LIBRARYOF CONGRESS.i ^ [SMITHSONIAN DEPOSrr.] ^ f UNITED STATES OF AMERICA.^ 200e ANSIYEESAIEE u ummn w iississipi JOLLIET ET LE P. MAEttUETTE SOIliEK LITTERAIRE ET MUSICALE A L'UNIVERSITÉ LAVAL Le 17 Juin 1875 QUEBEC L. H. HUOT, KDITKUR TROPRIÉTAIRE DU "CANADIEN" 1873 013 ÎNT KODUCTIOX. Depuis un certain nombre d'années, la ville de Québec r+ vu se célébrer dans sun sein quelques-uns des anniver- saires les plus mémorables de notre histoire. L'arrivée de Monseigneur de Laval, premier Evêque de ce pays (1659). la fondation du Grand Séminaire de Québec par ce Pré- lat (l(i6o), du Petit Séminaire (1668), — événements déjà vieux pour nous, qui ne comptons guéres (_[ue deux siècles d'existence, — ont été l'occasion des fêtes les plus brillanten données à l'L^niversité par les Messieurs du Séminaire. Personne n'a oublié ces grandes solennités musicales et littéraires, où nous avons vu iigurer nos littérateurs, nos artistes, nos orateurs les plus distingués. L'Université seule, par son influence, son dévouement infatigable et 8on prestige, était capable d'organiser et de mener à bonne fin de pareilles fêtes, qui feraient honneur à de plus grandes villes que la nôtre, et qui sont certainement les plus belles dont le pays ait jamais été témoin. Cette année nous devons encore à la générosité et à la patriotique initiative du Séminaire la célébration solen- nelle d'un événement fameux dans l'histoire de la Non- \'elle-France, la découverte du Mis&issipi par JoUiet et le Père Marquette en 1673. Il convenait que Québec ne lais- .s{it [>n.s passer ce ^OOiëme nnuiversaîre sans rendre aux liardis explorateurs un juste tribut d'hommages, sans rap- {>eler à la génération actuelle leurs titres de gloire. Dan^ plusieurs villes des Etats-Unis des fêtes analogues de- vaient avoir lieu ; Québec, où naquit l'immortel Jolliet,. fl'où partirent les intrépides voyageurs^ Québec n'avait-il. pas le premier droit à exercer^ le premier devoir à rem- ])lii" ? L'Université, fidèle à son glorieux passé, s'est char- gée généreusement d'acquitter cette dette nationale, en célébrant, dans une fête admirablement organisée, cette mémorable vlécouverte, qui a inspiré à l'historien Bancrofr une des plus belles pages de son ouvrage: " l.a découverte longtemps attendue du Mississipi allait enfin s'accomplir par Jolliet de Québec, dont l'Histoire' vie parle (|u'en rapport avec cette excursion qui l'a im- mortalisé, et par Marquette, lequel, après avoir consacré plusieures années de travaux assidus à établir, à l'extré- înité du Lac Michigan, dans d'excellents endroits de })éche, les j)auvres restes des tribus Hurannes, entra avec son humilité ordinaire, dans une carrière qui exposait sa vie à des dangers continuels, et dont les résultats devaient affecter les destinées des nations. L'entreprise projetée par Marquette avait été favorisée par Talon, l'Intendant de la Nouvelle-France. Celui-ci, sur le point de quitter le Canada, voulut illustrer la der- nière période de son séjour en cherchant à connaître si les Français, suivant le cours de la grande Rivière de l'Ouest central, pourraient porter le pavillon français jus- qu'au Pacifique, ou l'arborer, côte à côte avec celui de l'Fspagne, sur les bords du Golfe du Mexiqne, " Une tribu de Patawatouiis, qui couuaissait déjà Mar- quette comme missionnaire, apprit avec étonnement ce hardi projet. Ces nations éloignées, lui dirent- ils, n'épargnent jamais les étrangers ; les guerres qu'elles se font entr'elles couvrent les frontières de leur pays de bandes guerrières ; la grande Rivière abonde en monstres marins qui dévorent et les nommes et leurs canots ; les chaleurs excessives y donnent la mort. " — " Je sacrifierai volontiers ma vie pour le salut des âmes," reprit le bon Père ; et la nation docile se joignit à lui pour prier. " Au dernier village de la Rivière-au-Renard qui eût jamais été visité par les Français, , . les anciens s'assemblèrent en conseil pour recevoir les pè- lerins. Mon compagnon, leur dit Marquette, est un en- voyé de France pour découvrir de nouveaux pays ; et moi, je suis l'ambassadeur de Dieu pour leur porter la lumière de l'Evangile ; " et après leur avoir offert des présents, il leur demanda deux guides pour le lendemain. Les sau- vages lui répondirent courtoisement, et lui donnèrent une natte pour lui servir de lit pendant ce long voyage. •■' Le 10 juin 1673, nous voyons alors l'illustre Marquette, ail cœur doux, à l'âme simple et sans aucune prétention, avec JoUiet pour associé, cinq Français comme compa- gnons, et deux Algonquins pour guides, se mettre brave- ment leurs deux canots sur leurs épaules et traverser l'étroit portage qui sépare la Ri vière-au- Renard du Wis- consin. " Ils atteignent l'autre versant, et après avoir fait une l)rière spéciale à la Vierge Immaculée, ils laissent les eaux qui auraient pu porter leurs salutations au Château de Québec ; ils sont maintenant sur les bords du Wisconsin. — 6 — I es guides s'en retoiiriièvent, dit l'excellent Marquette, nous laissant seuls sur cette terre inconnue entre les mains de la Providence. " La France et le Christianisme se trouvaient ainsi dans la vallée du Mississipi. S'embar- quant sur le large Wisconsin, les découvreurs se dirigèrent vers J'ouest, descendirent solitairement le courant, au mi- lieru des prairies et des collines, n'apercevant aucun homme, ni même les bêtes ordinaires de la forêt : pas un son n'interrompait le solennel silence, si ce n'est le bruit de leur canot fendant l'onde, et le beuglement des buffles. Sept jours après " ils entrèrent heureusement dans i;i grande rivière avec une joie qu'aucune expression ne pour- rait rendre ; " et les deux canots d'écorce, ouvrant leurs voiles sous des cieux nouveaux et au souffle de brises in- connues, suivirent la calme magnificence du courant qui les .menait à l'Océan, passant audessus de larges bancs d'un sable blanc, refuges d'innombrables oiseaux de mer, glissant légèrement au milieu d'ilots qui s'élevaient du sein des ondes, avec leurs touffes de bosquets massifs, et au milieu des larges plaines de l'Illinois et de l'Iowa, couronnées de forêts majestueuses, bigarrées de bocages qui se détachaient sur l'immensité de la prairie comme des isles veixloyantes- " Bancroft, après avoir raconté la grande découverte, con- sacre les lignes suivantes à la mort du Père Marquette : JoUiet retourna à Québec, pour y annoncer la grande découverte, dont la nouvelle, sur les rapports de Talon, excita l'ambition de Colbert, L'humble Marquette de- meura pour prêcher l'Evangile aux Miamis, qui habitaient la partie Nord de l'Illinois aux environs de Chicago. Deux ans après, il fit voile de Chicago à Mackinaw et entra dans une petite rivière de l'Etat du Michigan. Il }' érigea un anteî et j dit la messe suivant le rite de FEglise catholique ; puis il pria les hommes qui conduisaient son canot de le laisser pendant une demi-heure. " Dans les sombres et fraîches profondeurs de la forêt au milieu du silence des grands bois, il s'agenouilla et offrit au Tout-Puissant des actions de grâces solennelles et d'ardentes supplications. "Au bout d'une demi-heure, ses hommes allèrent pour le chercher ; il n'était plus. Le bon missionnaire, découvreur de tout un- monde, s'était endormi sur le bord d'un ruis- seau, qui porte son nom. " Près de son embouchure, les canotiers lui creusèrent une tombe dans le sol. Depuis, les coureurs des bois, lors- qu'ils s'aventurent sur le Lac Michigan, invoquent dans leurs dangers le nom du Père Marquette." L'Université a donc voulu, comme nous le disions plus haut, faire une fête vrainient nationale ; et, pour atteindre ce but, elle fit appel au talent de nos artistes Québecquois, à la science historique d'un prêtre savant, à la muse de nos meilleurs poëtes. MM. P. Lemay, L.-J.-C. Fiset, A.-B. Routhier et L.-H. Fréchette, pour la partie poétique ; M. l'abbé Verreau, pour la partie historique; MM. E. Ga- gnon, Lavigne, Defoy, Paré, Lâche vrotière, Duquet, Gau- vreau, Levasseur, etc., avec les élèves du Séminaire et de l'Université, sous la direction de M. Prume, pour la partie musicale : il n'en fallait certes pas davantage pour assu- rer le succès complet de la soirée et lui donner tout l'écla t que le public en attendait. Nous ne disons qu'un mot des Messieurs qui y ont pris ])ai't : c'est que tous, poètes, artistes, historien, se sont ac- quittés de leur rôle admirablement bien, et qu'ils ont su, durant une séance de trois heures, charmer et ravir l'au- ditoire le plus nombreux et le plus distingué qui se soit vu au Canada. Les magnifiques pièces de MM. Lemay et Fiset furent chantées sur des motifs d'une musique vraiment grande et classique. Quand on songe que ces Messieurs n'ont eu f|ue quelques jours pour traiter leur sujet à cause des exercices musicaux qu'il fallait hâter, et qu'ils ont dû «'astreindre à un rythme rigoureusement déterminé, on ne peut vraiment assez s'étonner de la force et de la sou- plesse de leur talent poétique. Quant à MM. Routhier et Fréchette, ils lurent eux- mêmes leurspoésies au milieu des applaudissements les plus vifs, et de manière à laisser l'auditoire dans l'impossibilité de dire lequel des deux poètes a été le plus heureux soit dans la composition soit dans le débit de son œuvre. Le discours de M. l'abbé Yerreau, comme on pourra s'en con- vaincre, est un chef-d'œuvre de style, d'érudition et de recherches historiques. Afin que rien ne manquât à l'éclat de cette mémorable séance, leurs Excellences Lord et Lady Dufferin avec leur suite, leurs Excellences Monsieur et Madame Caron avec leur famille, s'y trouvèrent présents, et applaudirent cor- dialement aux différentes parties du programme. 200« ANNIVERSAIRE DE LA DÉCOUVERTE DU MISSISSIPl PAR JOLLIET ET LE P. MAEQÏÏETTE PROGRAMME. I.A PARîlE mmiE ETAIT SOCS LA DIRECTION M M. JMIN mm OTUVEÏiTURE DE " SI J'ETAIS Opéra par A. Adam. Orchestre, composé du Scptaor Haydn, de quelques aiUre?» artistes de la ville, et de quelques élèves du Sémi- uaire et de rUuiversité. CANTATE POESIE ^«fOXJVELLE DE 2VI. I». I^EMA^V. (^hœur et Orchestre, sur les motifs de la lèrt^ partie dvt Dfisert de F. DAVID. Parlé. Quaud Albiou soumit, dans sa fière r«'vauche, \ son sceptre puissant notre beau sol perdu. Le vieux drapeau français ferma son aile blauf-he Gomme un oiseau que la flèche a mordu. 1 I'arlé. Oii \ il alors, au |>ied de nos faibles oiK'eintos^ 9,(1 lever nos morts glorieux ; Ou vit frémir leurs mânes saiutes : On. vU des Urmes dans lears yeu.\. !*ARLÉ. "Vers le ciiil sans soleil comme un épais nuage Montèrent de tristes sanglots ; Kl eeux (]ui s'attardaient sur le champ du carnage Entendii'ent ces mots i Chanté. Adieu, adieu, ô France, notre mère ! Adieu, adieu, tes lis l>énis hélas! Ne protégeront pas, France, notre humble poussière 1 Adieu l adieu ! Ah ! dans nos froids tombeaux Ne descend point le repos ! Nos morts ont été vaines : Le ciel était jaloux, Ail î dans nos froids tombeaux Ne descend point le repos ! Sur ces funestes plaines Tu tombas avec nous ! Adieu, adieu ! Produis, ô sol que notre sang arrose, Une moisson de liberté ! Que nul tyran jamais ne pose Sur toi son pied ensanglanté ! Adieu Produis, ô sol que notre sang arrose, Une moisson de liberté ! Adieu, adieu _ 11 — Parl^. Et dans l'air fToid et livide Un long frisson parut courir -! Et le Yciinqueur de son glaive in-trôpiâe Pressa !<} garde encore humide Et sentit ses genoux fléchir. Pahlé. "Pnis une voix étrange, La douce voix d'un ange. Puis une roi?: étrange Du ciel parut venir : Chanté. « Dormez, guerriei^, Parmi vos lauriers ! Des jours nouveanx Viendront plus beaux : Car l'œil des Gieux Veille sur ces lieux ! Dormez, guerriers, Sur vos lauriers. Dormez en paix;: Vos noms jamais Ne périront : r^s temps futurs les béniront ! parl^. 'Quand vous allez loin de la fouie RAver dans nos champs glorieux. De ce sol que votre pied foule Monte un concert mystérieux ; Prosternez-vous : chaque brin de gazon, — 12 ^harjiie guirlande du buissoir Rpdit l'éclat de nos combats. Redit l'honneur de nos soldats! Ils sont tombés, hélas! vaiss(\i'i ({iii sombn» , Flélas! hélas î \ virt()ire souvent sourit au {)lns grand nombre T Les héros sont ceux Qui donnent sans crainte Pour la cause sainte f^eur sang généreux. Gardez la mémoire r>és jours d'autrefois ! Gravez dans l'histoire Ces nobles exploits ! Soyez dignes de vos aïeux Soyez honnêtes, vertueux Et pieux Comme eux î Ee ciel peut un jour se voiler % Sur vous l'orage grondera, Voyez sur vos cimes, Voyez le champ Qui but le sang De vos martyrs î Que le souvenir !>e ces luttes sublimes^ O Canadiens, Soient vos soutiens,. Vous donnent la victoire ! DISCOURS DK M. L'ABBK VERREAU. C'él.iiten 1666, aux premiers jours de juillet. Gomme ce soir, on voyait se diriger vers un collège de cette ville une partie de la population de Québec ; les portes de la citadelle d'autrefois s'étaient ouvertes, comme ce soir, pour laisser passer une suite nombreuse et distinguée. Précédé des gens de sa maison et de ses gardes, escorté de gentilshommes et d'un brillant état-major, le Vice-Roi, esprit supérieur et ami des lettres — ne vous y trompez pas, Messieurs, nous sommes en 1666 — M. de Tracy, dis-je, s'avançait au milievi du Gouverneur, M. de Gourcelle, et de M. Talon, Intendant de toute la Nouvelle France. Presqa'en même temps, d'une maison assez modeste, qui s'élevait sur l'emplacement actuel de la cure de Québec, sortait le Vicaire Apostolique, Mgr. de Laval, accompagné de plusieurs prêtres, parmi lesquels on aurait pu distinguer M. de Bernières, qui sera le premier supérieur du Séminaire de Québec, M. Ango des Maizerets, dont les ancêtres, riches marchands de Dieppe, trai- taient presque d'égal à égal avec les rois, M. de L.iiizon Gharny, aujourd'hui simple officiai, naguères gouveineur du Ganada. Toussontplus distingués encore par l'élévation de leur esprit que par la naissance. Mais le descendant deî5 Montmorency se fait remarquer au milieu de tous par Tair de majesté qui avait frappé nos sauvages et que teni- — 14 — père cependant la modestie épiscopale. Dans celte ausrtèiv fignie, brilleiU la finesse de l'intelligence et la bonté. Salnons, Messieurs, saluons avec respect le fondateur de tant et de si grandes choses. Dans une Université qui porte son nom, devant ses fils et les héritiers de son dé- vouement, nous lui devons ce témoignage de la recon naissance : c'est le moins que nous puissions faire. Et ne croyez pas, Messieurs, que je m'écarte de mon sujet. C'est bien au grand homme, dont le regard perçant sut distinguer Jolliet et qui le donna au Canada avec la gloire attachée à ses découvertes; c'est à lui que nos pre- miers hommages doivent s'adresser daiis ce jour mémo- rable. Quelle était donc la solennité qui réunissait un pareil auditoire au Collège des Pères Jésuites ? On inaugurait alors ces fêtes classiques dont le Sémi- naire de Québec nous a si bien conservé la tradition. C'était le commencement du mouvement intellectuel, qui a fait de votre ville. Messieurs, la capitale littéraire du pays, et qui a préparé l'avenir et la gloire du Canada, autant et mieux que n'auraient pu l'aire les secrets de l'industrie et du commerce. Deux jeunes canadiens, après avoir terminé leurs huma- nités et suivi le cours de philosophie scholastique, telle qu'on l'enseignait alors, devaient soutenir leurs thèse-s publiques. Ils se présentaient, suivant l'expression con- sacrée, pour défendre contre tout venant, un certain nom- bre de propositions de cette philosophie, si abstraite dans son élévation, mais en même temps si bien adaptée au développement des intelligences d'élite. C'était la première fois que pareille joute avait lieu en Canada, et c'est pour y applaudir, et peut être pour y prendre part, que nous avons vu le Vice-Roi, le Gouver- neur, l'Evêque et l'Intendant se diriger vers le Collège de Québec. — 15 — Involoutairemeat Tespril se rappelle une autre solennité da même genre dont un collège de Paris venait d'être le théâtre, quelques années auparavant. Là, un jeune abbé, dont le nom devait retentir dans Tunivers, soutenait aussi une thèse philosophique, en présence de Gondé ; mais avec une telle vigueur d'argumentation et une telle supériorité de science que le grand capitaine vit en lui un adversaire digne de ses attaques : un instant, il eut l'idée de se mesurer avec lui sur un champ de bataille bien différent pourtant de ceux de Rocroy et de Fribourg. Ainsi se distinguèrent nos étudiants canadiens. Cepen- dant la lutte fut chaude. «M. Talon entrautres, dit le Journal des Jésuites (^), M. Talon argumenta très bien. » Il devait être un rude jouteur, préparé, comme il était par de fortes études — et un esprit naturellement pénétrant, par les traditions de famille — aux difficultés de l'argumen- tation et à tous les secrets de la dialectique. Notre Inten- dant joignait à ces avantages d'autres qualités, bien propres à intimider de jeunes étudiants. Un extérieur majestueux et un ton plein d'autorité le trahissaient tou- jours quand il voulait, comme cela lui arriva quelquefois, se déguiser pour mieux connaître Tétat du pays. Peut-être, Messieurs, m'attardé-je trop sur ma route. Mais à Tépoque que nous considérons, tout est nouveau, tout se tient, et plus qu'ailleurs, les événements impor- tants se rattachent aux causes en apparence secondaires. C'est ce qui arriva dans cette séance académique. Talon remarqua le talent des jeunes logiciens : un surtout attira son attention et celle du marquis de Tracy. C'était Louis .Tolliet, le découvreur du Mississipi. Il est temps de le faire connaître. Louis Jolliet était le troisième enfant de Jean Joliiet et de Marie Dabancour. Il naquit à Québec — dans la I3asse-Ville — le 20 septembre 1645. A Tâge de six ans, il (i)p. 345. — 16 — perdit son père, et la mère, dont la principale foi-lune con- sistait dans une famille assez nombreuse, fut obligée de sf remarier bientôt. Nous avons peu de détails sur les premières années df? notre jeune héros. Le Journal des Jésuites nous le montre assistant aux processions de la Fête-Dieu, habillé en angf et couronné de fleurs. Comme Eliacin, il aurait pu dire : Quelquefois à l'autel Je présente au Grand Prêtre ou l'encens ou le sel. J'entends chanter de Dieu les grandeus infinies : Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies. Puis, on l'aurait vu courant — joyeux — au rivage», lancer sur un léger esquif pour affronter les flots et les vents, se moquant quelque peu de la cuirasse formi- dable nécessaire au cœur du marin, suivant le poète qu'il venait de traduire. A une autre époque de sa vie, il lui sera donné de redire — avec un voyageur dont tout le monde admire la hardiesse et que le Canada se contente d'aimer, et d'applaudir — ces vers adressés à une image chérie : Fair Fortune' s fairer harbinger ! You smooth'd Our way hefore us, through the frantic Jling Of roysiering ivaves — as once Athene soohth'd The deeps ihat raged around the wandering king. L'éducation de Louis, comme celle de tous les jeunes canadiens, devait le rendre capable de soutenii- la fa- tigue et d'affronter les plus grands dangers. Les pri- vations n'y furent pas étrangères ; mais elles donnèrent à son caractère — naturellement doux une trempe d'énergie et de fermeté patiente, que vous remaïquerez plus tard, quand vous le verrez suivre son droit chemin, sans se dé- tourner ni pour éviter un danger, ni pour satisfaire l'am- bition. Cette éducation, toutefois, ne laissait pas que d'être empreinte d'une certaine poésie. Tout semblait fait pour _ T7 *ÛîrîgCT son ame vers deux courants bien différents «apparence : les rêveries de l'imagination et les jouissances -■que donne la réalité des péril-s toujours surmontés et toujours menaçants. Du haut de Tescarpemeut où s'élève aujourd'hui l'Uni- ^i/ersité Laval, Jolliet avait, plus d'une fois, contemplé le ïpanorama enchanteur qui se déroule tous les Jours sous vos yeux. Mais à cette époque, la nature sauvage, qui lui servait comme de cadre, offrait au regard quelque chose 'de plus grand, il semble, et de plus mélancolique. La forêt — forêt primitive— était partout : elle était ici même, ^elle touchait au rivage de toutes parts, avec ses aspects et -ses teintes tantôt sombres, tantôt brillantes, avec ses ter- reurs et ses dangers. Souvent il en sortait un cri de mort qui retentissait dou- loureusement dans tous les cœurs: l'iroquois, toujours perfide, venait d'enlever une nouvelle victime. îl fallait le poursuivre et la lui arracher. Quel est le jeune cana- dien qui n'aurait ambitionné ce périlleux honneur? Joi- 'gnez à cela le récit des guerres terribles faites à nos alliés, «t des actes de prouesse accomplis par nos aïeux ^ ou bieii le spectacle animé que présentait à certaines époques It; port de votre ville — on commençait déjà à vous l'envier. D'un côté, quelques vaisseaux français : toujours attendus avec impatience, ils apportaient les richesses du com- merce, les nouvelles des amis, les ordres et les récom- penses du grand roi D'un autre côté, arrivait la flotte des pays d'en haut, nombreuse, annoncée de loin par les chants et les cris de joie de nos sauvages. Montes sur leurs fragiles canots d'écorce, ils avaient franchi des distances immenses, surmonté des difficultés incroyables. Plusieurs venaient, pour la première fois, contempler de près les habitudes de ces hommes blancs qui, disait-on, mangeaient des os et buvaient du sang (i) et que, dans (1) Relations, t. I, 1633, p. 9. 3 fetir langage un peu railleur, ils appelaient ouemichligou- ahiou (i)v Tous étaient chargés du fruit de leurs pénibles chassesu ils avaient choisi les plus belles fourures de leurs bois- pour les- échanger contre les produits de l'Eui^pe : elles- étaient la principale richesse du pays, en réalité la seule- monnaie qui eût de la valeur. Aussi se les disputait-on- (juelquefais avec toute l'avidité qu on met aujourd'hui à la recherche de l'or. Les transactions terminées, les alliances conclues, après avoir obtenu des missionnaiies, les sauvages reprenaient peu à peu la route de l'ouest, les vaisseaux- mettaient à la ■^i-oile, suivis de bien des regrets. Puis, quand le dernier avait disparu derrière la l*ointe-Lé .is, tout rentrait dans le silence; l'isolemeut semblait encore) plus grand qu(i d'habitude. C'est au milieu de to-utes ces émotions que Jolliet gran- dissait et qu'il ressentait les premières aspirations vers un avenir, qui ne lui apparaissait peut-être pais sans- gloire. Son ijîstruction fut complète, beaucoup plus qu'on le supposerait à une pareille époque, lorsque Québec n'avait pas encore soixante ans d'existence. Après les humanités et la philosophie, il étudia hi physique, les mathémati- ques, l'astronomie, assez du moins pour faire des observa- lions et dresser des cartes, ce qui lui assura plus tard sa nominatian d'hydrographe du roi. Les arts d'agrément ne lui étaient pas étrangers non plus. D'après le Journal des Jésuites^ Jolliet aurait sa place dans l'histoire de la musique en Canada. Cependant son caractère se dessinait: peu à peu, Louis (ï) Ce mot signifie: homme qui est dans un canot de bols; mais comme les Français se montrèrent d'abord peu habiles à surmonter les fatigues et les autres difficultés de la vie des bois, il prit, dans la bouche des sauvages, une signification pe i flatteuse pour notre amour propre. •élait devenu le centre et Tâme de la famille ; on paraissau •se reposer sur lui dans certaines affaires difficiles. Entre iun thème et une version, il devait s'occuper de son cadet. qui figure aussi dans notre histoire (^). A la suite -de quelque tirade sur le bonlieur de la tranquillité, il lui fallait courir chez les traiteurs, visiter les praticiens -de l'époque, ahn d'assurer les restes de la très-modeste fortune de sa mère, laquelle était veuve pour la seconde fois. Tout cela s'accomplissait facilement et sans bruit. Il est aisé de comprendre pourquoi Mgr. de Laval cher- •cha de honne heure à s'attacher JoUiet, Voyant quels ^services il pourrait rendre à l'Kglise naissante du Canada, il voulut le préparer lui-même à la vie peu brillante, mais difficile, du missionnaire. Il lui donna la tonsui'e lorsqu'il n'avait encore que 17 ans et qu'il fréquentait encore les classes du collège, I^e zélé Prélat l'attacha à sa maison, afin de suivre ses progrès d'un oeil plus atteutif. Aussi dans l'événement raconté plus haut, personne, au- tant que lui, ne dut jouir du succès de la lutte et applau- dir au vainqueur. Cependant, dans l'automne de 1667, nous voyons tout d'un coup Jolliet renoncer à l'état ecclésiastique et pren- dre passage sur la flotte qui emmenait M. de Tracy en France. Non, Messieurs, il n'y a dans cette démarche ni in- conséquence, ni légèreté. Son caractère profondément religieux ne se démentira jamais. Il travaillera à la civi- lisation des sauvages et au progrès de l'Evangile ; mais d'une manière qu'il n'avait pas d'abord prévue. La véritable cairière de Jolliet date de 1667. Ici com- mence la suite des périgrinations lointaines qu'il pour- suivra jusqu'aux dernières années de sa vie. C^) Letlvfi, compt'^-i, actev notariés, etc., Archives du Séminaire. ^ — IL Oii écrivain, qiri paraît d'ail loiirs bien au courant de- notre histoire (M, prétend que Jolltet ne visita la France- pou r la première fois qu'yen \Q9b^ quelques années seule- ment avant sa mort. Mais il résulte d'une uote de Mgr.. de Laval (^) que le voyage de iG67 n'était certainement pas le premier : toutefois les détails manq-uent sur les autres. Quant à celui-ci, p/Crsonne,- je crois, n'y a encore fait attention. Il est mentionné d'une manière vague dans une lettre adressée au Comte de Frontenac. J'avais pensé qu'il avait été accompli vers 16-78. Mais la date précise en a été fixée par les recherches que M. Laverdière ■i bien voulu faire pour moi, qi^elques sem«aine3 avant sa îuort à jamais regrettable. Hélas ! c'est le dernier service r^ue notre Histoire doitàson érudition, et moi,-àson aniitié. JoUiet était de retour à la fin do 1§6B. Mais a [Xîinc avait-il mis pied à terre,- que M. de Gourcelli^ le chargeait de se rendre au Lac Supérieur, pour constater la richesse desmines de cuivre, qui commençaient à attirer rattentioiv du gouvernement.. C-ette mission supposait clïez. le jeune explorateu-r des connaissances scienUfiques assez étendues. Il s'en revenait au commencement de l'automne de 1-069, quand il rencontra dans le village Tinaouaoua, au fond de la Baie de Burlington, Cfavelier de la Balle, qui allail, en compagnie de deux prêtres de Bt. Bulpice, MM. Dollier et de Galinée, reconnaître le cours de TOhio. 11 y aurait à faire, entre JoUiet et la Salle, un rappro- chement qui ne manquerait pas d'intérêt. C'est ici qu'ils se trouvent pour la première lois en présence l'un de l'autre. Gomment se sont-ils appréciés ? Ont-ils pressenti que la Providence les ferait marcher, l'un à côté de l'autre, pour (1) Notes pour servir à l'Histoire de la Xouvelle France, p. 139, note. Etat (les dépenses, etc., Archives du Séminaire. — 21 — arriver à des destinées si différentes? Jeunes tous deux, le premier venait d'atteindre 24 ans, le second 26, ils avaient sans doute conservé les impressions de la vie calme et modeste du Séminaire. La Salle cependant lais- sait déjà apercevoir son imagination enthousiaste et une ambition qui ne s'accommodait pas toujours de la vérité. JoUiet, maître de lui-même, avait cette ouverture qui attire et cette fermeté honnête qui lui a conservé, malgré sa dou- ble qualité d'enfant du sol et d'élève des Jésuites, la con- fiance de M. de Frontenac. Sans doute, il n'a pas été anobli; mais ni accusations, ni haines ne se sont atta- chées à son nom devenu célèbre, et s'il a eu quelques détracteurs, ce sont des gens, tels que le P. Hennepin, dont les opinions ont varié avec la bourse qui est tombée dans leur escarcelle. Mais il ne faut pas anticiper sur les événements. Jolliet ne f it pour ainsi dire que toucher à Québec : une nouvelle mission l'attendait. L'avant-poste de la France, que Ghamplain avait placé au château St. Louis, se trouvait déjà transporté à l'extrême Occident, au fond du lac Supérieur. Mais il fallait répandre plus loin encore l'influence de la civilisation chrétienne et faire reconnaître l'autorité de Louis XIV par de nou- velles peuplades sauvages, principalement par celles qui habitaient vers la mer du sud, nous dit le Père Dablon, (( autant et si avant qu^il se pourrait ». C'est à quoi Jolliet devait énergiquement travailler, sous les ordres du chevalier de St. Lusson. Dans la réunion imposante — espèce de congrès des peuples— convoquée par leurs soins au Sault Ste. Marie^ quatorze nations se soumirent au grand prince, qui «seul, leur disait-on, décide de toutes les affaires du monde». Mais ce qui devait contribuer davantage à consolider la puissance française de ce côté, ce furent les renseigne- ments nombreux et précis que les deux envoyés de M, de Talon recueillirent dans cette circonstance. - 22 — Jusque-là, rinlérôt et la curiosité avaieut poussé les voyageurs vers l'ouest et le sud-ouest ; le zèle des mission- naires avait pénétré encore plus loin. Mais à mesure qu'on avançait, apparaissaient des nations ignorées, et chacune d'elles annonçait l'existence d'un grand nombre d'autres. Ce qu'elles racontaient des pays lointains, du climat, des productions, des plaines à perte de vue, des fleuves immenses, tout cela était comme la révélation d'un monde nouveau. Chaque jour il devenait plus certain qu'un vaste fleuve coulait vers le Mexique. Se déchargeait-il vers la mer de Californie ? ouvrait-il le passage tant cherché de la Chine? ou bien arrosait-il un pays riche en mines d'or ? Tel est le problème qui se pré- sentait à tous les esprits. Il était évidemment d'une haute importance politique d'en avoir la solution. M. Talon voulut l'avoir à tout prix. Mais qui chargera-t-il de cette difficile entreprise ? Le jeune logicien de 1666. Jolliet n'a que 27 ans ; mais pnrmi tous ceux qui ont vieilli dans les voyages et acquis le plus d'influence sur les barbares, aucun ne lui disputera la palme. Ecoutez le P. Dablon, qui l'avait bien connu: «Jolyet « estoit un jeune homme natif de ce pays, qui a pour « un tel dessein tous les avantages qu'on peut souhaiter. K II a l'expérience, et la connoissance des langues du « pays des Outaouais, où il a passé plusieurs années ; « il a la conduite et la sagesse qui sont les princi- « pales parties pour faire réussir un voyage également « dangereux et difficile, enfin il a le courage pour ne rien « appréhender où tout est à craindre. Aussi a-t-il rempli « l'attente qu'on avoit de lui.» Mais pendant que la voix publique — nous pouvons bien l'affirmer — désignait Jolliet au choix des autorités cana- diennes, il y avait, à l'extrémité du lac Huron, un mis- - 23 — sioimaire qui désirait, qai appelait cette découverte avec toute la ferveur de son zèle. C'était le P. Jacques Marquette. Né à Lâon, vers 1637, Marquette appartenait à une famille ancienne et noble, où le courage et le dévouement se transmettent avec le sang. — Elle existe encore aujourd'hui. — Il se trouvait le contem- porain, et, par sa mère, le parent du vénérable fondateur des Ecoles Chrétiennes. De bonne heure, il entra chez les Jésuites, avec le désir d'être un jour envoyé aux missions lointaines. Il venait d'être fait prêtre, quand il fut destiné à celles du Canada. Débarqué à Québec, le 20 septembre 1666, ses supérieurs le mirent immédiatement à l'étude des langues sauvages, pour lesquelles il fit preuve d'une merveilleuse facilité. Vers la fin de mai 1663, nous le voyons à Boucherville, se dirigeant vers le lac Supérieur. C'est dans la baie du St. Espiit — Chagouamigon — qu'il entendit parler du Vîissis- sipi et qu'il conçut le projet de l'explorer pour convertir les nations indiennes qui en habitaient les rives. Le Père Marquette avait un désir si ardent d'exécuter ce projet, que tous les jours il demandait amoureusement à la Vierge Immaculée de lui en obtenir la grâce. Aussi quand, le 8 décembre 1672, il apprit que JoUiet venait d'an'iver avec les ordres de MM. de Frontenac et Talon, il crut voir dans cet événement une singulière coïncidence qui lui marquait la volonté du Ciel. Jolliet était chargé de diriger l'expédition, mais il devait s'adjoindre le P. Marquette— avec qui il était uni d'amitié — «ayant bien des fois concerté ensemble cette entreprise ». (^l l-es préparatifs du voyage, dont le terme était inconnu, furent très-simples: un peu de viande fumée et de la farine: voilà tout. Aussitôt que la saison le permit,, les deux voyageurs, accompagnés de cinq français, se mirent (1) Re.lations Inédites. Edit. de Douniol, t. I, p. 194; t. II, p. 375. — 24 — en route. C'était le 13 mai 1673 (i). « La joie que nous «avions animoit nos courages et nous rendoit agréa- « bles les peines que nous avions à ramer depuis le matin « jusqu'au soir. » Partout, sur leur passage, ils excitent par leur hardiesse l'étonnement et l'admiration des peuples barbares. Les anciens néophytes du bon Père veillent le retenir, lui met- tant sous les yeux les dangers auxquels il s'expose : « Ils « me représentèrent que je rencontrerois des Nations qui « ne pardonnent aux Etrangers, auxquels ils cassent la n teste sans aucun sujet ; que la guerre qui estoit allumée « entre divers peuples qui estoient sur notre Route nous « exposoit à un autre danger manifeste d'estre tués par les « bandes de guerriers qui sont toujours en campagne ; que '( la grande rivière est très dangereuse quand on n'en « sçait pas les endroits difficiles ; qu'elle est pleine de « monstres effroyables qui dévoroient les hommes et les « canots; qu'il y a môme un démon qu'on entend de fort « loing qui en ferme le passage etabysme ceux qui osent « s'en approcher ; enfin que les chaleurs sont si excessives « en ce pays-là, qu'elles nous causeroient la mort infail- (! liblement. » Mais rien ne devait effrayer des hommes dont la mission avait, à leurs yeux, quelque chose de sacré. Partant de Michilimakinac, ils côtoient la rive nord du lac Michigan, pour pénétrer, après une station à l'entrée du Malomine — le Menomenee des géographes américains — jusqu'au fond de la Baie Verte. Là, ils remontent, assez péniblement, la Rivière aux Renards et arrivent le 7 juin chez les Mascoutens, dernier poste français de ce côté. Puis, après un portage de quelques milliers de pas, où ils (1) C'est la date que porte la copie manuscrite du voyage du P. Marquette, faite par M. Viger, dont tout le monde connaît la minu- tieuse exactitude. L'édition de Shea et celle de Douniol mettent 17 mai; mais la première renferme des fautes d'impression; la seconde a été retouchée au point de rue de l'orthographe. •traînèrent leurs canots, ils rencontrèrent une rivière qui «coulait vers l'ouest. « Nos voyageurs, dit Skea, avaient atteint Fextrème limite •« des pays explorés. Un monde nouveau se présentait de- ■«vant eux. Prosternés sur le rivage^ ils offrent encore une « fpis leur vie et leur entreprise à la bien aimée Vierge Immaculée et puis ils se lancent courageusem.ent sur « le Wisconsin.» Mais ils ne laissent pas que d'éprouver un léger senti- ment de mélancolie : « Nous quittons, disent-ils, nous «quittons les eaux qui vont jusqu'à Québec pour ependantquïl ne manquerait pas de grandeur. — C'est dans l'intelligence, dans le cœur ardent de cette jeunesse qui vient s'asseoir sur les bancs où s'est assis JoUiet, que nous voulons gravc-r sa gloire. Oui, elle y sera impérissable. (Tardée soigneusement, transmise de générations en géné- rations, comme une partie de l'héritage national, elle du- rera — quelles que soient les destinées politiques du Cana- da et des Etats-Unis. C'est à vous, élèves du Séminaire de Québec, de faire redire k la postérité que de votre patrie, (le Québec, de cette maison, dirai-je, est sorti le décoïj- VUEC'R DU MlSSKSSlrl. -la^i/a FANTAISIE, FAUST De M. .Tertn' Prume, exécutée par l'auteur. LA DÉCOUVERTE DU MlSSlSSIPf ET LE P. MARQUETTE POESIE DE CIRCONSTANCE PAR M. A.-B. ROUTHIER, Lue par l'autevir. h Vous souvient-il du temps où la France chrétienne, tin tete des nations, comme une grande reine, A travers les siècles marchait? Les peuples saluaient sa démarche imposante, Fit devant la croix seule, humble et reconnaissantt^y Sa noble tete se penchait. Qu'elle était belle alors ! Dans sa force féconde Sa grande intelligence illuminait le monde Des splendeurs de la vérité î Bon glaive lîamboyait comme le soleil mème^ Et Ton voyait reluire à son beau diadème Un rayon d'immortalité. Les oppresseurs tremblaient à son aspect terrible, Ft tous les opprimés dans son bras invincible Trouvaient un ferme et prompt secours. De l'univers chrétien elle séchait les larmes, Ft l'Eglise louait et bénissait ses armes, Que le succès suivait toujours. A l'épouse du Christ elle restait unie : La science et la foi croissaient dans Tharmonie Comme deux scours à ses côtés. — 39 — Hâtant vers la grandeur sa marche toujoai^ fière Elie traçait au loin un rayon de lumière Formé de célestes clartés. Elle civilisait : mais c'était l'Evangile (.)u'elle donnait pour phare à la raison fragile Des écrivains et des penseurs. Et jusqu'au bout du monde, à travers les abîmes. Elle envoyait partout ses apôtres sublimes Donner au Christ des défenseurs. Quand des peuples entiers de l'Europe infidèle A l'Eglise arrachaient sa couronne éternellj Et cessaient d'être ses enfants, La France de saint Louis, sa fille plus souniisey Voulait devenir mère et donnera l'Eglise D'autres fils pins reconnaissants. Le front illuminé d'une sainte auréole Elle semait au loin la divine parole Au delà des monts et des mers ; Elle gardait au cœur la flamme apostolique, Et pour grandir le champ de la foi catholique Elle allait découvrir un nouvel univers-. II. Tar delà l'horizon et l'océan immense Venaient de se lever des mondes inconnus ; Et des hommes atteints de sublime démence Sur leurs rives sans nom promenaient leurs pieds nus. Une croix à la main ils passaient sur la grève Traçant dans l'ombre épaisse un rayon lumineux ; Ils passaient, comme on voit, lorsque la nuit se lève, Désastres voyageurs dans un ciel nuageux. Devant eux s'étendaient des solitudes mornes, - 40 — Des fleuves déployant leurs sauvages grandeur?^ De grands lacs, mugissant comme des mers sans bornes. Des forets prolongeant leurs sombres profondeurs. Tout était riche et grand dans ces mondes sauvages ; Le soleil les couvait de ses rayons dorés. Et la fécondation dans la suite des âges Avait accumulé des trésors ignorés. La désert verdoyant et l'immense prairie Ondulaient sous la brise ainsi que des moissons : La montagne boisée et la plaine fleurie Souriaient au soleil et mêlaient leurs chansons. Des sables d'or roulaient sur le lit des rivières ; Au milieu des rochers brillaient les diamants ; Les marbres attendaient, au fond de leurs carrières^ Que l'art les transformât en riches monuments. Quels pays enchantés ! Quelle grande nature ! Au nord, le Saint-Laurent, un fleuve sans égal. Enlaçait avec grâce, ainsi qu'une ceinture, Notre vaste pays de ses flots de cristal ; Tantôt majestueux comme un lion d'Afrique Promenant son pas lent au milieu des déserts^ Et tantôt ressemblant à la furie antique, i.ançant en mugissant ses vagues dans les airs ; Dans ses bonds furieux ébranlant les collines Et roulant sur ses bords des quartiers de rochers, Ou creusant dans son lit de profondes ravines Dont le gouffre grondant effrayait les nochers. Plus loin, vers le couchant, un autre fleuve iminuiisc, Tranquille dans sa force, et pleni de majesté, A travers les déserts serpentait en silence, Répandant la richesse et la fécondité. Dans l'occident lointain il avait pris sa source, Et, comme entrevoyant la longueur du c emin, Ou tel qu'un voyageur fatigué de sa course, — 41 — ïi mareîiait à pas lents, sûr de son lendemain, îl semblait se soustraire aux regards des profanes-, Ne chercliait pas le bruit ni les grands horizons, Mais faisait cent détours au milieu des savanes, Comme un serpent qui glisse à travers les gazons, ïl était large et beau, mais dans son attitude Il avait je ne sais quoi de trop nonchalant ; Trop ami du repos et de la solitude, On eût pu rappeler le monarque indolent. Il promenait son faste au milieu de ses terres. Etalant sa richesse, élargissant ses bords, Recevant ses nombreux et riches tributaires, Qui venaient dans son sein répandre leurs trésors Et de son beau royaume agrandir la puissance. Or, FEurope ignorait, il y a deux cents ans, De ce fleuve géant la paisible existence • Et les peuples indiens étaient les seuls passants Dont il voyait alors errer les caravanes. Qui donc allait enfin être assez courageux Pour percer les forets, traverser les savanes, Sillonner les grands lacs et les marais fangeux Au milieu de périls et d'obstacles sans nombre ? Quel homme de génie allait enfin surgir, Et franchir l'inconnu, cette muraille d'ombre Qui toujours du passé sépare l'avenir ? — Ah ! cette gloire était réservée à la P'rance, Qui, dans cet âge d'or, accaparait l'honneur De porter aux nations vivant dans l'ignorance, La science de Dieu, la paix et le bonheur. Un jour que le soleil, dans sa gloire sereine Se levait radieux, le vieux Meschacébé Se sentit tressaillir d'une émotion soudaine : Un canot sillonnait son dos large et courbé. Monté par des marins inconnus sur sa plage. D'au cosLame bizarre ils étaient revêtus, Leur visage était pâle, étrange leur langage ; r.Iais sur leurs fronts brillaient la gloire et les vertus-; (^étaient nos deux héros, JoUiet et Marquette, Qui découvraient enfin le vieux Père des- Eaux- Etendu mollement au milieu des roseaux. Au nom de leur patrie ils faisaient sa conquête Kt l'assujettissaient au sceptre de leur roi. Au nom auguste et saint de l'Eglise Romaine Ils plantaient sur ses bords l'étendard de la Foi : Ouvrant aux confesseurs une plus vaste arène. Au zèle apostolique un théâtre plus grand. Le lleuve se taisait. Le soleil plus ardent })e ses gerbes de feux inondait ia savane, Kt jusqu'au fond des bois il avait déjà lui ; Les nuages flottants sur le ciel diaphane Entrouvraient leurs rideaux de pourpre devant luL T3ans la pl.iine passaient des brises parfumées, p]t les foins balancés au souffle matinal Gazouillaient doucement comme un chant des aimées Le grand cèdre, dressant son cône vertical, Elevait dans les cieux sa tète solennelle Et de loin paraissait comme une sentinelle Montant la garde au bord du grand fleuve endormi. A distance flottaient des îles verdoyantes Que la lame berçait et couvrait à demi, Et qui, dans la lumière, apparaissaient brillantes, Gomme dans un collier des perles chatoyantes, Ou comme en un jardin des corbeilles de fleurs. Quelques bosquets épars étalaient leur verdure. Les oiseaux déployaient leurs plus riches couleurs ; Au concert matinal ils mêlaient leur voix pure : La nature chantait l'hymne à son Créateur. Et les héros chrétiens, inondés d'allégresse, — 43 — Baisant avec transport le rivage encliantenr, <^élébrèreat de Dieu l'éternelle jeunesse ! Tous deux agenouillés, ils plantèrent la croix, Rendant grâce au Seigneur d'avoir sauvé leur vie ; Et, levant leurs regards vers la sainte patrie, Ils prièrent longtemps, disant : credo ^ je crois ! llh Dix-huit mois sont passés, et le Père Marquette Pour la seconde fois revient de visiter Cet immense pays dont il fit la conquête Et qu'au prix de son sang il voudrait racheter. 11 est seul cette fois. Son compagnon d'études, De voyages lointains, de périls, de travaux, Jolliet vogue au loin sous d'autres latitudes Et s'en va découvrir des rivages nouveaux. Sur les bords du grand lac Michigan, il chemine, Cherchant encore au loin quelque âme à secourir. Mais une maladie incurable le mine ; Sa force l'abandonne : il sent qu'il va mourir. Mourir! Il n'est pourtant qu'au début de la vie: C'est à peine, mon Dieu, s'il a trente-sept ans î Mais ne le plaignons pas : il est '.igné d'envie, Devant lui le ciel ouvre un éternel printemps. N'écoutant que son cœur il veut marcher encore, Mais son cœur généreux le trahit vers le soir. Hélas ! il sent grandir le mal qui le dévore, Et sur le bord du lac il est allé s'asseoir. Les oiseaux dans les bois entonnaient leurs ramages ; Le soleil descendait triste sous l'horizon Qui refermait sur lui ses portes de nuages, Comme sur un monarque une obscure prison. 44 — C'était un soir de mai : la lune, faible et pale^. Ne se promenait plus dans le ciel azuré. Kl le s'était cachée ; et le flot, comme un râle, i'^xpirait doucement sur le sable doré. Le grand lac ondulait, et ses vagues' plus sombres- Roulaient sur ses pieds nus leurs plis harmonieux - Elles se succédaient et lormaient dans les ombre.'^ Un cortège bruyant, triste et mystérieux. Gn nuage ronhiit sur le fond du ciel morne Gomme un drap mortuaire au-dessus du martyr,. La nature muette et le dé&ert sans borne Assistaient éploré^ à son dernier soupir. Bientôt allait sonner l'heure de l'agonie, tjn vent doux et léger sur sa tète passait ; La nature était belle et pleine d'harmonie : Devant la mort du jusie elle s'attendrissait. iJiamants nierveilleux de l'écharpe éternelle, Astres qui vous bercez dans des mers de saphir^ Si vous avez une âme, elle n'est pas plus belle ^)\ie râme de nos saints à leur dernier soupir î L'apôtre conserva le sourire de l'ange Ln regardant la porte éternelle s'ouvrir; Kt ses yeux éblouis d'une vision étrange Virent se dérouler les siècles à venir. f;l vit pendant longtemps notre belle patrie Prospérer et grandir à l'ombre des autels, Kt pour la protéger notre race aguerrie f^e couvrir aux combats de lauriers immortels. >iais comme il l'ut saisi d'une horrible soutlraiice Quand il vit les pays qu'il avait découverts Violemment arrachés au sceptre de la France, Moins d'un siècle plus tard accablé, de revers; — 45 — Quand il vit son drapeau trahi par la victoire, Aux bords du Saint-Laurent marchant sur des tombeaux ; Puis, déchiré, noirci, mais rayonnant de gloire, Repassant l'Atlantique en glorieux lambeaux ! Mais plus tard bonheur ! les races étrangères- Déposaient à nos pieds la morgue du vainqueur ; Et, joignant nos destins, nous devenions tous frères, Marchant vers l'avenir avec un môme coeur. Puis ses yeux étonnés virent sur les rivages Du fleuve qu'il avait découvert pour son Dieu, De splendides cités et de riches villages, Et des peuples sans nombre affluant dans ce lieu. Et partout le progrès ouvrant ses grandes ailes, Couvant et fécondant la plaine et les déserts, Défrichait et peuplait ces régions si belles. Et les villes lançaient leurs dômes dans les airs. Au milieu des forêts passaient avec vitesse Des charriots emportés sur des ailes de feu ; Mais hélas ! ce pays, où tout était jeunesse. Avenir et grandeur, méconnaissait son Dieu ! Ce glaive transperça l'âme du saint apôtre ; Mais son œil s'élançant plus loin dans l'avenir. Après cette vision en vil passer une autre Que les siècles verront peut-être s'accomplir : Il vit le Canada, devenu missionnaire. Chez les peuples voisins semant la vérité, Leur montrant la grandeur au sommet du Calvaire, Sous l'aile de la Croix plaçant la Liberté. ]3es bords du Saint-Laurent au golfe du Mexique, 11 vit la foi s'étendre et guérir de ses maux Un grand peuple mourant ; et l'arbre catholique De l'une à l'autre mer étendant ses rameaux. — 46 — Ce spectacle jeta l'apôtre dans l'extase. Il s'écria : «Jésus ! enfin voilà ton jour ! » Ce fat son dernier acte et sa dernière phrase- Son âme s'envola dans un élan d'amour !.,. C'était un soir de mai : la lune, faible et pâle. Ne se promenait plus dans le ciel azuré. Elle s'était cachée ; et le flot, comme un râle^ Exijirait doucement sur le sable doré. (A) BERCEUSE, MUSIQUE DE REBER, (B) RONPE DES LUTINS, MUSIQUE DE BAZZINf, Exécutées par M. Jéhin Prume. CANTATE DE CIRCONSTANCE FA^Tl jVX. L.-J.-C. ITISET. tîhceur et Orchestre sur les motifs du 1er Chœur d'Athalie dt Men- DELSSOHN. LE CHOEUR. Les siècles ont passé sur leur noble poussière ; Mais qu'ils vivent toujours dans vos cœurs généreux l Que pour eux vers le Ciel monte votre prière ! Amis, célébrons nos aïeux! UNE VOIX. Grande au temps de ses rois, la France, Consacrant à son Dieu ses travaux, sa puissance^ Sur nos bords vint planter la croix !.... Le sang de ses martyrs éprouva sa constance ; Le sang de ses soldats illustra sa vaillance : France, qu'^as tu fait de tes rois ? LE. CHOEUR. Les siècles ont passé sur leur noble poussière ; Mais qu'ils vivent toujours dans vos cœurs généreux l Que pour eux vers le Ciel monte votre prière ! Chantons, célébrons nos ateux ! UNE VOIX. De nos héros qui compterait le nombre ! Prêtres, guerriers ou laboureurs.... L'oubli les voilait de son ombre; Mais entr'ouvrant les cieux pour les couvrir de flenrs, Laval, brillant soleil, éclaire un passé sombre ! — 48 — UNE AUTRE. Parmi tant de hauts faits dont l'histoire s'enrombre Quel nom choisir pour sujet de nos chants ? Montcalm vaincu, vaisseau qui sombre, Ou Lévis couronné de lauriers triomphants? UNE AUTRE. Carillon, Carillon, tout rayonnant de gloire, Ta devise emflammait le cœur de nos aïeux Quand au combat, jeunes et vieux, Fiers de leur chef, ils couraient sous ses yeux Chercher la mort ou forcer la victoire ! C'est toi, toi seul que nous voulons chanter, Toi dont le souvenir savait épouvanter La multitude envahissante ! Dis-nous les noms de tous ces combattants..... Dis leurs faits d'armes éclatants, Orgueil d'une race naissante ! UNE AUTRE. Réservons ces accens pour les temps orageux Où nos jeunes soldats sauveront la frontière ! Retraçons dans ce jour heureux De notre Jolliet la modeste carrière ! LE CHOEUR. Jolliet ! entends nos vœux ! Marquette ! inspire notre âme ! Que vos vertus d'une nouvelle flamme Embrasent à jamais le cœur de nos neveux ! UNE VOIX. Par le devoir, par la science unis, Ils franchissent les monts, les déserts infinis Bravant la faim, la mort, ils suivent en silence, Sous l'œil de Dieu, les bords d'un fleuve immense. — 49 — LE CHOEUR. O Jolliet ! entends nos vœux ! UNE VOIX. Enûn le ciel sourit à leur destin ! Plus belle à leurs regards qu'un rayon du matin-, Sur l'horizon qui brille où le jour la décèle, ]ja mer là-bas se dessine, étincelle LE CHOEUR. Jolliet ! entends nos vœux ! Marquette ! inspire notre âme ! Que vos vertus d'une nouvelle flamme Embrasent à jamais le cœur de nos neveux ! UNE VOIX. Ville où mourut Gliamplain, de ton passé sois fière : Dans ton sein tu vis naître un nouveau Magellan ! De chemins inconnus écartant la barrière, Il te guida vers l'océan. Son sang, plus tard, dotera ton histoire D'un grand pontife, héritier de sa gloire, Qui bénira tes fils à l'ombre du saint lieu nioire à Dieu ! Gloire à Dieu î LE CHOEUR. Jolliet ! entends nos vœux ! Marquette ! inspire notre âme ! Que vos vertus d'une nouvelle flamme Embrasent à jamais le cœur de nos neveux ! LE CHOEUR. Les siècles ont passé sur leur noble poussière ; Mais ils vivront toujours dans vos cœurs généreux ! Que pour eux vers le ciel monte votre prière ! Chantons, célébrons nos aïeux ! 7 POESIE DE CIRCONSTANCE Lue par l'auteur, î. Lo grand fleuve dormait couché dans la savane. Dans les lointains brumeux passaient en caravane De farouches troupeaux d'élans et de bisons. Drapé dans les rayons de Paube matinale, Le désert déployait sa splendeur virginale Sur d'insondables horizons! «îiiiii brillait. Sur les eaax, dans l'herbe des pelouses, Sur les sommets, au fond des profondeurs jalouses, L'Eté fécond chantait ses sauvages amours. Du Sad à l'Aquilon, du Couchant à l'Aurore, Tonte l'immensité semblait garder encore La majesté des premiers jours. Travail mystérieux ! Les rochers aux fronts chauves^ Les pampas, les bayous, les bois, les antres fauves. Tout semblait tressaillir sous un souffle effréné ; On sentait palpiter les solitudes mornes, Gomme au jour où vibra dans l'espace sans i ornes L'hymne du monde nouveau-né. L'Inconnu trônait là 'dans sa grandeur première, Splendide, et tacheté d'ombres et de lumière. Gomme un reptile immense au soleil engourdi, Le vieux Meschacébé, vierge encor de servage, Dépliait ses anneaux de rivage en rivage, Jusques aux golfes du Midi. Echarpe de Titan sur le globe enroulée. Le colosse épanchait sa nappe immaculée Des régions de l'Ourse aux plages d'Orion, Baignant la steppe aride et les bosquets d'orange, Et mariant ainsi, dans un hymen étrange, L'Equateur au Septentrion, Fier de sa liberté, fier de ses flots sans nombre, Fier du grand pin touffu qui lui verse son ombre. Le Roi des eaux n'avait encore, en aucun lieu Où l'avait promené sa course vagabonde, Déposé le tribut de sa vague profonde Que devant le soleil et Dieu ! II Jolliet ! Jollietl quel spectacle féerique Dut frapper ton regard, quand ta nef historique Bondit sur les flots d'or du grand fl 'uve inconnu ! Quel sourire d'orgueil dut effleurer ta lèvre ! Quel éclair triomphant, à cet instant de fièvre, Dut resplendir sur ton front nu! Le voyez-vous, là bds, debout comme un prophète. Le regard rayonnant d'audace satisfaite, La main tendue au loin vers l'Occident bronzé, Prendre possession de ce domaine immense, Au nom du Dieu vivant, m nom du roi de France, Et du monde civilisé ! J'uis, bercé par la houle, et bercé par ses rêves, L'oreille ouverte aux bruits harmonieux des grèves. Humant l'âcre parfum des grands bois odorants, Rasant les îlots verts et les dunes d'opale, De méandre en méandre au fil de l'onde pâle, Suivre le cours des flots errants I — 52 — A sou aspect, Jii soin des flottantes ramures, Montait comine un concert de chants et de inurniures ; Des vols d'oiseaux marins s'élevaient des roseaux, Et, pour montrer la route à la pirogue frêle, 8'enfuyaient eu avant, traînant leur, ombre grêle- Dans le pli lumineux des eaux. Et, p3ndant qu'il allait voguant à la dérive, L'on aurait dit qu'au loin les arbres de la rive, En arceaux parfumés penchés sur son chemin Saluaient le héros dont l'énergique audace Venait de buriner le nom de notre race Aux faites de Tesprit humain ! III grand Meschacébé !— voyageur taciturne^ Bien des fois, aux rayons de l'étoil; nocturne, Sur tes bords endormis, je suis venu m'asseoir ; El là, seul et rêveur, perdu sous les grands ormes^ 4'ai souvent, du regard, suivi d'étranges forme* Glissant dans les brumes du soir. Tant(3t je croyais voir, sous les vertes arcades, Du fatal De Soto passer les cavalcades, En jetant au désert un défi solennel ! Tantôt c'était Marquette errant dans la prairie, Impatient d'offrir un monde à sa patrie, Et des âmes à l'Eternel î Parfois, sous les taillis, ma prunelle trompée Croyait voir de La Salle étinceler l'épée ; Et parfois, groupe informe allant je ne sais où, Devant une humble croix, — ô puissance magique ! — De farouches guerriers à l'oeil sombre et tragique. Passer en pliant le genou ! — 53 — Et puis, berçant mon âme aux rêves des poètes^ J'entrevoyais aussi de blanches silhouettes, Doux fantômes flottant dans le vague des nuits, Atala, Gabriel, '^hactas, Evangeline, Et l'ombre de René, debout sur la colline, Pleurant ses immortels ennuis. Et j'endormais ainsi mes souvenirs moroses Mais de ces visions poétiques et roses, Celle qui plus souvent venait frapper mon œil, C'était, passant au loin dans un nimbe de gloire,. ]-e hardi pionnier dont notre jeune histoire Redit le nom avec orgueil. IV JoUiet ! JoUiet ! deux siècles de conquêtes, Deux siècles sans rivaux ont passé sur nos têtes. Depuis l'heure sublime où, de ta propre main, Tu jetas, d'un seul trait, sur la carte du mondes Ces vastes régions, zone imiuense et féconde, Futur grenier du genre humain ! Deux siècles sont passés, depuis que ton génie Nous fraya le chemin de la terre bénie Que Dieu fit avec tant de prodigalité. Qu'elle garde toujours dans les plis de sa robe, Pour les déshérités de tous les coins du globe, Du pain avec la liberté ! Oui, deux siècles ont fui ! La solitude vierge N'est plus là. Du progrès le flot montant submerge Les vestiges derniers d'un passé qui finit. Où le désert dormait, grandi: la métropole ; Va le fleuve asservi courbe sa large épaule Sous l'arche aux piliers de granit! — 5'» — Plus de forêts sans fin : la vapeur les sillonne î L'astre des jours nouveaux sur tous les points rayonne ; L'enfant de la nature i!st évangélisé ; Le soc du laboureur fertilise la plaine ; Et le surplus doré de sa gerbe trop pleine Nourrit le vieux-monde épuisé ! Des plus purs dévoûments merveilieust» semence ! Qui de vous eût jamais rAvé cette ouvre inniiense, Jolliet, et vous, apôtres ingénus, Humbles soldats de Dieu, sans reproche et sans crainte. Qui portiez le flambeau de la vérité sainte Dans ces parages inconnus? Des volontés du ciel exécuteurs dociles. Vous fûtes les jalons qui rendent plus faciles Les durs sentiers où doit marcher l'humanité Gloire à vous tous' du Temps Iranchissanl les abîmes, Vos noms environnés d'auréoles sublimes Iront, à Fimmortnlité ! V Et toi, de ces héros généreuse patrie, Sol canadien qu'on aime avec idolâtrie, — Dans l'accomplissement de tous ces grands travaux. Quand je pèse la part que le ciel t'a donnée, — Les yeux sur l'avenir, ô terre fortunée, J'ai foi dans tes destins nouveaux ! ■ -'îfi.^'^^ BALLET DE FAUST, GOUNOD MM. Prumz, Lavigke, Paré et Gauvrbau, M. E. CtAGNOK au piano. _ «Etfxr^û GOO SAVE THE QUEEN.