3\u00a8re ha\u00c3\u00afssait le sien cordiale-\\nment. Et cependant, je ne le hais point.", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0238.jp2"}, "239": {"fulltext": "HOSALINDE. 217\\nJe ne puis tol\u00c3\u00a9rer de pareils discours dit tout\\ncoup Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric qui entrait en ce moment dans la\\nchambre o\u00c3\u00b9 se trouvaient les jeunes filles, et qui avait\\ntout entendu. Aujourd hui m\u00c3\u00aame, Rosalinde quittera\\nce palais et ira rejoindre son p\u00c3\u00a8re en exil.\\nOh p\u00c3\u00a8re, s \u00c3\u00a9cria C\u00c3\u00a9lia, vous ne voudrez pas me\\npriver ainsi de ma compagne d enfance\\nJe n ai tol\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 ici sa pr\u00c3\u00a9sence que pour l amour de\\ntoi, r\u00c3\u00a9pondit Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric.\\nOui mais j \u00c3\u00a9tais trop jeune alors pour appr\u00c3\u00a9cier\\nson excellent c\u00c5\u0093ur. Aujourd hui que je la connais\\ncomme je me connais moi-m\u00c3\u00aame, apr\u00c3\u00a8s tant d ann\u00c3\u00a9es\\nd une existence o\u00c3\u00b9 nous avons tout mis en commun,\\nnos \u00c3\u00a9tudes, nos jeux et nos pri\u00c3\u00a8res, je sens que je ne\\npourrais plus vivre sans elle.\\nVous \u00c3\u00aates une sotte C\u00c3\u00a9lia, cria Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric, furieux\\nde cette r\u00c3\u00a9sistance ses ordres. Vous ne voyez m\u00c3\u00aame\\npas que cette fille vous fait tort aupr\u00c3\u00a8s de mon peuple\\npar sa pr\u00c3\u00a9tendue r\u00c3\u00a9signation, par sa douceur et son\\nsilence adroitement calcul\u00c3\u00a9s pour exciter la sympathie\\net la piti\u00c3\u00a9. Pas un mot de plus en sa faveur ajouta-t-\\nil, lorsqu il vit que C\u00c3\u00a9lia allait le supplier nou-\\nveau. Elle partira ma d\u00c3\u00a9cision est irr\u00c3\u00a9vocable\\nJe l accompagnerai donc dans son exil, se dit la\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse C\u00c3\u00a9lia.\\nD\u00c3\u00a8s que Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric les eut quitt\u00c3\u00a9es, les deux amies\\nconcert\u00c3\u00a8rent un plan d \u00c3\u00a9vasion pour la nuit m\u00c3\u00aame, et\\nd\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a8rent d aller retrouver le vieux duc dans la for\u00c3\u00aat\\ndes Ardennes.\\nMais, elles r\u00c3\u00a9fl\u00c3\u00a9chirent que c \u00c3\u00a9tait une entreprise\\nbien hasardeuse pour des jeunes filles de leur qualit\u00c3\u00a9.", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0239.jp2"}, "240": {"fulltext": "218 ROSALINDE.\\nEt non-seulement elles quitt\u00c3\u00a8rent leurs riches atours,\\nmais Kosalinde, dont la taille \u00c3\u00a9tait plus \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9e et\\nl apparence plus robuste, r\u00c3\u00a9solut de se d\u00c3\u00a9guiser en\\ncampagnard et de se faire passer, sous le nom de\\nGanyrn\u00c3\u00a8de, pour le fr\u00c3\u00a8re de C\u00c3\u00a9lia, qui s appellerait\\nd\u00c3\u00a9sormais Ali\u00c3\u00a9na.\\nLa nuit venue, et leur escarcelle bien garnie, elles\\nse mirent en route pour la lointaine for\u00c3\u00aat, qui s\\ntendait bien au-del\u00c3\u00a0 des fronti\u00c3\u00a8res du duch\u00c3\u00a9 de\\nFr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric.\\nAvec son costume d homme, Kosalinde-Ganym\u00c3\u00a8de\\nsemblait avoir rev\u00c3\u00aatu l aplomb et le courage du sexe\\nfort. Prenant au s\u00c3\u00a9rieux son r\u00c3\u00b4le de fr\u00c3\u00a8re, elle se\\nmontra pleine de bonne humeur et d attentions d\u00c3\u00a9li-\\ncates, afin de faire para\u00c3\u00aetre moins rudes sa com-\\npagne les fatigues de la route.\\nMais, une fois dans la vaste for\u00c3\u00aat, nos voyageurs\\nne trouv\u00c3\u00a8rent plus d auberges pour s y restaurer et y\\nreposer leurs membres bris\u00c3\u00a9s par une longue marche.\\nAlors, en d\u00c3\u00a9pit qu il en e\u00c3\u00bbt, Ganyrn\u00c3\u00a8de sentit sa\\nga\u00c3\u00aet\u00c3\u00a9 s \u00c3\u00a9vanouir. Il ne trouvait plus la force de de-\\nviser de choses charmantes et de chanter d alertes\\nchansons\\nMa pauvre Ali\u00c3\u00a9na, dit-il enfin, je suis si ext\u00c3\u00a9nu\u00c3\u00a9\\nqu il me semble que je fais affront mon ext\u00c3\u00a9rieur\\nd homme, et que je vais pleurer comme une simple\\nfemme.\\nEt moi, je ne puis aller plus loin, soupira\\nAli\u00c3\u00a9na.\\nAllons, petite s\u00c5\u0093ur, repartit Ganym\u00c3\u00a8de, en fai-\\nsant sur lui-m\u00c3\u00aame un effort surhumain, encore un peu", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0240.jp2"}, "241": {"fulltext": "ROSALINDE. 219\\nde courage. La fin de notre dur p\u00c3\u00a8lerinage ne peut\\n\u00c3\u00aatre bien \u00c3\u00a9loign\u00c3\u00a9e, et nous ne tarderons pas retrouver\\nmon p\u00c3\u00a8re.\\nC \u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0 pure fanfaronnade, car ils ne savaient, ni\\nl un ni l autre, en quelle partie de la for\u00c3\u00aat des Ardennes\\nse trouvait le duc, et rien ne prouvait qu ils ne\\ns \u00c3\u00a9gareraient pas dans cette ombreuse, mais immense\\nsolitude, au grand danger d y p\u00c3\u00a9rir de faim, bien que\\nleurs escarcelles fussent pleines d or et de bijoux pr\u00c3\u00a9-\\ncieux.\\nHeureusement, comme ils se lamentaient, tristement\\nassis sur un banc de gazon, vint passer un paysan.\\nBerger, lui dit Ganym\u00c3\u00a8de, qui la hardiesse re-\\nvint tout coup, conduis-nous o\u00c3\u00b9 ma jeune s\u00c5\u0093ur et\\nmoi nous pourrons nous reposer et prendre quelque\\nnourriture, et tu seras r\u00c3\u00a9compense royalement de ta\\npeine.\\nJe ne suis que le serviteur d un berger, r\u00c3\u00a9pondit\\nle passant, et, comme mon ma\u00c3\u00aetre va vendre sa maison,\\nvous y trouverez sans doute pauvre ch\u00c3\u00a8re. Mais, si\\nvous voulez vous contenter de ce qu il y aura, soyez\\nles bienvenus je vais vous montrer le chemin.\\nArriv\u00c3\u00a9s la maison du berger, Ganym\u00c3\u00a8de et Am\u00c3\u00a9lia\\nla lui achet\u00c3\u00a8rent ainsi que ses troupeaux, et gard\u00c3\u00a8rent\\npour leur propre service l homme qui les avait si pro-\\nvidentiellement sauv\u00c3\u00a9s. Efc, se voyant d\u00c3\u00a8s lors abon-\\ndamment pourvus de toutes les n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9s de la vie, ils\\nr\u00c3\u00a9solurent d attendre patiemment que quelque heureux\\nhasard leur appr\u00c3\u00aet o\u00c3\u00b9 \u00c3\u00a9tait le vieux duc.\\nIls s habitu\u00c3\u00a8rent si bien leur nouveau genre d exis-\\ntence, qu ils en vinrent se persuader qu ils \u00c3\u00a9taient", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0241.jp2"}, "242": {"fulltext": "220 ROSALINDE.\\nr\u00c3\u00a9ellement berger et berg\u00c3\u00a8re. Mais sous la bure qui\\nrecouvrait Ganym\u00c3\u00a8de, battait toujours le c\u00c5\u0093ur de la\\ntendre Rosalinde, et elle regrettait souvent que le\\nbrave Orlando f\u00c3\u00bbt si loin, si loin d elle, quand elle e\u00c3\u00bbt\\npu vivre heureuse avec lui sous l humble chaume de la\\nmaisonnette qui l abritait, elle et sa ch\u00c3\u00a8re Ali\u00c3\u00a9na.\\nOr, ce moment m\u00c3\u00aame, Orlando, lui aussi, se trou-\\nvait dans la for\u00c3\u00aat des Ardennes, plus avanc\u00c3\u00a9 m\u00c3\u00aame\\nque nos deux voyageurs, car il y avait rencontr\u00c3\u00a9 le\\nvieux duc.\\nVoici comment.\\nLe chevalier Roland de Boys avait, en mourant,\\nconfi\u00c3\u00a9 son fils a\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9, Oliver; l \u00c3\u00a9ducation et le bien-\u00c3\u00aatre\\ndu jeune Orlando. Mais la bonne mine, l esprit natu-\\nrel et les \u00c3\u00a9minentes qualit\u00c3\u00a9s de c\u00c5\u0093ur de cet enfant n a-\\nvaient pas tard\u00c3\u00a9 remplir de jalousie le c\u00c5\u0093ur de ce\\nCa\u00c3\u00afn, qui, pour se d\u00c3\u00a9barasser de son Abel, lui avait\\npersuad\u00c3\u00a9 de d\u00c3\u00a9fier en combat singulier l hercule que\\nnous l avons vu vaincre plus haut.\\nA la nouvelle de ce triomphe inattendu, Oliver en-\\ntra dans des transports de fureur.\\nIl faut que cet enfant de malheur disparaisse,\\nco\u00c3\u00bbte que co\u00c3\u00bbte s \u00c3\u00a9cria-t-il alors qu il se croyait seul.\\nJe le ferai br\u00c3\u00bbler vif pendant son sommeil\\nMais ce propos sauvage avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 entendu d un vieux\\nserviteur de sa famille, nomm\u00c3\u00a9 Adam, qui adorait\\nOrlando, parceque, disait-il, il retrouvait dans ce noble\\njeune homme toutes les qualit\u00c3\u00a9s du chevalier Roland.\\nmon gentil et doux ma\u00c3\u00aetre, s \u00c3\u00a9cria le bon\\nvieillard, quand il aper\u00c3\u00a7ut Orlando revenant du palais\\nde Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric, portrait vivant d un p\u00c3\u00a8re v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9, pourquoi", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0242.jp2"}, "243": {"fulltext": "ROSALWDE. 221\\nfaut-il que vous soyez si aimable, si fort, si vaillant, et\\nque vous ayez vaincu ce fameux lutteur La renom-\\nm\u00c3\u00a9e de vos exploits a eu grand tort de vous pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9der\\nici\\nQue veux-tu dire, mon brave serviteur inter-\\nrompit Orlando.\\nQue vous \u00c3\u00aates un homme mort, si vous retournez\\nsous le m\u00c3\u00aame toit que votre fr\u00c3\u00a8re Il a jur\u00c3\u00a9 de se\\nvenger de votre gloire, en mettant lui-m\u00c3\u00aame le feu\\nvotre lit pendant votre sommeil.\\nTu calomnies Oliver, vieillard exclama le jeune\\nathl\u00c3\u00a8te.\\nPl\u00c3\u00bbt au ciel qu il en f\u00c3\u00bbt ainsi mais je l ai en-\\ntendu, de mes propres oreilles, faire l affreux serment\\nde vous br\u00c3\u00bbler vif Croyez-moi, fuyez au plus vite\\nJ ai l\u00c3\u00a0 cinq cents couronnes, ajouta le g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux\\nvieillard, le fruit de mes \u00c3\u00a9conomies du vivant de votre\\np\u00c3\u00a8re. Prenez-les Je les conservais pour le temps o\u00c3\u00b9\\nmes pauvres vieilles jambes me refuseraient leur ser-\\nvice mais Celui qui donne leur p\u00c3\u00a2ture aux corbeaux\\nse chargera de ma vieillesse\\nJe ne puis accepter un pareil sacrifice, dit Orlando\\ntout \u00c3\u00a9mu.\\nSacrifice r\u00c3\u00a9pliqua Adam mais c est moi qui\\nserai votre oblig\u00c3\u00a9, mon bien-aim\u00c3\u00a9 ma\u00c3\u00aetre, car je vous\\nsuivrai partout et vous me nourrirez. Je n ai plus la\\nvigueur de mes vingt ans mais je puis vous servir\\nencore et vous prot\u00c3\u00a9ger, au besoin.\\nExcellent vieillard s \u00c3\u00a9cria Orlando, tu es bien le\\nplus admirable type des serviteurs du bon vieux temps.\\nJ accepte donc ton d\u00c3\u00a9vouement, si peu en harmonie", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0243.jp2"}, "244": {"fulltext": "222 ROSALINDE.\\navec l \u00c3\u00a9go\u00c3\u00afsme de notre \u00c3\u00a9poque. Allons ensemble droit\\ndevant nous, et la Providence trouvera bien le moyen\\nde me mettre m\u00c3\u00aame de te r\u00c3\u00a9compenser un jour.\\nLa Providence, en effet, les conduisit la for\u00c3\u00aat des\\nArdehnes.\\nMais l\u00c3\u00a0, ils tomb\u00c3\u00a8rent bient\u00c3\u00b4t dans la m\u00c3\u00aame d\u00c3\u00a9\\ntresse dont Granym\u00c3\u00a8de et Ali\u00c3\u00a9na avaient failli \u00c3\u00aatre les\\nvictimes.\\nPerdus, mourant de faim et de fatigue, ils mar-\\nch\u00c3\u00a8rent sans rel\u00c3\u00a2che jusqu ce qu enfin le pauvre\\nAdam, \u00c3\u00a9puis\u00c3\u00a9, se laissa tomber sur la route et pria son\\njeune ma\u00c3\u00aetre de l y laisser mourir.\\nOrlando, malgr\u00c3\u00a9 sa faiblesse, le saisit dans ses bras,\\nle porta l ombre d un ch\u00c3\u00aane, le d\u00c3\u00a9posa tendrement\\nsur le gazon, et apr\u00c3\u00a8s l avoir r\u00c3\u00a9confort\u00c3\u00a9 par quelques\\nmots de chaude amiti\u00c3\u00a9, le quitta pour aller chercher\\nquelque nourriture.\\nSa bonne \u00c3\u00a9toile l amena pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment l endroit\\no\u00c3\u00b9 le duc exil\u00c3\u00a9 prenait son repas avec ses fid\u00c3\u00a8les che-\\nvaliers, n ayant pour tout tr\u00c3\u00b4ne que la mousse de la\\nfor\u00c3\u00aat, et d autre dais ducal que le d\u00c3\u00b4me agreste des\\ngrands arbres.\\nArr\u00c3\u00aatez leur cria tout coup Orlando, affol\u00c3\u00a9 par\\nla faim et la soif, une bouch\u00c3\u00a9e de plus, et vous \u00c3\u00aates\\nmorts\\nEt il se pr\u00c3\u00a9cipitait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 l \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e la main, quand le\\nduc lui demanda froidement quel d\u00c3\u00a9mon le poussait\\nainsi se conduire en homme mal \u00c3\u00a9lev\u00c3\u00a9.\\nLe d\u00c3\u00a9mon de la faim r\u00c3\u00a9pliqua Orlando, sou-\\ndainement calm\u00c3\u00a9 par tant de sang-froid.\\nPoint n est besoin, continua le duc, de vous d\u00c3\u00a9-", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0244.jp2"}, "245": {"fulltext": "ROSALINDE. 223\\nguiser pour cela en brigand. Prenez place avec nous,\\net mangez.\\nPardonnez-moi, dit Orlando, tout honteux de son\\nemportement, et \u00c3\u00a9tonn\u00c3\u00a9 de paroles si courtoises, je\\nme croyais ici en plein pays sauvage. De l\u00c3\u00a0, ma rude\\net inconvenante apostrophe. Mais, qui que vous soyez,\\nvous qui, dans ce lieu d\u00c3\u00a9sert, l ombre de ces h\u00c3\u00aatres\\nm\u00c3\u00a9lancoliques, semblez oublier la sournoise fuite des\\nheures, si vous avez jamais vu des jours plus fortun\u00c3\u00a9s,\\nsi jamais les cloches saintes vous appel\u00c3\u00a8rent au temple,\\nsi jamais homme g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reux vous fit asseoir son ban-\\nquet, si vous essuy\u00c3\u00a2tes jamais un pleur roulant sur vos\\njoues attrist\u00c3\u00a9es, si vous savez, enfin, ce que c est que\\nd exciter la piti\u00c3\u00a9 ou de la ressentir, laissez- vous tou-\\ncher en ce moment et montrez-vous humains et gra-\\ncieux envers un infortun\u00c3\u00a9\\nQu il soit fait ainsi que tu le d\u00c3\u00a9sires, jeune homme,\\ndit le duc, car nous sommes tout ce que tu viens de\\ndire et nous avons, comme toi, senti sur nos \u00c3\u00a9paules\\nla lourde main de l infortune.\\nCe n est pas pour moi, reprit le fils du chevalier\\nRoland, que je plaide avec tant de chaleur. J ai lais-\\ns\u00c3\u00a9, non loin d ici, mourant de faim et de fatigue, un\\nvieillard qui n a pas h\u00c3\u00a9sit\u00c3\u00a9 me suivre de son pas\\ntremblant. Tant qu il n aura pas apais\u00c3\u00a9 son app\u00c3\u00a9tit,\\nje ne toucherai aucun des mets que vous m offrez si\\ng\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reusement.\\nVa le chercher, mon enfant, dit le duc avec bon-\\nt\u00c3\u00a9, nous suspendrons notre repas jusqu ton retour.\\nOrlando partit avec la l\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a8ret\u00c3\u00a9 d une biche qui a*\\ntrouv\u00c3\u00a9 pour son faon quelque d\u00c3\u00a9licate nourriture, et", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0245.jp2"}, "246": {"fulltext": "224 ROSALINDE.\\nreparut bient\u00c3\u00b4t, portant dans ses bras nerveux le v\u00c3\u00a9-\\nn\u00c3\u00a9rable serviteur.\\nD\u00c3\u00a9pose ton pr\u00c3\u00a9cieux fardeau, lui dit le duc, et\\nsoyez tous deux les bienvenus.\\nCe fut qui donnerait au brave Adam ce qu il d\u00c3\u00a9si-\\nrait. On le traita si bien, que la joie et l esp\u00c3\u00a9rance\\nrevinrent au c\u00c5\u0093ur du vieillard, avec des forces et\\nune sant\u00c3\u00a9 toutes nouvelles.\\nQuand le duc apprit plus tard qu Orlando \u00c3\u00a9tait le\\nfils de son fid\u00c3\u00a8le Koland, son affection pour le jeune\\nhomme et pour son vieux serviteur ne firent que s ac-\\ncro\u00c3\u00aetre, et il voulut qu ils fissent d\u00c3\u00a9sormais partie de\\nsa cour d exil\u00c3\u00a9.\\nGanym\u00c3\u00a8de et Ali\u00c3\u00a9na ne furent pas peu \u00c3\u00a9tonn\u00c3\u00a9s un\\njour, quand ils aper\u00c3\u00a7urent, au cours d une excursion\\ndans la for\u00c3\u00aat que plusieurs arbres portaient grav\u00c3\u00a9s sur\\nleur \u00c3\u00a9corce ou suspendus leurs branches le nom de\\nKosalinde et des sonnets en son honneur.\\nEt comme ils s \u00c3\u00a9merveillaient entre eux d une aussi\\nbizarre occurence, voil\u00c3\u00a0 qu ils aper\u00c3\u00a7urent Orlando et\\nle reconnurent aussit\u00c3\u00b4t au collier d or, pr\u00c3\u00a9sent de Ko-\\nsalinde, qu il portait son cou.\\nJe voudrais bien savoir, dit Ganym\u00c3\u00a8de en adres-\\nsant assez brusquement la parole au fils de Roland,\\nquel est le jeune fou qui s en va travers notre for\u00c3\u00aat,\\ng\u00c3\u00a2tant nos arbres o\u00c3\u00b9 il grave le nom d une certaine Ro-\\nsalinde, sans plus de piti\u00c3\u00a9, d ailleurs, pour nos aub\u00c3\u00a9pines\\net nos cl\u00c3\u00a9matites, auxquelles il suspend force sonnets et\\n\u00c3\u00a9l \u00c3\u00a9gies. Si je le rencontrais, je lui donnerais un conseil\\nqui le gu\u00c3\u00a9rirait vite de sa ridicule passion.\\nJ attends donc ce conseil, r\u00c3\u00a9pliqua Orlando, qui", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0246.jp2"}, "247": {"fulltext": "ROSALINDE. 225\\nne put s emp\u00c3\u00aacher de trouver son hardi interlocuteur\\nquelque frappante ressemblance avec l objet de son\\namour. Je suis le jeune fou dont vous me faites\\nl honneur de vous plaindre.\\nVraiment dit Ganym\u00c3\u00a8de. Eh bien, mon avis est\\nque vous veniez chaque jour dans la maisonnette o\u00c3\u00b9\\nje vis avec ma s\u00c5\u0093ur Ali\u00c3\u00a9na. L\u00c3\u00a0 je ferai semblant\\nd \u00c3\u00aatre Bosalinde, et vous me ferez la cour comme vous\\nla lui feriez elle-m\u00c3\u00aame. Je vous donnerai alors un\\n\u00c3\u00a9chantillon des fantaisies qui passent par la t\u00c3\u00aate des\\nbelles dames, et si vous n \u00c3\u00aates pas gu\u00c3\u00a9ri en moins d une\\nsemaine, c est que vous y mettrez de la mauvaise vo-\\nlont\u00c3\u00a9.\\nSingulier rem\u00c3\u00a8de fit Orlando j en essayerai ce-\\npendant.\\nEt chaque jour, en effet, il visita Ganym\u00c3\u00a8de et\\nAli\u00c3\u00a9na, au grand amusement de celle-ci, qui se diver-\\ntissait fort d entendre toutes les d\u00c3\u00a9licieuses niaiseries\\nque se d\u00c3\u00a9bitaient les deux jeunes hommes. Gany-\\nm\u00c3\u00a8de ne se sentait pas moins joyeux de se voir si\\nr\u00c3\u00a9ellement aim\u00c3\u00a9 sous le couvert de son nom d emprunt.\\nMais Orlando ne se gu\u00c3\u00a9rissait pas de ce qu ils\\nappelaient sa folle passion bien au contraire.\\nLe moment vint cependant o\u00c3\u00b9 Ali\u00c3\u00a9na reprocha\\nson pr\u00c3\u00a9tendu fr\u00c3\u00a8re de n avoir pas encore \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 voir le duc,\\ncar il savait, par Orlando, o\u00c3\u00b9 le trouver maintenant.\\nGanym\u00c3\u00a8de convint de son tort, et, le lendemain, se\\npr\u00c3\u00a9senta devant son p\u00c3\u00a8re, qui fut loin de soup\u00c3\u00a7onner\\nqu il avait devant les yeux sa bien-aim\u00c3\u00a9e Eosalinde\\nQui est-tu, jeune berger lui dit le vieux sei-\\ngneur.\\n15", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0247.jp2"}, "248": {"fulltext": "226 ROSALINDE.\\nJe suis d aussi noble naissance que vous-m\u00c3\u00aame,\\nr\u00c3\u00a9pondit Ganym\u00c3\u00a8de.\\nLe duc sourit de cette audacieuse r\u00c3\u00a9partie, mais\\nn en demanda pas davantage ce jour-l\u00c3\u00a0.\\nUn matin qu Orlando se rendait la maisonnette\\nde Ganym\u00c3\u00a8de, il aper\u00c3\u00a7ut au pied d un arbre un dor-\\nmeur qu un long serpent vert se pr\u00c3\u00a9parait enlacer\\nde ses anneaux. A la vue du jeune homme, le hideux\\nreptile abandonna la proie qu il convoitait et disparut\\nen rampant sous les broussailles.\\nOrlando se f\u00c3\u00a9licitait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 d avoir pr\u00c3\u00a9serv\u00c3\u00a9 cet in-\\nconnu d une mort certaine et s approchait de lui pour le\\ntirer de son sommeil, quand il vit briller quelques\\npas de l\u00c3\u00a0 les yeux d une lionne qui, le museau terre,\\net tapie comme une chatte aux aguets, n attendait que\\nle r\u00c3\u00a9veil de l imprudent dormeur pour bondir sur lui\\net le d\u00c3\u00a9vorer.\\nGrand Dieu fit sourdement le fils de Eoland de\\nBoys, c est Oliver, mon fr\u00c3\u00a8re, qui dort l\u00c3\u00a0\\nUn moment, le souvenir de la cruaut\u00c3\u00a9 d Oliver le\\ntroubla et souleva dans son c\u00c5\u0093ur une si violente col\u00c3\u00a8re,\\nqu il r\u00c3\u00a9solut de laisser la merci de la lionne affam\u00c3\u00a9e\\nl homme qui avait m\u00c3\u00a9dit\u00c3\u00a9 de le faire br\u00c3\u00bbler vif.\\nMais cette horrible pens\u00c3\u00a9e se fondit -bient\u00c3\u00b4t sous les\\nrayons de sa g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9reuse nature, et, tirant son \u00c3\u00a9p\u00c3\u00a9e, il\\nse rua sur la lionne, et la per\u00c3\u00a7a de part en part, non\\nsans qu elle lui e\u00c3\u00bbt, toutefois, d\u00c3\u00a9chir\u00c3\u00a9 le bras droit de\\nses griffes puissantes.\\nQue la honte et le remords m \u00c3\u00a9touffent s \u00c3\u00a9cria\\nOliver que les furieux rugissements de la brute bless\u00c3\u00a9e\\nmort avait fait bondir sur ses pieds. Est-ce bien", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0248.jp2"}, "249": {"fulltext": "ROSALINDE. 227\\ntoi, Orlando, toi que j ai si maltrait\u00c3\u00a9, qui me sauves\\nla vie, alors que je te cherchais ici pour te tuer\\nC est moi, dit Orlando et je te pardonne,\\nOliver.\\nLes deux fr\u00c3\u00a8res tomb\u00c3\u00a8rent dans les bras l un de\\nl autre et s embrass\u00c3\u00a8rent avec effusion.\\n\u00e2\u0080\u0094Fr\u00c3\u00a8re, continua Orlando, je me sens trop \u00c3\u00a9puis\u00c3\u00a9\\npour me rendre chez un jeune berger que j appelle en\\nriant ma Rosalinde. Sois assez bon pour y aller toi-\\nm\u00c3\u00aame et raconte-lui l accident qui m est arriv\u00c3\u00a9.\\nOliver ob\u00c3\u00a9it et trouva Ganym\u00c3\u00a8de et Ali\u00c3\u00a9na fort\\ninquiets de n avoir pas encore vu Orlando.\\nJe suis son fr\u00c3\u00a8re, leur dit Oliver le fr\u00c3\u00a8re qui\\nl a si indignement poursuivi de sa haine mais au-\\njourd hui je donnerais pour lui la derni\u00c3\u00a8re goutte\\nde mon sang, car il a vers\u00c3\u00a9 le sien pour me sauver\\ndes griffes et des dents d une lionne qui lui a mis\\nle bras droit en lambeaux\\nGanym\u00c3\u00a8de poussa un cri de terreur et s \u00c3\u00a9vanouit.\\nCe n est rien, dit-il Oliver, qui le relevait avec\\nattendrissement. Ditez votre fr\u00c3\u00a8re comme le jeune\\nberger qui contrefait sa Eosalinde a su contrefaire\\naussi ravir l \u00c3\u00a9vanouissement d une femme.\\nVous \u00c3\u00aates bel et bien tomb\u00c3\u00a9 en p\u00c3\u00a2moison, jeune\\nhomme, r\u00c3\u00a9pliqua Oliver en voyant la mortelle p\u00c3\u00a2leur\\nqui recouvrait encore les joues du pr\u00c3\u00a9tendu berger.\\nMais en supposant que vous soyez si bon imitateur,\\nvous feriez bien d imiter un peu le courage des\\nhommes.\\nVous avez raison, fit Ganym\u00c3\u00a8de en souriant je\\ncrois qu en r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9 je ne suis qu une faible femme", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0249.jp2"}, "250": {"fulltext": "228 ROSALINDE.\\nLa visite d Oliver fut longue si longue, en v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9,\\nqu Ali\u00c3\u00a9na eut tout le temps d apprendre aimer\\nd amour ce fr\u00c3\u00a8re coupable, maintenant si repentant\\net si \u00c3\u00a9loquent exprimer son repentir, qu il en sem-\\nblait tout transfigur\u00c3\u00a9.\\nDe son c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, Oliver n avait pu s emp\u00c3\u00aacher de\\ns \u00c3\u00a9prendre de la belle Ali\u00c3\u00a9na, dont la profonde sym-\\npathie pour sa soudaine et sinc\u00c3\u00a8re conversion lui\\navait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 droit au c\u00c5\u0093ur.\\nQuand il fut de retour aupr\u00c3\u00a8s d Orlando, et lui\\neut racont\u00c3\u00a9 l \u00c3\u00a9vanouissement de Ganym\u00c3\u00a8de, il s \u00c3\u00a9cria\\navec enthousiasme\\nLa s\u00c5\u0093ur de ce jeune berger est une merveille\\nde beaut\u00c3\u00a9 et de bont\u00c3\u00a9. Orlando, je veux l \u00c3\u00a9pouser,\\nvivre pr\u00c3\u00a8s d elle comme un simple berger, et te laisser\\ntous mes biens\\nQue ce mariage se fasse donc demain dit Orlan-\\ndo. J y inviterai le duc et ses amis. Va de ce pas\\npersuader ta berg\u00c3\u00a8re d y donner son consentement.\\nLe moment est favorable et tu la trouveras seule,\\ncar j aper\u00c3\u00a7ois Ganym\u00c3\u00a8de qui vient de ce c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9.\\nOliver partit, et Ganym\u00c3\u00a8de courut aupr\u00c3\u00a8s d Orlando.\\nVous n \u00c3\u00aates pas si cruellement bless\u00c3\u00a9 que le disait\\nvotre fr\u00c3\u00a8re, n est-ce-pas s \u00c3\u00a9cria le jeune berger, en-\\ncore p\u00c3\u00a2le d \u00c3\u00a9motion et d anxi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9.\\nNon, mon ami, r\u00c3\u00a9pondit le fils pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 du cheva-\\nlier Eoland, et je donnerais le bras qui me reste intact\\npour pouvoir demain \u00c3\u00a9pouser ma ch\u00c3\u00a8re Eosalinde,\\ncomme Oliver \u00c3\u00a9pousera son Ali\u00c3\u00a9na\\nQui vous en emp\u00c3\u00aache r\u00c3\u00a9pliqua Ganym\u00c3\u00a8de au\\ngrand \u00c3\u00a9tonnement d Orlando. Je tiens d un de mes", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0250.jp2"}, "251": {"fulltext": "ROSALINDE. 229\\noncles, tr\u00c3\u00a8s vers\u00c3\u00a9 dans les sciences occultes, le moyen\\nde faire appara\u00c3\u00aetre demain votre Eosalinde dans ma\\npropre personne et si vous l aimez comme vous le\\ndites, elle ne demandera pas mieux que de vous\\n\u00c3\u00a9pouser.\\nNe te moque pas ainsi de ton ami, jeune berger\\nexclama Orlando. Que t ai-je donc fait pour que tu\\nme prennes pour un insens\u00c3\u00a9\\nParez-vous n\u00c3\u00a9anmoins de vos plus riches\\nv\u00c3\u00aatements, r\u00c3\u00a9pliqua simplement Ganym\u00c3\u00a8de, et invitez\\nvotre mariage le duc et ses amis. Eosalinde sera\\nici demain, l heure dite\\nEt il laissa Orlando ne sachant que penser de cette\\nsinguli\u00c3\u00a8re aventure.\\nLe lendemain matin, Oliver, Ali\u00c3\u00a9na et Orlando\\n\u00c3\u00a9taient en pr\u00c3\u00a9sence du duc et de ses fid\u00c3\u00a8les compa-\\ngnons et attendaient avec d autant plus d anxi\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 ce\\nqu il adviendrait de l \u00c3\u00a9tonnante promesse du jeune\\nberger, que le duc se refusait croire que Eosalinde,\\nsa fille, f\u00c3\u00bbt, en ce moment, dans la for\u00c3\u00aat des Ar-\\ndennes.\\nDuc, dit Ganym\u00c3\u00a8de, qui parut tout coup devant\\nla noble assembl\u00c3\u00a9e, si je vous amenais tout l heure\\nvotre fille, consentiriez- vous son mariage avec Or-\\nlando\\nDe grand c\u00c5\u0093ur, r\u00c3\u00a9pondit l auguste exil\u00c3\u00a9, m\u00c3\u00aame si\\nj avais des royaumes lui donner en dot\\nEt vous, Orlando, continua le berger, l \u00c3\u00a9pouseriez-\\nvous, si je la conduisais en ces lieux\\nA l instant s \u00c3\u00a9cria le jeune homme avec feu\\nm\u00c3\u00aame si j \u00c3\u00a9tais roi de l univers", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0251.jp2"}, "252": {"fulltext": "230 EOSALINDE.\\nGanym\u00c3\u00a8de et Ali\u00c3\u00a9na s \u00c3\u00a9loign\u00c3\u00a8rent, mais pour repa-\\nra\u00c3\u00aetre bient\u00c3\u00b4t et sans l aide d un magicien sous\\nleurs riches v\u00c3\u00aatements de princesses.\\nP\u00c3\u00a8re, b\u00c3\u00a9nissez-moi dit Eosalinde en pliant le\\ngenou devant le duc aussi stup\u00c3\u00a9fait que les autres spec-\\ntateurs de cette m\u00c3\u00a9tamorphose, dont tout le myst\u00c3\u00a8re\\nfut bient\u00c3\u00b4t expliqu\u00c3\u00a9.\\nLe double mariage venait peine d \u00c3\u00aatre c\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9br\u00c3\u00a9 sous\\nle vaste d\u00c3\u00b4me de verdure, qu un messager arriva, ap-\\nportant au duc une \u00c3\u00a9trange nouvelle.\\nL usurpateur, son fr\u00c3\u00a8re, furieux de la disparition\\nde sa fille C\u00c3\u00a9lia, s \u00c3\u00a9tait mis la t\u00c3\u00aate de son arm\u00c3\u00a9e et\\navait envahi la for\u00c3\u00aat des Ardennes, o\u00c3\u00b9. il avait appris\\nque chaque jour la cour du duc se grossissait de nou-\\nveaux admirateurs de ses vertus et de sa r\u00c3\u00a9signation.\\nMais, au moment o\u00c3\u00b9 Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric, roulant dans son\\nc\u00c5\u0093ur les plus atroces projets de vengeance, s engageait\\nsous les arceaux touffus de la for\u00c3\u00aat, un v\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rable er-\\nmite s \u00c3\u00a9tait tout coup pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9 devant lui, et l avait\\nsi instamment pri\u00c3\u00a9 de renoncer ses criminels desseins,\\nque le repentir s \u00c3\u00a9tait empar\u00c3\u00a9 de son c\u00c5\u0093ur et l avait\\ntransform\u00c3\u00a9 au point de le d\u00c3\u00a9cider rendre son fr\u00c3\u00a8re\\nle duch\u00c3\u00a9 qu il lui avait ravi, et passer le reste de sa\\nvie dans un monast\u00c3\u00a8re.\\nSon premier acte de r\u00c3\u00a9paration avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 de d\u00c3\u00a9p\u00c3\u00aa-\\ncher au duc un courrier charg\u00c3\u00a9 de lui annoncer qu il\\npouvait rentrer dans toutes ses possessions, aussi bien\\nque ses compagnons d exil.\\nUn changement si complet et si inattendu dans la\\nfortune de C\u00c3\u00a9lia et de Eosalinde, n alt\u00c3\u00a9ra en rien la\\njoie des deux princesses, encore moins la tendre et", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0252.jp2"}, "253": {"fulltext": "ROSALINDE. 231\\nsinc\u00c3\u00a8re amiti\u00c3\u00a9 qu elles s \u00c3\u00a9taient vou\u00c3\u00a9es d\u00c3\u00a8s leur en-\\nfance.\\nEt le duc put enfin r\u00c3\u00a9compenser, comme ils le m\u00c3\u00a9ri-\\ntaient, les fid\u00c3\u00a8les seigneurs qui l avaient suivi dans ses\\njours d infortune, et les faire entrer avec lui dans une\\n\u00c3\u00a8re nouvelle de prosp\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 et de paix.\\nFIN.", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0253.jp2"}, "254": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0254.jp2"}, "255": {"fulltext": "TABLE DES MATI\u00c3\u0088KES.\\nPAGE\\nDeux Mots au Lecteur vii\\nWilliam Shakespeare ix\\nRom\u00c3\u00a9o et Juliette 1\\nMacbeth 30\\nLa Temp\u00c3\u00aate 47\\nOthello 62\\nTimon, D Ath\u00c3\u00a8nes 83\\nLe Marchand de Venise 103\\nLe Roi Lear 122\\nHamlet 145\\nLe Songe D une Nuit D \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 165\\nL art D apprivoiser les Pies-Gri\u00c3\u00a8ches 181\\nPerdita 196\\nRosalinde 212", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0255.jp2"}, "256": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0256.jp2"}, "257": {"fulltext": "", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0257.jp2"}, "258": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0258.jp2"}, "259": {"fulltext": "", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0259.jp2"}, "260": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0260.jp2"}, "261": {"fulltext": "", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0261.jp2"}, "262": {"fulltext": "", "height": "3073", "width": "2155", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0262.jp2"}, "263": {"fulltext": "", "height": "3094", "width": "2136", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0263.jp2"}, "264": {"fulltext": "LIBRARY OF CONGRESS\\nIII\\n014 106 736 9\\ns\\nW", "height": "3252", "width": "2253", "jp2-path": "contestirsdesh00lamb_0264.jp2"}}